Julien Duvivier (1896-1967)

Rubrique consacrée au cinéma et aux films tournés avant 1980.

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Alexandre Angel
Une couille cache l'autre
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Re: Julien Duvivier (1896-1967)

Post by Alexandre Angel »

Ce film a une réputation terrible.
Mais c'est un souvenir pour moi mythique car je l'ai vu petit à la télé (sans aucun points de repère) et ce film m'avait marqué au sens où il finissait mal (je revois la mort du protagoniste à la fin). Et quand on est petit, un film qui finit mal est toujours un peu anxiogène (ce n'est pas la norme).
kiemavel
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Re: Julien Duvivier (1896-1967)

Post by kiemavel »

Ah oui, je comprend parfaitement ça. Au passage, je croyais le film inédit à la TV chez nous.
Apparemment, tu ne l'as jamais revu donc je ne sais pas si je dois rentrer dans les détails en ce qui concerne ce final que je viens de revoir en raison de ta remarque. Je m'en souvenais dans ses grandes lignes mais j'avais plus ou moins oublié ce qui m'avait gêné… Finalement, après tout le reste, ce final est honorable et presque touchant même si j'y vois aussi une certaine artificialité. Je rentre dans les détails, mais en spoiler :
Spoiler (cliquez pour afficher)
Pour l'amour d'une femme (Patricia Roc), Sanders décide finalement d'abandonner tous ses trafics … et, du coup, les 800 000 $ de dope, convoitée aussi par Agnes Moorehead, Marcel Dalio et les flics, finissent à la baille (la séquence où Sanders ouvre les sacs et tente de les répendre en mer à la proue du bateau est involontairement drôle car avec les retours de poudre qu'il se prend dans le pif, il y a de quoi faire 4 overdoses. Visuellement on pense au lâcher des cendres funéraires de Donny dans The Big Lebowski :mrgreen: )
Après quoi, il prend la mer avec sa chérie, poursuivi par les flics qui ne savent pas que Sanders est devenu, sur le tard, un honnête homme et pensent qu'il se fait la malle avec la dope. La poursuite se déroulant à proximité de la limite des eaux territoriales espagnoles, Duvivier joue du mini suspense, notamment par les dialogues au sein des deux groupes qui illustrent ce compte à rebours qui libérera les uns et empêchera les autres d'intervenir. Alors que les flics se rapprochent et commencent à tirer, Sanders parade, assurant à sa compagne qui le supplie de se rendre puisqu'il n'a rien à se reprocher, que jamais il ne cédera à des flics qui de toute façon sont trop nuls pour l'avoir … Et évidemment, il se prend une balle fatale.
Mais il ne peut pas mourir sans livrer la morale de l'histoire et l'agonie est assez longue pour ça …. Elle est même prétexte à des "bêtises", entre vieilles recettes (la musique dramatique de Kosma qui - je trouve - fait très vieille France, genre "réalisme poétique" millésime 1937), les dernières paroles de Sanders qui font aussi très Prévert ….jusqu'aux propos post mortem que l'on entend par la voix off de Sanders qui répète une phrase dite plus tôt : " Comme le disaient les anciens grecs, seul un homme mort pourrait se prétendre heureux ".
Le sombre destin qui attend les "mauvais" cherchant à s'acheter une conduite. Les conduites suicidaires inconscientes (l'attitude de Sanders le suggère), la liberté et le bonheur dans la mort … C'est bien du Duvivier mais un Duvivier, soit dépassé, soit en manque d'inspiration loin de ses terres.
Accessoirement, je viens de revoir La tête d'un homme ... Au milieu de la liste de chefs d'oeuvre adaptés de Simenon que j'ai découvert ou revus ces derniers temps (La mort de belle de Molinaro. Le voyageur de la Toussaint de Daquin. L'homme de Londres de Decoin ….), je suis presque déçu, sauf par la mise en scène de Duvivier qui est d'une prodigieuse inventivité. Pas taper !
The Eye Of Doom
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Re: Julien Duvivier (1896-1967)

