Rainer Werner Fassbinder (1945-1982)

Rubrique consacrée au cinéma et aux films tournés avant 1980.

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Rick Deckard
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Re: Rainer Werner Fassbinder (1945-1982)

Post by Rick Deckard »

Je me demande ce que les spectateurs de l'époque ont bien pu penser du Monde sur le fil ?! Ce que ça raconte a dû leur passer complètement au dessus de la tête ! Dans les années 70, bien avant le révolution du micro-ordinateur, les concepts de l'informatique et en particulier la notion d'univers virtuels n'étaient pas vraiment connus du grand public il me semble... (alors que quand Matrix est arrivé ces notions étaient partagées par le plus grand nombre, ce qui a participé au succès du film, je pense)

Le problème du Monde sur le fil à mon avis c'est que justement on le redécouvre bien trop tard, et il n'est intéressant que comme curiosité, comme film qui fut extrêmement novateur, voire visionnaire... Mais le rythme très languissant du film, les rebondissements que l'on voit venir bien trop à l'avance (Matrix est passé par là, malheureusement), et surtout une esthétique "seventies" kitsch et vulgaire on fait que je n'ai vraiment pas aimé du tout... :(
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Supfiction
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Re: Rainer Werner Fassbinder (1945-1982)

Post by Supfiction »

Merci. Bref un film qui a raté son époque. Trop en avance et aujourd'hui trop "copié" et esthetiquement daté.
A la rigueur, le film devait être au top vers la fin des années 80.
Vieux parasite
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Re: Rainer Werner Fassbinder (1945-1982)

Post by Vieux parasite »

blaisdell wrote:Despair (1978) de Rainer Werner Fassbinder

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Rareté découverte lors de sa récente ressortie en salles.
Que dire ?
Bien apprécié aussi, pour toutes les raisons évoquées plus haut. Mais le film ne rend pas justice à l'aspect comique du roman de Nabokov, selon ceux qui l'ont lu. Ici, hormis Andréa Ferréol qui fait une idiote exquise, il n'y a rien de proprement drôle ...
Alisou Two
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Re: Rainer Werner Fassbinder (1945-1982)

Post by Alisou Two »

hommage à Fassbinder, mort il y a trente ans, avec un cycle de ses principaux films ou télé-films en juin sur Arte :

1/ Le monde sur le fil, vendredi 8 juin à 20 h.35

2/ le marchand des quatre saisons, lundi 11 juin à 20h.35

3/ Les larmes amères de Petra von Kant, lundi 11 juin à 22h.00

4/ L’année des treize lunes, mercredi 13 juin à 23h.20

5/ Le mariage de Maria Braun, lundi 18 juin à 20h.35 et document : il était une fois... Le mariage de Maria Braun, lundi 18 juin à 22h.30

6/ Le droit du plus fort, lundi 18 juin à 23h.25

7/ Tous les autres s’appellent Ali, mercredi 20 juin à 22h.05

8/ Je ne veux pas seulement qu’on m’aime, mercredi 20 juin à 23h.45

9/ Effi Briest, lundi 25 juin à 20h.35

10 / L’amour est plus froid que la mort, lundi 25 juin à 22h.50 et 2 court métrages :Le petit chaos et à 0h.00,le clochard lundi 25 juin à 0h.15
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cinéfile
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Re: Rainer Werner Fassbinder (1945-1982)

Post by cinéfile »

Le monde sur le fil (TV, 1973)

ARTE a eu la très bonne idée de diffuser les 2 épisodes en guise d’ouverture pour le cycle consacré à R. W. Fassbinder.

Je ne tournerais pas autour du pot plus longtemps : ce (télé)film est GENIAL.

