Claudette Colbert (1903-1996)

Rubrique consacrée au cinéma et aux films tournés avant 1980.

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AtCloseRange
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Re: Claudette Colbert (1903-1996)

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Ann Harding wrote:Since You Went Away (Depuis ton départ, 1944) de John Cromwell avec C. Colbert, Jennifer Jones, Shirley Temple, Robert Walker & Joseph Cotten
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Anne Hilton (C. Colbert) après le départ de son mari pour le front se retrouve seule avec ses deux filles adolescentes, Jane (J. Jones) et Bridget (S. Temple). Elles prennent un pensionnaire dans leur maison, le vieux Colonel Smolett (Monty Wooley) qui se plaint constamment...

J'ai recherché sur le forum une trace de ce film et je n'en ai trouvé aucune. Je serais donc la première à parler de ce long film de 177 min produit et écrit par David O. Selznick durant les dernières années de la guerre. Ce film a été pour moi une vraie découverte. C 'est une saga du quotidien d'une famille américaine ordinaire durant les années de guerre qui comme le fera Wyler avec The Best Years of Our Lives (1946) pour l'après-guerre, s'attache aux personnages et nous les fait lentement découvrir dans leurs complexités. Le film bénéficie d'un casting prestigieux, mais, réussit à conserver la simplicité de son propos. Claudette Colbert n'a jamais été aussi vraie et émouvante dans le rôle d'Anne Hilton. Ce qui m'a totalement captivée c'est la justesse de l'atmosphère au sein de cette famille. Le dialogue est un ainsi tour à tour badin, tragique ou humoristique suivant les humeurs des personnages qui déroulent le fil de leurs pensées.
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Quant à l'image, cela a été un choc pour moi de voir le travail incroyable de Stanley Cortez (Lee Garmes est également crédité au générique). Vous n'avez qu'à regarder les quelques captures que je poste. Ces immenses paysages où se perdent Jennifer Jones et Robert Walker pour leur dernière promenade à la campagne avant leur séparation alors qu'ils chantent 'My Darling Clementine'.
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Et il y a une utilisation de la profondeur de champ absolument superbe combinée parfois avec l'utilisation des ombres.
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Mais, au-delà de ces effets de lumière, le film réussit à être incroyablement émouvant et humain. Je pense que Selznick a dû travailler avec une batterie de collaborateurs sur ce film (comme il le faisait toujours!), mais, son scénario fonctionne d'une manière remarquable. On a vraiment l'impression de ressentir ce sentiment de solitude intolérable lorsqu'un être cher vous manque. Les personnages secondaires sont également très bien dessinés et cohérents. Agnes Moorehead est une voisine d'une intolérable hypocrisie, Joseph Cotten est parfait en ancien soupirant de Colbert, Monty Wooley est un vieux ronchon colérique, Alla Nazimova, une immigrante récente amie de Colbert. On sent également ce désir d'aller au-delà des races et des origines sociales (comme le fera également The Best Years of Our Lives) qui a uni - brièvement - les américains pendant la guerre. Les blessés noirs ou blancs sont soignés ensemble et Colbert, issue de la bourgeoisie devient l'amie de Nazimova, une immigrante récente, en travaillant dans une usine. Mais, le film évite le prêchi-prêcha en conservant sa simplicité de propos. j'avoue avoir plusieurs fois été au bord des larmes en le regardant. Claudette Colbert a les larmes aux yeux quand Nazimova lui dit qu'elle est pour elle l'image de la femme américaine telle qu'elle avait imaginée en arrivant en Amérique face à la Statue de la Liberté. Quel hommage à Colbert, la petite française immigrée, de devenir le symbole de l'Amérique !
Enfin, je ne peux que vous pousser à découvrir rapidement ce film de John Cromwell, qui porte la patte de son producteur. Il est disponible en Z1 US avec des sous-titres français.
Les captures m'avaient intrigué mais je serais beaucoup, beaucoup moins enthousiaste. Finalement, le meilleur du film, il est dans ces captures sauf que le film ne ressemble à ça que le temps de ces quelques plans. D'ailleurs, on a l'impression (confirmé par ce que j'ai lu chez Tavernier) que certaines de ces séquences (notamment quelques unes avec Moorehead) n'ont pas été filmées par le même réalisateur.
En tout cas, le reste du temps, c'est extrêmement plan-plan avec du sucre à tous les étages (musique sirupeuse au possible et omniprésente de Max Steiner, interprétation adhoc de Jennifer Jones, de la très énervante Shirley Temple en pleine adolescence ou d'un Robert Walker extrêmement fade).
Moorehead et Cotten ont l'air de sortir d'un autre film.
Je n'ai pas trouvé que le Wyler était un grand film mais dans mon souvenir, c'était bien plus émouvant et digne que ce film qui se regarde mais d'un oeil détaché.
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Ann Harding
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Re: Claudette Colbert (1903-1996)

