Le Cinéma britannique

Rubrique consacrée au cinéma et aux films tournés avant 1980.

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Flol
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Re: Le Cinéma britannique

Post by Flol »

Profondo Rosso wrote: 18 Oct 21, 20:25 Hâte d'avoir ton retour sur Melody, tu vas venir agrandir la secte !
Ça devrait être vu en novembre ! (octobre étant consacré aux films d'horreur)
Et j'estime à environ 92% les chances que j'adore le film.
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Jeremy Fox
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Re: Le Cinéma britannique

Post by Jeremy Fox »

Vendredi british : aujourd'hui Justin Kwedi nous parle de Trois petits tours et puis s'en vont de Clive Donner
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Hart
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Re: Le Cinéma britannique

Post by Hart »

Très bonne idée que de parler de ce film peu connu.
"Here We Go Round the Mulberry Bush" est la plus belle réussite de Clive Donner à mon avis.
Mieux que le surestimé " The Careteker " et que " What's new Pussycat ? " phagocyté par Woody Allen.
Les anglais ont sorti un beau blu ray de cette œuvre très populaire outre-Manche , je ne sais pas si il existe une sortie DVD française.
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Profondo Rosso
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Re: Le Cinéma britannique

Post by Profondo Rosso »

Hart wrote: 19 Nov 21, 10:11 Les anglais ont sorti un beau blu ray de cette œuvre très populaire outre-Manche , je ne sais pas si il existe une sortie DVD française.
Et non pas d'édition française pour l'instant, mais le BR est bien garni et très bien restauré oui :wink:
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Jeremy Fox
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Re: Le Cinéma britannique

Post by Jeremy Fox »

Le film anglais du vendredi : L'étranger dans la maison de Pierre Rouve. Chronique de Justin Kwedi.
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Jeremy Fox
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Re: Le Cinéma britannique

Post by Jeremy Fox »

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Geoffrey Firmin
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Re: Le Cinéma britannique

Post by Geoffrey Firmin »

Je n'ai pas revu Pygmalion récemment, mais dans mon souvenir j'avais préféré cette version à celle de Cukor. J'ai également aimé la première réalisation en solo de Leslie Howard, Mr Smith agent secret. Par contre la découverte récente de Spitfire (insipide film de propagande ) m'a beaucoup déçu.
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Profondo Rosso
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Re: Le Cinéma britannique

Post by Profondo Rosso »

Le Métro de la mort de Gary Sherman (1972)

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A Londres, deux étudiants américains découvrent un homme gisant dans une station de métro. Lorsqu’ils reviennent sur les lieux avec un policier, le corps a disparu. D’autres disparitions du même genre sont intervenues récemment. Que se passe-t-il dans les entrailles du métro ? L’inspecteur Calhoun mène l’enquête.

En ce début des années 70, l'épouvante gothique estampillée (entre autres) Hammer s'essouffle et le public semble davantage en demande d'un fantastique inscrit dans le quotidien. Ce sont les cadres intimistes, la terreur urbaine et la proximité d'une horreur inavouable qui participent aux succès d'œuvres comme Rosemary's Baby (1968), La Dernière maison sur la gauche (1972), L'Exorciste (1974) ou encore Massacre à la tronçonneuse (1974). Le Métro de la mort s'inscrit dans ce courant avec pour originalité de se situer dans un Londres contemporain et sordide comme on l'a rarement vu jusqu'ici. Le film est réalisé par Gary Sherman, américain exilé en Angleterre où il gagne sa vie en réalisant des publicités. Sous ce lucratif emploi, Sherman a pourtant un passé d'activiste de gauche qui lui valut quelques bisbilles avec la justice. C'est donc un certain dégoût de la situation au sein de sa patrie qui l'amène à la quitter mais ce regard engagé ne le quitte lorsqu'il observe dans son quotidien les inégalités régnant au sein de la société anglaise.

