Le Cinéma britannique

Rubrique consacrée au cinéma et aux films tournés avant 1980.

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Rick Blaine
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Re: Le Cinéma britannique

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Crime à distance (Ken Hughes - 1974)
Nommé à des hautes fonctions officielles, Robert Elliott doit effacer les traces de son passé d'espion industriel, en éliminant les 4 membres de son réseau.
Un jeu de massacre absolument jouissif, qui bénéfice d'une écriture au cordeau et d'un montage remarquable qui créent un film formidablement ludique. Une belle atmosphère grise, typique du cinéma britannique de cette époque, est installé par le grand directeur photo Geoffrey Unsworth. James Coburn est excellent dans le rôle d'un homme de pouvoir machiavélique et l'ensemble du casting est excellemment dirigée par Hughes. Très belle surprise.
Profondo Rosso
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Re: Le Cinéma britannique

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I Was Monty's Double de John Guillermin (1958)

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1944. Les membres du MI5 mettent au point un stratagème pour faire croire aux Allemands qu’une partie des troupes du débarquement partira des côtes africaines. Pour cela ils engagent un ancien acteur britannique qui ressemble au général Montgomery comme deux gouttes d’eau. Le plan fonctionne si bien que les Allemands envoient des divisions en Afrique ainsi qu’un commando spécial chargé de kidnapper le général Montgomery.

I Was Monty's Double retrace un épisode aussi improbable que bien réel de la Deuxième Guerre Mondiale. M.E. Clifton James, soldat australien engagé dans l'armée britannique et comédien dans le civil, fut enrôlé pour servir de sosie au général Montgomery avec lequel il entretenait une grande ressemblance physique. Avec le Débarquement imminent en 1944, il s'agissait de détourner l'attention des allemands sur le réel lieu de la manœuvre en envoyant le faux Montgomery sur les côtes africaines afin qu'ils pensent que l'offensive serait menée via le sud de la France. Même si le lien n'a jamais pu officiellement être fait, il semble que le plan ait fonctionné au-delà des espérances puisque croyant effectivement que le Débarquement n'aurait plus lieu en Normandie, les allemands relâchèrent leur attention -Rommel en charge la défense des côtes de la Manche parti fêter l’anniversaire de sa femme à Berlin, l'état-major défendant la Normandie en permission à Rennes, et une division de tank fut détournée pour se rendre dans le Midi.

Le postulat est si surréaliste que le scénario de Bryan Forbes (adapté des mémoires de Clifton James en 1954) adopte un ton étonnamment badin pour traiter le sujet. John Mills incarne ainsi un agent du MI5 en charge de fournir un leurre aux allemands mais prenant la charge à la légère, et c'est en allant draguer une possible conquête au théâtre qu'il tombe sur Clifton James singeant Montgomery sur scène pour rire. L'idée folle est alors lancée en faisant d'abord miroiter à l'intéressé un rôle dans un film pour lequel il serait temporairement démobilisé. Là encore la réalité est plus folle puisque ce fut David Niven (alors colonel au service cinématographique des armées) qui approcha Clifton James. La grande idée est que c'est Clifton James lui-même qui reprend son rôle à l'écran et rejoue donc les situations vécues quelques années plus tôt. Cette approche légère fonctionne aussi dans les préparatifs avec le travail d'observation, de mimétisme et de diction de notre héros pour dupliquer son modèle, l'occasion de quelques moments cocasses où le seul nuage repose sur le trac et le narcissisme du comédien.

