William A. Wellman (1896-1975)

Rubrique consacrée au cinéma et aux films tournés avant 1980.

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nobody smith
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Re: William A. Wellman (1896-1975)

Post by nobody smith »

Frisco Jenny. En parcourant le topic, j’ai vu que c’était un titre qui partage. Perso, je me range dans les conquis. Le film est la parfaite incarnation de la Wellman trademark : intrigue en constante mutation, histoire étalée sur des dizaines d’années, utilisation du contexte historique, logique des personnages assumés jusqu’à la dernière image… C’est une affaire qui roule (très bien). Je dois reconnaître que la critique du film sur son aspect pathos m’apparaît assez étrange, tant l’écriture est très rigoureux dans la manière de mettre en place ses pièces et de les respecter.
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Le vrai patho selon moi ça aurait été si à la fin, la mère se révélait à son fils tout en partant quand même à l’échafaud Là ça aurait été une surenchère vaine et gratuite. Ici tout est accomplit en parfaite corrélation avec les convictions du personnage.
Bref, c’est du tout bon.

College Coach. Là par contre, c’est proche de l’insignifiant. Comme son titre l’indique, on suit un coach qui doit faire progresser une équipe pour renflouer les caisses de l’université. On verse donc dans la banalité entre les deux stars de l’équipe qui ne peuvent pas s’entendre, l’investissement intensif du coach qui ne plait guère à madame et les magouilles en tout genre permettant aux sportifs de valider leurs examens. Ça se laisse suivre quand même mais sans grand enthousiasme. Wellman manie bien sa barque (notamment par un montage assez dynamique) mais il a mit son talent au service de bien mieux. J’aurais pu quand même choisir un peu mieux pour conclure là ma rétro du bonhomme.
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monk
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Re: William A. Wellman (1896-1975)

Post by monk »

nobody smith wrote:Frisco Jenny.
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Le vrai patho selon moi ça aurait été si à la fin, la mère se révélait à son fils tout en partant quand même à l’échafaud Là ça aurait été une surenchère vaine et gratuite. Ici tout est accomplit en parfaite corrélation avec les convictions du personnage.
Tout à fait. Je plussoie. J'avais vraiment beaucoup aimé !
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Frances
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Re: William A. Wellman (1896-1975)

Post by Frances »

Other men’s women 1931 - William Wellman - Grant Withers, Mary Astor, Regis Toomey, James Cagney.
En à peine 70 mn W. Wellman réalise un film quasi parfait. La cadence, l’intrigue, les rôles, les intérieurs / extérieurs, la fiction / les scènes à tendance documentaire… tout s’équilibre formidablement. Le film forme une boucle qui contient le tout. Le cycle de la vie en somme. Il s’ouvre (superbe entrée en scène de Grant Withers sautillant vers son petit déjeuner expresse) et se ferme sur un ton de légèreté (le même Grant Withers sautant sur le toit d’un train en marche) mais renferme une tension dramatique qui va monter crescendo pour s’abattre sans répits (en échos à la pluie battante) dans le dernier quart d’heure. Wellman convoque les éléments naturels (la pluie diluvienne lourde de symboles), les ténèbres (dans lesquelles s’est enfermé Jack) et explore avec intelligence et pudeur des thèmes aussi divers que l’amitié virile - presque fraternelle quand il s’agit de celle qui lie Bill et Jack – professionnelle quand elle explore les relations de solidarité unissant les cheminots. La scène où ils sont attablés devant un café avec Jack désormais aveugle en dit long sur leur camaraderie. Il aborde également La culpabilité, le pardon le sacrifice, le doute qui ronge et qui aveugle. 67 mn exactement c’est le temps qui a suffit à Wellman pour faire de Other men’s women un petit chef d’œuvre.

Ci-dessous une scène parfaitement orchestrée et photographiée. Jack Kulper (Regis Toomey) marche vers son destin...ou l’odyssée de la rédemption.
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Jack franchi "le point de non retour".