Tout le récit se joue ainsi sur l'échelle pyramidale qui régit les clivages de classes plus spécifiquement marqués encore au sein de cette société anglaise. Tous les personnages se trouvent à un moment où un autre placé en position d'infériorité par un interlocuteur qui les domine par son statut. Cela pourra être de manière légère lorsque le sarcastique inspecteur Calhoun (Donald Pleasence) rudoie sa secrétaire pour avoir son thé matinal, lorsqu'il sonde un suspect ou houspille ses subordonnés. Il va lui-même se heurter à ce mur social lorsque, enquêtant sur la disparition d'un ministre (qui lui aussi prendra de haut une jeune femme qu'il croit être une prostituée dans la scène d'ouverture) il sera renvoyé à son périmètre d'action limité par un arrogant agent du MI6 joué par Christopher Lee. Sherman n'est pas plus tendre avec ses compatriotes américains à travers ce personnage d'étudiant américain (David Ladd) qui, habitué à l'indifférence new-yorkaise ordinaire, va laisser un quidam inconscient dans le métro en le prenant pour un ivrogne, au grand désespoir de sa petite amie (Sharon Gurney) plus compatissante. A l'échelle la plus basse de ce monde contemporain individualiste, il y a le monstre cannibale du film. Il est le descendant de quatre ouvriers d'une compagnie de transport ayant fait faillite et abandonnée ses employés piégés sous les décombres d'une station en construction en 1892. Forcé de céder au cannibalisme pour survivre dans ces tréfonds, il est en quelque sorte le symbole de la dégénérescence (mentale comme physique) ultime dans laquelle succombent les plus démunis, les oubliés de la société. L'interprétation de Hugh Armstrong va d'ailleurs dans ce sens, le cannibale subissant sa monstruosité, ne cherchant qu'à survivre de la seule manière qu'il connaît et vivant dans une profonde solitude après le décès de sa dernière compagne d'infortune.

Le film fut tourné en trois semaines pour un budget minimaliste (Sherman plaisantant sur le fait que sa dernière pub tournée avait quatre fois le budget de ce qui est son premier long-métrage) voulut par Sherman. Il avait en effet la possibilité d'être produit par la compagnie Hemdale qui lui aurait fait bénéficier d'un tournage plus confortable, en studio. Sherman va se tourner vers le plus pingre producteur américain Paul Maslansky pour un tournage plus spartiate. L'objectif est double, les activités de pubard de Sherman ne l'autorisent pas à passer trop de temps sur la réalisation d'une production de cinéma moins rentable, et de plus l'économie restreinte renforce finalement le réalisme du film. Le tournage se fait dans une station inachevée ayant servie d'entrepôt de munition durant la Deuxième Guerre Mondiale, les raccords se faisant avec le quai et la sortie des vraies station District Lane et Russell Square. Gary Sherman excelle à installer une atmosphère glauque et inquiétante, où il n'oublie jamais sous l'effroi de distiller la compassion et la détresse qu'inspire le monstre. Un long plan-séquence nous introduit progressivement son antre sordide, un lent panoramique laissant découvrir chair à vif, membres éparpillés et squelettes décharnés dans cadre insalubre. La bande-son s'orne d'un bruit de goutte à goutte métronome qui se mêle à l'imagerie suintante tandis que l'on découvre la topographie des tunnels plongés dans les ténèbres. Ainsi conditionné, la surprise est d'autant plus grande de constater la nature profondément pathétique du monstre. C'est d'ailleurs ce désespoir qui met son existence à jour, ses sorties plus imprudentes attirant finalement l'attention sur les nombreuses disparitions sans suites ayant eu lieu au sein de la station.

Sous cet esthétique oppressante, le film adopte un ton assez étonnant. Nous sommes là dans une veine mi-horrifique, mi-sarcastique façon Frenzy de Alfred Hitchcock (1972) où les spécificités culturelles british (pause thé, sortie au pub) viennent s'insérer dans le drame en marche comme une sorte de tradition ne sachant pas s'adapter à un monde changeant. Le pourtant perspicace inspecteur Calhoun suit donc davantage l'enquête qu'il ne la mène, génialement joué par un Donald Pleasence déluré et loin du sérieux papal qu'il adoptera dans sa plus fameuse incursion dans l'horreur, Halloween de John Carpenter (1976) et ses suites. Loin de désamorcer la tension, cet aspect montre en fait le schisme et la déconnexion de ces différentes tranches de la société, notamment entre la vieille génération que symbolise Pleasence et la jeunesse libertaire représenté par le couple - à travers diverses piques sous-jacentes comme sur leurs coupes de cheveux, le fait qu'ils vivent en concubinage. La conclusion atteint des sommets de malaise où Gary Sherman équilibre brillamment la frayeur et le dégout qu'inspire le cannibale, jamais plus monstrueux que quand il réclame à sa façon l'affection qui lui sera toujours refusée. Une vraie pépite méconnue de l'horreur, vraiment à découvrir. 5/6
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Profondo Rosso
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Re: Le Cinéma britannique

Post by Profondo Rosso »

Baby Love de Alastair Reid (1969)

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Une adolescente de quinze ans dont la mère s'est suicidée emménage chez un amour de jeunesse de la défunte, aujourd'hui marié et père de famille. Elle découvre un milieu qu'elle ne connaissait pas et éprouve des difficultés à s'adapter...