Une vraie tension parvient cependant à s'installer une fois l'opération lancée grâce à des éléments réels et d'autres enjolivés pour le film. Gibraltar véritable nid d'agents doubles instaure ainsi un vrai suspense de film d'espionnage paranoïaque où l'on compte autant sur la transmission de la fausse manœuvre que l'on craint les actions contre Montgomery /Clifton James. Guillermin équilibre habilement réel suspense (la confrontation avec Marius Goring évidemment en fourbe agent double) et observation tendre des difficultés de Clifton James à endosser la stature de son modèle (très belle scène de discours où il tâtonne avant de se mettre des officiers américains dans la poche). La gravité des enjeux s'accentue donc pour laisser disparaître cette veine amusée et le climax final se révèle diablement haletant même si le dernier rebondissement est inventé. Original, trépidant et captivant une belle réussite ! 4,5/6
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Rick Blaine
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Re: Le Cinéma britannique

Post by Rick Blaine »

Je confirme, chouette film ! :D
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Jeremy Fox
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Re: Le Cinéma britannique

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Akenfield, film britannique de Peter Hall chroniqué par Justin Kwedi.
Profondo Rosso
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Re: Le Cinéma britannique

Post by Profondo Rosso »

When the wind blows de Jimmy T. Murakami (1986)

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En Grande-Bretagne, au XXe siècle, un couple de personnes âgées se retrouve confronté à une guerre nucléaire et à ses suites.

En ce début des années 80, le regain de tension de la Guerre Froide ravive les angoisses d'un conflit nucléaire au sein de la population. En Angleterre, la bande dessinée When the wind blows capture par puissance et émotion ces inquiétudes lors de sa parution en 1982. L'ouvrage va susciter un vif débat public et connaître des adaptations sous forme de pièce de théâtre ou encore de fiction radiophonique. En cette même année 1982, Raymond Briggs va immensément gagner en popularité lorsque sa bande dessinée The Snowman va être adaptée en court-métrage d'animation par Dianne Jackson et diffusé à la télévision britannique. C'est un immense succès et désormais diffusé chaque noël en Angleterre et dont la chanson est apprise dans les cours préparatoire. Ce phénomène va donc ouvrir la voie pour transposer sous la même forme When the wind blows, œuvre plus difficile de Briggs.

A la mise en scène on retrouve Jimmy T. Murakami, certes coupable du nanar Les Mercenaires de l'espace (1980) mais surtout spécialiste de l'animation et qui fut notamment assistant réalisateur sur The Snowman. L'esthétique du film est particulièrement fidèle à Raymond Briggs avec ce trait rondouillard des personnages, ce croisement entre réalisme et dépouillement des environnements, l'usage de couleurs pastels. Nous plongeons ici dans un monde où cette guerre nucléaire est à la fois imminente dans le contexte, et si éloignée du quotidien du quotidien rural d'Hilda et Jim, couple de personnes âgées. On met en parallèle la menace qui se rapproche (insert d'actualité live, vision de préparatifs de lancer de missile, de sous-marin nucléaire l'affut) et de la réception toute naïve de l'information par le couple. Les évènements tragiques arrivent sporadiquement par la radio, Jim lit distraitement les instruction de survie en cas d'attaque dans un manuel acheté en passant à la librairie. On nous dresse ainsi un cadre bucolique où nos personnage badinent candidement de la situation tout en vacant à leurs tâches quotidiennes. On s'amuse des précautions maladroitement suivies par Jim pour protéger son foyer, sous les reproches d'Hilda dont la salle de séjour est mise sens dessus dessous - décrocher toute les portes pour façonner un abri de fortune à l'intérieur. Cela sert surtout à tisser l'amour tendre nourrit par les personnages au fil des années et dresser finalement un portrait de l'Angleterre d'avant face un conflit bien d'aujourd'hui. Les personnages souffrent ainsi de ne pas voir un leader charismatique à la Churchill ou Montgomery venir les haranguer et inciter à prendre courage. Ces figures se rattachent à la Deuxième Guerre Mondiale où sous les souffrances et privations du Blitz, la population était solidaire - sentiment qui passe dans les flashbacks du couple. Ici le minimalisme de l'environnement souligne la profonde solitude et isolement d'Hilda et Jim face à leurs dirigeants, leur pays, leur congénère. C'est pourtant la naïveté et la croyance d'antan qui dominent chez eux, convaincu d'abord qu'ils seront prévenus en cas de catastrophe puis quand celle-ci arrivera qu'ils seront secourus à coup sûr.