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Il entame son parcours semé d'embûches.

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Très gros plan qui renforce l'aveuglement dont il est victime.

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Les menaces et les obstacles se succèdent.

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Pluie diluvienne qui le submerge ; qui rince le ciel et l’âme humaine.

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Son choix est ostensible et sans retour.

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Dernière image de la séquence, en écho à la première qui ferme la boucle.
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feb
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Re: William A. Wellman (1896-1975)

Post by feb »

Ton film du mois est trouvé Frances.
Un des mes Wellman préférés, un film que j'aime glisser parmi la liste de ses nombreux chefs d'œuvre tant son naturel, son dynamisme et sa mise en scène me fascinent à chaque visionnage. Si l'histoire peut paraître bien légère, avec des ficelles un peu épaisses sur la fin, le boulot de Wellman prend soin de nous faire oublier tout ça et c'est un pur bonheur de 70 minutes.
Il y a des films que l'on aime, ça ne s'explique pas...sauf peut être parce que les courtes scènes où apparaissent Cagney et Blondell sont déjà très bonnes et aussi peut être pour un petit détail qui se prénomme Mary Astor. Elle bouffe toutes les scènes où elle apparaît, elle transpire la féminité et la beauté et la pellicule la remercie.
ed wrote:Portrait de la jeune fille en feu
L'un des films les plus rigoureux, scénaristiquement et formellement, qu'il m'ait été donné de voir depuis longtemps (...)
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Sybille
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Re: William A. Wellman (1896-1975)

Post by Sybille »

J'avais moyennement apprécié le film, mais comme beaucoup l'ont souligné, j'adore le passage où le type attend son petit déjeuner en rythmant le passage des wagons, et juste après lorsque lui et Cagney sont perchés sur le toit du train. :D
J'aime la décontraction de nombreux des personnages et la sensibilité de Mary Astor. Pour le reste, il faudrait que je revois l'histoire pour peut-être l'apprécier davantage.
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feb
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Re: William A. Wellman (1896-1975)

Post by feb »

Je pense qu'il faut "mettre de côté" l'histoire du triangle amoureux et privilégier tout le reste : le dynamisme, la décontraction comme tu le dis si bien, etc... :wink:
ed wrote:Portrait de la jeune fille en feu
L'un des films les plus rigoureux, scénaristiquement et formellement, qu'il m'ait été donné de voir depuis longtemps (...)
Julien Léonard
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Re: William A. Wellman (1896-1975)

Post by Julien Léonard »

Other men's women, au-delà du génie de Wellman, est typique du film social de la Warner dans ces années-là : vif, passionnant, presque naturaliste... Il y subsiste quelque-chose de profondément authentique et attachant, de presque sensitif. On y sent les petites maisonnées habitées, le repas du midi, la sueur de l'ouvrier fatigué, la crasse du quotidien. C'est vraiment très fort, ne serait-ce qu'au niveau de l'attache émotionnelle causée par ces images si véridiques, ou tout au moins qui apparaissent comme telles.

Avec ce noir et blanc granuleux, charbonneux même à l'occasion, c'est un vrai bonheur.
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Frances
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Re: William A. Wellman (1896-1975)

Post by Frances »

Je crois que le choix des acteurs apporte aussi beaucoup à cette histoire. Grant Withers d'abord, qui incarne l’insouciance et aborde la vie comme on saute dans un train en marche avec désinvolture tout en portant des valeurs profondes. Et comme tu le dis feb, la grâce et le naturel de Mary Astor irradient l’écran.
Aussi bien dans les scènes amusantes et légères comme celle-ci :

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que dans d'autres plus dramatiques où l'on mesure toute la qualité de son interprétation.