On ne saluera jamais assez le travail de restauration de la fondation Fassbinder, au même titre que la reprise en salles et autres sorties DVD/BR, lesquelles redonnent une nouvelle actualité à ce film, jusqu’alors inédit par chez nous. Le pire dans cette histoire, c’est que j’ai failli manquer ma rencontre avec cette œuvre imposante. En cause, un commentaire assez peu emballant dans mon programme tv et quelques réticences tenaces. Il est vrai que le manque d’audace qui gangrène la programmation télévisuelle parviendrait presque à nous contaminer, nous aussi, pauvres téléspectateurs. Imaginez, découvrir un Fassbinder de plus de 3h alors que l’Euro vient de commencer !

Passant outre, je me suis jeté dans la gueule du loup. Et quel plaisir d’être longuement digéré par ces 200 minutes d’images (autant qu’on les digère soi-même, d’ailleurs).

Si l’intrigue, tout bonnement visionnaire pour 1973, peut sembler commune aujourd’hui (tous les grandes œuvres SF de ces dernières années abordent, peu ou prou, le thème du simulacre), le travail du cinéaste n’est en rien dépassé. Car, quand bien même le postulat scénaristique esquisserait des thématiques sensiblement éprouvées depuis, il ne nous renseigne en rien sur sa mise en branle par l’image. Et c’est sur ce point que le film de Fassbinder renvoie une grande majorité (tous?) les réalisateurs actuels à leurs études. L’univers visuel est ébouriffant, aussi riche et labyrinthique que ce que l’histoire laissait présager, et est supporté par une mise en scène très ambitieuse (chose étonnante pour un film conçu pour la télévision). En outre, l’auteur ne néglige jamais les codes inhérents à une certaine SF, d’un point de vue plastique tout d’abord (architecture retro-futuriste, atmosphère clinique et inquiétante) mais également dans la conduite d’un scénario ludique et immersif (personnages archétypaux, jeu de références, mise en abime) aux contours vertigineux. On est bien loin du pensum. C’est pour moi sa première qualité. Pourtant, il ne faut portant pas s’y méprendre, Fassbinder fut le premier à revendiquer la connotation politique de son entreprise. Mais il a l’extrême intelligence de ne pas se montrer démonstratif, laissant aux spectateurs le plaisir de se perdre lui-même dans un dédale de conjectures. Sur ce point, je lui opposerais les travaux d’un autre grand auteur ayant abordé le genre SF, JLG pour le très bon Alphaville, lequel s’intéresse moins à l’univers SF qu’à son contenu potentiellement subversif.

Il y a aurait encore tellement à dire, mais je préfère ne rien révéler du reste pour entretenir le plaisir que tout curieux de cinéma prendra, j’en suis sûr, en découvrant ce film majeur.

5/5 (Coup de Cœur)

PS : le film est disponible en replay sur le site ARTE7 pendant une semaine.
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AtCloseRange
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Re: Rainer Werner Fassbinder (1945-1982)

Post by AtCloseRange »

cinéfile wrote: Le pire dans cette histoire, c’est que j’ai failli manquer ma rencontre avec cette œuvre imposante. En cause, un commentaire assez peu emballant dans mon programme tv et quelques réticences tenaces. Il est vrai que le manque d’audace qui gangrène la programmation télévisuelle parviendrait presque à nous contaminer, nous aussi, pauvres téléspectateurs. Imaginez, découvrir un Fassbinder de plus de 3h alors que l’Euro vient de commencer !
T'as aussi bien fait de zapper les avis de la page précédente :mrgreen:

Enfin, je ne change rien de ce que j'ai dit de ce pensum arty...
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cinéfile
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Re: Rainer Werner Fassbinder (1945-1982)

Post by cinéfile »

AtCloseRange wrote:
cinéfile wrote: Le pire dans cette histoire, c’est que j’ai failli manquer ma rencontre avec cette œuvre imposante. En cause, un commentaire assez peu emballant dans mon programme tv et quelques réticences tenaces. Il est vrai que le manque d’audace qui gangrène la programmation télévisuelle parviendrait presque à nous contaminer, nous aussi, pauvres téléspectateurs. Imaginez, découvrir un Fassbinder de plus de 3h alors que l’Euro vient de commencer !
T'as aussi bien fait de zapper les avis de la page précédente :mrgreen:

Enfin, je ne change rien de ce que j'ai dit de ce pensum arty...
En effet, je viens de lire les avis en question. J'ai tendance à trouver les extravagances arty de Fassbinder très troublantes et raccords avec la dimension cauchemardesque du film, là où certains y voient une esthétique horriblement kitsch.
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Demi-Lune
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Re: Rainer Werner Fassbinder (1945-1982)

Post by Demi-Lune »

Le marchand des quatre saisons (1972)

Je vais attrister Père Jules. Bah tant pis, je me lance quand même. Je n'ai pas encore regardé mon enregistrement du Monde sur le fil, mais la découverte du Marchand des quatre saisons ne m'incite pas forcément à la confiance pour la suite. De Fassbinder, je connaissais déjà Lili Marleen, certes vu il y a longtemps, mais qui ne m'avait pas emballé (euphémisme). Hier soir, je n'ai pu que constater que mes anciennes impressions à l'égard de son cinéma sont toujours valides. Je n'accroche pas du tout à la direction apathique des comédiens, qui donne par moments des scènes involontairement comiques (lorsque Hans s'effondre sur le sol et que tout le monde reste planté là, à le regarder sur le sol, par exemple). Je n'accroche pas à la facture visuelle générale, qui me semble très pauvre, avec de réguliers et affreux effets de zoom qui ne jureraient pas dans la production bis italienne de l'époque. De ce côté-là, ça a, à mon humble avis, très mal vieilli. J'ai cru lire qu'un des films préférés de Fassbinder était Les Damnés de Visconti, ça ne m'étonne pas. Quant au fond... eh bien là encore, guère d'adhésion de ma part. Le personnage falot de Hans ne suscite jamais mon empathie, malgré le progressif dévoilement de tous les malheurs passés, visant à étoffer sa caractérisation. Sa trajectoire intime me laisse indifférent et la conclusion grossière de celle-ci me laisse aussi froid qu'une tombe. Quant au personnage de son épouse, Irmgard, il m'a agacé. Fassbinder semble revendiquer un certain réalisme psychologique dans son écriture, mais j'ai plus été frappé par les facilités qui émaillent son récit (l'amant qui devient l'employé, la décision finale dans la voiture expédiée comme si c'était la liste des courses...) que par l'émotion de celui-ci. Peut-être règle-t-il lui même quelques comptes vis-à-vis de sa mère, je ne connais pas du tout sa bio ; en tout cas ça ne m'a pas impliqué. Pourtant, le film n'ennuie jamais... il y a quelque chose, parfois fugace, comme lorsque la petite fille cherche à comprendre la portée de la phrase de l'infirmière. Quelque chose que je ne saurai pour le moment expliquer, mais auquel je pourrai peut-être m'accrocher dans mes découvertes futures. Par ailleurs, les scènes érotiques laissent voir un regard intéressant. Voilà. :|
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Re: Rainer Werner Fassbinder (1945-1982)

Post by Anorya »

Demi-Lune wrote:Le marchand des quatre saisons (1972)

Je vais attrister Père Jules. Bah tant pis, je me lance quand même. Je n'ai pas encore regardé mon enregistrement du Monde sur le fil, mais la découverte du Marchand des quatre saisons ne m'incite pas forcément à la confiance pour la suite.
C'est une erreur de penser ça car le sujet en est assez différent. Je pense que même si tu mettras plus de temps à apprécier (on retrouve ce que tu pointes déjà sur ce Fassbinder comme beaucoup d'autres à vrai dire --je n'accroche pas non plus au cinéaste) mais que tu y trouveras un peu plus ton compte. Surtout si tu as bien apprécié Passé Virtuel qui reprend la même nouvelle de SF de base. ;)
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Père Jules
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Re: Rainer Werner Fassbinder (1945-1982)

Post by Père Jules »

Pas vu celui-ci mais je peux tout à fait concevoir un hermétisme à l'œuvre de Fassbinder. Tente tout de même Le mariage de Maria Braun, peut-être l'un de ses moins obtus, celui, tout du moins, où les qualités sont les plus évidentes.
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Demi-Lune
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Re: Rainer Werner Fassbinder (1945-1982)

