Mitchell Leisen (1898-1972)

Rubrique consacrée au cinéma et aux films tournés avant 1980.

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bruce randylan
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Re: Mitchell Leisen

Post by bruce randylan »

Arise, my love ( 1940 )

Avec Billy Wilder et Charles Brackett au scénario, on pouvait s'attendre à bonne surprise et ce fut évidement le cas dans cette comédie romantique sur fond de propagande à un moment où l'Amérique n'était pas encore entrée en guerre.

Dans le fond, c'est l'histoire d'un pilote américain qu'une journaliste sauve de l'exécution capitale en Espagne franquiste en se faisant passé pour sa femme, le tout pour obtenir un scoop... Réfugiés à Paris, ils tomberont amoureux mais mais leurs ambitions respectives et la menace de la guerre avec l'Allemagne contrarient leur bonheur.

Dans la forme, c'est un film délicieux où Claudette Colbert et Ray Milland forment un couple idéal et bénéficient des situations très Lubitschiennes qui donnent lieu à des scènes irrésistibles dans leur effet "bulles de champagne" ( Colbert enfermant ses chaussures dans sa valise ou Milland séduisant Colbert via une roumaine retardataire ).
Encore une fois, Leisen se fait discret à la réalisation et préfère s'effacer derrière ses personnages pour des longs plans où l'alchimie du couple et le tempo des ( répliques des ) seconds rôles font merveilles. Même comme toujours, ce choix offre une fluidité à la narration des plus enthousiasmante.

Bien-sur, l'aspect engagé du film apportent son lot de monologues sur l'engagement de chacun dans le conflit fait sourire aujourd'hui mais elles passent plutôt bien au final car bien intégré au récit.

Voilà donc un trésor à redécouvrir au plus vite où l'humour et les pointes d'émotion s'unissent derrière un duo d'acteur en grandes formes ( il s'agissait d'ailleurs du film préféré de Claudette Colbert )
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bruce randylan
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Re: Mitchell Leisen

Post by bruce randylan »

Craddle Song ( 1933 )

Magnifique !

Un très poignant mélo qui se déroule dans un couvent espagnol où une adolescente rentrée dans les ordres se rend compte trop tard ce qu'elle abandonne du monde extérieur. Quand un bébé est confié au couvent, celle-ci se réfugie dans son éducation pour oublier ses frères et sœurs vivant de l'autre coté des murs. Bien-sur quand l'enfant atteint 17 ans, sa "mère" est partagé entre le besoin de la garder près d'elle et l'envie de faire son bonheur en la laissant découvrir le monde.

Ca aurait pu être un drame pontifiant, c'est au contraire un film terriblement attachant, sensible et humain. La tendresse de Leisen offre des palettes d'émotions toujours sobres et chaleureuses où la perfection plastique ( photo sublime, travelling inspiré ), l'humour et le casting s'associent pour 77 minutes de bonheur.
Et puis, l'histoire à beau se dérouler dans un couvent, la religion n'est jamais au cœur du récit ou des thèmes. D'ailleurs un des personnage les plus réussi est un docteur athé...
En fait Craddle song ne parle que d'une chose : l'amour !

Un de mes Leisen préféré pour le moment ! :D
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angel with dirty face
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Re: Mitchell Leisen

Post by angel with dirty face »

Midnight (La Baronne De Minuit, 1939)
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D'après une histoire complètement insolite de Edwin Justus Mayer et Franz Schulz qui inspire à Charles Brackett et Billy Wilder un de leurs scénarios les plus drôles, Mitchell Leisen réalise une comédie merveilleuse. La belle brochette d'acteurs - dont au premier plan Claudette Colbert et Don Ameche, et dans des seconds rôles John Barrymore (un rôle inoubliable pour un acteur qui d'après les commentaires de N.T. Binh, refusait d'apprendre son texte), Francis Lederer et Mary Astor - contribue au succès de cette comédie faite de malentendus et de stratagèmes avec en toile de fond une lutte des classes. Pour résumer en un mot l'ambiance de ce Cendrillon revu et corrigé, il suffit de reprendre une réplique du personnage Georges Flammarion interprété par John Barrymore: "Amazing!"