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Les seconds rôles ne sont pas en reste tels que James Cagney débordant de punch et d'énergie, Farrell MacDonald et sa jambe de bois qui donne lieu à une scène pleine d'humour (quand il plante les pois de senteur), Joan Blondell et sa gouaille polissonne tour à tour drôle et émouvante,
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Sybille
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Re: William A. Wellman (1896-1975)

Post by Sybille »

Je change de sujet, mais que vaut Les commandos passent à l'attaque ? Le dvd est à la médiathèque, je suis curieuse à cause de Wellman, mais je le confonds toujours avec un autre, celui aux avis souvent enthousiastes (Battleground ?)
Julien Léonard
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Re: William A. Wellman (1896-1975)

Post by Julien Léonard »

Sybille wrote:Je change de sujet, mais que vaut Les commandos passent à l'attaque ? Le dvd est à la médiathèque, je suis curieuse à cause de Wellman, mais je le confonds toujours avec un autre, celui aux avis souvent enthousiastes (Battleground ?)
Les commandos passent à l'attaque est un Wellman plutôt intéressant. On est bien en-dessous du chef-d'oeuvre Bastogne qu'il avait signé en 1949, mais cela reste tout à fait honorable. Disons qu'il y a quelques belles scènes (les GI's qui rampent dans la brume et passent près des chars, par exemple), mais le discours général est finalement un brin médiocre. C'est très didactique, sans grand génie dans la narration, et James Garner n'est pas aussi bon que dans d'autres de ses films. Son personnage est trop gentil, trop surfait. Les différents points de conflit sont abordés un peu trop succinctement. Au-delà de la gloire le faisait bien mieux (mais bon, c'est un très grand Samuel Fuller là par contre).

Perso, je dirais en gros que le film est bon, mais on sent un réalisateur en fin de parcours et une oeuvre bancale, très imparfaite mais sympathique.
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Sybille
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Re: William A. Wellman (1896-1975)

Post by Sybille »

Merci de ton avis. :)
Bon, je le verrai à l'occasion.

J'ai relativement aimé Au-delà de la gloire sinon.
allen john
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Re: William A. Wellman (1896-1975)

Post by allen john »

Night nurse (1931)

Night nurse est un sacré petit film, avec la grande Barbara Stanwyck; tourné la même année que The public enemy, à la Warner, le film bénéficie du savoir-faire du studio et de la mise en scène coup-de-poing du grand "Wild Bill", mais soyons aussi clair que possible: si le film joue beaucoup avec les codes contemporains (Présence d'un bootlegger, donc prohibition, pauvreté et crise, abandon coupable d'une mère qui boit et écoute du jazz en permanence, etc...), et se veut réaliste, on est quand même pas dans la réalité. Mais le monde dépeint dans le film, s'il n'est pas authentique, est une lecture raccourcie et fascinante d'une certaine Amérique de 1931, pas souvent représentée: Lora hart (Stanwyck) est une jeune femme peu qualifiée qui profite d'un quiproquo pour devenir infirmière et va gravir les échelons jusqu'à devenir diplômée, et devenir l'infirmière de nuit d'une riche famille, dont le père est mort et la mère est tombée sous la coupe d'un inquiétant personnage, le chauffeur Nick (Clark Gable). Celui-ci laisse les enfants mourir à petit feu, afin sans doute de mettre main basse sur l'argent de la mère. Lora a le choix entre écouter sa conscience d'une part, ou se plier aux règles syndicales d'éthique, et ni faire des vagues, ni dénoncer le médecin en charge de l'affaire... avec l'aide d'une symapthique fripouille, pourvoyeur de whisky frelaté avec une morale, elle choisit pourtant la première solution...