Visuellement Murakami mélange les techniques entre animation traditionnelle, stop-motion pour certains accessoires et éléments de décors, et parfois incrustation de nos personnages animés dans des cadres "en dur". Cela crée un effet troublant où la candeur "dessinée" des personnages se confronte de plus en plus à la crudité palpable des environnements qui gagnent en désolation. Les effets poétiques crayonnées dans une texture presque de fusain jouent autant sur la rêverie (Hildat soufflant sur un bourgeon qui enclenche un court moment musical) que le pur cauchemar avec la glaçante séquence d'attaque nucléaire. Dès lors le malaise s'installe progressivement, l'allant amusé des personnages s'estompant dans une faillite morale (l'extérieur apocalyptique vu de sa fenêtre) et physique avec les effets croissants des radiations. La gorge se serre peu à peu quand le délabrement des lieux se conjugue à celui physiologique (amaigrissement, perte de cheveux) du couple, qui ne pouvant plus croire en l'humain, en recours avec une touchante maladresse à Dieu au final, en vain - la prestation de John Mills et Peggy Ashcroft au doublage est exceptionnelle. Une œuvre poignante, nécessaire et intemporelle. 5/6
Profondo Rosso
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Re: Le Cinéma britannique

Post by Profondo Rosso »

Meurtre par décret de Bob Clark (1979)

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Sherlock Holmes et le docteur Watson sont sur la piste de Jack l'Éventreur. Leur enquête va les mener dans l'entourage de la famille royale, du gouvernement britannique et de la franc-maçonnerie.

Le duel entre le fin limier imaginé par Arthur Conan Doyle et le serial-killer insaisissable de White Chapel est un fantasme de fiction qui démarra à l'époque même des faits sordides et de la publication des aventures de Sherlock Holmes. Par la suite toute une littérature et des films obscurs allaient alimenter cela jusqu'à la production nantie et prestigieuse que constitue Meurtre par décret. Le film de Bob Clark puise son inspiration dans deux sources majeures parues peu avant sa sortie. Pour l'intrigue il s'agit d'une adaptation du roman The Ripper File de Elwyn Jones et John Lloyd qui suivait deux détectives (transformés en Holmes et Watson pour le film) lancé sur la piste de Jack l'Éventreur et où la contextualisation sociale et historique avait une importance fondamentale qu'on retrouve dans le film. L'autre ouvrage de base est Jack the Ripper : The Final Solution de Stephen Knight, livre-enquête qui suggérait un complot impliquant la famille royale et les francs-maçons dans les crimes Jack l'Éventreur. Si la crédibilité des thèses du livre a largement été désavouée depuis, elle va nourrir tout un imaginaire où puisent donc Meurtre par décret, plus tard la bd From Hell d'Alan Moore et bien évidemment l'adaptation qu'en feront les frères Hughes en 2002.

Hormis deux ou trois scènes chocs, Bob Clark pourtant venu du cinéma d'horreur (avec les deux réussites que sont Le Mort vivant (1974) et Black Christmas (1974)) est relativement sage sur ce point. Le premier crime cède à tous les clichés esthétiques associés au sujet avec les ruelles crasseuses de White Chapel plongées dans la brume nocturne (l'historien du crime Stéphane Bourgoin raconte d'ailleurs la nature fantasmée de cet élément, tous les crimes ayant eu lieu de jour au petit matin), avant un saisissant meurtre en caméra subjective où la première victime succombe férocement étranglée. Parmi les autres moments graphiques et glaçants, on aura aussi la visite d'un asile psychiatrique cauchemardesque et un dernier meurtre dont on devine tremblant la nature sanglante à travers la buée d'une vitre. Pour le reste, Bob Clark s'intéresse essentiellement à la facette sociale et complotiste de ses inspirations littéraire. Dès le début avec l'arrivée à l'opéra du Prince de Galles sifflé par les radicaux, cette tension sociale est palpable. L'esthétique du film y participe avec finalement un sens à cet usage de la brume qui dissimule les maux de la plèbe et illustre l'indifférence des nantis dont les beaux quartiers dans une même temporalité exposent leur élégance dans une pure clarté formelle.