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AtCloseRange wrote:Les captures m'avaient intrigué mais je serais beaucoup, beaucoup moins enthousiaste. Finalement, le meilleur du film, il est dans ces captures sauf que le film ne ressemble à ça que le temps de ces quelques plans. D'ailleurs, on a l'impression (confirmé par ce que j'ai lu chez Tavernier) que certaines de ces séquences (notamment quelques unes avec Moorehead) n'ont pas été filmées par le même réalisateur.
En tout cas, le reste du temps, c'est extrêmement plan-plan avec du sucre à tous les étages (musique sirupeuse au possible et omniprésente de Max Steiner, interprétation adhoc de Jennifer Jones, de la très énervante Shirley Temple en pleine adolescence ou d'un Robert Walker extrêmement fade).
Moorehead et Cotten ont l'air de sortir d'un autre film.
Je n'ai pas trouvé que le Wyler était un grand film mais dans mon souvenir, c'était bien plus émouvant et digne que ce film qui se regarde mais d'un oeil détaché.
Pour avoir lu en détail, le livre de Ron Haver sur David O. Selznick, il en ressort que le film a bel et bien été réalisé par John Cromwell. Mais, c'est un film qui porte la patte de Selznick. Il a d'ailleurs essayé de réaliser quelques scènes lui-même lorsque Cromwell a été malade sans grand succès. Il a du reconnaître qu'il n'était pas un metteur en scène! Mais, je ne pense pas être la seule à avoir apprécié ce film. Voici ce qu'écrit James Agee, qui fut un grand critique et scénariste (Night of the Hunter et African Queen):

Ce qui fait de Since You Went Away un succès garanti est en partie son sujet sans prétentions, qui n'a jamais été auparavant aussi bien maîtrisé dans un film, en partie aussi son casting composé entièrement de stars et surtout le scénario extrêmement astucieux et la production de David O. Selznick. Selznick a donné à Claudette Colbert le plus riche et le plus grand rôle de sa carrière. Elle le récompense à maintes reprises avec un jeu professionnel impeccable , et par moments - spécialement durant ses scènes avec Joseph Cotten - avec des éclairs d'un jeu plus mûr et plus chaleureux. Bien qu'idéalisé, les personnages de Selznick sont authetiques à un degré rarement atteint dans un film hollywoodien. Le film montre un mélange de sens du spectacle, d'humour, et de l'américanisme à revendre... Il y a de nombreuses preuves de l'oeil d'un professionnel , de son coeur et de son esprit. Additionnés, ils donnent au film un goût, une perspicacité, une supériorité et une vie.

Personnellement, je trouve que le film capture impeccablement un moment précis dans l'histoire américaine avec son atmosphère propre. Le Wyler est aussi un très grand film sur le retour des soldats de la guerre (qu'Agee aimait aussi énormément). Mais, tous les goûts sont dans la nature...! Et je peux comprendre que certaines personnes n'apprécient pas le film.
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Re: Claudette Colbert (1903-1996)

