Le Cinéma britannique

Rubrique consacrée au cinéma et aux films tournés avant 1980.

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Profondo Rosso
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Re: Le cinéma anglais

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Et la suite

Billy le menteur de John Schlesinger (1963)

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Dans une petite ville anglaise terne et ennuyeuse, un jeune mythomane mène une vie imaginaire et trompe tout son entourage.

Billy Liar, deuxième film de John Schlesinger l'installa définitivement parmi les fer de lance de la nouvelle vague britannique du début des sixties. Tout comme son précédent Un amour pas comme les autres, il se déroule dans le nord de l'Angleterre et adapte le roman culte éponyme de Keith Waterhouse qui collabore au scénario. Paru en 1959, le roman parla vraiment a toute une jeune génération anglaise et se vit transposé au théâtre (avec Albert Finney dans le rôle titre) avant le film de Schlesinger et adapté en feuilleton télévisé dans les années 70.

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Le film s'ouvre sur une émission de radio consacrée à la dédicace en chanson, et le générique nous fait ainsi découvrir la grisâtre ville à travers les destinataires des titres. Tout en immeubles sinistres et en pavillons interchangeables, ce n'est pas exactement un endroit où il fait bon vivre. C'est exactement l'avis de notre héros Billy Fisher (Tom Courtenay), que nous découvrons lorsque la caméra daigne ralentir et s'introduire enfin dans une des demeures. Modeste employé de pompes funèbres, Billy a une vie intérieure autrement plus excitante que ce quotidien rasoir. Au sein d'Ambrosia, contrée imaginaire de sa création il est le centre de tout, héros militaire, dirigeant charismatique, séducteur irrésistible. Malheureusement il est constamment ramené aux tristes réalités du cadre terne qui l'entoure alors qu'il ne rêve que de partir à Londres pour une carrière de scénariste. Le narration offre ainsi un joyeux va et vient entremêlant avec inventivité le réel et les fantasmes de Billy. C'est ici une Angleterre provinciale et vivant encore dans l'austérité, où poser la main sur le genou de sa fiancée est indécent et où l'ouverture d'un supermarché fait office d'évènement local. C'est celle d'avant le Swinging London, les Kinks et des Beatles (même si Schlesinger saura plus tard détruire ce fantasme là dans son excellent Darling) où un jeune adulte se doit de trouver un emploi respectable et se marier le plus rapidement possible.

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L'esprit bouillonnant de Billy étouffe en ces lieux même si Schlesinger ne manque pas d'égratigner malgré tout son héros. Les différents fantasmes de Billy tournent essentiellement autour de sa personne et le mettent sur un piédestal, laissant entendre que c'est plus une reconnaissance personnelle qu'il cherche plutôt qu'à s'épanouir dans la création. La scène où commence l'écriture d'un roman et passe plus de temps à la manière dont il va formuler son qu'au contenu en lui même de la chose est fort parlant. Mais dans une bourgade où tout le monde vous connaît, où vous êtes tout le monde et personne à la fois il est bien difficile de le blâmer. Le film est donc un ode à la jeunesse, à suivre ses aspirations quelle qu'elles soient en montrant le mal être qui en découlent si on ose pas franchir le pas. Dans le cas de Billy, le titre nous l'aura révélé c'est une profonde mythomanie. On en rit tout d'abord en voyant le malheureux s'empêtrer dans ses mensonges avec ses parents, ses multiples fiancée ou ou son patron. Tom Courtenay avait été la doublure au théâtre de Albert Finney et maîtrise donc parfaitement le rôle. Touchant, pathétique et maladroit, il délivre une prestation pleine de fougue, passant du registre le plus comique au plus dramatique en un clin d'oeil. S'inventant une future carrière prestigieuse, Billy n'ose finalement jamais réellement tenter sa chance malgré ses fanfaronnades.

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La mise en scène de Schlesinger alterne une touche "réaliste" et immersive tout en sobriété dans le cadre de cette ville avec un imagerie nettement plus débridé dans les rêves de Billy où les mouvements de caméra grandiloquent, les cadrage improbables sont foison. On retrouve dans ces séquences rêvées une inventivité commune aux autre réalisateur de la nouvelle vague anglaise comme Tony Richardson puisque tout comme dans son Tom Jones, Schlesinger s'amuse à faire interpeller le spectateur par le héros ou encore faire intervenir le fantasme dans le réel en faisant apparaître les idées farfelues de Billy dans un coin du cadre comme une bulle de bd.