L'enquête de Holmes et Watson nous fait donc remonter les arcanes du pouvoir et de la corruption ambiante, prêt à tout pour masquer la vérité. Bob Clark oscille entre les éléments sociologiques concrets de ce contexte (le sensationnalisme de la presse, le racisme faisant de l'étranger et plus précisément les juifs le suspect désigné) et le pur imaginaire (Donald Sutherland en médium halluciné) avec le fiacre funeste qui traverse les lieux du crime, la nature grotesque et dégénérée du coupable lorsqu'il sera démasqué. Le scénario mêle bien cette dimension de classe obsédant la société anglaise avec une forme de fanatisme qui conduira aux exactions de Jack l'Éventreur. Christopher Plummer incarne un Holmes bien plus vulnérable et sensible que dans les romans, bien secondé par un James Mason très attachant dans son constant temps de retard face à l'esprit en ébullition de son acolyte. Visuellement la reconstitution est élégante (superbes plans de maquettes et matte-painting dans les vues panoramiques de Londres) mais on regrettera que Clark se montre si mollasson dans les moments de suspense et d'action (qu'il sait pourtant remarquablement amener) où l'exécution quelconque (un enlèvement en plein jour, le duel final) fait un peu retomber la tension. Très intéressant donc même si sur le sujet on peut préférer le téléfilm des années 80 avec Michael Caine, ou le From Hell des frères Hughes à l'ambiance plus oppressante. 4/6
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Commissaire Juve
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Re: Le Cinéma britannique

Post by Commissaire Juve »

Désolé du parasitage... Découvert en salle début juillet 79. Je n'ai jamais été client des films "sanglants", "saignants" (de slasher, appelez-ça comme vous voulez) -- et mes chaussettes ont littéralement dégringolé quand j'ai découvert "Alien" deux mois plus tard -- et Meurtre par décret a été mon tout premier film "violent" (on va dire ça).

J'en garde très peu de souvenir : ambiance bleutée... un corps jeté d'un fiacre... Geneviève Bujold avec les yeux rougis (ou le nez)...
Profondo Rosso wrote: ...
Hormis deux ou trois scènes chocs, Bob Clark pourtant venu du cinéma d'horreur ... est relativement sage sur ce point.
Et je serais peut-être "surpris" si je le revoyais.
La vie de l'Homme oscille comme un pendule entre la douleur et l'ennui...
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Breakout - Peter Graham Scott (1959)

Post by kiemavel »

Alors qu'il vient tout juste d'être condamné à 7 ans de prison pour escroquerie, lors d'un entretien avec sa femme juste avant d'être incarcéré, Arkwright parvient à communiquer à l'insu des gardiens et lui demander d'employer l'argent détourné afin de le faire libérer au plus vite. Rita Arkwright prend contact avec une organisation très professionnelle, spécialisée dans les évasions qui rappelle un expert en sommeil depuis 3 ans, lequel planifie minutieusement l'évasion …

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Un court film de Jailbreak, qui pourrait ressembler à 50 autres, s'il n'y avait ces délicieuses British Touch :

Cette association de malfaiteurs (Chandler, interprété par William Lucas et Farrow, par Terrence Alexander) au look d'assureurs, dont l'un a fait Oxford, à l'allure et au parler très distingués, qui reçoivent la clientèle dans un bureau en ville ayant pignon sur rue … mais d'où l'on peut commander l'évasion de son époux qui veut abréger son séjour à l'ombre. C'est Rita, la commanditaire. Elle est jouée par Hazel Court en mode « femme fatale » (malgré la promesse faite à son mari, elle succombe très vite au chaud lapin de l'organisation) et l'expert qui n'en a pas l'air, c'est le très flegmatique Munro (Lee Patterson)