Post by The Eye Of Doom »

kiemavel wrote: Accessoirement, je viens de revoir La tête d'un homme ... ....sauf par la mise en scène de Duvivier qui est d'une prodigieuse inventivité.
:D
The Eye Of Doom
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Re: Julien Duvivier (1896-1967)

Post by The Eye Of Doom »

En trainant sur wowhd, je suis tombé sur ca:
https://www.wowhd.fr/the-golem-the-lege ... 9218828392
Je ne fais pas d’illusion mais vu que pour voir ou revoir le film il faut :
1) Trouver la vhs
2) Trouver et faire marcher un magnetoscope
Je vais profiter d’une commande (Le Tex Avery par exemple) pour tester la chose.
Quelqu’un aurait deja acquis ce tirage exceptionnel ?
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Ann Harding
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Re: Julien Duvivier (1896-1967)

Post by Ann Harding »

J'avais emprunté la VHS en bibliothèque. Le film est peu convaincant. J'ai surtout apprécié Baur. Pour ce qui est du DVD, prudence! L'éditeur est Alpha-Video, un des pires éditeurs du marché.
The Eye Of Doom
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Re: Julien Duvivier (1896-1967)

Post by The Eye Of Doom »

Ann Harding wrote:J'avais emprunté la VHS en bibliothèque. Le film est peu convaincant. J'ai surtout apprécié Baur. Pour ce qui est du DVD, prudence! L'éditeur est Alpha-Video, un des pires éditeurs du marché.
Merci pour l’info. Je vais m’en passer: un euro est un euro!
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Erich
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Re: Julien Duvivier (1896-1967)

Post by Erich »

Faute de dvd accessible et de version restaurée, signalons que le film est quand même visible à l'adresse suivante :https://ok.ru/video/1448870415033. Ce n'est pas l'idéal, mais cela permet d'avoir une idée de ce film, très mineur dans la carrière de Duvivier des années 30 mais rarement montré.
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Erich
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Re: Julien Duvivier (1896-1967)

Post by Erich »

Le premier film de Duvivier, Haceldama (1919) est disponible en ligne sur le site Henri de la Cinémathèque (sans accompagnement musical) :
https://www.cinematheque.fr/henri/film/ ... vier-1919/
Pour ceux qui ne l'ont jamais vu, il ne faut pas s'attendre à un film du niveau des chefs-d'oeuvre ultérieurs, mais le montage, le rythme, l'utilisation des extérieurs et le développement de certains thèmes qui seront chers à Duvivier (le poids du passé, un homme plongé dans un environnement hostile) font que c'est davantage qu'une curiosité.
Last edited by Erich on 7 Jun 20, 21:54, edited 1 time in total.
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John Holden
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Re: Julien Duvivier (1896-1967)

Post by John Holden »

Cette parenthèse Henri, j'espère qu'elle durera jusqu'à la réouverture de la cinémathèque en Juillet, est un vrai bonheur ! :D
The Eye Of Doom
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Re: Julien Duvivier (1896-1967)

Post by The Eye Of Doom »

Erich wrote:Le premier film de Duvivier, Haceldama (1919) est disponible en ligne sur le site Henri de la Cinémathèque (sans accompagnement musical) :
https://www.cinematheque.fr/henri/film/ ... vier-1919/
Pour ceux qui ne l'ont jamais vu, il ne faut pas s'attendre à un film du niveau des chefs-d'oeuvre ultérieurs, mais le montage, le rythme, l'utilisation des extérieurs et le développement de certains thèmes qui seront chers à Duvivier (le poids du passé, un homme plongé dans un environnement hostile) font que c'est davantage qu'une curiosité.