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Une chance est pourtant laissé à Billy dans la dernière partie avec le délicieux personnages de jeune anglaise radieuse jouée par Julie Christie dont c'est une des première apparition. Seule à voir clair dans les mensonges de Billy, elle a les mêmes aspirations libertaires que lui et comprend parfaitement son mal être. En quelques minutes à l'écran, une star naît sous nos yeux tant Christie illumine une réalité très suffocante jusque là par sa gouaille, sa beauté et son naturel. Schlesinger saura s'en souvenir puisqu'il collabora deux fois avec elle par la suite dans les excellents Darling et Loin de la foule déchaînée. L'alchimie entre Courtenay et Christie est touchante (tellement que David Lean les réunira à nouveau dans Docteur Jivago) et amène enfin la respiration attendue au récit tel ce beau moment nocturne où ils se livrent l'un à l'autre dans un parc. Ce vent de folie va cependant tourner court dans une conclusion fonctionnant de manière inversée à celle du Lauréat (sorte de pendant positif américain de Billy Liar aux thèmes proches) où le réel (et le manque de courage) rattrape Billy, indéfiniment condamné à divaguer dans ses rêves. 6/6

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Re: Le cinéma anglais

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Et le dernier faudra que je cherche les autres qui trainent

Si Paris l'avait su (So Long at the Fair) de Terence Fisher et Anthony Dornborough (1950)

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1889. L'exposition Universelle. Deux jeunes Anglais, Vicky Barton et son frère John arrivent a Paris. Le lendemain matin, Vicky constate la disparition de son frère.

Bien avant de devenir un des maîtres de l'épouvante à la Hammer, Terence Fisher démontrait déjà dans un de ses premiers films une aptitude certaine à manier le suspense. Croisement de thriller et de film en costume, le scénario (adapté d'un roman d'Anthony Thorne) prend pour cadre l'exposition Universelle parisienne de 1889 fameuse pour avoir vue la présentation de la Tour Eiffel. C'est à cet évènement que se rendent les jeunes anglais Vicky (Jean Simmons) et son frère aîné John (David Thomlinson). L'esthétique chatoyante de ce Paris reconstitué dans les studio de Pinewood participe à cette fête avec une mise en scène de Fisher (et Dornborough qui a co réalisé également le précédent The Astonished Heart) mettant diablement en valeur l'ensemble notamment lors d'une joyeuse escapade au Moulin Rouge. C'est également là que se ressent le profond attachement du frère et de la soeur et la grande insouciance et dépendance de cette dernière jouée par une Jean Simmons tout juste sortie de ses premiers rôles d'adolescentes.

Cette introduction idéalisé renforce donc l'impact du cauchemar qui s'ensuit lorsque Vicky constate le lendemain la disparition de son frère. L'empathie pour l'héroïne fonctionne à plein et rend soudain ce Paris de rêve diablement inquiétant puisque personne ne semble avoir eu connaissance de la présence de John dont la chambre et la signature au registre de l'hôtel semblent s'être volatilisé en même temps que lui. Fisher joue finalement peu de la paranoïa pour rapidement désigner l'inquiétant couple de tenanciers comme coupable, remarquablement joué par Cathleen Nesbitt et Marcel Poncin parfaitement sournois. Un parti pris ajoute à la désorientation du spectateur (anglo saxon) avec l'absence totale de sous titres lors des dialogues en français qui peuvent finalement tout exprimer et son contraire. Les moments de pur suspense sont très réussi avec l'exploration nocturne des recoins les plus inquiétants et dissimulés de l'hôtel où le passé de monteur de Fisher amène une tension savamment orchestrée. Loin des rôle torturé à venir, Dirk Bogarde en jeune premier et chevalier servant affiche une belle aisance.

L'explication finale est assez étonnante sans être incongrue et fait bien le lien avec l'importance de l'évènement en toile de fond et on peu même imaginer que ce fut une légende urbaine qui couru à l'époque (et pour le coup le titre français est plutôt bien vu). Très plaisant donc et le potentiel de l'histoire fut à nouveau exploitée quelques années plus tard dans un épisode de Alfred Hitchcock Presents. 4/6
riqueuniee wrote:Certains ont vu dans ce film une sorte d' ancêtre de Frantic. Pas à cause de l'histoire, très différente, surtout à cause du principe de l'étranger (ici une étrangère...) confronté à un Paris devenu hostile.
Titre français excellent (qui trouve sa justification dans l'explication finale) Que cette explication soit issue d'une légende urbaine ne serait pas étonnant. C'est le genre de rumeur qui doit courir à chaque grand rassemblement de ce type.
Profondo Rosso wrote:
riqueuniee wrote:Certains ont vu dans ce film une sorte d' ancêtre de Frantic. Pas à cause de l'histoire, très différente, surtout à cause du principe de l'étranger (ici une étrangère...) confronté à un Paris devenu hostile.
Oui plus sur le principe de départ que l'atmosphère mais je trouve qu'on s'inquiète bien plus pour la fragile Jean Simmons que Harrison Ford! C'est vrai qu'on se plaint souvent des titres français de l'époque à côté de la plaque et là c'est bien mieux trouvé que l'original (et j'ai fait mon Lord Henry et vu que ça venait de cette cette berceuse anglaise reprise par Leonard Coen)

O dear, what can the matter be?
Dear, dear, what can the matter be?
O dear, what can the matter be?
Johnny's so long at the fair.