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Ann Harding wrote:
AtCloseRange wrote:Les captures m'avaient intrigué mais je serais beaucoup, beaucoup moins enthousiaste. Finalement, le meilleur du film, il est dans ces captures sauf que le film ne ressemble à ça que le temps de ces quelques plans. D'ailleurs, on a l'impression (confirmé par ce que j'ai lu chez Tavernier) que certaines de ces séquences (notamment quelques unes avec Moorehead) n'ont pas été filmées par le même réalisateur.
En tout cas, le reste du temps, c'est extrêmement plan-plan avec du sucre à tous les étages (musique sirupeuse au possible et omniprésente de Max Steiner, interprétation adhoc de Jennifer Jones, de la très énervante Shirley Temple en pleine adolescence ou d'un Robert Walker extrêmement fade).
Moorehead et Cotten ont l'air de sortir d'un autre film.
Je n'ai pas trouvé que le Wyler était un grand film mais dans mon souvenir, c'était bien plus émouvant et digne que ce film qui se regarde mais d'un oeil détaché.
Pour avoir lu en détail, le livre de Ron Haver sur David O. Selznick, il en ressort que le film a bel et bien été réalisé par John Cromwell. Mais, c'est un film qui porte la patte de Selznick. Il a d'ailleurs essayé de réaliser quelques scènes lui-même lorsque Cromwell a été malade sans grand succès. Il a du reconnaître qu'il n'était pas un metteur en scène! Mais, je ne pense pas être la seule à avoir apprécié ce film. Voici ce qu'écrit James Agee, qui fut un grand critique et scénariste (Night of the Hunter et African Queen):

Ce qui fait de Since You Went Away un succès garanti est en partie son sujet sans prétentions, qui n'a jamais été auparavant aussi bien maîtrisé dans un film, en partie aussi son casting composé entièrement de stars et surtout le scénario extrêmement astucieux et la production de David O. Selznick. Selznick a donné à Claudette Colbert le plus riche et le plus grand rôle de sa carrière. Elle le récompense à maintes reprises avec un jeu professionnel impeccable , et par moments - spécialement durant ses scènes avec Joseph Cotten - avec des éclairs d'un jeu plus mûr et plus chaleureux. Bien qu'idéalisé, les personnages de Selznick sont authetiques à un degré rarement atteint dans un film hollywoodien. Le film montre un mélange de sens du spectacle, d'humour, et de l'américanisme à revendre... Il y a de nombreuses preuves de l'oeil d'un professionnel , de son coeur et de son esprit. Additionnés, ils donnent au film un goût, une perspicacité, une supériorité et une vie.

Personnellement, je trouve que le film capture impeccablement un moment précis dans l'histoire américaine avec son atmosphère propre. Le Wyler est aussi un très grand film sur le retour des soldats de la guerre (qu'Agee aimait aussi énormément). Mais, tous les goûts sont dans la nature...! Et je peux comprendre que certaines personnes n'apprécient pas le film.
Tavernier est également très laudateur mais vraiment, cette chronique familiale m'a semblé trop jouer sur les ressorts classiques du mélo sans assez de retenue (et de tenue) à mon goût.
Néanmoins, j'espère que tu seras d'accord avec moi mais les captures que tu as montrées sont assez peu représentatives du ton global et de la signature visuelle du film (à part la scène de la gare, celle du dancing ou le rendez-vous nocturne de Walker et Jones devant la maison). La plupart du film se passe à l'intérieur de la maison de la famille et, que ce soit dans la réalisation ou dans la photo, le traitement est beaucoup plus plat que cela.
ça rend pour moi encore plus bancal ces moments limite expressionnistes.
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Ann Harding
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Re: Claudette Colbert (1903-1996)

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Le film a deux 'cinematographers' au générique: Stanley Cortez à qui l'on doit certainement les parties les plus 'expressionistes' comme tu les appelles. Mais, le second Lee Garmes était également un grand artiste que l'on peut reconnaître dans ses gros plans moelleux des actrices. Mais, je n'ai pas du tout trouvé le film mièvre. (Il est vrai que je ne basais pas sur des sous-titres français. J'ai vu le film sans ST.)
Mais, les moments sélectionnés sur les captures font partie des grands moments du film et Cortez y ajoute une atmosphère qui aide grandement à l'émotion du film. Oui, j'ai été très émue par ce film car je l'ai trouvé d'une grande justesse.
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Cathy
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Re: Claudette Colbert (1903-1996)

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Four frightened people (1934)

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Suite à une épidémie de peste sur le bateau où ils sont embarqués, quatre voyageurs débarquent clandestinement pour trouver un moyen de rejoindre la civilisation, il s se retrouvent perdus sur une ile qu'ils doivent traverser en affrontant ses dangers.

