En 4ème vitesse (Robert Aldrich - 1955)

Rubrique consacrée au cinéma et aux films tournés avant 1980.

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Federico
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Re: En 4ème vitesse (Robert Aldrich - 1955)

Post by Federico »

Demi-Lune wrote:(un Los Angeles qui annonce presque du Lynch - j'ai toujours pensé que la baraque en feu au milieu du désert de Lost Highway renvoyait à Kiss Me Deadly).
Sans Kiss Me Deadly, il n'y aurait jamais eu Lost Highway et sans doute pas non plus Mulholland Dr..
Watkinssien wrote:Quand on sait que Robert Aldrich était sous l'influence de Welles pour ce Kiss me Deadly, cela semble un juste retour des choses... :)
Le Welles de La dame de Shanghai, certainement. Hystérie, grotesque, jusqu'au-bout-isme, violence baroque... (les effets de cadrage - fabuleux mais recherchés - en moins).
yaplusdsaisons wrote: Beau texte Anorya, mais cette mise à distance m'agace justement par sa complaisance, à un moment j'avais l'impression que le film était réalisé par Jean-Paul Sartre.
:shock: :shock: Vindiou ! Je ne sais plus si je dois revoir le film d'Aldrich ou relire les 2-3 bouquins de Sartre qui me sont passés par les mains...
Maintenant que c'est dit, l'écrivain aurait été pas mal en Doc Kennedy (Percy Helton m'a toujours fait penser à une grenouille). :lol:
yaplusdsaisons wrote: Je viens de retrouver ma liste des 100 films préférés: grâce au ciel il ne s'y trouve pas un seul déchet de type "qui-détourne-les-codes"
Marrant, je n'arrive pas à imaginer Aldrich en poseur arty ni en petit malin épateur. Juste un cinéaste avec les épaules assez larges pour imposer sa grosse papatte et ses idées. Comme Welles, Ray, Lewis, Fuller... (même si je reconnais que Welles joua parfois au petit malin* mais il l'a fait à fond et avec quel talent et l'a aussi payé comptant).
En dehors du personnage de privé antipathique (mais était-ce le premier ?), le seul détournement de code que je vois c'est l'opposition brune/blonde et encore, c'est surtout un détournement du code... hitchcockien. Hitchcock, qui lui, se permettra quelques années plus tard le plus osé détournement de code possible en faisant disparaître sa tête d'affiche à mi-film.

(*) Avant même de devenir cinéaste. Il suffit de voir son air faussement candide lors de l'interview qu'il donna après l'affolement (très exagéré) provoqué par son adaptation radiophonique de "La guerre des mondes".
The difference between life and the movies is that a script has to make sense, and life doesn't.
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Re: En 4ème vitesse (Robert Aldrich - 1955)

Post by Nomorereasons »

Federico wrote: le seul détournement de code que je vois c'est l'opposition brune/blonde et encore, c'est surtout un détournement du code... hitchcockien.
Hein! Ca marche encore ce truc! Ma mère est blonde et ma tante est brune, ça veut dire quoi, que mon destin sera hitchockien?
Et pourquoi on parle jamais des oppositions huîtres/foie gras au cinéma? double épaisseur/triple épaisseur? slip/caleçon? Sans rire, je prédis un grand avenir à la critique structuraliste au cinéma.
Federico
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Re: En 4ème vitesse (Robert Aldrich - 1955)

Post by Federico »

yaplusdsaisons wrote:
Federico wrote: le seul détournement de code que je vois c'est l'opposition brune/blonde et encore, c'est surtout un détournement du code... hitchcockien.
Hein! Ca marche encore ce truc! Ma mère est blonde et ma tante est brune, ça veut dire quoi, que mon destin sera hitchockien?
Pas d'panique ni d'hitchocs à redouter, ça ne marche... qu'au cinéma. :wink:
yaplusdsaisons wrote: Et pourquoi on parle jamais des oppositions huîtres/foie gras au cinéma? double épaisseur/triple épaisseur? slip/caleçon? Sans rire, je prédis un grand avenir à la critique structuraliste au cinéma.
J'y connais kouik en "ismes" mais pour les sous-vêtements, cf la séquence de plumard avec Aznavour et Michèle Mercier dans Tirez sur le pianiste...
Il y aussi la question perverse provoquée par l'infâme Alan au capitaine Haddock dans Coke en stock : "La barbe au-dessus ou en dessous des draps ?"
Mais j'ai comme la vague impression de m'éloigner du sujet...
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Re: En 4ème vitesse (Robert Aldrich - 1955)

Post by Nomorereasons »