Baby Love est un des films les plus sulfureux du cinéma anglais des années 60. Il s'agit de l'adaptation du roman éponyme de Tina Chad Christian, qualifié lors de sa publication de pendant britannique au Lolita de Vladimir Nabokov. Le film est le premier projet en tant que producteur indépendant de Michael Klinger qui vient de fonder sa compagnie après avoir fait les beaux jours de Compton Films où il fut derrière des classiques comme Cul de sac (1966) et Répulsion (1966) de Roman Polanski ou encore L'Année dernière à Marienbad d'Alain Resnais (1961). Ce mélange d'ambition artistique et de flair commercial joue à plein sur Baby Love dont il achète les droits sur les conseils de sa secrétaire. Le film dans sa promotion, esthétique et érotisme joue ainsi une carte volontairement racoleuse tout en faisant sens dans un film finalement plus proche de Théorème de Pasolini (1968) que de Lolita évoqué plus haut.

Luci (Linda Hayden) est une adolescente de quinze ans vivant seule avec sa mère. La scène d'ouverture illustre en montage alterné le tempérament précoce et audacieux de Luci, mais également ses démons en la montrant épater ses amies en allant embrasser un garçon, tandis qu'en parallèle on assiste au suicide de sa mère (Diane Dors) dont Luci découvrira le corps en rentrant. Robert (Keith Barron) un ancient amant de sa mère, l'accueille au sein de sa famille auprès de son épouse Amy (Ann Lynn) et son fils Nick (Derek Lamden) du même âge. Luci découvre ainsi un milieu social plus élevé qu'elle va devoir apprivoiser. La jeune fille est hantée par la vision de sa mère morte dans d'horribles cauchemars, dans lesquels on entrevoit des maux plus profonds comme la vie dissolue de cette mère qui multipliait les amants de passage. Cette vulnérabilité de Luci permet de briser la glace avec Amy qui va se prendre d'affection pour elle et tenter de compenser ce vide maternel. Cependant Luci est à ce moment crucial où une adolescente prend conscience à travers sa puberté du désir qu'elle éveille chez les hommes. Cela prend un tour pas forcément innocent mais encore timide avec Nick ayant peu d'expérience, mais très oppressant par le regard insistant, voire carrément les attouchements explicites d'adultes sans scrupules. Cependant Luci délaissée par sa mère dont elle n'a vu la tendresse s'exprimer qu'aux bras des hommes, ne ressent pas ses comportements comme les vraies agressions sexuelles qu'elles sont. Le malaise est palpable lorsqu'elle se délecte plus qu'elle ne s'offusque d'un voisin de cinéma lui caressant longuement la cuisse, ou quand elle se promène sans complexe en sous-vêtement dans un magasin durant une séance de shopping.

Dès lors tout le film fonctionne sur cette ambiguïté. Luci est une adolescente fragile et vulnérable ayant encore un pied dans l'enfance par ses terreurs nocturnes ou comportement infantile (ce pouce qu'elle suce dans son sommeil). Mais le seul moyen pour elle d'attirer l'attention des adultes est de jouer la carte d'une séduction précoce et malvenue. Le récit devient ainsi en sous-texte un brûlot des milieu aristocrates où se dissimule des désirs coupables. Robert le supposé père de substitution (dont on s'interroge un temps s'il n'est pas le géniteur biologique) entrevoit, à la fois troublé et effrayé, en Luci l'image de sa mère défunte - par ses troubles mentaux comme dans sa beauté séductrice. Il choisit la froideur distante pour fuir cette attirance interdite, mais certaines situations, regards et gestes équivoques trahissent plusieurs fois sa fébrilité. Amy est tout aussi perturbée par la jeune fille qui d'instincts maternels, fait progressivement naître un désir lesbien en elle. La jeune Linda Hayden est assez extraordinaire par son jeu ambigu faisant d'elle une proie qui stimule volontairement plutôt qu'elle ne fuit ses prédateurs. Qu'elle joue la carte de la régression enfantine ou de la précocité sexuelle, le sentiment de manipulation est constant. On comprend les errements qui l'on amenés à cette attitude provocante tout en étant perturbé par cette quête de chaos et d'autodestruction.