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A tous les niveaux, les scénaristes ont réussi à concilier sérieux, réalisme et humour, y compris dans « l'accessoire « , c'est à dire ce qui ne concerne pas directement l'évasion (la vie de couple des Munro), une prouesse vu le métrage : 62 min. Par contre, le réalisme des détails ne veut pas dire que le film satisfera nos "amis les vraisemblants " !
Mais malgré la fantaisie, le film tient le coup en tant que "suspense" et sur le "factuel" : la préparation de l'évasion, qui implique des repérages, la mise hors service des livreurs d'une petite entreprise de transport qui ravitaille la prison (car c'est en se faisant employer lui même comme livreur que Munro compte honorer son contrat), les modifications faites sur la camionnette du livreur – pour commencer – mais y ajoute des touches d'humour :

Tout ce qui a trait à O'Quinn (Dermot Kelly), ce complice irlandais, solide buveur, qui accepte de se faire incarcérer pour un mois suite à une bagarre provoquée à dessein afin de communiquer directement avec le prisonnier.
Ou au patron de Munro - lequel est, entre deux contrats, dessinateur au sein d'un cabinet d'architecte urbaniste - qui du début à la fin (y compris dans la scène finale) est très amusant en caricature du chef pointilleux et exigent qui va seriner Munro sur la nécessité de « ne pas négliger les détails ». Et oui, et pas seulement en ce qui concerne la conception de l'évacuation des eaux usées de la ville…

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Et enfin, réalisme et humour aussi au sein du couple Munro (l'épouse est jouée par la toujours impeccable Billie Whitelaw). D'un coté, le réalisateur parvient à montrer la relation sensuelle entre les époux ; ajoute une touche de réalisme social car la jeune femme revient souvent - même si la manière est légère - sur leurs maigres revenus (l’opportunité d'acheter – ou non - une télévision revient notamment souvent dans leur conversation) et de l'humour car elle n'arrête pas de reprocher à son mari de manquer d'esprit d’initiative – surtout par rapport à un beauf invisible qui, lui, multiplie les petits boulots pour améliorer l'ordinaire - ce qui est assez ironique quand on sait ce que prépare Munro, en apparence il est vrai juste futile et enfantin avec ses maquettes de camionnette …
Une très bonne surprise réalisée par le peu prolifique Peter Graham Scott où l'on voit passer de nombreux seconds rôles bien connus du cinéma brit. vu ' à peu près ' en vost

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Profondo Rosso
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Re: Le Cinéma britannique

Post by Profondo Rosso »

That'll Be the Day de Claude Whatham (1973)

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Dans la Grande-Bretagne des années 50, Jim (David Essex) est un jeune homme qui vit seul avec sa mère commerçante et son grand-père. Son père les a quitté du jour au lendemain, quelques mois après être rentré de la guerre. Obsédé par le fait de prendre la route, il lâche l’école le jour de ses examens et quitte le domicile familial sans rien dire.

En ce début des années 70, le rock alors en pleine phase pompière avec le succès des groupes de rock progressif entre pour la première fois dans une phase nostalgique. David Bowie signe l'album de reprises Pin-ups où il rend hommage à ses héros, les Who signent l'album concept Quadrophenia (plus tard suivi d'un film) et le cinéma s'empare du phénomène avec plus spécifiquement une nostalgie des années 50 dans American Graffiti de George Lucas (1973) dont la bande-son est gorgées de tubes rock'n'roll. That'll Be the Day s'inscrit dans ce courant avec son récit observant la fièvre rock'n'roll gagner la jeunesse anglaise des années 50. Le point de départ est la chanson autobiographique 1941 de Harry Nilsson qui y narre l'abandon par son père et la manière dont il reproduit malgré lui le schéma vingt ans plus tard. Le morceau parle grandement au producteur David Puttnam, issu de la même génération et qui y retrouve une partie de son parcours, ou des chemins qu'il aurait pu emprunter. Il va alors solliciter le scénariste Ray Connolly afin de développer une intrigue digne de ce nom autour de ces thématiques et contexte. Le film parle ainsi de cette génération ayant grandie dans la sinistrose anglaise d'après-guerre, face à des pères concrètement ou symboliquement absents après l'expérience du front, et une famille les poussant à une existence conformiste afin de connaître la stabilité qu'ils n'ont pas eu.