Federico wrote:Il y aussi la question perverse provoquée par l'infâme Alan au capitaine Haddock dans Coke en stock : "La barbe au-dessus ou en dessous des draps ?"
Mais j'ai comme la vague impression de m'éloigner du sujet...
Ah non, au contraire, cette petite frappe d'Alan qui taquine Haddock pourrait être un portrait fidèle de Bob "quand vous verrez mon générique à l'envers vous ferez moins les malins" Aldrich
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Re: En 4ème vitesse (Robert Aldrich - 1955)

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_______________

Vavavoum! "Kiss me deadly" est l'exemple type du petit film de genre qui ne se voit pas aussi grand qu'il est en réalité, un film de série B qui s'empare d'un genre, le film noir, pour en ériger un spectaculaire et solide autel avec tous les ingrédients, tous les éléments mythiques, dans le fond comme la forme. Dépassé par ses ambitions de départ, le film est plus svelte, plus élancé et souple, il détaille un éventail de qualités insoupçonnées.

Bref, ce film est un délice, mêlant le goût amer d'une paranoïa fondée sur les agissements mystérieux d'un groupe d'individus qui complotent et qui torturent et la texture plus sucrée, mais tout aussi poivrée d'une sensualité torride, violente aussi, que le détective Mike Hammer subit avec une mâle assurance. Sur la fin, le film ajoute une pincée de science-fiction voire de fantastique avec la fameuse boite de Pandore qui fout les jetons au monde entier à cette époque de guerre froide où l'arme nucléaire fait planer de bien vilains vautours dans les consciences.

Film d'atmosphère.
Aldrich met en scène un Mike Hammer sec, comme son whisky, mais la masse musculaire et le visage carré de Ralph Meeker donnent au détective un physique de chien, de pitbull pas fâché d'avoir à tenir une affaire aussi charnue dans sa mâchoire. Sec et costaud donc, façon marteau-pilon, d'humeur égale, la plupart du temps le regard un brin désabusé, le personnage n'est pas spécialement sympathique. Le film ne nous sert pas le héros hollywoodien, gentil et brave. Bref, Robert Aldrich ne serait-il pas en train de nous présenter un superbe anti-héros typique? Il n'y a qu'à voir l'étrange sourire pervers qui barre son visage rayonnant lorsqu'il brise les doigts d'un énergumène bigleux, laid nabot qui laisse trop trainer sa vénalité dans le tiroir de son bureau.

La plupart des personnages sont tout aussi déviants. A part Velda (Maxine Cooper), la secrétaire de Hammer, dévouée à son patron, amoureuse jusqu'à se faire sauter pour des informations juteuses, tous font preuve de cynisme, de malhonnêteté. Tellement archétypaux qu'ils en deviennent presque conceptuels. Tous pourris!
Même le flic (Wesley Addy) a priori bienveillant se révèle une belle crapule détestant la liberté d'action et d'esprit de Hammer...
Tous, plus ou moins chantres d'un système ultra-individualiste, se bouffent entre eux. Le monde de "Kiss me deadly" est plus sauvage que celui de la jungle. Les hommes sont des animaux carnassiers à la recherche d'une nourriture bien terrestre : le billet vert. Et rien ne permet de les sauver. A peine la fin esquisse-t-elle un dernier mouvement vers la conformité, vers les convenances en permettant à Hammer de sauver Velda.

Mais à ce moment-là du film, l'attention du spectateur se porte bien davantage sur cette chose étrange qui dévore la maison sur la plage. Brutalement, le film s'arrête sur cette image eschatologique.

Tout le film n'a été qu'un mouvement perpétuel, à toute berzingue, un récit rapide, proposant un assortiment de brutalités diverses concoctées par des personnages rarement délicats. Mantes religieuses et scorpions s'asticotent l'abdomen à coups de mandibules affamées et de dards nerveux qui font pan-pan.

La moralité de l'époque interdisaient encore de montrer frontalement sexualité et violence : Robert Aldrich combine ellipses, contre-champ et dialogues pleins de sous-entendus pour parvenir ainsi à intégrer la violence et le cul sans pour autant les expliciter. Bien fait, ce petit film m'a tout l'air d'un classique finalement.

Si un jour, vous avez l'occasion de le voir au cinéma, ne la manquez pas. J'ai eu jadis ce privilège, à l'Utopia de Bordeaux, j'en ai encore les yeux en effervescence.
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Demi-Lune
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Re: En 4ème vitesse (Robert Aldrich - 1955)

Post by Demi-Lune »

Alligator wrote:Image
Je ne me souviens pas de ce plan dans le film. C'est une photo ou une capture d'écran, Alligator ? :) Belle chronique, sinon.
Alligator
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Re: En 4ème vitesse (Robert Aldrich - 1955)

Post by Alligator »

C'est bel et bien une capture. Un personnage que Mike Hammer vient interroger et qui zieute inquiet à l’œilleton de sa porte s'il m'en souvient bien.
Federico
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Re: En 4ème vitesse (Robert Aldrich - 1955)