Cecil B deMille nous avait habitués à mieux. SI le scénario est sympathique au départ et le film plutôt rythmé et agréable, faisant souvent sourire ou rire, les péripéties de ces quatre aventuriers relèvent souvent du n'importe quoi. Entre les abris qu'ils ont et qu'ils ont l'air d'avoir fait en deux temps trois mouvements sans le moindre outil, entre les tenues affriolantes de Miss Colbert, ah sa petite robe en peau de panthère, après s'être enfin décoincée ! Bref plein de détails complètement loufoques. On voit que nous sommes encore à la limite du pré-code, avec la baignade nue de l'héroïne qui ne peut se protéger qu'avec des feuilles, et naturellement cette relation évidente entre cet homme marié et cette jeune femme qui devient belle dans l'aventure. Il y aussi cette grande scène où Mary Boland préconise le contrôle des naissances à cette peuplade reculée impliquant naturellement certaines contraintes sexuelles.

L'idée est sympathique d'opposer une institutrice vieille fille, incarnée par une Claudette Colbert méconnaissable au début avec ses petites lunettes cerclées et ses cheveux tirés en chignon strict, une féministe obsédée par le taux de natalité interprétée par Mary Boland, très cocasse et drôle dans le film et toujours avec son toutou dans les bras, un journaliste obsédé par le scoop et peu sympathique incarné par William Gargan et Herbert Marshall excellent en industriel marié sans passion, chimiste et qui va découvrir le véritable amour. Certaines scènes semblent avoir inspiré une fois encore les BD, ou les films d'aventures, la scène du campement en pleine nuit fait un peu penser au temple maudit d'Indiana Jones, les singes volant le fusil évoquent irrésistiblement Tintin. Bref nous sommes dans un film d'aventures exotiques au rythme soutenu, mais aux invraisemblances énormes qui gachent un peu le plaisir. A noter que pour un deMille, le film est très court, vu qu'il ne fait qu'1h18 !


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Le signe de la croix, The Sign of the Cross (1932)

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Après l'incendie de Rome, Neron entreprend une chasse sans piété des chrétiens. Le préfet de Rome s'éprend d'une jeune chrétienne au grand dépit de Poppée.

Bon alors entendons nous, Cecil B de Mille, c'est le goût du grandiose, du biggest in the world, comment ne pas être subjugué par cette reconstitution de la Rome antique, pas un drapé, une amphore, un bijou ne manque, comme dans ces jeux du cirque, avec ces tigres, ces combats entre pygmées et Amazones, ces combats de gladiateurs, ces lions affamés, ces crocodiles, ou autre gorille (un peu faux quand même pour le coup). Tout y est, il ne manque rien, ni le salut à Cesar, ni la fanfare. On sent que le film inspirera nombres autres cinéastes ou auteurs de BD. Si pour The Plainsman, on se sentait proche de Luky Luke, là nous sommes plutôt du côté d'Asterix sans l'humour. Cecil B de Mille a un talent hors norme pour animer des scènes de foule, avec cette multitude de figurants,nous sommes aussi bien à Rome, que dans l'assemblée chrétienne. Le thème suscitera de nombreuses adaptations au cinéma, Ben Hur évoque le début du Christianisme, Quo Vadis qui serait en quelque sorte un remake du Signe de la croix, les martyrs des chrétiens, bref la foi, la naissance du christianisme sont propices aux grandes oeuvres épiques, opposer la luxure des romains, à la pauvreté noble des premiers chrétiens.

