William A. Wellman (1896-1975)

Rubrique consacrée au cinéma et aux films tournés avant 1980.

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Jeremy Fox
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Re: William A. Wellman (1896-1975)

Post by Jeremy Fox »

Rick Blaine wrote:Je pensais plus au genre westernien qu'à la filmo de Wellman. Yellow Sky a - entre autres - des qualités visuelles qui le place très nettement au dessus du simple divertissement de mon point de vue.

Oui et d'ailleurs je ne vois pas non plus le fait que la notion de divertissement ne serait pas compatible avec chef d’œuvre. Le cinéma est un divertissement. A moins que l'on continue à faire la différence entre cinéma d'auteur et cinéma de divertissement.
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Alexandre Angel
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Re: William A. Wellman (1896-1975)

Post by Alexandre Angel »

Rick Blaine wrote:Je pensais plus au genre westernien qu'à la filmo de Wellman. Yellow Sky a - entre autres - des qualités visuelles qui le place très nettement au dessus du simple divertissement de mon point de vue.
Je préfère Convoi de femmes, Au delà du Missouri et L'Etrange Incident, mais La Ville abandonnée reste un sommet de la filmo tous genres confondus (c'est dire que j'adore les autres!).
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Jeremy Fox
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Re: William A. Wellman (1896-1975)

Post by Jeremy Fox »

Allez : 4 chefs d’œuvre et le tour est joué :mrgreen:
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Alexandre Angel
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Re: William A. Wellman (1896-1975)

Post by Alexandre Angel »

Allez
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Rick Blaine
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Re: William A. Wellman (1896-1975)

Post by Rick Blaine »

SI on parle de Wellman en général, il faut ajouter Other men's Women, Wings, Battleground, ... c'est une filmo de très haut niveau.
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Alexandre Angel
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Re: William A. Wellman (1896-1975)

Post by Alexandre Angel »

Absolument!
Même si il me semble (et je n'ai certes pas tout vu, loin de là) qu'on trouve moins de chefs d'œuvre que chez un Raoul Walsh par exemple (pas tout à fait innocent l'exemple).
Chez Wellman, on comptabilise vite les sommets.
Mais qu'importe!
Sinon, j'adorerais revoir un film qui, dans mon souvenir, était certainement mineur mais charmant : The Happy Years, délicieuse americana avec Dean Stockwell.
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Re: William A. Wellman (1896-1975)

Post by 1kult »

Jeremy Fox wrote:A moins que l'on continue à faire la différence entre cinéma d'auteur et cinéma de divertissement.
Comme je pense que ça s'adresse à moi...

Personnellement, je fais une différence, mais ça ne veut pas dire que je considère que l'un ou l'autre soit un gros mot, ni même que ça soit incompatible. Mon exemple c'est toujours Time & tide de Tsui Hark. Un de mes films préférés, mais je ne peux pas dire qu'en tant que divertissement, il fonctionne totalement. Il n'est pas instantanément "fun" (c'est pour toi Bruce). Mais nadidjou, quelle claque ! Et je peux prendre du plaisir devant du divertissement pur, du film efficace, serré, et même revoir, sans pour autant dire qu'ils changent ma vie (quitte à lancer la polémique ailleurs : le dernier Mad Max, pour moi ce que j'ai vu de plus excitant pour mes rétines, mais bon, c'est pas non plus le scénar fifou, n'en déplaisent à certains - mais c'est pas grave, ou même insultant). Je peux aussi prendre du plaisir devant un film, je ne dirais pas d'auteur, je n'aime pas ce terme, mais plus ambitieux, ou plus justement où l'ambition est ailleurs, au-delà de la séance. Et parfois c'est très raté. Et parfois c'est très marquant. Koyaanisqatsi, au hasard, et pour moi.