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Merci pour le tuyau.
Je sais pas si ce sera inclus dans le coffret Gaumont a venir.
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Watkinssien
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Re: Julien Duvivier (1896-1967)

Post by Watkinssien »

Erich wrote:Le premier film de Duvivier, Haceldama (1919) est disponible en ligne sur le site Henri de la Cinémathèque (sans accompagnement musical) :
https://www.cinematheque.fr/henri/film/ ... vier-1919/
Merci pour le lien! :wink:
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Profondo Rosso
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Re: Julien Duvivier (1896-1967)

Post by Profondo Rosso »

L'Affaire Maurizius (1954)

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Fils du grand procureur Andergast (Charles Vanel), Etzel veut réviser le dossier Maurizius dont la condamnation repose sur des présomptions. Ce dossier a permis à son père, 18 ans auparavant, de se lancer dans une grande carrière, mais Etzel veut en avoir le cœur net.

L'Affaire Maurizius est une œuvre curieuse pour Julien Duvivier, partagée entre son sujet de film à thèse et le traitement stylisé du réalisateur. Le récit (adapté du roman éponyme de Jakob Wassermann) prend presque pour prétexte son thème initial de l'erreur judiciaire pour servir le caractère névrotique et obsessionnel des personnages. Dès la scène d'ouverture où le jeune Etzel (Jacques Chabassol) si féru de justice qu'il ira jusqu'à endosser seul la punition envisagée pour sa classe après un mauvais tour à un professeur. Il aura l'occasion de mettre en pratique cette droiture en enquêtant sur l'affaire Maurizius (Daniel Gélin), un homme condamné sans preuves concrètes par le propre père d'Etzel (Charles Vanel), un procureur dont la carrière s'est faite grâce à cette plaidoirie. La narration brillante multiplie les points de vue et enchâsse habilement les points de vue pour nous faire découvrir progressivement les tenants et aboutissants du dossier. C'est là que se révèle le projet de Duvivier avec une suite de personnages obsessionnels.

Tous partent d'une normalité où cette nature se dissimule avant de brutalement surgir et affecter leur allure physique. L'obsession du père de Maurizius (Denis d'Inès) est d'innocenter son fils et l'élégant homme vu en flashback laisse place au présent à un vieillard tremblant et rongé de remord. Waremme (Anton Walbrook), meilleur ami de Maurizius mais qui précipitera sa chute par un témoignage accablant, laisse également voir un visage passé séduisant avant que l'obsession amoureuse et ce même remord en fasse une figure inquiétante et excentrique (aux faux airs de Monsieur Hire d'ailleurs). Il en va de même pour Maurizius dont l'aveuglement sentimental ne lui fera pas deviner celle qui est la cause de ses malheurs, et qui le perdra par un même amour névrotique et coupable qu'elle préfèrera faire enfermer plutôt que de l'assumer. Enfin Etzel quand il se rendra que les méandres complexes de la justice ne peuvent répondre à son idéal, aura une réaction hystérique qui inscrit sa quête dans une dimension plus pathologique que morale. Hormis le père de Maurizius, on constate d'ailleurs que le déséquilibre et l'obsession des personnages s'incarne dans la poursuite d'une femme (Eleonora Rossi Drago troublante) ou naît justement de l'absence de femme (Etzel qui a grandi sans mère ni affection). C'est paradoxalement la figure glaciale de procureur que joue Charles Vanel, moins soumise à ses émotions, qui fait preuve de recul et d'autocritique, cherchant à réparer son erreur de jugement initiale une fois le doute installé mais sans s'être morfondu pour autant.