He promised he'd buy me a fairing should please me,
And then for a kiss, oh! he vowed he would tease me,
He promised he'd bring me a bunch of blue ribbons,
To tie up my bonny brown hair.
Tancrède
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Re: Le cinéma anglais

Post by Tancrède »

A part les Archers, c'est aussi mauvais que la bouffe anglaise.
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Profondo Rosso
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Re: Le cinéma anglais

Post by Profondo Rosso »

Truffaut partageait ton avis (à tort !) :mrgreen:

Hop je remet un autre texte qui traînait (l'impression d'être dans la peau de Nestor :mrgreen: ) et j'arrête

Le Mangeur de Citrouille de Jack Clayton (1964)

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Jo (Anne Bancroft a cinq enfants. Cette jeune femme, dont c’est le second mariage, rencontre un jour l’écrivain Jake Armitage (Peter Finch) duquel elle s’éprend amoureusement. Elle quitte alors son mari pour épouser Jake, alors que sa carrière prend son envol. Deux enfants naîtront de ce troisième mariage et Jo s’installera bon an mal an dans la maternité. A sa huitième grossesse, son mari se révolte et la force à l’avortement. En pleine dépression nerveuse, Jo consent à se faire stériliser, pensant ainsi sauver son mariage. Elle se rend compte que son mari la trompe et que la maitresse de celui-ci est enceinte

Le mariage, un bonheur paisible qui peut se transformer en terrible enfer si les attentes de chacun se révèlent diamétralement opposés au fil des années. C'est toute la problématique de ce mélodrame puissant aux thèmes passionnant à l'orée des mutations sociologiques des 60's. Le film adapte un roman de Penelope Mortimer qui usait de la fiction pour relater ses amours tumultueuses (remariage, adultères, enfants illégitimes..) à travers une héroïne perturbée incarnant son double de papier. A l'écran il s'agit de Anne Bancroft, femme en terrible manque d'affection qui compense sa peur du vide en multipliant les grossesses etles maris. Le troisième (Peter Finch) semble être le bon, prêt à accepter cet amour étouffant et une maisonnée bruyante d'enfant. Anne Bancroft incarne un personnage qui ne peut passer le cap amenés par l'évolution des moeurs et qui s'accroche maladivement à son statut de femme d'intérieur et de mère, seule manière d'exprimer sa féminité. Jack Clayton appuie ce fait dans son dispositif de mise en scène de manière appuyée dès l'ouverture. On voit ainsi Anne Bancroft dépitée après le départ de son mari déambuler tel un spectre dans leur demeure vide, l'absence des enfants à ce moments là renforçant son inutilité. Sur le score mélancolique de George Delerue s'amorcent alors des flashbacks au détour des pièces de la maison qu'elle arpente, nous faisant ainsi remonter dans le temps à une époque ou le bonheur familial et conjugal était idéal malgré des signes avant coureurs du drame (dont une première tromperie avec une toute jeune Maggie Smith).

Le retour au présent montre alors cette cellule brisée par des années de ce régime, les enfants grandissant et le mari se consacrant à la réussite de sa carrière faisant remonter les angoisses de Jo. La force du film tient grandement à la performance incroyable d'une Anne Bancroft au bord de la rupture. Si cette anxiété trouve son explication dans la vie de Penelope Mortimer (qui a subit un inceste dans son enfance) elle garde tout son mystère au sein du film grâce à la prestation fascinante de l'actrice. Tour à tour sûr de sa féminité et séductrice, elle peut se désagréger dans l'instant si l'équilibre de son foyer vacille, notamment quand elle soupçonnera son mari d'adultère. Possessive jusqu'à la folie (dont une scène mémorable où elle reproche à son psychiatre de partir en vacances...) c'est bien sûr inversement dans son trop plein d'amour qu'elle s'aliène progressivement son mari superbement joué par Peter Finch. Clayton multiplie les effets montrant le fossé s'établissant entre eux en jouant de leurs deux silhouettes constamment décalées dans la profondeur de champs ou le découpage, quand ce n'est pas tout simplement une cinglante réplique (la scène ou Finch découvre que sa femme à malgré les précautions à nouveau réussie à tomber enceinte est d'une grande noirceur) qui vient foudroyer l'autre. La situation semble inexorable tant tout est fait pour rendre cauchemardesque l'institution du mariage à travers d'étranges rencontres (étonnante séquence où une femme guettée par la folie interpelle Anne Bancroft dans un salon de coiffure) ou le personnage absolument répugnant et inquiétant que joue James Mason (d'ailleurs le film évoque un pendant anglais de Derrière le miroir de Nicholas Ray). Il est lui un pendant violent et menaçant d'Anne Bancroft prêt à d'autres extrémités pour pour sauver son couple.