Les deux Pre-code cités me racontent autre chose, un petit plus, un regard violent et écorché sur une population, un portrait de jeunesse qui reste encore d'une modernité, ou un questionnement sur le retour de guerre, sans filtre. Dans Yellow Sky, je n'ai pas retrouvé ça. Ca n'est pas insultant, je pense, de dire que :
c'est un film d'une très grande efficacité, vraiment grandiose et superbement cadré.
Yellow Sky m'a fait passé un très bon moment, j'y ai pris un vrai plaisir, mais je ne peux pas dire que son récit soit exceptionnel. Il est "juste" très efficace et admirable (soit au-dessus de 80-85% de ce que je regarde a minima). Les deux autres sont des claques instantanées.

Par contre, Au delà du Missouri j'ai trouvé ça décousu, mais j'ai appris après que le film avait été charcutouillé dans tous les sens.

:wink:
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Rick Blaine
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Re: William A. Wellman (1896-1975)

Post by Rick Blaine »

Alexandre Angel wrote:Absolument!
Même si il me semble (et je n'ai certes pas tout vu, loin de là) qu'on trouve moins de chefs d'œuvre que chez un Raoul Walsh par exemple (pas tout à fait innocent l'exemple).
Chez Wellman, on comptabilise vite les sommets.
Je suis un grand défenseur de Walsh, et je pense que spontanément je dirai comme toi, mais en analysant un peu je dirais plutôt match nul entre les deux. :D
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Jeremy Fox
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Re: William A. Wellman (1896-1975)

Post by Jeremy Fox »

Alexandre Angel wrote: Sinon, j'adorerais revoir un film qui, dans mon souvenir, était certainement mineur mais charmant : The Happy Years, délicieuse americana avec Dean Stockwell.
J'avais trouvé le film délicieux lors de sa diffusion au cinéma de minuit ; un peu déçu à la revoyure.
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Watkinssien
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Re: William A. Wellman (1896-1975)

Post by Watkinssien »

J'aime toujours autant, moins qu'un Convoi de femmes, au hasard, mais son charme suranné et sa consistance narrative fonctionnent encore pour ma part.
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Alexandre Angel
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Re: William A. Wellman (1896-1975)

Post by Alexandre Angel »

On peut le voir comment? (je n'ai plus ma vieille vhs d'il y a 30 ans et quand bien même l'aurais-je encore)
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Supfiction
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Post by Supfiction »

Ann Harding wrote:
allen john wrote: Pour revenir à Beggars of Life, j'y ai pensé en voyant Sullivan's travels, récemment. Etait-ce un hommage, ou une simple coincidence?
Non, ce n'est pas une coincidence. J'ai moi aussi pensé immédiatement à Sullivan. Il est évident que Preston Sturges avait vu le film de Wellman. Veronika Lake habillée en garçon accompagnée de Joel McCrea sont les doubles de Richard Arlen & Louise Brooks. Tu devrais revoir Beggars of Life, c'est un film plus intéressant que tu ne le pense. Il y a un aspect réaliste et cru bien plus présent que dans les nombreux films qui en ont découlé. Louise Brooks a fait de nombreuses cascades elle-même (bien que 'Wild' Bill Wellman ne semble pas lui en avoir été reconnaissant).
Il s’agit probablement des montées et descentes de train en marche.
J’ai beaucoup aimé la première partie borzagienne de ce film que je viens de voir. Et effectivement ça m’a fait pensé dès le début à Sullivan’s travels sans réaliser pourquoi tout de suite (je pensais que c’était juste l’acteur qui ressemblait à McCrea). Mais par la suite, le film se perd, je trouve, avec l'arrivée de Wallace Berry qui vampirise et détourne le film, le rendant un peu bancale.
A signaler la courte apparition de Guinn 'Big Boy' Williams toujours (de ce que j’ai pu voir) dans un sale rôle.

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Re: William A. Wellman (1896-1975)

Post by 1kult »

1kult wrote:Yellow Sky m'a fait passé un très bon moment, j'y ai pris un vrai plaisir, mais je ne peux pas dire que son récit soit exceptionnel. Il est "juste" très efficace et admirable (soit au-dessus de 80-85% de ce que je regarde a minima). Les deux autres sont des claques instantanées.

:wink:
Et voilà de quoi étayer ce que j’expliquai plus haut : je viens de découvrir le formidable Convoi de femmes, avec un morceau de bravoure déstabilisant et fascinant toutes les 5 minutes. La femme chez Wellman mériterait une thèse en soi, surtout en ces temps de gender studies ! Tavernier en parlait dans une présentation il y a quelques mois, j’essaye de vous retrouver ça.

Les acteurs sont très bons et la mise en scène est incroyable, à chaque instant la caméra semble trouver la bonne place.

Le DVD, aujourd’hui épuisé, fait à peine le travail. Je crois que le générique n’est pas au même format, est-ce signé de recadrage ? Aucun bonus, juste la VF, la VO et des sous-titres gaulois. C’est peu.

Par ailleurs, L’Appel de la foret pointe le bout de son nez en Blu-ray chez nous selon Amazon.
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Thaddeus
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Re: William A. Wellman (1896-1975)

Post by Thaddeus »

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Les ailes
Lauréat du tout premier Oscar, le film fait en quelque sorte la démonstration parfaite qu’un réalisateur ne filme jamais mieux que ce qu’il connaît. Pilote de guerre décoré et ancien cascadeur aérien, Wellman a su en effet exploiter son expérience dans l’escadrille Lafayette pour donner vie à des personnages de jeunes gens embarqués la fleur au fusil pour une guerre qu’ils ne connaissent pas et dont ils n’ont pas saisi la gravité au départ. Volontiers héroïque, individualisée, mélodramatique, mue par une ferveur naïve et profondément juvénile qui se grippe à mesure que le récit devient signifiant (l’exploit final se confond complètement avec la tragédie), l’œuvre vaut avant tout pour ses spectaculaires figures de combats dans l’espace, issues d’un engagement physique quasi impensable aujourd’hui. 4/6

L’ennemi public
Le prototype qui établit les bases du film de gangsters tel que la Warner allait en reproduire la formule pendant une décennie : vigueur du traitement, rapidité de l’exposé des situations, écriture sans fioritures, nerveuse, économe jusqu’au laconisme, bien adaptée à l’évocation réaliste de la vie urbaine, celle du jazz age et des roaring twenties, mais aussi celle des quartiers ethniques dont la pauvreté et la violence ordinaires métaphorisent la Dépression en cours. Autant de qualités assurant un propos limpide mais riche de l’hésitation entre conscience sociale et conscience tragique, et non dénué de contradictions : en réactualisant le mythe du self-made-man, l’œuvre participe à la défense des valeurs fondamentales du rêve américain à une époque où ces dernières ont perdu presque toute crédibilité. 4/6

L’étrange incident
Inhérent au folklore du genre, le lynchage a été le fait d’hommes trop enclins à considérer la force et la justice expéditive comme des panacées. Mais les réticences de certains exécutants involontaires ont rarement pu s’exprimer avec tant de sincérité que de ce western qui tient de la gageure : attacher le spectateur au récit d’une traque et d’une exécution sans grandiloquence, où sont mis en relief quelques échantillons d’une humanité peu séduisante. Isolant du reste du monde les tristes héros d’un drame sans couleur, à l’image des régions mornes et rudes où l’on oublie progressivement tout appel du cœur, Wellman stigmatise avec une précision d’avocat général les tares d’un Ouest en proie aux troubles de croissance qui le singularisent. Un réquisitoire implacable, tout de rigueur et de probité. 5/6

Au-delà du Missouri
On peut trouver ici comme une illustration du temps idyllique de l’Ouest tel qu’en témoignèrent un Washington Irving ou un Fenimore Cooper, l’évocation d’un nouveau monde romantique privilégiant les plans larges qui intègrent les personnages à la communauté et à une nature resplendissante, amoureusement sollicitée. Réalisé en pleine vogue ascendante des westerns pro-indiens, il offre par son refus de la dramatisation une approche étonnamment adulte du problème racial : là où Mann suggère des motivations économiques (La Porte du Diable) et où Daves n’évite pas un certain paternalisme (La Flèche Brisée), Wellman écrit une aventure solitaire, sereine, limpide, réglée sur le fil des saisons, et peint des êtres qui s’aiment et se respectent sans jamais faire la moindre allusion à leurs différences. 4/6

Convoi de femmes
À partir d’une belle idée scénaristique, Wellman emprunte à l’histoire de l’Ouest l’un de ses aspects les moins connus, jamais exploité auparavant par le western. Si le périple et ses embûches atteignent à la dimension de l’épopée, le drame naît du jeu des forces internes au sein d’un groupe portant en lui-même son destin, et où deux volontés pèsent mutuellement l’une sur l’autre, dans la grande tradition du récit initiatique. Parce qu’au temps des pionniers le danger résidait bien dans l’hostilité de la terre, du soleil, de la soif, de l’effort physique, cette âpre odyssée aux personnages remarquablement caractérisés, ce chant de courage, d’abnégation et d’opiniâtreté fertile en émotion (le décompte des mortes, la naissance en plein désert) et en euphorie (le bal final), s’impose assurément comme un modèle. 5/6


Mon top :

1. L’étrange incident (1943)
2. Convoi de femmes (1951)
3. Au-delà du Missouri (1951)
4. Les ailes (1927)
5. L’ennemi public (1931)

Son passé d’aviateur, ses frasques de franc-tireur, son amour pour la bouteille, son caractère emporté en fait de Wellman l’une des premières personnalités légendaires d’Hollywood. Son œuvre, que je découvre tout juste, se distingue quant à elle par sa générosité, sa force d’engagement, son lyrisme puissant, qui ne sont pas sans rappeler celles de son contemporain Frank Borzage.
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Frances
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Re: William A. Wellman (1896-1975)

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Une étoile est née – William Wellman -1937 - Janet Gaynor, Frederik March, Adolphe Menjou, May Robson, Andy Devine. Technicolor.

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S’il est juste de confirmer que la version de Cukor ne souffre d’aucune comparaison, cela l’est aussi d’ajouter que celle de William Wellman ne démérite pas bien qu’elle ne possède, ni sa flamboyance, ni sa fulgurance. Dans son dictionnaire du cinéma, Jacques Lourcelles écrit que le film est à la fois un éloge du courage et de l’obstination à réaliser ses rêves, thème cher à Wellman, avec une touche de romantisme propre à Selznick. Soit, Esther Blodgett (Janet Gaynor) - rebaptisée Vicki Lester à l’écran - est l’incarnation du rêve américain avec tout ce que cela suppose de sueurs et de larmes car la gloire et la réussite ont un prix. Et ce n’est pas sa grand-mère, forgée à l’endurance des pionnés qui contredira cette assertion, elle qui la pousse à quitter sa ferme du Dakota pour tenter sa chance à Hollywood– et son personnage de convoquer instantanément Convoi de femmes du même Wellman réalisé 14 ans plus tard –

L’histoire, tout le monde la connait : l’ascension d’une étoile et la chute d’une autre trop fragile peut-être - Norman Maine (touchant Frederik March- pour résister à l’industrie qui fabrique et qui broie avec la même intensité. Matt Libby (Lionel Stander), l’agent de publicité symbolise à lui seul le pouvoir des studios sur leurs vedettes, ajoutons à cela la horde de photographes avide d’images chocs, à l’affut du moindre dérapage et le public versatile adorant l’idole dont il se détournera plus tard à la faveur d’une autre. Au centre, la force d’un amour magnifique et tragique qui touche au sacrificiel. Le couple Gaynor/March fonctionne et nous émeut. D’aucun pourrait leur reprocher de n’être que de pâles reflets de Judy Garland et de James Manson. Leur interprétation moins exubérante nous touche cependant au cœur. Mention spéciale à Adolphe Menjou dans le rôle du producteur bienveillant, loin des clichés récurrents rencontrés ici et là.

J’ai découvert le film sur le site d’Arte dans une copie médiocre qui ne rend malheureusement pas hommage au travail du chef opérateur Howard Greene.