Ce film est par moments un catalogue fascinant de tout ce qui fait le sel des films "pré-code", à plus forte raison lorsque Wellman est aux commandes: les premières trente minutes, qui voient Lora gravir les échelons en vivant quasiment 24 h sur 24 à l'hôpital, en compagnie de sa copine (Joan Blondell) les voient se déshabiller ou s'habiller en permanence, et le metteur en scène joue sur la promiscuité d'ailleurs soulignée entre les internes et les infirmières, et l'esprit farceur des jeunes médecins se manifeste de plusieurs façons. Les deux jeunes femmes ont vécu, leur langage, leur attitude aussi (Cette façon que Joan Blondell a de mâcher aussi vulgairement du chewing gum pendant la récitation des droits et des devoirs du métier d'infirmière, sans perdre la complicité du public - en même temps, c'est Joan Blondell...), ou encore les discussions à baton rompu entre les deux jeunes femmes, et leur carapace de plus en plus dure au fur et à mesure que le film progresse, dresse un portrait d'une Amérique des gens qui travaillent, qui une valeur bien plus documentaire que le drame qui alimente la seconde partie. Quant à celle-ci, tout en restant en effet assez baroque, elle se plie à une règle d'or toute Wellmanienne: quand les autorités ne font pas leur boulot (Des médecins empêchés par l'éthique de se dénoncer les uns les autres bien que leurs turpitudes soient avérées, par exemple) il faut qu'un autre 'corps constitué' les remplace: par exemple les gangsters; cette vieille idée de prendre le contrôle la loi qui est aussi au coeur de ce beau film qu'est The star Witness donne à ce film une fin sardonique, réjouissante et inattendue...

Et sinon, pour finir, je vais le répéter: c'est un film de William Wellman, avec Barbara Stanwyck, Joan Blondell et Clark Gable dans le rôle d'une sale brute. A-t-on besoin finalement d'en savoir plus?

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Re: William A. Wellman (1896-1975)

Post by Frances »

allen john wrote:Night nurse (1931)
Et sinon, pour finir, je vais le répéter: c'est un film de William Wellman, avec Barbara Stanwyck, Joan Blondell et Clark Gable dans le rôle d'une sale brute. A-t-on besoin finalement d'en savoir plus?
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Personnellement ça me suffit amplement surtout après la belle découverte de Other men's women. Merci pour ton post allen john :D
Julien Léonard
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Re: William A. Wellman (1896-1975)

Post by Julien Léonard »

Ah non mais Night nurse, c'est du pur plaisir... C'est d'ailleurs le film avec lequel j'avais découvert Barbara Stanwyck. Elle est depuis devenue mon actrice préférée, au sommet de mon top 30.

Pour le reste, Wellman assure à fond la caisse, comme d'habitude ! :D
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feb
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Re: William A. Wellman (1896-1975)

Post by feb »

Mais il faut quand même noter que cela n'a rien à voir avec Other Men's Women car avec Night Nurse on est dans le Pre-Code façon "Le Pre-Code en 10 leçons" : le film semble suivre à la lettre tout ce qu'il faut mettre à l'écran pour faire péter une pile au père Hayes :mrgreen: Des infirmières en tenues légères, "apologie" de l'alcool, "maltraitance" sur l'enfant, bootleggers, etc...c'est distrayant (Stanwyck et Blondell obligent), c'est vraiment dynamique (merci Wellman), on y découvre un Gable dans rôle de pourri (pas forcément très bon d'ailleurs alors que le monsieur commence à se faire un nom à la MGM et qu'à la suite de ce film il va vraiment envoyer du lourd : Susan Lennox avec Garbo, les meilleurs films avec Crawford, avec Jean Harlow...tout ça avec sa fameuse moustache) et puis Stanwyck en nuisette....mais ça je ne sais pas si ça va t'intéresser :mrgreen:
Disons que Wellman propose 2 films différents : d'un côté un pur produit Pre-Code made in Warner et de l'autre un drame avec triangle amoureux où des touches de Pre-Code sont placées ici et là. Ce sont 2 visions du film Pre-Code, mais dans les 2 cas c'est du plaisir en DVD :wink:
ed wrote:Portrait de la jeune fille en feu
L'un des films les plus rigoureux, scénaristiquement et formellement, qu'il m'ait été donné de voir depuis longtemps (...)