Le film aborde tout ces thèmes sans fards, autant dans le script de Harold Pinter qui semble vraiment préserver l'essence du livre (on parle ouvertement avortement, frigidité, perversion...) que dans les situations osées que se permet Jack Clayton très inspiré. Anne Bancroft qui perds ses nerfs en plein Harrods, une rixe conjugale d'une brutalité étonnante ou encore les séquences sexuelles fort appuyées étonnent vraiment pour un film de 1964. Après avoir poussés ses personnages à se faire tant de mal et se dire tant d'affreuses vérités, le film se conclue sur une surprenante touche positive avec l'apaisement enfin atteint d'Anne Bancroft. Alors que toute les tentatives de changements forcés avait ramené le couple à la case départ, un échange final tout simple laisse tout de même une note d'espoir pour l'avenir car l'amour ne semble pas éteint entre eux ce qui est l'essentiel.Anne Bancroft sera salué pour sa performance du prix de la meilleur actrice à Cannes et au Golden Globe et sera nominée à l'Oscar.5/6
riqueuniee wrote:Je ne connaissais pas du tout ce film (sauf son titre, assez bizarre quand même). Il me semble en effet plus qu'intéressant. Je note...
Profondo Rosso wrote:D'ailleurs même en ayant vu le film je serais bien en peine d'expliquer le lien entre le titre mystérieux et l'intrigue :mrgreen: , sans doute faut il avoir lu le livre. En tout cas c'est dispo en dvd zone 2 anglais avec sous titres anglais !
Lord Henry wrote:
Profondo Rosso wrote:D'ailleurs même en ayant vu le film je serais bien en peine d'expliquer le lien entre le titre mystérieux et l'intrigue :mrgreen: , sans doute faut il avoir lu le livre.
The Pumpkin Eater est une comptine. Je n'ai pas vu le film, mais je crois comprendre que les paroles renvoient à son intrigue.

Peter, Peter pumpkin eater,
Had a wife but couldn't keep her;
He put her in a pumpkin shell
And there he kept her very well.

Peter, Peter pumpkin eater,
Had another and didn't love her;
Peter learned to read and spell,
And then he loved her very well.
Profondo Rosso wrote: Ah oui ça fait directement réference à l'intrigue c'est moins nébuleux pour les anglais qui connaissent la comptine. Ca aurait été pas mal de la placer dans le film (peut être que c'est le cas sans que j'y ai prêté attention d'ailleurs). Merci de l'explication ! :wink:
Lord Henry
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Re: Le cinéma anglais

Post by Lord Henry »

Sur le sujet, je recommande cet ouvrage passionnant que j'ai dévoré dans sa première édition - merci la bibliothèque universitaire!

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Profondo Rosso
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Re: Le cinéma anglais

Post by Profondo Rosso »

Merci du conseil je vais me mettre en quête de ce bouquin en pleine découverte de cette période ça va me passionner !



La Solitude du coureur de fond de Tony Richardson (1962)

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Colin Smith est un jeune révolté, qui, à la suite d’un vol commis dans une boutique, est placé dans un centre d'éducation surveillée. Pratiquant la course de fond, il s’évade en rêveries de son morne quotidien durant ses courses solitaires. Il gagne sa notoriété dans l'établissement grâce à ses performances de coureur et prend le parti de suivre les ambitions qu’a pour lui Ruxton Towers, le directeur du centre...

Un des très grands films du "free cinema" anglais que ce The Loneliness of the Long Distance Runner dont le titre poétique tient parfaitement ses promesses. Après le succès critique et commercial du Saturday Night and Sunday Morning qu'il produisit pour son ami Karel Reisz, Tony Richardson transposait à son tour un écrit de Alan Sillitoe qui adapte à nouveau lui-même sa nouvelle.

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Comme dans nombre de films issue des kitchen sink drama, il est à nouveau ici question d'un jeune homme en colère contre son environnement et en plein questionnement existentiel. Colin Smith (Tom Courtenay) est un jeune délinquant fraîchement débarqué dans un centre d'éducation surveillé. Teigneux, la langue bien pendue et insolente et rebelle à toute autorité, il n'y a guère d'espoir à entretenir pour ce qui nous semble d'emblée un irrécupérable en puissance. Seulement Colin a un talent particulièrement utile dans le programme du centre, il est très doué pour la course de fond. Rapidement repéré par l'ambitieux directeur du centre (Michael Redgrave), il est pris sous son aile et mis dans les meilleure condition pour concourir à la compétition scolaire qui va opposer nos jeunes voyous aux élèves d'un établissement huppé.

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Le film justifie alors son titre à travers les séquences d'entraînement de Colin où durant l'effort il s'évade dans de longues rêveries en flashback qui nous permettront de savoir comment il en est arrivé là. Tony Richardson était un des réalisateurs anglais les plus aventureux formellement (se souvenir du traitement de choc qu'il administre au film en costume l'année suivant avec son délirant Tom Jones) de l'époque et le prouve à nouveau ici. L'esthétique la plus austère et naturaliste côtoie donc les expérimentations les plus déroutantes. Un caméra portée en vue subjective accompagne ainsi les courses saccadées de Colin pour s'évader vers la cimes des arbres et du ciel lorsqu'il se perd en pensées, la bande son se fait soudain silencieuse en plein tumulte dans les gros plan sur Courtenay soudainement absorbé par tout autre chose et le montage ose les enchaînement les plus surprenants (dont l'usage de l'accéléré qu'il réutilisera dans Tom Jones et précurseur d'une scène culte du Orange Mécanique de Kubrick) d'un lieu où d'une temporalité à une autre.