Cette approche psychologique a pour défaut de parfois laisser le casting en roue libre pour exprimer ses névroses. La charge est donc un peu lourde notamment sur Waremme dont on suggère les penchants pédophiles (sans parler de l'atmosphère crypto-gay de ses scènes avec Etzel) et de manière générale exprime trop souvent leur obsession par le verbe plutôt que la suggestion d'un jeu plus sobre. Cela passe à peu près pour les acteurs aguerris mais le jeune Jacques Chabassol trop tendre n'est guère convaincant. Tout cela est rattrapé par la mise en scène de Duvivier qui déploie avec brio toute la noirceur qu'on lui connaît. L'approche opératique répond à cette veine psychanalytique notamment dans les scènes de procès où les arrière-plans noir font du tribunal (superbe décor de Max Douy) un espace mental abstrait. L'atmosphère est étouffante, le studio se devinant même dans les scènes d'extérieurs (Etzel traqué dans les rues de Berne en début de film) où s'impose aussi cette chape de plomb. La photo tout en clair-obscur contrasté de Robert Lefebvre renforce la tonalité grandiloquente et torturée par sa manière de révéler les compositions de plan suggestive (le flashback sur Eleonora Rossi Drago dénudée), les contre-plongées déroutantes. Tout cela culmine dans une stupéfiante dernière scène où un personnage est littéralement écrasé par ce passé et cette obsession, dont tous les méandres s'illustre par une rétroprojection déformée derrière lui. L’effet n'est certes pas très subtil, mais il exprime de façon saisissante toute la détresse et l'impossibilité à vivre du personnage. Les menus défauts n'en font un Duvivier majeur (coincé entre le populaire Le Retour de Don Camillo (1953) et le chef d'œuvre romantique Marianne de ma jeunesse (1955)) mais néanmoins une vraie œuvre digne d'intérêt. 4,5/6
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Re: Julien Duvivier (1896-1967)

Post by The Eye Of Doom »

Profondo Rosso wrote:L'Affaire Maurizius (1954)
La photo tout en clair-obscur contrasté de Robert Lefebvre renforce la tonalité grandiloquente et torturée par sa manière de révéler les compositions de plan suggestive (le flashback sur Eleonora Rossi Drago dénudée), les contre-plongées déroutantes. Tout cela culmine dans une stupéfiante dernière scène où un personnage est littéralement écrasé par ce passé et cette obsession, dont tous les méandres s'illustre par une rétroprojection déformée derrière lui. L’effet n'est certes pas très subtil, mais il exprime de façon saisissante toute la détresse et l'impossibilité à vivre du personnage. Les menus défauts n'en font un Duvivier majeur (coincé entre le populaire Le Retour de Don Camillo (1953) et le chef d'œuvre romantique Marianne de ma jeunesse (1955)) mais néanmoins une vraie œuvre digne d'intérêt. 4,5/6
En phase avec ton analyse.
Comme je l’indique page precedente, c’est la curieuse tonalité fantastique qui surgit en fin de film qui m’a le plus surpris. Le film tout d’un coup glisse vers un ailleurs, dans un style proche du meilleur Tourneur.
Je ne pretends pas que cet surprenant trait soit forcement bien venu mais il montre une volonté étrange chez Duvivier de porter son récit aux frontières.
Deux-trois phrases, une mise en scene superbe digne des classiques, et on bascule dans autre chose un court moment.
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Erich
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Re: Julien Duvivier (1896-1967)

Post by Erich »

Une curiosité à signaler, diffusée dans Les Nuits de France Culture et disponible en podcast : une émission de 1950, Les Rois de la nuit, consacrée à Julien Duvivier. Sa carrière y est résumée par Jean Gabin, illustrée par de (longs !) extraits de Poil de Carotte, La bandera, Carnet de bal et Panique. Duvivier intervient et évoque quelques-uns de ses projets non réalisés (Six hommes et l'enfer, Sang et volupté à Bali, Le mariage de Loti, etc.). On ne peut pas dire que ce soit une émission extraordinaire, mais les interviews de Duvivier sont suffisamment rares pour que ceux qui s'intéressent à son œuvre jettent une oreille sur cette rareté.
https://podcast-radio.com/fr/podcast/le ... 62918651f#
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John Holden
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Re: Julien Duvivier (1896-1967)

Post by John Holden »

Merci Erich ! :)