Luchino Visconti (1906-1976)

Rubrique consacrée au cinéma et aux films tournés avant 1980.

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Judyline
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Post by Judyline »

spideroman59 wrote: Et j'adorerais, mais alors j'adorerais, voir ça sur grand écran...
Ca doit en effet en valoir la peine!
Rares sont les films qui 'emplissent' l'écran de telle façon à presque chaque instant.

J'ai été très agréablement surprise hier soir par ce film! :D (ma première rencontre avec Visconti)
spideroman59
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Post by spideroman59 »

Judyline wrote:
spideroman59 wrote: Et j'adorerais, mais alors j'adorerais, voir ça sur grand écran...
Ca doit en effet en valoir la peine!
Rares sont les films qui 'emplissent' l'écran de telle façon à presque chaque instant.

J'ai été très agréablement surprise hier soir par ce film! :D (ma première rencontre avec Visconti)
C'était aussi pour moi le premier film que j'ai vu de lui!
Depuis j'en ai vu quatre autres mais ça reste pour moi le meilleur, avec, peut-être Rocco et ses frères (les trois autres sont Ludwig, Mort à Venise et L'innocent)

J'ai même pas fait de jeu de mots sur "rencontre avec visconti"... je suis fier de résister...
Peut-être plus qu'aux personnes elles-mêmes c'était à leur indocilité, à leur capacité à s'extirper de ce avec quoi on les confond, de ce qu'on voudrait qu'elles soient, qu'il fallait faire confiance.
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-Kaonashi Yupa-
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Post by -Kaonashi Yupa- »

Pendant mon séjour à Rome (8)), je suis tombé sur une petite librairie de cinéma. Et qu'y ai-je trouvé ? Le catalogue d'une expo sur Visconti, qui a eu lieu à la Fondazione Gramsci à Rome du 13 octobre au 02 novembre dernier.
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Pas eu le temps de trop me plonger dedans pour le moment (et puis mon niveau d'italien étant ce qu'il est :oops:, je n'ai pas fini de le lire avant des lustres !), mais il y a quelques belles photos que je n'avais jamais vu.
Le premier défaut que j'y ai vu : il n'y a qu'une seule photo pour Sandra ! :(
Par contre, une photo vraiment sympa : sur le tournage de La Terre tremble, Visconti dirige, et au premier plan, deux de ses assistants : Fraco Zeffirelli et Francesco Rosi...
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Geoffrey Firmin
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Post by Geoffrey Firmin »

Ossessione est tres impressionnant pour un premier film, c'est la meilleure adaptation du facteur sonne toujours deux fois sans problème.Tres surpris qu'il ait pu faire un film aussi sensuelle en 43, De Santis était assistant sur ce film et on voit tres bien ou il a puisé l'inspiration pour Riz Amer.Visconti était esthetiquement bien plus doué que Rosselini et De Sica .
Je suis surpris qu'il n'y ait aucune chronique de film de Visconti sur le site.(alors qu'il y a 8 Michael Winner, 2 Andrew McLaglen et 1 Claude Zidi :mrgreen: ).
Max Schreck
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Post by Max Schreck »

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Vaghe stelle dell'orsa (Sandra), Luchino Visconti, 1965
Un film difficile et profondément marqué par la mort. L'histoire d'un homme qui va quasiment être forcé de perdre sa femme en fouillant dans son passé, l'histoire d'une femme qui va devoir faire son deuil de ce passé pour se retrouver. L'action se situe dans un village italien chargé d'histoire, un trésor d'archéologie fait de vieux murs et de tombeaux étrusques, irrémédiablement et symboliquement emportés dans un ravin. Par film difficile, j'entend que la séduction n'est pas immédiate. Après une ouverture marquée par la frivolité (la fête de départ) et la légereté (le trajet en voiture), on devine très vite que ce retour au pays natal n'aura rien d'une ballade touristique. La grandiose demeure familiale semble vouloir figer les personnages au milieu du marbre et des statues. Visconti insiste sur les reflets dans les miroirs. Son art de la caméra suggère la présence de fantômes, errant dans une maison déserte, un jardin balayé par le vent, les ruines d'une citerne. Le spectateur devient le témoin impuissant de la détresse pathétique des personnages qui tantôt luttent tantôt cèdent face à leur propre douleur. Des damnés, encore.

Le drame est particulièrement pesant, avec derrière de sordides histoires de famille l'absence d'un père mort en déportation. Le mystère lui-même sera assez vite élucidé par le spectateur, mais l'enjeu est moins dans cette résolution que dans la façon de la transcender. Ces "pâles étoiles de la Grande ourse" nous montrent combien les verts paradis des amours enfantines peuvent parfois bâtir de boueuses fondations à l'existence. La quête de la vérité permettra à certains de survivre, mais au prix de la destruction des autres. Visconti en profite au passage pour montrer la mesquinerie et le misérabilisme de pensée de la vie de province.

