Rainer Werner Fassbinder (1945-1982)

Rubrique consacrée au cinéma et aux films tournés avant 1980.

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locktal
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Re: Rainer Werner Fassbinder (1945-1982)

Post by locktal »

O'Malley wrote:Je viens de voir certains des films du cycle Fassbinder et:
1. Le droit du plus fort (son film le plus abouti)
2. Tous les autres s'appelle Ali (intéressant mais l'émotion ne fonctionne que par intermittences)
3. Les larmes amères de Petra Von Kant (ennuyeux mais le film dégage quand même un certain charme par sa structure en 5 actes, son huis clos étouffant, ses relations de pouvoir, son univers exclusivement féminin, la beauté et l'interprétation de Hanna Schygulla, la belle photographie de Michael Balhaus).

On est quand même très proches de l'univers de Pedro Almodovar, en plus sombre et pesant, en plus allemand quoi! (notamment Petra Von Kant qui m'a rappelé à plusieurs reprises Attache moi).
Ce serait plutôt Almodovar qui serait proche de l'univers de Fassbinder :wink:

En tout cas, mon préféré de Fassbinder est pour moi aussi Le droit du plus fort, d'une noirceur impressionnante !
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R.W. Fassbinder
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Re: Rainer Werner Fassbinder (1945-1982)

Post by R.W. Fassbinder »

locktal wrote:Ce serait plutôt Almodovar qui serait proche de l'univers de Fassbinder :wink:
Almodovar m'a tout gestohlen. Klein spieler!

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Dunn
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Re: Rainer Werner Fassbinder (1945-1982)

Post by Dunn »

Dvdclassik ressuscite les cinéastes décédés :shock:
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Demi-Lune
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Re: Rainer Werner Fassbinder (1945-1982)

Post by Demi-Lune »

Effie Briest (1974)
J'aime bien le titre en VO : Fontane - Effi Briest oder: Viele, die eine Ahnung haben von ihren Möglichkeiten und Bedürfnissen und dennoch das herrschende System in ihrem Kopf akzeptieren durch ihre Taten und es somit festigen und durchaus bestätigen :mrgreen:
Les titres des films de Fassbinder sont meilleurs que les films eux-mêmes.

Fin du périple fassbindérien. D'abord, j'ai été étonné par la version sonore proposée par Arte : alors que les acteurs parlent effectivement en allemand (sous-titré), la voix du narrateur était française. Probablement récemment enregistrée car si je ne m'abuse, Effie Briest voyait là sa première diffusion télé. Enfin bref. En se frottant à l'exercice du film d'époque, Fassbinder réalise avec Effie Briest l'un de ses films les plus épurés et équilibrés d'un point de vue stylistique. Malheureusement cette retenue crée un véritable glacis émotionnel autour des personnages. Comme toujours, Fassbinder reste pour moi incapable d'incarner son récit. C'est incroyable de voir une telle froideur, un tel détachement, être l'étoffe d'une œuvre revendiquant en permanence son intérêt envers les relations humaines. Le drame très romanesque de la jeune Effie Briest, qui connaîtra les mêmes épreuves et les mêmes mésaventures que bien d'autres héroïnes littéraires du XIXe siècle, échoue selon moi complètement à impliquer. Je crois deviner ce qui a pu intéresser Fassbinder dans cette adaptation - c'est toujours ce même thème de l'insatisfaction sentimentale, son impossible assouvissement -, mais comment se passionner pour des personnages si fantomatiques, si étudiés ? Leurs états d'âme ne convainquent jamais, il y a ce côté toujours très surfait des dialogues qui ne sonnent pas vrais. OK Hanna Schygulla est une belle femme mais ses attitudes "fassbinderiennes", apathiques, sont franchement pénibles. Si Fassbinder a voulu guinder et scléroser son film à l'image des convenances sociales de cette époque, c'est réussi en un sens. En résulte un film terriblement ennuyeux et long, d'une austérité rebutante (une scène de duel c'est un moment romanesque par excellence, non ? ben même là on s'en fout), avec de vieux démons de poseur-attitude qui reviennent à la surface. Mais comme souvent chez le cinéaste, la fin mérite le détour.

Allez, bye bye Fassbie, et sans rancune. :D Image
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Re: Rainer Werner Fassbinder (1945-1982)

Post by Gustave »

Double nouvelle concernant RWF !

A l'Institut Lumière de Lyon, l'éminent critique Jean Douchet viendra les 28 février et 1er mars prochains animer un week-end qui lui est consacré : projections présentées et commentées du Mariage de Maria Braun, Le Droit du plus fort, Le Secret de Veronika Voss et Tous les Autres s'appellent Ali.
Places déjà en vente : http://institut-lumiere.org/

Comme vous le savez sûrement, ce dernier film - mon préféré de RWF - est le remake de Tout ce que le Ciel permet de Douglas Sirk (1955). Voir le topic qui lui est consacré

Je viens de publier sur mon site Courte-Focale.fr la version condensée d'un travail universitaire auquel j'ai consacré de longs mois : un mémoire intitulé "Le mélodrame comme outil d'un cinéma politique, une radicalisation de Douglas Sirk à Rainer Werner Fassbinder". Je m'y intéresse au genre et à ses codes (narratifs surtout, mais également visuels) en ce qu'ils offrent à ces deux intellectuels allemands - plus ou moins mués en entertainers - la possibilité de parler de manière critique de la société de leur temps.

La première partie, illustrée d'images d'archive, d'extraits et de photogrammes précis tirés du chef-d'oeuvre Tout ce que le Ciel permet, se centre avant tout sur Sirk, sur la manière dont lui - contrairement à son disciple Fassbinder plus tard - devait se faire retors pour transmettre un message critique du fait des contraintes de l'Hollywood classique. Il y est question notamment de son destin lui-même mélodramatique (hallucinant!), d'écuries de stars, d'homosexualité cachée, de politique et... d'encadrements de fenêtres !

La seconde est donc davantage focalisée sur Fassbinder, le remake Tous les Autres s'appellent Ali et la création par RWF de ce qu'il appelle un "mélodrame éveillé" : reste à savoir éveillé vis-à-vis de quoi. Vous savez à quel point c'est l'un des cinéastes les plus engagés, enragés et excessifs (géniaux?) qu'aient connu le cinéma européen. J'essaie d'analyser comment le mélodrame sirkien lui offre des outils pour transmettre une certaine vision de l'Allemagne et de l'Homme et ainsi toucher à un idéal de cinéma qu'il a recherché jusqu'à l'excès (mort à 37 ans putain!).

En préparation de ce travail, j'ai lu énormément sur les deux cinéastes, notamment - pour Fassbinder - l'énorme livre d'entretiens Fassbidner par lui-même, édité chez G3J et ses recueils de textes persos Les Films libèrent la Tête et L'Anarchie de l'Imagination. Je peux répondre à d'éventuelles questions à ce sujet et d'ores et déjà préciser que ces livres (et ceux écrits par d'autres sur lui : Elsaesser, Lardeau) sont passionnants ! J'espère relancer une discussion autour de cet immense cinéaste...
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Re: Rainer Werner Fassbinder (1945-1982)

Post by Gustave »

Les Fassbindériens sont morts ou bien ? :shock:
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Re: Rainer Werner Fassbinder (1945-1982)

Post by cinephage »

Gustave wrote:Les Fassbindériens sont morts ou bien ? :shock:
Pas du tout, mais pour ma part, je n'ai pas encore eu le temps de me pencher sur ton texte, que je compte lire au calme. :wink:

J'ai par ailleurs découvert ce mois-ci Peur de la peur, qui m'apparait comme un Fassbinder majeur, contrairement à ce que j'en avais lu (certes c'est un téléfilm, mais le style Fassbindérien est caractéristique, avec ses miroirs omniprésents, ses voisins et le qu'en dira-t-on pesant, la précision des cadrages...). On est en plein mélo, quelque part entre Sirk et Cassavettes (pas pour la forme, mais pour le fonds, qui évoque fatalement une femme sous influence). Je suis encore sous le choc, il me revient beaucoup en tête, ces derniers jours.
I love movies from the creation of cinema—from single-shot silent films, to serialized films in the teens, Fritz Lang, and a million others through the twenties—basically, I have a love for cinema through all the decades, from all over the world, from the highbrow to the lowbrow. - David Robert Mitchell
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Re: Rainer Werner Fassbinder (1945-1982)

Post by Gustave »

cinephage wrote:
Gustave wrote:Les Fassbindériens sont morts ou bien ? :shock:
Pas du tout, mais pour ma part, je n'ai pas encore eu le temps de me pencher sur ton texte, que je compte lire au calme. :wink:

J'ai par ailleurs découvert ce mois-ci Peur de la peur, qui m'apparait comme un Fassbinder majeur, contrairement à ce que j'en avais lu (certes c'est un téléfilm, mais le style Fassbindérien est caractéristique, avec ses miroirs omniprésents, ses voisins et le qu'en dira-t-on pesant, la précision des cadrages...). On est en plein mélo, quelque part entre Sirk et Cassavettes (pas pour la forme, mais pour le fonds, qui évoque fatalement une femme sous influence). Je suis encore sous le choc, il me revient beaucoup en tête, ces derniers jours.
Oh je n'ai jamais vu celui-ci ! Merci de m'en redonner l'envie !
Et franchement, dans le cas de Fassbinder, rien ne sert de distinguer films de cinéma et de télévision tant il estimait autant un média que l'autre. Il innova même en Allemagne en sortant Le Marchand des quatre Saisons en salles le même jour où il le faisait diffuser à la TV nationale : carton sur les deux médias ! Il considérait que la TV était plus efficace que le cinéma pour toucher le public allemand qui, il est vrai, déserte un peu les salles à partir des années 1960. Et notamment dans l'optique de transmettre un message critique sur la société de son temps. Son film qu'il trouvait le plus directement politique est en fait une série, Huit Heures ne font pas un Jour (1972) que je crève d'envie de découvrir enfin (de même que Berlin Alexanderplatz).

(je conçois que mon dossier soit particulièrement long, mais j'espère ne pas te décevoir)
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Re: Rainer Werner Fassbinder (1945-1982)

Post by cinephage »

Il devrait t'intéresser, alors, parce qu'on est clairement dans un mélodrame fassbindérien, même si traité avec cette approche réaliste propre au réalisateur. :D

Je te lirai avec plaisir. Il reste encore beaucoup à dire sur Fassbinder, j'ai l'impression.
Une grosse partie des textes disponibles m'apparaissent comme écrits par des contemporains du cinéaste, et relèvent autant de l'hommage ou de la réclamation de reconnaissance que d'un véritable travail d'analyse ou d'historien du cinéma, mais je suis peut-être juste tombé sur les mauvais titres...
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Re: Rainer Werner Fassbinder (1945-1982)

Post by Gustave »

cinephage wrote:Une grosse partie des textes disponibles m'apparaissent comme écrits par des contemporains du cinéaste, et relèvent autant de l'hommage ou de la réclamation de reconnaissance que d'un véritable travail d'analyse ou d'historien du cinéma, mais je suis peut-être juste tombé sur les mauvais titres...
Vrai travail d'analyse et d'historien du cinéma chez Thomas Elsaesser (Rainer Werner Fassbinder : un cinéaste d’Allemagne, 2005, sacré pavé!) et Yann Lardeau (Rainer Werner Fassbinder, 1990), les deux livres de référence sur Fassbinder !
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Re: Rainer Werner Fassbinder (1945-1982)

Post by cinephage »

Gustave wrote:
cinephage wrote:Une grosse partie des textes disponibles m'apparaissent comme écrits par des contemporains du cinéaste, et relèvent autant de l'hommage ou de la réclamation de reconnaissance que d'un véritable travail d'analyse ou d'historien du cinéma, mais je suis peut-être juste tombé sur les mauvais titres...
Vrai travail d'analyse et d'historien du cinéma chez Thomas Elsaesser (Rainer Werner Fassbinder : un cinéaste d’Allemagne, 2005, sacré pavé!) et Yann Lardeau (Rainer Werner Fassbinder, 1990), les deux livres de référence sur Fassbinder !
Merci, je vais essayer de regarder ça. :wink:
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Re: Rainer Werner Fassbinder (1945-1982)

Post by Gustave »

Je discutais avec un autre admirateur de Fassbinder de celui de ses films qu'il serait idéal de conseiller pour le faire découvrir. Pour moi, il est évident que c'est Tous les Autres s'appellent Ali, sur lequel j'ai décidé de me centrer dans mon dossier. Le style est épuré, le film va constamment à l'essentiel et l'histoire est émouvante (ce n'est pas souvent le cas chez RWF mine de rien, son cinéma parlant souvent davantage à l'intellect). Mais la personne me disait que Lili Marleen allait de soi comme porte d'entrée dans son oeuvre. Certes, c'est l'un des plus connus (je me souviens l'avoir vu deux fois à la TV quand j'étais plus jeune), mais je crois qu'on ne se rend pas souvent compte d'à quel point il est retors, ironique, amer, et que c'est donc un film assez mal compris. RWF y pousse à son paroxysme son recours à l'excès de style comme moyen de critiquer la vacuité des comportements humains. En gros, il épouse l'esthétique nazie jusqu'au vertige, au dégoût. Les gens qui y trouvent "une belle histoire d'amour" passent à côté je crois... Et c'est souvent le cas, justement quand on découvre RWF avec ce film-là.

Vos avis sur la question ?
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Re: Rainer Werner Fassbinder (1945-1982)

Post by Blue »

J'ai découvert l'univers du cinéaste il y a plus d'un an avec "Le Mariage De Maria Braun", qui était directement entré dans mon top 100. J'ai ensuite poursuivi avec l'énorme "Berlin Alexanderplatz", et après m'être procuré à peu près toute la filmo de Fassbinder en dvd, j'ai regardé "Tous Les Autres S'appellent Ali" il y a quelques mois. Troisième baffe. J'adore son cinéma ultra distancié, le travail sur le cadre, sa lenteur pesante, etc. C'est vraiment un style qui me plait, et qui m'influence sur mes propres travaux, j'ai remarqué. Je vais normalement commencer un gros cycle Fassbinder très bientôt, histoire de faire figurer cette filmo à mon tableau de chasse de cinéphile. Ton dossier est évidemment pour moi une lecture plus que recommandable :D
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Re: Rainer Werner Fassbinder (1945-1982)

Post by Gustave »

Blue wrote:J'ai découvert l'univers du cinéaste il y a plus d'un an avec "Le Mariage De Maria Braun", qui était directement entré dans mon top 100. J'ai ensuite poursuivi avec l'énorme "Berlin Alexanderplatz"
Tellement énorme que je n'ai encore jamais pris le temps de me lancer dans son visionnage ! :?
Certains disent que c'est le chef-d'oeuvre de Fassbinder...
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Re: Rainer Werner Fassbinder (1945-1982)

Post by Blue »

Imagine 15 heures de Fassbinder à son sommet en terme de mise en scène, avec la densité romanesque du roman de Döblin, un univers et une galerie de personnages tous hyper développés, à commencer par Franz Biberkopf qui est l'anti héros absolu et avec qui on vit les hauts, les bas, ses multiples relations avec les femmes, etc.

C'est une oeuvre passionnante, riche et puissante, un sommet du cinéma mondial - et du mélodrame dans les épisodes 11-12-13 je pense, mais je comprends que l'aborder requiert du temps et de l'organisation. A mon avis il ne faut pas vouloir à tout prix le voir d'une traite. Perso, j'avais espacé le visionnage sur plusieurs jours. Tu peux le regarder comme une série, épisode après épisode. A toi de voir ce qui te convient le mieux.
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