Il y a aussi un côté pré-code évident avec Claudette Colbert dont la poitrine apparait presque entièrement dans son bain de lait d'anesse, sans oublier le fait qu'elle invite une amie à venir partager ce bain, il y a les orgies évoquées et montrées, avec sa débauche de luxure, une violence assez présente, comme la torture affligée au jeune frère de l'héroine. Bon nous sommes encore dans ces flêches qui tuent sans la moindre effusion de sang, mais il y a du génie dans cette mise en scène, même si le film souffre de quelques longueurs. Et puis il y a les interprètes Charles Laughton, en Néron affalé qui semble avoir inspiré Peter Ustinov dans le rôle, Claudette Colbert magnifique Poppée, odieuse garce qu'on aime à détester, Elissa Landi ravissante en jeune Chrétienne à la coiffure quelque peu anachronique mais qu'importe et puis Fredric March qui naturellement finira par succomber à l'amour ! Le plus grand moment du film est sans aucun doute cette évocation des jeux du cirque où on fait naître comme pour le spectateur de l'arène, l'impatience de voir les chrétiens martyrisés. Curieusement si on nous montrera des gladiateurs s'embrocher, un pygmée empalé par une amazone, une jeune femme dévorée par les crocodiles, le martyr des chrétiens ne sera quasiment pas montrés, et naturellement celui des héros sera laissé à la liberté d'imagination de chacun.
Bref du Cinema d'aventures avec un grand C, du véritable cinéma pour en mettre plein la vue et qui remplit admirablement son contrat.

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Re: Claudette Colbert (1903-1996)

Post by someone1600 »

Ah... Claudette est magnifique dans ces deux films... :oops:
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Cathy
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Re: Claudette Colbert (1903-1996)

Post by Cathy »

Cleopatra (1934)

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La vie de Cleopatre et ses histoires d'amour successives avec Jules Cesar puis Marc Antoine.

Ce qui fit Cecil B deMille, c'est le faste, le luxe, l'abondance de détails et le côté grandiose des reconstitutions. Certaines scènes peuvent faire sourire par la surenchère de la démesure, mais elles ont aussi un fort pouvoir de séduction, comment ne pas être enthousiasmé par tant de decorum, notamment cette fameuse scène où Cleopatre offre à Marc Antoine un divertissement totalement démentiel avec femmes panthères, danses, des fanfares, des danseuses aux poses égyptiennes (on imagine l'or et les bijoux coulant à flots, etc.) L'entrée de la souveraine dans Rome fait curieusement pale figure et on a l'impression comme dans certaine BD qu'elle n'a même pas pris le temps de se changer et est arrivée très vite. Rien ne manque toutefois, les drapés des robes, les bijoux, les coiffures, les poses lascives, l'aspic qui pique réellement la poitrine de la souveraine, les guépards apprivoisés, les paons qui se baladent entre deux servantes sans oublier la porte style coffre fort de la chambre royale La reconstitution de la dernière grande bagarre entre Marc-Antoine et Octave est aussi un sommet du cinéma avec cette succession de scènes enchevêtrées et assez violentes, avec pour une fois du sang montré, un soldat écrasé sur une roue. Mais ce qui fait aussi le charme de ce film, c'est une fois encore le piquant et la séduction de Claudette Colbert, très belle Cleopatre. Warren William campe un Cesar hautain à souhait. On reprochera peut-être à la soirée chez Calpurnia de ressembler à quelque cocktail hollywoodien de l'époque. Henry WIlcoxon qui sera l'année suivante le Richard Coeur de Lion des Croisades campe un Marc Antoine plein de fougue. On remarque aussi Cecil Aubrey Smith en vieux soldat curieusement barbu quand on on voit le souci du détail. On admirera le très beau plan final de Cléopatre morte sur son trône. Bref une fois encore du Cinéma avec un grand C destiné à divertir plus qu'autre chose et qui y arrive pleinement.

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Re: Claudette Colbert (1903-1996)

Post by Tutut »

Cathy wrote:Cleopatra (1934)

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C'est commandé, merci de m'y avoir fait penser. :)
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Re: Claudette Colbert (1903-1996)

Post by Cathy »

Tutut wrote:
Cathy wrote:Cleopatra (1934)

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C'est commandé, merci de m'y avoir fait penser. :)
Ce coffret universal zone 1 est une pure merveille avec les Croisades, le signe de la croix, Four frightened et Union Pacific (que je suis en train de visionner). Il montre à quel point Cecil B deMille faisait du Cinéma avec un grand C, dans son côté divertissant le plus pur ! Tout dans l'image, l'esbrouffe, on en prend plein les yeux et qu'est-ce que ça fait du bien :) !
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Re: Claudette Colbert (1903-1996)

Post by someone1600 »

C'est clair, ce coffret est une merveille. Tiens faudra que je regarde The crusades moi. :?
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Re: Claudette Colbert (1903-1996)

Post by Cathy »

someone1600 wrote:C'est clair, ce coffret est une merveille. Tiens faudra que je regarde The crusades moi. :?
Quelque part, c'est celui que j'ai le moins aimé, sans doute un manque d'empathie pour le héros, c'est un Richard Coeur de lion pas très sympa qui est présenté quelque part !
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Re: Claudette Colbert (1903-1996)

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Depuis ton départ, Since you went away (1944) - John Cromwell

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Pendant la seconde guerre mondiale, un publicitaire intègre l'armée laissant chez lui son épouse et ses deux filles. Celles-ci prennent un locataire, l'ainée des deux filles rencontre l'amour, le père est porté disparu.


John Cromwell signe avec ce film un très beau mélodrame fort conventionnel toutefois. Il n'y a rien de bien original dans cette histoire qui semble une adaptation moderne des quatre filles du Dr March avec le fauteuil qui permet de lire les lettres paternelles, le père parti à la guerre, la famille féminine laissée seule chez elle, le vieil ours ronchon, l'ami de la famille sympathique boute en train.
Nous sommes à la fois dans un mélodrame flamboyant, mais aussi dans une comédie familiale typique, avec le personnage de ce vieil officier un peu rigide et ses déméles avec Soda, le bulldog qui rappelle le fameux Spike des Tex Avery et autre Tom et Jerry, l'alternance de scènes joyeuses et de scènes destinées à tirer les larmes. C'est une saga typique de cette époque, évoquant la vie de ceux qui restent aux USA attendant les valeureux soldats. Il n'y a aucune surprise dans cette histoire, tout est cousu de fils blancs, les relations entre jeune fille et soldat, les victimes de la guerre, le syndrôme du soldat que William Dieterle décrira avec tellement plus de subtilité dans I'll be seeing you. Le happy end qui arrivera et en plus naturellement le soir de Noel.
Le film a tout de même le charme de ces comédies américaines avec ces personnages hauts en couleur que ce soit la mère fière et digne qui fait tout pour ses filles, dont l'ainée qui découvre ses premiers émois amoureux. Mais là où William Wyler signe un chef d'oeuvre absolu sur le retour des héros dans Les plus belles années de notre vie qu'il évoque irresistiblement, John Cromwell se contente d'illuster le roman dont est tiré le film. Il signe par contre de magnifiques gros plans de ses acteurs, le tout est filmé de manière assez conventionnelle et les fameux plans signalés plus haut semblent totalement incongrus dans ce film, comme rapportés, et finalement n'apportent âs grand chose au film. Maintenant les interprètes sont tous parfaits en premier lieu Claudette Colbert qui abandonne ses rôles de femme frivole et capricieuse pour celui de la mère de famille courageuse, Jennifer Jones prête sa beauté à l'ainée et Shirley Temple son charme adolescent à la plus jeune des soeurs. Il y a aussi le personnage de Tony interprété par Joseph Cotten, fort séduisant en sympathique ami de la famille qui apporte légèreté à la famille. Monty Wooley campe un charismatique locataire, quant à Robert Walker, il retrouve son personnage d'éternel tourmenté. Il y a aussi Hattie McDaniel, elle aussi dans son emploi habituel d'employé de maison plein de bon sens mais aussi de préjugés et puis naturellement Agnes Moorehead sensationnelle dans son rôle "d'entremetteuse" de luxe. Par contre le personnage de l'émigrante qui arrive comme un cheveu sur la soupe est totalement inutile et semble plutôt destiné à donner bonne conscience aux américains, avec les louanges d'une étrangère envers une femme américaine. Sans doute grâce à ce casting, le film est fort agréable à regarder malgré sa longueur et ses conventions.
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Re: Claudette Colbert (1903-1996)

Post by beb »

Cathy wrote:Cleopatra (1934)

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Et pour ceux qui n'ont pas le DVD, le film passe dimanche 18 sur TCM, 22h40 !!
2 rediffusions prévues
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Re: Claudette Colbert (1903-1996)

Post by Cathy »

Sans réserve, Without reservations (1946) - Mervyn LeRoy

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Une jeune femme vient de sortir un roman qui s'avère être un best-seller et va être adapté au cinéma avec Lana Turner et Cary Grant, mais celui-ci refuse le rôle. Lors de son voyage vers Hollywood, Christopher Kit Madden rencontre deux aviateurs dont l'un lui semble être l'incarnation idéale du héros. Elle fait donc le voyage avec eux sous une fausse identité.

Mervyn LeRoy signe une comédie américaine typique avec ces rencontres improbables qui se terminent toujours pareill. Le film doit son charme à Claudette Colbert qui est pétillante en écrivain aux idées toutes faites qui va découvrir la véritable vie au cours de son voyage en train.
Ce qui est intéressant dans le film est l'importance du troisième larron dans cette histoire, qui n'est pas amoureux de l'héroïne mais sert plus d'entremetteur. Le problème vient par contre du fait qu'il est difficile à John Wayne d'être crédible en comédien de comédie légère. S'il se montre à l'aise dans la dernière partie du film, ou dans des moments de pure rigolade on ne croit guère à sa romance avec Claudette Colbert. Don De Fore s'avère beaucoup plus convaincant en ami.
Une comédie agréable qui met en valeur Claudette Colbert, à noter que la dernière des scènes des retrouvailles est plutôt sympathique de même que la scène de la "beuverie" et de la poursuite dans le train.
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Re: Claudette Colbert (1903-1996)

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Je replace ici ma critique sur le Douglas Sirk qu'a tourné Claudette Colbert

Dors mon amour, ou l'homme aux lunettes d'écaille, Sleep my love (1948)

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Une jeune femme se retrouve dans un train pour Boston sans se rappeler pourquoi elle y est. Elle souffre de somnambulisme et aurait tiré sur son mari avant son départ. Mais est-ce vraiment la vérité ?

On n'attends pas vraiment Douglas Sirk dans ce style de film noir, à l'ambiance un peu angoissante. Le film est basé sur les mêmes postulats que Gaslight, à savoir une femme est victime d'hallucinations, mais pourquoi. Naturellement le film est assez convenu dans son histoire, on s'attend à ce qui va se passer, mais cela n'empêche pas le film d'être dénué de qualités.
Déjà les atmosphères des scènes sont assez bien trouvées, on retrouve les cadrages de Douglas Sirk avec sa profondeur de champ, la dernière scène et son plan d'escalier ou son travail sur les ombres est à cet égard magnifique, il y a aussi cette espèce d'ambiance glauque du studio du photographe. Ce qui compte le plus, ce sont les relations humaines et ces différents personnages avec cette femme tourmentée superbement interprétée par Claudette Colbert, dont le talent est finalement assez méconnu. A ses côtés Douglas Sirk a su tirer de Don Ameche, le meilleur de lui-même, ici aucun sourire de complaisance, au contraire, il arrive à être vraiment inquiétant comme l'exige son personnage et Robert Cummings est une fois de plus dans son rôle de sauveur, par contre où il y a la touche Sirk, c'est qu'il fait de celui-ci le frère d'honneur d'un asiatique qui se marie. George Coulouris est parfait dans le rôle de cet inquiétant psychiatre, homme aux lunettes d'écailles L'ambiance du film évoque assez certains films d'Hitchcock et sans être un grand film, Sleep my love s'avère être efficace et tient en suspense.

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