Post by Demi-Lune »

Père Jules wrote:Pas vu celui-ci mais je peux tout à fait concevoir un hermétisme à l'œuvre de Fassbinder. Tente tout de même Le mariage de Maria Braun, peut-être l'un de ses moins obtus, celui, tout du moins, où les qualités sont les plus évidentes.
Ça tombe bien, il sera diffusé dans le cadre du cycle d'Arte (que je compte bien me faire en intégralité). Dans l'immédiat :

Le monde sur le fil (1973)

Bon, essayons de rester le plus diplomate possible. Je ne vais pas tourner autour du pot, ça m'a été extrêmement pénible. A tel point que, chose rare, j'ai regardé en accéléré x4 (ce qui me semblait du coup être la vitesse normale). Bon sang, faut se les coltiner, les 3h30 de ce "pensum arty", comme dit AtClose. Je ne remets pas en cause le côté novateur de l'histoire. Rétrospectivement, c'est en effet assez impressionnant de voir à quel point les Wachowski ont pompé le film, des grandes lignes à certains détails. Non, vraiment, l'histoire est bonne, visionnaire, riche. Le problème, c'est que Fassbinder n'est absolument pas l'homme de la situation. Avec lui, ça devient bouffi de prétention auteurisante et chiant. Toutes les considérations thématiques nous sont assénées sans vergogne dans des torrents de verbiages pseudo philosophiques épuisants, dont la pédanterie n'a d'égale que la théâtralité. Apparemment Fassbinder avait le Godard d'Alphaville en tête et franchement, ça se sent, pas de doute là-dessus ! Tout est lourd, douloureusement lourd, la moindre idée est surlignée par une tirade masturbatoire, le moindre décor est truffé de miroirs pour bien qu'on comprenne l'imagerie de la dualité, etc. De fait, la richesse de fond est constamment écrasée par les inclinations poseuses du cinéaste. Qu'est-ce que ça a mal vieilli ! S'il n'y avait que ces affreux zooms de nanar italien sur fond de jingle au synthé grésillant. S'il n'y avait que cette direction d'acteurs très... spéciale. Non, le contexte d'anticipation fournit en plus l'occasion de présenter tout ce que le design du début des 70's pouvait faire de plus atrocement kitsch dans le futurisme. La direction artistique est un étalage de mauvais goût comme j'en ai rarement vu, tandis que la photo de Michael Balhaus (oui, le grand Balhaus de Scorsese) propose des images au croisement d'un boulard suédois et d'un épisode du Renard. La facture visuelle de l'ensemble m'a évoqué la série Chapeau melon et bottes de cuir que j'aime beaucoup ; mais au moins la série ne se prenait pas au sérieux, avec sa déco kistch et cheap, ses femmes aux coiffures gonflées ou ses effets rigolos de mise en scène. C'est bien ce qui me déçoit le plus : de voir un bon potentiel scénaristique gâché par des choix artistiques laids, naïfs ou ridicules (ah, la scène du night-club) ; pour, en résultat, un film suffisant qui semble constamment crier "je suis un chef-d’œuvre !". Je suis bien conscient d'être dur, mais cette dureté est à la hauteur de mon agacement ressenti. Seule la fin m'a bien plu. Les acteurs sont à la ramasse et les actrices, bien que jolies physiquement, maquillées comme des tapineuses. J'ai bien peur que ma réconciliation avec Fassbinder ne soit jamais à l'ordre du jour. Désolé, Père Jules. :(
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Re: Rainer Werner Fassbinder (1945-1982)

Post by Père Jules »

Fassbinder, une sacrée découverte pour Demi-Lune
Le marchand des quatre saisons (Rainer Werner Fassbinder, 1972) Image
Les larmes amères de Petra von Kant (Rainer Werner Fassbinder, 1973) Image
Le monde sur le fil (Rainer Werner Fassbinder, 1973) Image
L'année des treize lunes (Rainer Werner Fassbinder, 1978) Image
:lol:
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Re: Rainer Werner Fassbinder (1945-1982)

Post by Demi-Lune »

:mrgreen:

J'étais justement en train d'écrire un petit condensé de mes dernières découvertes mirifiques du bonhomme.
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Re: Rainer Werner Fassbinder (1945-1982)

Post by Demi-Lune »

Des commentaires beaucoup plus succincts pour ces deux titres, mon rejet total de Fassbinder ne me donnant pas envie de développer des masses...