C'est précisément le cas du héros Jim (David Essex), élevé par sa mère après la fuite du foyer de son père vétéran qui s'y sentait étouffé. Jim souffre du même mal dans ce cadre provincial à l'avenir tout tracé. Sur un coup de tête, il sèche ses examens d'entrée à l'université et quitte le foyer sans trop savoir quoi faire. L'un des aspects intéressants du film consiste en son traitement du rock. La musique est omniprésente dans le quotidien de Jim, en arrière-plan dans la bande son inondée de standards rock'n'roll, dans les concerts qu'il va voir et bien sûr dans sa collection de disques dont un savoureux moment où on le voit découvrir le premier album de Buddy Holly. Seulement Jim n'a aucune compétence musicale si ce n'est vaguement l'harmonica, mais de toute façon malgré ses envies d'ailleurs son conditionnement ne le fait pas ne serait-ce qu'envisager une carrière musicale. Le récit suit donc sa quête sinueuse et ses errements, hésitant entre une liberté dont il ne sait que faire et une normalité qui constitue une impasse. Dans les deux cas notre héros adopte une attitude discutable notamment avec les femmes, qu'elles soient des aventures furtives ou l'amie d'enfance qui deviendra sa femme.

Claude Whatham propose une belle reconstitution de cette Angleterre sage et endormie des fifties, et montre subtilement la fièvre du rock gagner la jeunesse locale. Ainsi cela se réduit initialement à la bande-son ou aux scènes où l'on voit Jim écouter ses disques, mais peu à peu les espaces clairsemés où il voit de rare groupe anglais jouer gagnent en audience avide de sensation, en groupies aux regards énamourés (ce qui a son importance pour notre héros narcissique). Alors que le cadre était un frein pour amener Jim à faire de la musique, le zeitgest agit comme un déclic pour lui alors qu'il semblait avoir cédé à une existence traditionnelle. Ce n'est donc que lors de la dernière scène qu'il se montre, par un acte à la fois courageux et lâche, réellement investi d'une volonté d'être musicien. David Essex est d'autant plus convaincant qu'il était alors une pop star montante en Angleterre et que de nombreuses situations rencontrées par son personnage trouvaient une résonance dans son vécu. On en dira de même des guest-star de luxe qui ont réellement vécu la période évoquée dans le film avec notamment Billy Fury, Keith Moon (batteur des Who), Ringo Starr (le groupe du film est d'ailleurs largement inspiré des Beatles/Quarrymen balbutiant des débuts). Le film sera un immense succès au box-office anglais, et aura une suite intitulée Stardust l'année suivant qui cette fois plonge concrètement dans les excès et le désenchantement du rock. 4,5/6
Profondo Rosso
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Re: Le Cinéma britannique

Post by Profondo Rosso »

Stardust de Michael Apted (1974)

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Jim McLaine (David Essex) essaie de percer avec son groupe The Stray Cats. Mais ils vont de galère en galère. Jusqu’à ce qu’il recrute un vieil ami Mike (Adam Faith) pour jouer les impressari. Le groupe enregistre bientôt son premier disque qui triomphe en Angleterre puis aux Etats-Unis. C’est le début du succès mais aussi le début de la fin.

Un an après le triomphe commercial de That'll Be the Day sort donc Stardust, sa suite directe cette fois réalisée par Michael Apted. Nous avions laissé le héros Jim McLaine (David Essex) au moment où il abandonnait tout pour endosser une carrière de musicien au sein du groupe Stray Cats. C'est là que nous le retrouvons, végétant et tentant tant bien que mal de gravir les échelons avec sa formation. Il va contacter son ancien compagnon d'infortune Mike (Adam Faith qui reprend le rôle tenu par Ringo Starr dans le premier film) dont le bagout pourrait bien les aider en tant que manager. Après la nostalgie des années 50 de That'll Be the Day, c'est celle du début sixties qui est à l'honneur avec à l'émergence des groupes Mersey-beat en Angleterre dans le sillage des Beatles puis la British Invasion qui les fera exploser aux Etats-Unis. Le film était certainement précurseur à l'époque dans son évocation sans fard du rise and fall d'une rock star, mais nombre de situations ont depuis été largement usée (le récent biopic de Queen Bohemian Rapsody en décalque complètement la structure et certains personnages comme le manager toxique). Tant que l'on reste dans le fantasme sixties cela reste agréable, que l'ambiance de pubs enfumés où le groupe fait ses premières armes, la promiscuité des premières tournées mouvementées à l'économie ou encore la frénésie des premières fans.

La suite est un peu plus attendue même si reposant sur la réalité qui fit imploser beaucoup de groupe, à savoir la quête de réussite sur le marché américain et l'exploitation par les financiers à coup de formatage et de tournées harassantes. Jim McLaine déjà moralement douteux dans le premier film cède joyeusement à tous les clichés de la rock star décadente. Ego surdimensionné le poussant à faire de ses partenaires des faire-valoir (les Stray Cats devenant Jim McLaine and the Stray Cats), coucheries multiples avec les groupies et consommation effrénée de drogues diverses. On perd l'originalité de ton et l'atmosphère lumineuse de That'll Be the Day pour montrer l'envers du rêve auquel aspirait Jim dans ce second film, et qui relève d'un enfer de solitude. L'un des atouts de cette suite réside néanmoins dans sa mise en scène. Claude Whatham excellait à reconstituer une époque révolue dans de belles vignettes (ce qu'il confirmera d'ailleurs en signant par la suite le beau film pour enfant Hirondelles et Amazones (1974)) tandis que Michael Apted, venu de la télévision et du documentaire (notamment le culte 7 up)) instaure un style à vif, une urgence et un chaos qui correspond bien aux excès des personnages. David Essex est une nouvelle fois très bon, le jeune homme instable en quête d'ailleurs étant devenu un égoïste ingérable et perché. Là encore la réalité et le cliché de l'époque sont bien rendus, tant dans l'évolution musicale de Jim (les rock gentils des débuts laissant place aux opéras rock aux concepts fumeux, on sent le petit tacle au Tommy des Who pourtant un bon disque) les retraites mystiques de star avec notre héros s'isolant dans un manoir espagnol. L'interprétation globale sauve l'impression de déjà-vu, notamment Adam Faith excellent en manager vampire vivant de trop près le succès de ses poulain, et son pendant carnassier et plus business incarné par un Larry Hagman en répétition pour son futur rôle de JR Ewing.

Le vrai point irréprochable réside, comme dans le premier film, sur la musique. Le chanteur et producteur Dave Edmunds signe tous les morceaux originaux du film (en plus de jouer un des membres du groupe) et décalque brillamment les tendances musicales de chaque période, que ce soit les belles compositions Mersey-beat (son qu'il remettra au gout du jour quand il produira le groupe The Flaming Groovies) ou les grands écarts pompeux du prog rock. Détail amusant, quelques années plus tard il produira les Stray Cats, groupe bien réel cette fois et responsable d'un revival rockabilly au début des années 80. On perd donc le ton singulier du premier film mais cette suite sans surprise n'est pas inintéressante. 3,5/6
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Jeremy Fox
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Re: Le Cinéma britannique

Post by Jeremy Fox »

La Britannique Cathi Unsworth est non seulement l’auteure de beaux romans criminels (Au risque de se perdre, Le Chanteur, Bad Penny Blues, Zarbi et London nocturne - tous parus en français chez Rivages), mais elle est aussi une journaliste et critique reconnue, spécialisée dans la musique et le cinéma. Cathi Unsworth a, notamment, collaboré aux éditions en DVD/Blu-ray du British Film Institute de quelques trésors oubliés du cinéma made in UK : Man of Violence ou bien encore That Kind of Girl. C’est donc un guide de voyage à travers quatre décennies de cinéma criminel britannique, aussi avisé que finement écrit, que Cathi Unsworth propose dans les lignes suivantes. Et s’il n’ignore aucun des chefs-d’œuvre produits par le Film Noir britannique durant ces fertiles années, il en révèle aussi nombre de titres (injustement) oubliés et méritant de figurer dans toute Dvdthèque criminelle digne de ce nom. Chacun des titres évoqués par Cathi Unsworth est accompagné de la référence la plus récente possible, si possible française, et parfois anglaise.
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Re: Le Cinéma britannique

Post by OM77 »

superbe... merci
indispensable pour tout cinéphile curieux de ce cinéma britannique.
en attendant avec impatience la suite...
PS : toujours aussi dommageable le manque d'intérêt de nos éditeurs pour le cinéma d'Outre-Manche, pour le moins concernant le support blu-ray.
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Supfiction
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Re: Le Cinéma britannique

Post by Supfiction »

A propos de Beat girl (1959), il est flagrant de constater à quel point on essaya de faire de Gillian Hills un clone de Bardot: même coiffure, même moue boudeuse et effronterie envers le patriarcat, même façon de danser.. mais la copie n’a pas l’authenticité et la fraîcheur de l’originale.
D’ailleurs il est vrai que je connaissais la chanteuse Gillian Hills bien avant de savoir qu’elle était également actrice.
Je n’ai pas vu de boa constrictor, mais en revanche il est vrai que la scène de striptease est particulièrement chaude pour l’époque.
Sinon la peinture de la jeunesse de cette fin des années 50 est intéressante ; elle ressemble d’ailleurs un peu à ce qu’on voit dans Les tontons flingueurs (flingueurs mis à part évidemment).

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Jack Carter
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Re: Le Cinéma britannique

Post by Jack Carter »

Jeremy Fox wrote:
La Britannique Cathi Unsworth est non seulement l’auteure de beaux romans criminels (Au risque de se perdre, Le Chanteur, Bad Penny Blues, Zarbi et London nocturne - tous parus en français chez Rivages), mais elle est aussi une journaliste et critique reconnue, spécialisée dans la musique et le cinéma. Cathi Unsworth a, notamment, collaboré aux éditions en DVD/Blu-ray du British Film Institute de quelques trésors oubliés du cinéma made in UK : Man of Violence ou bien encore That Kind of Girl. C’est donc un guide de voyage à travers quatre décennies de cinéma criminel britannique, aussi avisé que finement écrit, que Cathi Unsworth propose dans les lignes suivantes. Et s’il n’ignore aucun des chefs-d’œuvre produits par le Film Noir britannique durant ces fertiles années, il en révèle aussi nombre de titres (injustement) oubliés et méritant de figurer dans toute Dvdthèque criminelle digne de ce nom. Chacun des titres évoqués par Cathi Unsworth est accompagné de la référence la plus récente possible, si possible française, et parfois anglaise.
Partie 1
Je sens que je vais me regaler à lire ça, et pourquoi pas me (re)mater quelques titres :D
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Jeremy Fox
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Re: Le Cinéma britannique

Post by Jeremy Fox »

Jeremy Fox wrote:
La Britannique Cathi Unsworth est non seulement l’auteure de beaux romans criminels (Au risque de se perdre, Le Chanteur, Bad Penny Blues, Zarbi et London nocturne - tous parus en français chez Rivages), mais elle est aussi une journaliste et critique reconnue, spécialisée dans la musique et le cinéma. Cathi Unsworth a, notamment, collaboré aux éditions en DVD/Blu-ray du British Film Institute de quelques trésors oubliés du cinéma made in UK : Man of Violence ou bien encore That Kind of Girl. C’est donc un guide de voyage à travers quatre décennies de cinéma criminel britannique, aussi avisé que finement écrit, que Cathi Unsworth propose dans les lignes suivantes. Et s’il n’ignore aucun des chefs-d’œuvre produits par le Film Noir britannique durant ces fertiles années, il en révèle aussi nombre de titres (injustement) oubliés et méritant de figurer dans toute Dvdthèque criminelle digne de ce nom. Chacun des titres évoqués par Cathi Unsworth est accompagné de la référence la plus récente possible, si possible française, et parfois anglaise.
Partie 1
2ème partie