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Tout ses artifices sont là pour faire le parallèle entre le passé peu reluisant de Colin et la manière dont sa situation présente peu y répondre. Nous découvrons ainsi certes un jeune voyou mais pas pire que les autres et dont les possibilités du monde des adultes ne disent rien de bon : un père mourant qui s'est éreinté à la tâche en vain dans un travail pénible, une mère qui s'abandonne au premier nanti venu et qui lui rappelle à chaque incartade que c'est bien elle qui détient le porte monnaie et donc le pouvoir... La vie adulte et rangée ne semble qu'un appel à la course à la consommation (on a d'ailleurs une brillante scène de shopping tournée et monté comme une réclame tapageuse) et au renoncement (autre beau moment où un discours politique télévisé de d'abnégation et de soumission est raillé par Colin), soit tout ce que rejette Colin le rebelle. Bien moins avenant et fragile que dans Billy Liar, Tom Courtenay offre une prestation étincelante et tout en intensité. Son physique malingre, son visage en lame de couteau l'identifie immédiatement à cette jeunesse anglaise mal dans sa peau mais qui ne sait vers quel autre destin se tourner que celui des parents. Les seuls moments apaisés sont du coup ceux d'une innocente romance adolescente où les héros peuvent pour un temps se détendre notamment lors d'une très belle séquence d'excursion en couple à la plage.

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C'est pourtant lors de sa conclusion que l'histoire dévoile pleinement son ambition. Loin d'être une porte de sortie, la course de fond n'est qu'une autre voie pour entrer dans le moule. Colin se rend alors compte qu'en se prêtant au jeu du directeur, il se renie et suit finalement le même chemin de conformisme qui déteste. Jamais le scénario n'évoque une jalousie quelconque des autres camarades durant tout le film si ce n'est une rivalité avec un autre coureur délinquant. Ce dernier semble plus motivé par les avantages dus à son statut de sportif vedette, de la mise en avant de sa personne que d'une réelle motivation pour la compétition. c'est donc dans une démarche inverse que s'attèle Colin dans la magistrale conclusion où il prouve sa valeur durant l'épreuve tout en délivrant un formidable camouflet à tout ceux faisant reposer leurs ambition sur lui. Cette dernière course nous offre une ultime évasion de Colin en kaléidoscope où se bousculent toute les séquences du film, l'arrivée correspondant à un esprit enfin en paix avec lui-même. On a rarement vu appel à la rébellion plus virulent symbolisé par cette scène de conclusion où Tom Courtenay désormais dénigré se fond dans la masse des autres élèves, ayant choisi l'anonymat et l'individualité plutôt que la gloire de façade et l'acceptation de tous. Un grand film où on tutoie un peu l'état d'esprit du Fountainhead de King Vidor 5/6
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Re: Le cinéma anglais

Post by joe-ernst »

Lord Henry wrote:Sur le sujet, je recommande cet ouvrage passionnant que j'ai dévoré dans sa première édition - merci la bibliothèque universitaire!

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Il y aussi une "suite" :

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We are all in the gutter, but some of us are looking at the stars. Oscar Wilde.
L'hyperréalisme à la Kechiche, ce n'est pas du tout mon truc. Alain Guiraudie
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Re: Le cinéma anglais

Post by Lord Henry »

Je ne sais pas ce qu'il en est de la présente édition, mais dans le premier volet que j'ai lu, les déboires de l'industrie cinématographique britannique dans les années soixante-dix occupait déjà la dernière partie du livre.
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Re: Le cinéma anglais

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If... de Lindsay Anderson (1968)

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Des lycéens anglais se révoltent violemment contre le système éducatif et la discipline de fer de leur établissement.

Cofondateur du free cinema anglais avec ses amis Karel Reisz et Tony Richardson au début des années 60, Lindsay Anderson en prolongeait les préoccupations de manière radicale avec le brulot If.... Ancré dans un quotidien prolétaire, les grands classiques du free cinema (Billy Liar, Saturday Night and Sunday Morning), montrait une jeunesse désemparée par les entraves du système et qui malgré tout ses efforts se voyait toujours contrainte de rentrer dans le rang. If.. sort en 1968 alors que différents mouvement libertaires plus où moins extrêmes s'impose à travers le monde (le héros incarné par Malcolm MaDowell affiche des posters des Black Panthers dans son antre secrète) et fascine une jeunesse bien plus déterminée dans sa rébellion. Plus de place pour la résignation donc et le film de Lindsay Anderson s'affirme comme une féroce satire en forme d'appel aux armes.

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Le scénario de John Sherwin (grandement inspirée de sa propre expérience dans le pensionnat de Tonbridge School) nous plonge donc dans le quotidien d'un pensionnat anglais de garçons que nous suivons sur la durée d'une année scolaire. Au départ rien ne semble distinguer cet établissement de ce qu'on attend d'y voir, entre chamailleries, bizutage, et sottises diverses. Pourtant peu à peu le malaise s'installe insidieusement par le dispositif installé par Anderson (notamment une déstabilisante alternance de la couleur et du noir et blanc tout au long du film) pour sonder l'organisation de l'école. Se présentant faussement comme un système appelant à l'autogestion de chacun et d'une évolution individuelle, l'école transpose dans le domaine éducatif un pur modèle militaire. Un petit groupe d'élève plus âgé, les Whip (fouet en anglais et cela prend tout son sens) se charge de la surveillance des autres dont se sont déchargé les professeurs. L'ensemble des échanges reposent sur les rapports de force et de domination (lorgnant ouvertement le temps d'une scène vers le sadomasochisme) où les Whip abusent de leurs autorité pour régler leur compte et soumettre les plus récalcitrants au punitions les plus cruelle. Il vont pourtant trouver à qui parler avec Mick Harris (Malcolm McDowell dont la première apparition masquée le rapprochant de l'anarchiste Guy Fawkes donne le ton) le plus arrogant des pensionnaire et fasciné par les figures les plus fameuses de la rébellion. La violence des punitions ira crescendo avec la virulence des revanches prises par Mick et ses amis véritable nid de la résistance jusqu'à l'implacable séquence finale.