Les larmes amères de Petra von Kant (1973)
Les larmes amères de Demi-Lune. Rarement j'ai eu autant le sentiment d'avoir perdu deux heures de mon temps. Il n'y a rien à faire, je subis le jeu fassbinderien des comédiennes (comprendre : apathique et agaçant tant c'est étudié), l'esthétique téléfilmesque (je me répète mais j'ai quand même bien du mal à me persuader que le Ballhaus de Scorsese et celui-là sont une seule et même personne), les tics "intellichiants" du cinéaste qui me paraissent désespérément vieillots et boursouflés. En l'occurrence, l'unité de lieu conforte mon étouffement. Deux heures de blabla et d'atermoiements sentimentaux qui ne m'ont à aucun moment intéressé. Mais c'est toujours "meilleur" que...

L'année des treize lunes (1978)
Fassbinder il a pas froid aux yeux. Dès le générique, après un texte bien cérémonieux digne de Madame Soleil sur la signification astrologique des treize lunes, il te colle l'adagietto malherien de Mort à Venise pour filmer, dans l'équivalent francfortois du bois de Boulogne, un mec croyant peloter un autre mec (qui se révèlera en fait être une nana, mais en fait, pas tout à fait non plus). L'effet est hilarant de grandiloquence. S'il s'est calmé sur ses zooms de western spaghetti bis, Fassbinder n'a pas pour autant sacrifié ses prétentions auteurisantes, la preuve avec cette séquence d'abattoir qui suffit déjà à ce que je sois en pétard. Tandis que son personnage Erwin/Elvira, ex-boucher, se tape un trip poétique hystérique en voix-off, Monsieur nous filme en détail le labeur d'équarrisseurs qui découpent amoureusement de la tripaille bovine. Pendues à des crocs, vidées de leur sang par torrents, ouvertes en deux, décapitées, démembrées, ces vaches sanguinolentes sont autant d'instruments métaphoriques sur la vacuité de notre condition et de notre identité : nous ne sommes que de la viande.
C'EST DE L'ART. Image
Non mais franchement... Non seulement la complaisance graphique de Fassbinder lors de cette séquence inutile est problématique sur le plan éthique, mais en plus elle échoue à édifier, la prétention sans bornes du cinéaste prenant le pas sur les hypothétiques idées métaphoriques. Le décalage entre le gore visuel et la voix-off à l'ouest rend grotesque une scène que le réalisateur cherchait manifestement à rendre choc. Je ne fais pas dans la dentelle mais c'est le genre de séquence qu'on verrait très bien dans une parodie de cinéma d'auteur. J'étais donc bien remonté et la teneur de l'histoire ne m'a pas franchement aidé à pousser plus au-delà. L'acteur principal m'a saoulé et ces histoires de transsexuels, de travestis, d'androgynes qui se doigtent en s'étranglant ne s'adressent définitivement pas à moi. En cela, j'ai eu l'impression de voir dans ce film (du moins dans ce que j'en ai vu) une préfiguration de certains développements d'Almodovar. Je n'ai pas eu le courage de voir la suite, la première demi-heure allant de toute façon droit dans ma poubelle personnelle.
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Re: Rainer Werner Fassbinder (1945-1982)

Post by AtCloseRange »

J'ai personnellement pour l'instant renoncé à découvrir d'autres Fassbinder. On n'a qu'une vie...
Jolies critiques en tout cas :mrgreen: