Texte d'étude:Le Corps et le Fouet et la Vierge de Nuremberg

Rubrique consacrée au cinéma et aux films tournés avant 1980.

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Beule
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Post by Beule »

Bon c'était avant-hier mais je le mets là. Du top niveau pour ouvrir cette rubrique avec... La vierge de Nuremberg de Antonio Margheriti ou Anthony Dawson comme vous préférez.

Une ouverture lancinante qui évoque le Bava du Corps et le fouet, laissant bientôt place à rythme crescendo, presque frénétique.
En dépit d'un scénario aux péripéties toutes plus improbables les unes que les autres et se souciant comme d'une guigne d'une quelconque cohérence narrative (qui de la justification aux actes séculaires du Fantôme), brassant les influences les plus composites - qu'on en juge: explicitement beaucoup de fantôme de l'opéra, quelques scènes de terreur qui reproduisent les effets du giallo balbutiant, une pincée d'horreur gothique directement issue de L'horrible secret du Pr. Hitchcock de Freda, à ceci près qu'ici l'environnement est réellement celui d'un château et non celui d'une villa aux ressources insoupçonnées, ce qui limite l'emprise du mystère) Margheriti traite avec grand respect son improbable matériau feuilletonnesque et surprend par le modernisme de sa mise en scène, fluide et élégante.
Du bon cinoche populaire en fin de compte.
Frank Bannister
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Post by Frank Bannister »

Beule wrote:Une ouverture lancinante qui évoque le Bava du Corps et le fouet, laissant bientôt place à rythme crescendo, presque frénétique.
En dépit d'un scénario aux péripéties toutes plus improbables les unes que les autres et se souciant comme d'une guigne d'une quelconque cohérence narrative (qui de la justification aux actes séculaires du Fantôme), brassant les influences les plus composites - qu'on en juge: explicitement beaucoup de fantôme de l'opéra, quelques scènes de terreur qui reproduisent les effets du giallo balbutiant.
je trouve pas du tout que le film de MArgherithi évoque le film de Bava, le corps et le fouet. Le film de Bava est un vrai film gothique avec une ambiance assez angoissante voir malsaine. (les deux films doivent a peu pres dater de la meme époque je pense? 1963 je dirais).
Margherithi peine a arriver a ce résultat: C'est beaucoup moins angoissant et moins terrifiant. Bava a un sens du cadre que l'on ne retrouve pas chez Margherithi. Chez Bava, la soudaineté du zoom est bien mieux utilisé que dans le film LA VIERGE DE NUREMBERG. C'est d'avantage effrayant chez Bava.
Le problème du film de Margherithi, ce sont ces effets spéciaux, on les voit trop (ex: quand il filme le chateau en plan d'ensemble, on voit bien que c'est une maquette).

La scène d'ouverture dans le chateau fonctionne la premiere fois qu'on le voit, mais déja beaucoup moins la seconde fois.

je suis d'accord avec toi quand tu dis que la cohérence scénaristique n'est pas la premiere préoccupation de Margherithi. (ce n'est d'ailleurs pas le souci de Mattei non plus).Y a pas mal d'incohérence et on ne comprend pas toujours tout. Le personnage de C.Lee est assez bien fait je trouve. Le final quand a lui, sent vraiment la fin de budget. On dirait que Margherithi voulais faire plus spectaculaire mais, faute de mieux, s'est contenté de cette fin (j'ai ressentit un peu la meme chose en voyant BEYOND-REANIMATOR).

Le film est assez inégale mais reste tres agréable à regarder. Je n'ai pas vu beaucoup de film de Margherithi a part celui-là, DANSE MACABRE et un film avec Lee Majors se débattant au milieu de pirahnas diffusé il y a quelques semaines sur RTL9 (le titre, c'est l'invasion des pirahnas il me semble). Je trouve ca bien que MAD MOVIES sortent des petits films comme ca. C'est mieux que de nous sortir ZOMBIE ou SOCIETY que l'on trouve déja partout.
Frank Bannister
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Post by Frank Bannister »

Beule wrote:, quelques scènes de terreur qui reproduisent les effets du giallo balbutiant.
justement, je n'ai rien retrouvé de "Giallesque" dans ce film. du moins, aucune thématique du Giallo n'y est traité il me semble.

Pourrais-tu m'éclairer sur ce point s'il te plait? :wink:
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Beule
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Post by Beule »

Je réponds globalement et très rapidement à tes deux questions: j'évoquais des influences diffuses et composites. Dans le cas du giallo il est inexact de parler d'influence, puisque le Margheriti en fixe plutôt certains prémices.