Alastair Reid instaure une atmosphère sensuelle, oppressante et suffocante où la menace réside autant dans le foyer qu'à l'extérieur - l'arrière-plan libertaire du Swinging London servant à plein dans certaines séquences. Une robe trop courte, un pantalon trop moulant, une étreinte trop tendre, tout est sujet à caution et susceptible de raviver une attirance coupable dans des moments de vie quotidien. Le réalisateur pousse les curseurs aussi loin que lui permet la censure anglaise pour traduire cette tonalité charnelle sulfureuse. Linda Hayden (qui a bien les quinze ans du rôle) passe de l'allure mutine à la sensualité la plus dérangeante en un regard, un cadrage, une nuance dans la composition de plan et la photo. Alastair Reid adopte presque par instant le regard subjectif de l'adulte incertain dans ses sentiments pour stimuler ce mélange de culpabilité et de désir. Si le film paraîtra sage au spectateur contemporain, tout est donc affaire de mise en scène inspirée pour s'immiscer habilement dans une zone grise entre suggestif elliptique et vrais instants explicites (dont une Linda Hayden plusieurs fois nue, mais qui désormais adulte assure avoir été très protégée lors du tournage malgré le sujet provocant) qui fera plus d'effet qu'une approche plus frontale, dont une fin surprenante. Une belle réussite pour Alastair Reid dont c'est la première réalisation (qui signera un encore plus malaisant The Night Digger l'année suivante, démontrant un vrai talent pour ce type d'approche) qui rencontrera un grand succès, se classant 11e du box-office anglais de 1969. 4,5/6
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Jeremy Fox
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Re: Le Cinéma britannique

Post by Jeremy Fox »

Aujourd'hui Justin nous parle de The Party's Over de Guy Hamilton.
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Major Dundee
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Re: Le Cinéma britannique

Post by Major Dundee »

Jeremy Fox wrote: 25 Feb 22, 07:59 Aujourd'hui Justin nous parle de The Party's Over de Guy Hamilton.
Je ne connaissais pas et j'avoue que Justin m'a sérieusement mis l'eau à la bouche 8)
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- J'aurais cinq ans... Ce serait du joli !


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Boubakar
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Re: Le Cinéma britannique

Post by Boubakar »

Pareil, ça donne très envie. Mais le bluray anglais n'a plus l'air disponible :(
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Re: Le Cinéma britannique

Post by Profondo Rosso »

Boubakar wrote: 25 Feb 22, 09:12 Pareil, ça donne très envie. Mais le bluray anglais n'a plus l'air disponible :(
Apparemment il en reste encore un :mrgreen: https://www.amazon.co.uk/gp/product/B00 ... A15O&psc=1 Mais sinon oui avant de s'embourgeoiser sur les James Bond et d'autres grosses prod les premiers films de Guy Hamilton sont vraiment intéressants. J'avais chroniqué de lui aussi Un Inspecteur vous demande qui est très bon https://www.dvdclassik.com/critique/un- ... e-hamilton
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Rick Blaine
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Re: Le Cinéma britannique

Post by Rick Blaine »

C'est sa toute fin de carrière qui ronronne un peu, pour le reste, ce que j'ai vu de lui est chouette, et son premier James Bond est pour moi tout bonnement le meilleur film de la série.
Un inspecteur vous demande est chouette, je suis d'accord, Les indomptables de Colditz également, L'affaire Winston aussi. Et il y a le remarquable Mes funérailles à Berlin, etc...
De ce que j'en ai vu, Hamilton est un réalisateur très intéressant. Je me note The party's over. Je dois avoir le BR qui traine en plus.
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Jeremy Fox
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Re: Le Cinéma britannique

Post by Jeremy Fox »

Les Bas quartiers de Peter Collinson ; c'est notre british/Kwedi du vendredi.