Les dix dernières minutes sont absolument superbes, avec une utilisation judicieuse de musique de Cesar Franck. Jeu exalté très émouvant de Jean Sorel, et Claudia Cardinale sublimée par un très beau noir et blanc.
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-Kaonashi Yupa-
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Post by -Kaonashi Yupa- »

Tiens, serait-il passé au ciné sur Paris ces derniers jours ? :D :x
Très joli texte sur ce film.
J'aime beaucoup ce que tu dis sur la damnation des personages dans ce film, je trouve ça très juste, au regard de l'oeuvre de Visconti. Plusieurs de ses films, voire toute sa filmographie, traitent de la chute sociale, historique, sentimentale, ou de la déchéance, de ses personnages. Et c'est précisément dans Sandra que cette thématique est le plus sous-entendu, plus diffus. Par la suite, Visconti traite ce thème plus frontalement (quatre ans après, avec Les Damnés, par exemple).
J'ai vraiment très envie de le revoir, et je croise les doigts pour que Wild Side, dans son projet d'édition de films italiens, se penche sur ce film quasiment invisible.
Simone Choule
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Post by Simone Choule »

Sandra...
Putain j'adore ce film !
Max Schreck
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Post by Max Schreck »

-Kaonashi Yupa- wrote:Tiens, serait-il passé au ciné sur Paris ces derniers jours ? :D :x
VHS.
Et je reconnais que ton enthousiasme répété pour ce film n'est pas pour rien dans mon choix de visionnage. :wink:
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-Kaonashi Yupa-
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Post by -Kaonashi Yupa- »

Max Schreck wrote:VHS.
Et je reconnais que ton enthousiasme répété pour ce film n'est pas pour rien dans mon choix de visionnage. :wink:
Ravi d'avoir pu donné envie à au moins une personne de découvrir ce film. J'aurais aimé avoir su écrire sur Vaghe stelle... aussi bie que tu viens de le faire, ça aurait peut-être convaincu plus de personne.
Strum
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Post by Strum »

-Kaonashi Yupa- wrote:et je croise les doigts pour que Wild Side, dans son projet d'édition de films italiens, se penche sur ce film quasiment invisible.
Je l'espère également. Le beau texte de Max donne en tout cas envie de voir le film.
Tancrède
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Post by Tancrède »

Sandra est aussi le film de Visconti qui, à travers la façon de filmer la Nature (le jardin) comme reflet des états d'âme des personnages, m'a semblé le plus proche de Murnau.
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-Kaonashi Yupa-
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Post by -Kaonashi Yupa- »

Tancrède wrote:Sandra est aussi le film de Visconti qui, à travers la façon de filmer la Nature (le jardin) comme reflet des états d'âme des personnages, m'a semblé le plus proche de Murnau.
Justement, durant les scènes d'extérieur, j'avais l'impression que Visconti et son chef op avait cherché à retrouver le style de noir et blanc des films muets de la fin des années 20, et plus particulièrement L'Aurore. :idea:
Il existe un livre en italien à propos de ce film, peut-être y a-t-il des précision à ce propos ; dommage qu'il n'y ait pas de traduction française (ou dommage que je n'avance pas dans mes cours d'italien :oops:).
joe-ernst
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Post by joe-ernst »

-Kaonashi Yupa- wrote:
Tancrède wrote:Sandra est aussi le film de Visconti qui, à travers la façon de filmer la Nature (le jardin) comme reflet des états d'âme des personnages, m'a semblé le plus proche de Murnau.
Jusement, durant les scènes d'extérieur, j'avais l'impression que Visconti et son chef op avait cherché à retrouver le style de noir et blanc des films muets de la fin des années 20, et plus particulièrement L'Aurore. :idea:
Il existe un livre en italien à propos de ce film, peut-être y a-t-il des précision à ce propos ; dommage qu'il n'y ait pas de traduction française (ou dommage que je n'avance pas dans mes cours d'italien :oops:).
J'y ai presque trouvé (dans la scène du jardin la nuit) une tonalité qui rappelle les premiers films d'Hitchcock... :?
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We are all in the gutter, but some of us are looking at the stars. Oscar Wilde.
L'hyperréalisme à la Kechiche, ce n'est pas du tout mon truc. Alain Guiraudie
Max Schreck
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Post by Max Schreck »

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The Damned (Les Damnés), 1969
Déliquescence d'une famille d'industriels aristocrates allemands qui va payer un lourd tribut pour sa compromission avec un pouvoir politique. On se manipule, on se trompe, on joue avec les sentiments. Tout ce petit monde et ses petits calculs pour le pouvoir est impitoyablement observé par le regard du cinéaste. Et l'on voit cette galerie de personnages tous richement caractérisés et interprétés évoluer et se déchirer, jusqu'à être réduits à l'état de fantômes ou de machines. Progressivement la logique de destruction s'affirme. Le récit débute avec l'incendie du Reichstag, se poursuit avec la nuit des longs-couteaux, et on devine que la soif du sang ne sera jamais apaisée et qu'une telle méthode ne peut mener ceux qui l'appliquent qu'à leur propre destruction. Visconti conclue son film sur une apparence de victoire totale pour le nazisme et sa corruption des consciences mais on connaît la suite de l'Histoire. Le réalisateur, incontestablement fasciné par le spectacle de cette décadence est un peu moins inspiré lorsqu'il explore les à-côtés. Ainsi les scènes qui nous montrent le penchant tragique d'Helmut Berger pour les petites filles, ou bien la loooongue partie de campagne au grotesque assumé des S.A. sont moins convaincantes. Le film n'est vraiment passionnant que lorsqu'il revient à cette vaste et terrifiante demeure familiale, véritable théâtre du drame.

Photographie absolument somptueuse de Pasquale De Santis, privilégieant les teintes chaudes (rouges et violets) et crepusculaires. Partition pas très marquante (ou mal utilisée) de Maurice Jarre qui donne un peu l'impression de refourguer son Lara's theme de Jivago.
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Post by Profiler »

Visconti voulait du Mahler aussi pour ce film, ce qui lui a été refusé à cause des producteurs, il a aussi admis que la musique de ce film était le plus mauvaise de tous ses films.
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