Post by Federico »

C'est drôle, je ne me rappelais pas non plus de cette image (dans un des quiz classikien, je me serais bien fait avoir) alors que je place ce diamant noir et sauvage en haut du haut de la boîte et que je l'ai vu (pris dans la gueule serait plus exact) maintes fois*.
Bravo à Alligator pour son analyse dont le ton transcrit parfaitement l'atmosphère brutale et perverse d'un film tourné aussi rapidement que son titre VF ou qu'une production Corman. Autant dire que le résultat propose un ratio temps/efficacité au-delà de l'imaginable.
Film-monument, film-jalon, film-tout ce qu'on voudra... et aussi un véritable sapin de Noël pour amateurs de tronches et de "seconds couteaux", rarement si bien qualifiés ainsi (je vais encore ressortir le coup du Garnier mais que ceux qui ne l'ont pas encore lu se jettent sur "Caractères : Moindres lumières à Hollywood" mais prévoyez un p'tit pipi avant :lol: ). Je crois que mon préféré reste le p'tit toubib à voix de dessin animé joué par Percy Helton (ah ! le coup du tiroir... :roll: ).
Quant à Meeker, il suffit de le voir ici et de comparer avec ses (trop rares) autres participations à des films majuscules pour piger qu'il n'était pas un manche. Ce sourire en biais prometteur d'avanies, il aura le même dans un autre Aldrich et pourtant il parviendra à lui donner une signification totalement inverse (en psychologue de l'armée des 12 salopards).

(*) En même temps, je me fais... violence pour espacer les re-visites et conserver le taux de caféine hyper-concentré de ce film-ristretto. Et j'envie ceux et celles qui le découvriront (ou "le prendront dans la poire") pour la première fois. Dans mon cas, dès ce prégénérique de dingue avec halètements, crissements de pneus et la double caresse d'une voix d'hôtesse de l'air (au sens anglais, avec "air" pour "radio") et de celle de Nat King Cole, je n'avais plus un poil de sec. :shock: :oops:
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Re: En 4ème vitesse (Robert Aldrich - 1955)

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"Chérie! Mon colis du Japon est arrivé?"
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Re: En 4ème vitesse (Robert Aldrich - 1955)

Post by Federico »

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Plus qu'une et on la met dans la boîte !

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Tu sais bien que tu es la seule dont j'aime recevoir des pastilles, Velda...

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Chez Castou y'a tout c'qui fout... les boules
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Jeremy Fox
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Re: En 4ème vitesse (Robert Aldrich - 1955)

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Re:

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Jeremy Fox wrote:
Philip Marlowe wrote:J'ai eu la même impression que toi sur le coup(presque mot pour mot), mais avec le temps le film a bien vieilli dans mon esprit, et je ne demande qu'à le revoir :wink:
.

Sauf que j'en suis à la troisième vision et que le film ne me parle pas plus à la troisième qu'à la première. ;-)

Le quatrième essai à partir du superbe Bluray Carlotta aura été le bon. Comme quoi encore une fois, il n'y a certes pas que ça mais la qualité d'une copie joue beaucoup me concernant. Mise en scène formidable et percutante, Ralph Meeker impeccable ; du grand film noir. Je me demande s'il ne finira pas film du mois d'ailleurs.
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Watkinssien
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Re: Re:

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Jeremy Fox wrote:
Jeremy Fox wrote:

Sauf que j'en suis à la troisième vision et que le film ne me parle pas plus à la troisième qu'à la première. ;-)

Le quatrième essai à partir du superbe Bluray Carlotta aura été la bonne. Comme quoi encore une fois, il n'y a certes pas que ça mais la qualité d'une copie joue beaucoup me concernant. Mise en scène formidable et percutante, Ralph Meeker impeccable ; du grand film noir. Je me demande s'il ne finira pas film du mois d'ailleurs.
Aaaah ! :)
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Hitchcock
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Re: En 4ème vitesse (Robert Aldrich - 1955)

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Très bonne nouvelle ! :)
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Père Jules
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Re: Re:

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Jeremy Fox wrote:
Jeremy Fox wrote:

Sauf que j'en suis à la troisième vision et que le film ne me parle pas plus à la troisième qu'à la première. ;-)

Le quatrième essai à partir du superbe Bluray Carlotta aura été le bon. Comme quoi encore une fois, il n'y a certes pas que ça mais la qualité d'une copie joue beaucoup me concernant. Mise en scène formidable et percutante, Ralph Meeker impeccable ; du grand film noir. Je me demande s'il ne finira pas film du mois d'ailleurs.
Tu fais plaisir !
Cela dit, je ne trouve pas que le dvd empêchait de prendre la mesure de ce chef-d'ouvre (dans mon top 10).