Loin de moi l'idée de prétendre que le Margheriti démarque l'ambiance pseudo (néo?)-gothique et sexuellement transgressive du Corps et le Fouet, film que je n'aime absolument pas par ailleurs, mais qui manifeste une homgénéité plastique et thématique dont ne saurait arguer cet avatar. Je citais simplement cette influence pour la séquence d'ouverture, qui, par son exploration au rythme lancinant semble promettre une recherche d'atmosphère aux frontières du malsain dont le Bava serait l'un des exemples les plus probants, et pour stigmatiser que cette recherche, est vite bâtue en brêche pour céder la place à d'autres courants du film d'horreur assez mal digérés dans l'ensemble mais finissant par faire collusion de façon improbable, bricolée mais en définitive sympathique. Au niveau des influences j'aurais tout aussi bien pu développer l'aspect fantôme de l'opéra ou même Jekyll & Hyde, le cas de schizophrénie dédoublé sur deux personnages (la version Jekyll/Eric romantique assumée par le...Erich incarné par C. Lee et le double maléfique incarné de façon gratuite par le "fantôme".

Pour le giallo, dont je ne connais pratiquement rien hormis les premièrs essais de Bava ou un ou deux Argento, je me référais simplement à la séquence de la tentative d'effraction du "fantôme" dans la chambre de R. Podesta, qui m'évoque quelque chose... et simplement aussi sur le fait que cette histoire de résurgence du passé par le biais d'un personnage hanté s'ouvre, sans justification scénaristique aucune puisque l'aspect psychotique et sexuellement obsessionnel du personnage n'est jamais explicité, sur une nieme histoire de meutres en série de jeunes femmes.
Cinetudes
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Texte d'étude:Le Corps et le Fouet et la Vierge de Nuremberg

Post by Cinetudes »

Salut,

je vous signale la mise en ligne sur cinetudes.com d'un texte de Sybil Vain sur les rapports ténus entre ces deux films et sur les récurrentes dans L'épouvante gothique à l'Italienne !!

Alors bavaphiles et margheritiphiles rendez vous pour le débat qui est organisé sur le sujet ici

Stefan
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francis moury
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Post by francis moury »

félicitation pour ce beau sujet de comparaison !

Pour répondre aux 2 questions posées par Sybil Vain je dirai qu'en effet la comparaison est évidente entre les incursions italiennes dans le fantastique et celles dans le western. Mais les Italiens ont servi tous les genres populaires dans les années 1950-1980 : horreur, épouvante, fantastique, science-fiction, espionnage, érotisme, policier, aventures, comédies, etc... avec à chaque fois la volonté de rivaliser avec les productions anglo-saxonnes contemporaines. Le péplum étant un cas différent dans la mesure où il était naturel que ce genre né chez eux à l'époque du muet leur revienne un jour ou l'autre, après son détour régulier par les USA.

Quant à la seconde question posée par Sybil, elle provient d'une analyse de mentalité qui est exacte : l'étrangeté géographique est le Nord pour un latin, le Sud pour un nordique. Mais attention là aussi à ne pas en faire une explication structurale réductrice : dans I TRI VOLTI DELLA PAURA [Les trois visages de la peur] (Ital. 1963) de Bava, deux histoires sur les trois se passent en Italie, de nos jours ! L'exemple est frappant puisqu'il rassemble en seul film la séparation géographique sur laquelle Sybil établit son analyse.

Ce qui est intéressant en revanche, c'est l'idée que la géographie réelle est annulée au profit d'une géographie imaginaire fantasmatique constituée par des signes compris universellement par le spectateur européen de l'époque comme engendrés par le genre lui-même, du moins sa catégorie gothique à laquelle s'intéresse ici Sybil dans la seule première partie de l'article que j'ai lue. Rares sont les cinéastes travaillant sur des mythologies à avoir voulu s'en abstraire relativement, comme Dreyer dans son VAMPYR de 1930. Et cette constitution plastique d'un continent gothique fantasmé unifie en effet les films américains, anglais et italiens de cette époque régulièrement.

Cela dit, Universal avait produit de 1931 à 1945 nombre de films qui l'avaient déjà constitué : nihil novi sub sole, pour ne rien dire de l'histoire de la littérature fantastique, romantique mais aussi pré-romantique et post-romantique. Cela dit, Sybil a pointé certaines sources dont la connaissance est nécessaire à cette appréhension et elle a eu raison.
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Sibyl Vain
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Post by Sibyl Vain »

francis moury wrote:félicitation pour ce beau sujet de comparaison !
Merci... :oops:


Afin de ne pas disperser les protagonistes de ce débat, je vous propose cher Francis, de poursuivre notre discussion dans le dossier ouvert sur cinétudes. :wink:

PS : au risque de vous décevoir, je tiens à vous signaler que ma féminité n'est pas aussi prononcée que vous le pensez. :lol:
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Frank Bannister
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Post by Frank Bannister »

je constate avec joie que le site s'ouvre au cinéma horrifique italien en s'intéressant à son cinéma gothique. Bravo! j'espere que d'autre genre du cinéma populaire italien seront bientot abordés.