Ma scène préférée :
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Toute la partie autour de la carte envoyée au sujet la petite fille imaginaire de Claudette Colbert et Don Ameche, une scène hilarante où John Barrymore fait un numéro d'imitation délirant au téléphone!

Sublime! A voir absolument!

Hands Across The Table (Jeux De Mains, 1935)
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C'est dur d'enchaîner avec un film comme Hands Across The Table juste après le somptueux Midnight parce qu'il souffre injustement (et là, c'est franchement subjectif de ma part) de la comparaison avec le film scénarisé par le duo Brackett & Wilder. Pourtant, même si je ne trouve pas ce film aussi réussi que La Baronne De Minuit, je n'ai pas pu m'empêcher de rester admiratif devant cette autre comédie de Mitchell Leisen parce que l'idée de départ est sublime (deux protagonistes qui ne pensent qu'à faire fortune en se mariant...) et que ce film contient des scènes d'une beauté et d'une force unique comme le passage où
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Theodore Drew III (Fred Mac Murray) demande à Regi Allen (Carole Lombard) de venir le border, le baiser qui en découle et ses conséquences...
* * * * *
Pour ceux qui ont acheté le DVD édité par Blaq Out Collection et qui (comme moi avant de voir ces deux films) ne connaissent rien du cinéma de Mitchell Leisen, je leur conseille vivement de commencer par Jeux De Mains et finir par La Baronne De Minuit.

Sinon concernant la qualité des films: Sans être un spécialiste, je trouve l'image vraiment propre et le son nickel. Il n'y a pas de version française. Il n'y a qu'une option pour chaque DVD: version originale sous titrée en français.

Chaque DVD contiennent une présentation du film par N.T. Binh, ainsi qu'un documentaire - Mitchell Leisen, L'Esthète - qui dure 26 minutes avec N.T. Binh, Pierre Berthomieu, et Mark Rappaport. C'est assez court pour des bonus, mais très intéressant.
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francesco
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Re: Mitchell Leisen

Post by francesco »

Première version de J'ai épousé une ombre Chaines du destin en 50 offre un scénario passionnant à Leisen et un rôle en or à Barbara Stanwyck. Les deux s'étaient d'ailleurs retrouvés autour du projet faisant pression auprès du studio jusqu'à le mener à bien. Leisen, le spécialiste du rachat et du repentir était idéal pour filmer cette histoire que le film avec Nathalie Baye nous a rendu familier. Il est vrai que la fidélité des deux adaptations a pour effet de perdre quelque peu son intérêt pour l'histoire en elle-même si on a vu une version avant l'autre. A ce bémol près qui rend la dernière partie du film moins haletante et surprenante on est devant une oeuvre majeure du cinéaste. Tout le film est sous le signe du film noir, de la photo aux découpages en passant par l'atmosphère faite d'ombre, de neige et de brouillard, sans compter la très belle voix of, féminine pour une fois, qui ouvre et ferme le film. Deux partie pris chez Leisen, éviter tout sentimentalisme ce qui se traduit par un sens de l'élipse remarquable (retrouvailles et cérémonie de Noël disparaissent comme par enchantement) et ne jamais laisser de repis à son héroïne. A deux ou trois séquences près celle-ci ne connait pas un moment de tranquilité : chaque moment de calme est brutalement interrompu de sorte qu'elle vit dans une inquiétude et une angoisse permanente. Il faut d'ailleurs rendre justice à Stanwyck qui n'a à exprimer pratiquement que ce seul sentiment pendant tout le film où elle se laisse porter par les évènements : pas une seule fois on ne s'ennuie en la regardant, elle semble apporter d'infinis variations et une immense justesse à ce registre étroit. Seule une scène est un peu trop explicite et c'est justement celle où elle sort de la terreur pour entrer dans l'action. Autour d'elle on n'oubliera pas la terrifiante composition de Lyle Bettger qui dès sa première scène semble totalement fermé à toute émotion humaine ni celle très convaincante et dénuée de miévrerie de Jane Cowl, une actrice de théâtre qui a peu tourné pour le cinéma. Porté par ses acteurs et cette réalisation d'une grande finesse ce mélange de conte noir et de mélodrame fonctionne remarquablement, les moments mélodramatiques de l'intrigue étant attenués de main de mettre et contrebalancés par une angoisse d'autant plus prenante qu'elle est sourde (on ne sait jamais d'où provient le danger et si danger il y a réellement). Et le metteur en scène nous offre en plus quelques scènes de haute virtuosité dramatique (l'ouverture avec Stanwyck en pleurs devant une porte close ;
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la scène où Stanwyck tire sur Bettler déjà mort
) et technique (l'accident, joué sans doublure).
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Re: Mitchell Leisen

Post by Ann Harding »

Behold My Wife (1934) avec Sylvia Sidney, Gene Raymond et Ann Sheridan

Michael Carter (G. Raymond) est l'héritier d'une famille très snob et très riche de New York. Il a décidé d'épouser une petite dactylo (A. Sheridan) au grand dam de ses parents. Ils envoient la soeur de Michael pour distiller des mensonges à la pauvre dactylo qui se suicide en se jetant par la fenêtre. Ecoeuré, il quitte sa famille et attérit dans un petit bled du middle-west où il rencontre une indienne Tonita Storm Cloud (S. Sidney) et décide de l'épouser. Il la ramène à new York avec lui et insiste pour qu'elle porte son costume traditionnel pour rencontrer ses parents..... :uhuh:

Le film commence comme un mélodrame et vire à la comédie à partir de l'arrivée de Sidney à NY. Il y a d'excellentes scènes dans ce film: le suicide de Sheridan (que l'on reconnait à peine tant elle est jeune, s'il n'y avait sa voix de contralto) est d'une grande sécheresse. Quand à Sidney, elle fait un numéro éblouissant lors d'une soirée mondaine au milieu des snobs new yorkais. Malheureusement, le scénario a des ratées et il y a beaucoup trop de rebondissements pour être totalement crédible. Les acteurs secondaires sont formidables: Eric Blore en majordome, Monroe Owsley en parasite mondain, Laura Hope Crews en mère hystérique porté sur le brandy et Juliette Compton en garce (son rôle habituel!). La belle photo N&B est signé Leon Shamroy. La copie 16 mm était tout à fait potable, bien que peu contrastée. Une curiosité.
bruce randylan
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Re: Mitchell Leisen

Post by bruce randylan »

J'ai un peu de retard dans mes compte-rendus

Madame veut un bébé ( The Lady is wailling - 1942 )

Mignone petite comédie romantique propice à un duo charmant entre l'incontournable Fred MacMurray et une Marlene Dietrich étonnante de naïveté capricieuse qui désire à tout prix avoir un bébé.
Le début est donc le plus réussi quand elle se met en tête de garder l'enfant trouver dans une rue et qu'elle décide d'épouser le premier homme venu pour avoir plus de poids devant le service d'adoption. L'heureux élu sera Fred MacMurray, un pédiatre qui préférait faire des expérience sur des lapins...
Comme à chaque fois, l'amour met son grain de sel et le couple marié tombe évidement amoureux et ça donne des scènes plutôt originales où nos mariés se révèlent tous 2 timides à l'idée de séduire leur époux(se). C'est plein de tendresse et assez touchant.

Par contre, on n'évite pas non plus un dernier tiers qui sombre dans le mélo raté quand le couple se fâche et que le bambin tombe malade. Gros clichés, situations convenues et comportement absurdes gâchent la partie. Le happy-ending touche en revanche sa cible avec son mélange d'émotion et de sourire mais il ne fait pas oublier sa partie mélo agaçante, pas plus qu'il ne rattrape un déroulement somme toute classique.
Reste donc l'élégance de la réalisation et les acteurs...


Artist & models abroad ( 1938 )
Cette fois, c'est une pure comédie pas très loin du burlesque où une troupe de théâtre américaine se retrouve coincé à Paris, vivant de petites arnaques pour trouver de quoi se loger et se nourrir. Ils vont croiser la route de la fille d'un riche pétrolier texan qui ne demande qu'à oublier le monde coincé et mondain que son rang lui impose.
Bon, l'histoire ne va pas très loin, l'humour ne vole pas très haut, l'interpretation cabotine à plein régime et les passages musicaux donne un intermède interminable où Leisen se lâche au court d'un très très long défilé de mode.
Pourtant on s'amuse de quelques situations, de répliques bien dosées, de l'accent bien français des parisiens ( "marcel ! mais qui volé les saucisses ?" :mrgreen: ) et de la multitude de personnages finalement attachants.
Mais les gros problèmes de rythme et de plusieurs essoufflements font de cette inoffensive comédie, un divertissement mineur.

Chaîne du destin vie ( No man of her own - 1950 )
Une jeune femme enceinte qui vient d'être abandonné par son ami se retrouve, suite à un accident de train, être recueillie par une famille qui croit qu'elle l'épouse de leur fils décédé dans ce même accident ferroviaire.

L'idée est en or massive mais l'histoire vire dans le film noir grotesque pour une deuxième moitié vraiment ratée et frustrante vu la qualité initiale.
Car pour être formidable, la première heure était formidable. Rien que l'intro d'un pessimiste résignée vous déprime en 3 secondes par son fatalisme sans appel. Puis vient le flash-back qui lui au contraire baigne dans une tendresse et une humanité qui vienne titiller la larmes plus d'une fois.
Et là patatra ! L'ex de la désormais jeune maman vient réclamer son dû via un grossier chantage et celle-ci envisage de zigouiller l'indésirable...
Toute cette partie "polar" ne tient pas un instant debout et sombre dans des situations ridicules et 1 000 fois vus ailleurs et en mieux. Ce n'est pas un happy-end final aussi décevant que brutal qui viendra corriger le tir...

On devra donc se contenter de la première heure qui si elle n'est pas non plus toujours crédible ne vient se moquer pas du client ( même si visuellement, la photo s'en sort avec les honneurs ) et faisait preuve d'une humanité sincère pour faire passer la pilule.


Behold my wife ( 1934 )
Encore un scénario à coucher dehors !
Pour se venger, le fils d'une riche famille décide d'épouser une indienne pour déshonorer et ridiculiser sa famille qui a poussé sa fiancée au suicide.
Ca pouvait avoir un certain potentiel sur le papier mais c'est tellement écrit et joué avec les pieds qu'on a du mal à vouloir même y croire.
D'abord, l'acteur principal Gene Raymond est une vraie calamité à qui on a envie de dévisser la tête à coup de claques. Choisir Sylvia Sidney pour faire l'indienne n'était pas non plus l'idée du siècle même au moins ses capacités d'actrice sont déjà plus légitimes.
Ensuite la cohérence psychologique joue tellement au Yo-Yo qu'on ne peut s'empêcher de sourire à plusieurs reprises. C'est encore pire quand certains personnages importants sont sacrifiés sans scrupule et sans que les autres personnages ne reviennent dessus plus tard ( la fiancée de la tête à claque et la sœur zappé dans un happy-end dès plus douteux ).

Cerise sur la gâteau, durant la séance les vieux croutons grincheux de la cinémathèque qui ont insulté sans vergogne une spectatrice pouffant sans retenu sur les ficelles grossières du scénario. Les "elle va la fermer la demeurée" et autres "ta gueule la débile" qui ont sifflé à un moment confirmant le fait qu'on peut être franchement con et instruit ( et ne pas savoir utiliser du savon :fiou: ).
Voilà, c'est hors-sujet mais c'était mon coup de gueule du jour. :-\


Young man with ideas ( 1952 )
Encore un petite comédie sympatoche mais loin d'être transcendante, la faute au personnage de Glenn Ford dont le coté gauche, maladroit et timide est bien trop poussé pour être crédible.
Une fois de plus les seconds rôles viennent relever la sauce ( les filles de Glenn Ford, la danseuse française, le barman ) et dynamiser un récit un poil répétitif et dont la partie romance tombe à l'eau... Même la séquence au tribunal apparaît bien mollassonne et peu probable.
On peut passer un bon moment durant le film ( les acteurs y aident bien ) mais il s'oublie très rapidement.


Ps : je profite aussi pour m'excuser auprès de Music Man ( et des nombreux forumeurs ) m'ayant invité à une rencontre éclairée un samedi après-midi et de n'avoir pu me libérer pour me joindre à eux. ça n'est que parti remise :wink:
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Re: Mitchell Leisen

Post by cinephage »

bruce randylan wrote: Cerise sur la gâteau, durant la séance les vieux croutons grincheux de la cinémathèque qui ont insulté sans vergogne une spectatrice pouffant sans retenu sur les ficelles grossières du scénario. Les "elle va la fermer la demeurée" et autres "ta gueule la débile" qui ont sifflé à un moment confirmant le fait qu'on peut être franchement con et instruit ( et ne pas savoir utiliser du savon :fiou: ).
Voilà, c'est hors-sujet mais c'était mon coup de gueule du jour. :-\
J'ai déja eu moi aussi l'occasion de m'étonner du comportement de certains "réguliers" de l'établissement, qui se comportent parfois de façon cavalière pendant ou entre les séances, se sentant peut-être chez eux, je ne sais pas... En tout cas, c'est déplacé et très inattendu dans un lieu où le respect du film et des amateurs de film devrait être primordial.
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Re: Mitchell Leisen

Post by Cathy »

D'abord, l'acteur principal Gene Raymond est une vraie calamité à qui on a envie de dévisser la tête à coup de claques.
Je sais que j'avais eu beaucoup de mal avec lui dans Flying down to Rio, insupportable acteur.
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Re: Mitchell Leisen

Post by bruce randylan »

J'ai déja eu moi aussi l'occasion de m'étonner du comportement de certains "réguliers" de l'établissement, qui se comportent parfois de façon cavalière pendant ou entre les séances, se sentant peut-être chez eux, je ne sais pas... En tout cas, c'est déplacé et très inattendu dans un lieu où le respect du film et des amateurs de film devrait être primordial.
Le pire que j'ai connu était des insultes pitoyables que presque toute la salle avait formulé contre un sympathique jeune homme qui s'était permis de téléphoner à sa femme AVANT la séance pour simplement lui dire qu'il aurait du retard. Le mec était très discret ( plus que ceux qui se parlent à trois rangée par exemple ) mais parce qu'il avait osé utilisait son portable, il s'est fait dégommé dans un ambiance de lapidation révoltante. J'étais d'ailleurs à 2 doigts de prendre sa défense mais vu le niveau d'intelligence des grincheux, il était impossible d'argumenter avec eux.
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Re: Mitchell Leisen

Post by Cathy »

L'aventure vient de la mer - Frenchman's Creek (1944)

Une lady anglaise mariée et mère de deux enfants s'éprend d'un pirate français.

Autre vision de ce cinéaste que l'on connait surtout pour ses comédies ou ses comédires dramatiques. Ici Mitchell Leisen se risque au cinéma d'aventures, et au film de "pirates". Certes ce n'est pas un véritable film de pirates, mais l'adaptation d'un roman de Daphné du Maurier qui se sert une fois encore de la Cornouailles comme décors. La copie présentée par la cinémathèque ne permettait pas de juger de la splendeur du technicolor, mais permettait quand même de se faire une idée de ce que devait être ce film aux décors soignés et raffinés, à la beauté des paysages et qui a remporté d'ailleurs un Oscar. On ne connaissait pas Joan Fontaine dans ce rôle de femme forte, d'aventurière, elle nous laisse le souvenir plutôt d'une actrice froide, jouant les femmes victimes. Ici, elle est magnifique dans son interprétation de comédie, son regard, ses intonations, ses couplets chantés, bref un autre visage de cette actrice est présenté ici . Arturo de Cordova campe quant à lui, un pirate français fort séduisant malgré un accent espagnol évident. Cecil Kellaway est un parfait serviteur. Les dialogues entre la Lady et le Pirate sont pétillants, et équivoques à souhait. Une fois encore Basil Rathbone joue le salaud de service à la perfection. Toute la réalisation est lêchée de même que la reconstitution du navire et du chateau sans oublier la musique de Victor Young qui reprend le célèbre Clair de Lune de Debussy. On attend avec impatience qu'une copie soit restaurée et éditée en DVD afin de profiter pleinement de ce joli film d'aventures romanesques.
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Re: Mitchell Leisen

Post by bruce randylan »

Cathy wrote:L'aventure vient de la mer - Frenchman's Creek (1944)
J'y étais aussi :)

Et j'ai assez apprécié aussi :D
Leisen détourne le film de pirate pour livrer un beau portrait de femme où Joan Fontaine n'a jamais été si fraiche, forte et radieuse. Elle est le vrai centre d'attraction de la caméra de Leisen au point que le film épouse sa vision romantique de son nouvel amour. J'ai même envie de croire que tout le film n'est qu'un long fantasme imaginé par Fontaine à partir du tabac et du livre trouvés dans sa chambre ( de la même manière que le pirate français s'est imaginé Fontaine à partir de son portrait et il est amusant de constater d'ailleurs que le montage du début est très haché là où le reste du film est d'un fluidité exemplaire ). Ça expliquerait le coté très superficielle de l'intrigue avec ses pirates bons enfants, les amis de son mari trop pressant ou le romantisme de pacotille qui a tout de même son charme.

Mitchell parvient à faire passer la pilule grâce à des dialogues savoureux où les sous-entendus ( à peine camoufler ) sont légions et grâce à une réalisation des plus léchés où Leisen livre un film très abouti chromatiquement avec une utilisation de la couleur bien plus pertinente que dans les nuits ensorcelées tournée la même années. Dommage que la version bien fade de la copie 16 mm ne rende que maigrement hommage à la réussite artistique du film... dans une vraie copie remasterisée en 35 mm, c'est clair que ça devrait être un régal pour les yeux d'autant que les costumes, les décors et le cadrage sont aussi des plus élaborés.

Après, la deuxième heure est beaucoup moins réussie en s'enlisant autour de l'arrestation, la fuite de Arturo de Cordova ( très bon au passage ) et le personnage de Basil Rathbone qui joue une fois de plus les salauds. :mrgreen:
Le dénouement même est un peu raté avec Fontaine se rappelant sans trop de crédibilité qu'elle est mère avant tout dans un passage vraiment maladroit.

Je considère le film comme mineur chez Leisen, mais c'est aussi l'une de ses réalisation les plus attachantes, soignées et surement son film plus "féminin".
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Re: Mitchell Leisen

Post by Cathy »

Les faiblesses du scénario sont peut-être aussi et surtout dues au roman de Daphné du Maurier, comme cette fin toutefois "ouverte" avec un côté à la "Autant en emporte le vent", l'héroine réalise au moment le plus tragique qui elle aime et ce qu'elle peut, ne peut pas, veut, ne veut pas faire. Mais le film dégage un charme unique, une fois encore, ce charme que seul Hollywood savait nous offrir.
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Re: Mitchell Leisen

Post by HAL 9000 »

Je viens de voir un des premiers épisodes de la Quatrième dimension, réalisé par Mitchell Leisen : Du succès au déclin / The Sixteen Millimeter Shrine, et c’est à mon humble avis une petite bombe ! Évidemment, une grande partie de la réussite de l’épisode est à mettre au crédit de Rod Serling, mais notamment l’utilisation du décor baroque de la grande demeure de l’épisode apporte une vraie classe visuelle.

On pourrait faire sans problème un parallèle entre la trame de cet épisode – une actrice déchue vit dans le souvenir de sa gloire passée- et celle du génial Sunset Boulevard ; c’est également une belle réflexion (un peu flippante) sur temps qui passe inexorablement. On retrouve dans l’épisode Ida Lupino, actrice de films noirs (c’est là-dedans que je l’ai découverte : La grande évasion, Une femme dangereuse) dont la trajectoire ressemble un peu à celle de son personnage, et Martin Balsam, le détective Arbogast de Psycho. Excellent en tous les cas !
bruce randylan
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Re: Mitchell Leisen

Post by bruce randylan »

Cathy wrote:Les faiblesses du scénario sont peut-être aussi et surtout dues au roman de Daphné du Maurier, comme cette fin toutefois "ouverte" avec un côté à la "Autant en emporte le vent", l'héroine réalise au moment le plus tragique qui elle aime et ce qu'elle peut, ne peut pas, veut, ne veut pas faire. Mais le film dégage un charme unique, une fois encore, ce charme que seul Hollywood savait nous offrir.
Tu cites à justes titres Autant en emporte le vent car la musique y ressemble beaucoup et le plan de Fontaine sous son arbre m'a aussi beaucoup fait pensé à Scarlett regardant Tara
HAL 9000 wrote:Je viens de voir un des premiers épisodes de la Quatrième dimension, réalisé par Mitchell Leisen : Du succès au déclin / The Sixteen Millimeter Shrine, et c’est à mon humble avis une petite bombe ! Évidemment, une grande partie de la réussite de l’épisode est à mettre au crédit de Rod Serling, mais notamment l’utilisation du décor baroque de la grande demeure de l’épisode apporte une vraie classe visuelle.
Je l'avais vu lors de la rétro Lupino et j'en avais gardé un bon souvenir mais ça manquait tout de même un peu de rythme.


Et je continue sur la lancée tant qu'il y en a encore

Une fille qui promet ( The Girl Most Likely - 1957 )

La dernière réalisation de Mitchell pour le cinéma est une comédie musicale assez fraîche aux quelques séquences musicales originales et utiliant bien les décors en studios avec ses fonds entièrement noir, rouges ou jaunes. La bonne humeur est de mise et on a vraiment l'impression que le casting se soit bien amusé lors du tournages comme la chanson sur le bar au bord de la plage ou la délirante séquence au Mexique avec ses couleurs excentriques. En plus les chorégraphies sont assez vives et entrainante. Comme ces moments musicaux sorte de l'imagination de l'héroïne, le coté pastiche fonctionne encore mieux et on sort de la salle avec le sourire.

En parlant de l'histoire, elle aussi joue bien les clichés des histoires d'amour et les 3 prétendants qui demandent tous en mariage Jane Powell ( un peu vieille pour le rôle mais elle s'impose bien sur la longueur ) sont justes stéréotypés ce qu'il faut. Les situations de 3 soupirants sont assez drôle surtout sur la fin quand ils se croisent tous et pressent Powell de choisir l'heureux élu.
C'est pas un chef d'œuvre, mais sa cote sympathie est vraiment bien élevée avec des personnages et des acteurs très attachants qui font baigner le film dans une certaine insouciance qui peut s'expliquer par le fait qu'il s'agissait du dernier film produit par la RKO avant son dépôt de bilan. D'ailleurs à la fin de chaque prise, un ouvrier demandait à Leisen s'il pouvait enfin raser tel ou tel studios Grimaçant



4 hours to kill
( 1935 )
Gros retour en arrière pour l'un de ses premiers film et gros coup de coeur pour cette courte comédie sophistiquée et astucieuse se déroulant presque en temps réelle durant un spectacle de cabaret où l'on croise toute une galerie de personnages bien écrits. Il y a le mari qui attends que son épouse accouche, une femme sur le point de divorcer qui retrouve son amant, le concierge qui rêve de devenir avocat mais dont une hôtesse lui réclame 200 dollars pour avorter et surtout un policier avec un criminel menotté qui viennent patienter 4 heures avant leur prochains trains.
Tous ce jolis mondes se croisent entre l'accueil, la salon, les toilettes ou la salle de spectacle. La grande idée du film est de ne jamais montrer ce qui se passe sur scène. Toute la représentation est hors-champ mais les chansons sont omniprésentes et viennent accompagner les histoires personnelles avec intelligence. Le film a une certaine élégance et passe de l'humour, au drame, à la mélancolie ou le suspens dans une variation originale du vaudeville où l'amant du placard est remplacé par un assassin en fuite caché dans une cabine téléphonique en dérangement. Ça marche parce que les personnages sont construits avec une certaine justesse qui leurs donnent beaucoup d'humanité ( la relation entre le flic et le criminel est très touchante par exemple ).
La multitude de personnages et sa courte durée ( 75 min ) font un film très rythmé et mené tambour battant.

Bertrand Tavernier que j'ai vu à la sortie de la séance ne cachait pas non son enthousiasme à cette découverte des plus réussis. :D
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Re: Mitchell Leisen

Post by pierrick »

J'ai également vu mercredi dernier 4 hours to kill.

comme Bruce j'ai trouvé le film très plaisant. C'est le type du film choral, comme à l'époque Dinner à eight ou, en France, les films de Mirande (Derrière la façade par exemple). Avec élégance, Leisen passe effectivement d'un registre à l'autre. On retrouve Richard Barthelmess (le personnage principal du méconnu The last flight de Dieterle) et un jeune Ray Milland.

c'était la soirée d'inauguration de la rétro Dennis Hopper et un sacré b****l pour réussir à se procurer un ticket et du coup un film qui avait démarré quand je suis rentré dans la salle !! assez désagréable. Je suis aussi un peu surpris que le programme annonce comme inédits 2 films qui sont passés sur le cable (j'imagine qu'ils se réfèrent à la sortie en salle ??)