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Lindsay Anderson fait preuve d'une audace de tout les instants, dans la forme comme le fond. Ancien documentariste (il reçoit en 1954 l'Oscar du meilleur court-métrage documentaire avec son Thursday's Child) il dépeint l'atmosphère de cet école en alternant style sur le vif voire froideur clinique (le long châtiment à coup de bâton de Mick) avec une stylisation toujours surprenante. On bascule ainsi par instant dans une atmosphère surréaliste et psychédélique très étrange le temps de quelque scène comme l'excursion à l'extérieur où Mick drague une jeune serveuse qu'il entreprend dans le bar même sur un montage saccadé... De même plus tard après une mauvaise blagues au pasteur Mick est convoqué au bureau du recteur qui le somme de s'excuser auprès de sa victime, qui surgit alors du tiroir d'une des armoire de la pièce ! Autre point étonnant, l'éveil des sens et de désirs interdits de ces jeunes gens amenés par leur promiscuité quotidienne et donc la question de l'homosexualité abordé frontalement par une relation entre un élève plus âgé et un autre au physique androgyne.

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La principale cible de If..., c'est cependant les modèles de vie tout puissant symbolisés par l'armée et la religion. Les scènes de messes phagocytant l'esprit des jeunes garçons ponctuent l'ensemble du film dont une mémorable où le prêtre interprète l'ensemble de son sermon et les versets de la bible sous l'angle militaire. Ce même prêtre qui troquera sa robe pour un autre uniforme plus martial le temps d'un exercice de combat en forêt...Plus insidieusement certaines des actions les plus discutable de Mick et ses amis ne sont pas punies, comme pour récompenser malgré la rébellion une certaine forme d'initiative et de rébellion. La jolie serveuse tombe dans les bras de Mick alors qu'il l'a abordé de la manière la plus machiste qui soit et le directeur semblera presque fier d'eux lorsqu'il devra les punir pour usage des armes. Un méthode d'éducation qui se retournera contre l'établissement lors de l'extraordinaire final où les rebelles s'attaquent aux deux institutions qui n'auront su les briser dans une pure séquence de guérilla. une conclusion coup de poing pour un film définitivement sans concession.

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Cette prise de risque paiera puisque le film remportera la Palme d'or à Cannes en 1969. Malcolm McDowell qui dans son premier rôle délivre à l'état brut son ambiguïté mi ange mi démon et sera remarqué par Kubrick qui en fera le célèbre Alex de Orange Mécanique. L'histoire ne s'arrête pas là pour autant puisque Lindsay Anderson tournera deux suite à son film culte, O Lucky Man (1973) et Brittannia Hospital (1982) où Malcolm McDowell reprend son rôle de Mick Harris pour de nouvelles aventures. 5/6
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Re: Le cinéma anglais

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Isadora de Karel Reisz (1968)

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Isadora est l'évocation de la vie de Isadora Duncan, danseuse et chorégraphe américaine à qui on attribue en quelque sorte l'invention de la danse contemporaine. Détachée de la rigueur et des codes de la danse classique, elle s'inspirait plutôt du culte du corps et de la liberté de ton issue du hellénisme pour inventer son propre langage lors de ses danse. Le scénario du film s'inspire de plusieurs sources : l'autobiographie posthume de Isadora Duncan elle-même mais aussi l'ouvrage Isadora Duncan: An Intimate Portrait que lui consacra Sewell Stokes. Du coup, entre réalité et légende, l'histoire suit plutôt fidèlement et chronologiquement les jalons de l'existence de la danseuse mais la mise en scène de Karel Reisz, la narration surprenante et l'interprétation fabuleuse de Vanessa Redgrave dans le rôle titre cherchent eux à retranscrire par l'image la liberté d'esprit qui était celle d'Isadora Duncan.

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Un prégénérique étrange pose le ton d'emblée en nous montrant une Isadora enfant jurant fidélité à son art et promettant de ne jamais se marier. On découvre ensuite une Isadora vieillsante et affaiblie installée sur la French Riviera où elle rassemble ses souvenirs afin d'écrire ses mémoires. Le récit obéit donc à un va et vient entre passé et présent où la légende fanée et excentrique du présent transforme ses travers en vertus de la réussite de la danseuse libre et aérienne du passé. On suit donc, des clubs de théâtre populaire à la bonne société européenne puis au salles les plus prestigieuses l'ascension irrésistible d'une Isadora qui a tout pour elle : la beauté, l'originalité et le talent. Karel Reisz alterne donc une réalisation sobre et sans éclat lors des passages du présent et rend ainsi déplacée et pathétique toute l'exubérance de Isadora alors qu'à l'inverse il l'entoure d'une aura de quasi déesse virevoltante dans le passé. Une caméra virevoltante accompagne la liberté de sa gestuelle scénique, les cadrages les plus déroutants apportant une flamboyance grandiose au passages dansés.

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Tout cet apparat ne serait rien si la nature profonde de Isadora Duncan n'avait pu être saisie. Vanessa Redgrave devait déjà un Oscar et un prix d'interprétation cannois à Karel Reisz pour leur précédente collaboration sur Morgan deux ans plus tôt. Elle relève ici le défi (pour une nomination à l'Oscar et un nouveau prix à Cannes) en étant habitée de bout en bout par l'esprit d'Isadora. Tour à tour exaltée et radieuse, aigrie et cruelle, elle est tout aussi convaincante dans le zénith de la jeunesse triomphante que dans le déclin pitoyable. On vante beaucoup (et à juste titre) la performance récente de Natalie Portman dans Black Swan et celle de Vanessa Redgrave est encore plus impressionnante puisqu'il s'agit ici autant de composer une danseuse crédible que de faire ressentir l'essence de l'art d'une vraie personnalité.

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C'est donc de cette liberté que s'anime le film entièrement soumis à l'image pour exprimer les états d'âmes de son héroïne. C'est avant tout à une divagation dans les souvenirs d'Isadora plutôt qu'à un biopic classique que nous assistons. Les séquences du passé s'entrechoquent donc sans cohérence ou volonté de continuité ou d'unité de ton, Isadora passant d'une romance enflammée à une autre, le comique le plus outrancier (la passion pour l'homme grenouille fabuleux de drôlerie) au drame bouleversant. La seule à même de relier ce kaléidoscope, c'est Isadora et sa fougue intacte pour la danse. Cela se manifeste entre autre lors d'un insert la voyant dans son esprit s'animer au milieu de colonnes antiques lorsqu'elle exprime son amour pour cette période, ou encore cette superbe scène d'amour avec James Fox où le plaisir de l'étreinte s'exprime dans son esprit une chorégraphie au sol en montage alterné avec la vraie scène d'amour.

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Le plus grand drame de l'existence d'Isadora avec la perte de ses enfants noyés dans un accident de voiture offre également un très beau moment. L'accident et la dernière vision des enfants aura été vu de manière fragmentée toute la première moitié du film et s'étire enfin là comme dans un mauvais songe par le jeu sur la vitesse de l'image, la photo voilée et le montage jouant sur la répétition. L'ensemble imprègne avec force le côté réellement traumatique de l'évènement pour Isadora. La même force guide les derniers passages dansés pour des émotions contrastées : l'exceptionnelle communion avec le public soviétique joignant le geste et la voix pour relancer le spectacle interrompus par un coupure de courant et à l'inverse l'intolérance américaine pour Isadora désormais associée aux communistes (Vanessa Redgrave possédée étant extraordinaire durant ces deux moments).

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Au milieu de toute cette frénésie le film n'oublie jamais d'exprimer les nombreux apports de la danseuse à sa discipline et notamment son goût pour l'enseignement avec de jolis moments dans l'école qu'elles dirigea dans une Russie rongée par la misère. Etonnamment, Karel Reisz comme tombé sous le charme de son héroïne lui fait presque retrouver son lustre d'antan lors de l'ultime retour au présent le temps d'une fête endiablée. Lorsque la cruelle réalité doit reprendre ses droits, le réalisateur expédie la mort d'Isadora (très surprenante et inattendue pour qui ne sais pas à l'avance la teneur des faits) brutalement arrachée à la vie et concluant abruptement ce beau film qui perd sans prévenir sa raison d'être. 5,5/6

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Profondo Rosso
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Re: Le cinéma anglais

Post by Profondo Rosso »

Je commence à me sentir seul sur ce topic :mrgreen:

Un amour pas comme les autres de John Schlesinger (1962)

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Un jeune homme, qui se hisse tant bien que mal hors du milieu ouvrier dans lequel sa famille baigne depuis des générations et qui essaye de faire son chemin comme employé, est pris au piège quand sa petite amie tombe enceinte et qu'il se voit contraint de l'épouser et, à cause d'une crise du logement qui touche leur ville du nord de l'Angleterre, de venir habiter chez sa belle-mère.

Premier film de John Schlesinger, A Kind of Loving bien que s'inscrivant dans la vague des kitchen sink drama qui imprègne le cinéma anglais du début 60's porte déjà tout les grands thèmes des films majeur à venir du réalisateur. Le principal qui se dégage de tout ses premiers films c'est la recherche d'un ailleurs par les personnages, d'un sens à leur vie et pour lequel il triomphe des obstacles comme dans Loin de la foule déchaînée ou échouent lamentablement par manque de courage où en s'égarant dans leur de quête tel Billy Liar, Darling ou Macadam Cowboy. Les films du free cinéma anglais sous leur approche réaliste réussissaient toujours à apporter une touche de d'extravagance par leur mise en image ou idée concept de départ. Billy Liar par ses apartés fantasmés extravagant des rêve du héros, Saturday Night and Sunday Morning par son extraordinaire personnage principal ou The Loneliness of The Long Distant Runner par sa narration alambiquée et son concept sportif à la mise en scène sensitive. A Kind of Loving est totalement à contre courant de ses films puisque s'en tenant à une pure austérité visuelle et narrative qui ne sera jamais ébranlée. Le titre lui même (le titre français passe complètement en soulignant la nature exceptionnelle de la romance, soit l'idée inverse du titre original) définit l'idée poursuivie par Schlesinger en l'inscrivant dans une forme de banalité, autant dans ce qui nous est raconté que par les personnages que l'on va suivre.

Vic Brown (Alan Bates) est donc un jeune ouvrier qui va s'amouracher de Ingrid (June Ritchie) une jolie collègue avec qui il entame une relation. Les atermoiements et la séduction de nos deux amoureux offre des scènes du belle fraîcheur tel la maladroite tentative de discussion dans le bus et la gêne commune sous l'attirance qui s'ensuit, tout comme le premier rendez vous ou chacun cherche ses marques. Pourtant quelques signes avant coureur nous alertent de l'impasse à venir, que ce soit l'immaturité de Vic subissant encore l'effet de groupe du détachement attendu par ses amis masculins, ou la fragilité d'Ingrid encore sous l'influence de sa mère. Un moment d'égarement faisant tomber Ingrid enceinte (une scène à l'érotisme fort prononcé pour la très tatillonne censure anglaise) fait basculer leur destin et les oblige à se marier comme le veut la tradition. La banalité touchante de l'amourette cède alors progressivement la place à la banalité oppressante du mariage, synonyme de prison à tout les niveaux. Il faut voir cette scène de mariage qui équivaut à un enterrement (le mariage pétaradant ouvrant le film n'étant là que pour établir le fossé avec celui à venir) où l'union se fait par devoir sans joie ni folie chez les mariés et leur famille.

Les défauts précédemment constatés constaté se voient hypertrophié par cette promiscuité forcée : Ingrid n'est encore qu'une petite fille sous le joug de sa mère (chez laquelle ils vivent et qui méprise ce gendre lui ayant volé sa fille) et Vic désarmé cède par frustration au renoncement et à la colère. Quelques scènes montre la forme d'étau que peut représenter un tel mariage tel ce montage alterné où le couple se voit forcé de rester à la maison regarder un banal programme télévisé tandis que parallèlement on voit les deux siège vide d'un concert auquel il devait assister. Bien que prolongeant inutilement certains moment (le retour de Vic chez lui fortement imbibé) le film dit certaines vérité fortes sur la société anglaise du moment à travers les réponses donnée à Vic par son entourage lorsqu'il exprime sa détresse. Les femmes (sa soeur et sa mère) le rende coupable de la situation où il a mis Ingrid et solidaire l'incite à assumer ses responsabilités. Les hommes (son père et ses copains) à l'inverse (notamment suite à un rebondissement qui changera la donne) l'incite à fuir et expriment leur regret ou leur joie de sur la situation intenable que vit Vic, qu'ils ont connus ou cherchent eux même à fuir. Dans tout les cas le mariage est vu comme une formalité, un passage par lequel on doit passer tôt ou tard sans pouvoir y couper, où la vie se doit de nous rattraper. Le mariage radieux qui ouvre le film apporte heureusement une certaines nuance à la noirceur à venir et Schlesinger laisse une chance à son fragile couple dans sa conclusion, où ils s'éloignent au loin accolés l'un à l'autre voguant peut être vers une possible indépendance. Une bien belle entrée en matière pour Schlesinger qui signe là un bien joli film. Le roman de Stan Barstow qu'adapte le film connaîtra par la suite plusieurs transposition que ce soit au théâtre, en série télévisé ou en programme radio. 4,5/6

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Re: Le cinéma anglais

Post by bruce randylan »

Profondo Rosso wrote:Je commence à me sentir seul sur ce topic :mrgreen:
Mais non, mais non. Au moins on lit (et on apprécie).

Pour ma part, je regarde quelques films anglais à l'occasion mais j'ai pas le temps d'en parler :(
(ou alors j'en parlerai en profondeur sur 1kult - 2 avis quasi finis)
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Profondo Rosso
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Re: Le cinéma anglais

Post by Profondo Rosso »

Ok merci j'en étais quand même à mon triple post et j'envahissais un peu la page je me posais des questions :mrgreen:
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Rick Blaine
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Re: Le cinéma anglais

Post by Rick Blaine »

Profondo Rosso wrote:Ok merci j'en étais quand même à mon triple post et j'envahissais un peu la page je me posais des questions :mrgreen:
Tu es lu, avec beaucoup d’intérêt. :wink:
joe-ernst
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Re: Le cinéma anglais

Post by joe-ernst »

Profondo Rosso wrote:Je commence à me sentir seul sur ce topic :mrgreen:
Un des premiers topics que je lis lorsqu'il y a des nouveaux messages... Tu es donc lu ! :wink:
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