Julien Duvivier (1896-1967)

Rubrique consacrée au cinéma et aux films tournés avant 1980.

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The Eye Of Doom
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Re: Julien Duvivier (1896-1967)

Post by The Eye Of Doom »

Farnaby wrote:
The Eye Of Doom wrote:
Honnêtement c'est sans interet mais pas désagréable a condition de le voir avec pas mal de recul. A réserver aux fans hardcore qui veulent tout avoir vu.
Ton commentaire m’a pourtant terriblement donné envie de le voir...
Disons que dans la filmo de Duvivier en ce debut des annees trente, ca fait film de vacances... ou séance diapo. On est loin du contenu et de la forme de David Godber, La tete d'un homme,... ou de Allo Paris, film trop qu'il faut vraiment voir.
Si tu as vu tout ces films tu peux regarder Les cinq gentlemen, tu y trouvera des choses plaisantes, liées principalement au tournage en exterieur "exotique" quasi nouvelle vague...
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Supfiction
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Re: Julien Duvivier (1896-1967)

Post by Supfiction »

Tu veux surement parlé de Allô Berlin ? Ici Paris !.
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Re: Julien Duvivier (1896-1967)

Post by The Eye Of Doom »

Supfiction wrote:Tu veux surement parlé de Allô Berlin ? Ici Paris !.
Oui je me trompe toujours!
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Farnaby
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Re: Julien Duvivier (1896-1967)

Post by Farnaby »

The Eye Of Doom wrote:
Farnaby wrote: Ton commentaire m’a pourtant terriblement donné envie de le voir...
Disons que dans la filmo de Duvivier en ce debut des annees trente, ca fait film de vacances... ou séance diapo. On est loin du contenu et de la forme de David Godber, La tete d'un homme,... ou de Allo Paris, film trop qu'il faut vraiment voir.
Si tu as vu tout ces films tu peux regarder Les cinq gentlemen, tu y trouvera des choses plaisantes, liées principalement au tournage en exterieur "exotique" quasi nouvelle vague...
Je crains davantage chez Duvivier (et les autres) l'empois ou la calcification que le brouillon ou le superficiel. Reste à attendre un blu ray...
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Re: Julien Duvivier (1896-1967)

Post by The Eye Of Doom »

Farnaby wrote: Je crains davantage chez Duvivier (et les autres) l'empois ou la calcification...
Rien vu dans la filmo de Duvivier des annees 30 qui ressemble a ça!
Pour la suite, comme j'ai pas tout vu, je ne me prononcerai pas mais pour ce que je connais que du bon ou du tres bon...
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Re: Julien Duvivier (1896-1967)

Post by The Eye Of Doom »

L'affaire Maurizius (1954)

Le jeune fils d'un procureur découvre que son père a fait condamner à tord un homme 18 ans plus tôt. Il vas partir en quête de la verité...
Maurizius a t'il tué sa femme pour les beaux yeux de sa jeune belle soeur, comme l'accuse son ami Waremme?

Tourné entre deux grands Duvivier aux registres très différents, Le retour de Don Camillo et Marianne de ma jeunesse, L'affaire Maurizius apparait comme un film maladroit.
L'histoire est globalement plutôt interessante avec un curieux quatuor amoureux.
Qu'est ce qui cloche alors ?
L'interprétation est inégale (Madelaine Robinson n'est pas tres convaiquante mais il faut dire qu'elle n'a pas grand chose à jouer, Jacques Chabassol qui joue le fils fait un peu tête a claque, ....).
Le registre "film à thèse" est un peu lourdingue, notamment sur la dernière partie où
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Duvivier fidèle à sa noirceur, souligne inutilement le trait en condamnant chacun des personnage.
On a envie de dire de temps en temps à Duvivier de faire montre de retenue, en ayant plus confiance en son art.
Ainsi par exemple :
Le personnage de Waremme nous est présenté comme un pervers tendant de séduire les fillette en leur offrant des bonbon : franchement pourquoi tant de haine.... la complexité du personnage étant potentiellement plus riche que la caricature qu'il en donne.
De même, le personnage joué par Vanel est bien monolithique.
Maurizius père est au bord de la folie,...

En fait le film manque de subtilité dans son déroulement, alors qu'il y avait une base plutot riche.
L'alternance du recit entre les deux époques est par exemple plutôt bien mené, faisant progresser l'intrigue policière et humaine.

Pourquoi voir ce film aujourd'hui ?
Pour deux raisons, il le semble.
D'abord sa facture plastique, souvent superbe, que nous restitue pleinement la copie restaurée. Dès le générique de vues aeriennes de la ville de Berne, on est face a une photo N&B saisissante.
Duvivier met en scène "un film de studio" avec une maitrise qui lui est propre. On dirait un film hollywoodien.
Ce qui amène au deuxième point, qui est le principal intérêt du film:
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son inattendu versant fantastique.
Le film est parcouru d'une tentation fantastique, comme clandestine dans ce film "engagé".
Tout commence avec les apparitions de Maurizius père, personnage sombre et gueux qui fait tache dans le cadre chic et policé de la bourgeoisie de Bale. Ensuite, lors des scènes d'interrogatoire ou de plus généralement d'intérieur, Duvivier pratique volontiers la stylisation du decors, accentuant le coté expressionniste.
La photo extrêmement léchée accentue ce coté irréel, comme dans les grands films de Tourneur.
Enfin :
Tournure franchement inattendu de l'intrigue, on apprend que le sombre personnage a carrément envouté la jeune fille. Oui, oui, envouté...
Toute la restitution finale de la scene du meurtre se fait dans une ambiance irréelle avec comme décors, à l'intérieur un escalier, et à l'extérieur une grille et une cour vide remplie de feuilles volantes.
On est ici dans le climax typique d'un grand film noir ou fantastique neo expressionniste.
Duvivier manie la lumière avec maestria et c'est bluffant.

En fait :
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Waremme est présenté comme un vampire. La scene de viol est calquée comme celle d'un film de Dracula: la belle est endormie quasi nue, l'homme approche, la femme ouvre les yeux et est hypnotisée, elle tente de fuir mais se sait perdue (volontairement?).
A la fin, le personnage attends derriere la grille et appele sa victime, qui vas agir selon ses ordres.
A la fin, le jeune est tombé malade pour l'avoir côtoyé et il viens le câliner sur son lit de souffrance.
La tirade sur la justice l'élevant au delà des mortels.
L'affaire Maurizius apparait donc de façon absolument curieuse comme un chainon entre Obsessions et Marianne.
C'est pour cette raison qu'il faut le voir.

La remarque de Gans dans le bonus a Obsessions m'avait frappé : il dit que Duvivier était un cinéaste cinéphile et qu'il faudrait creuser cet aspect. C'est évident que Duvivier admire Lubitsch quand il réalise Allo Berlin, ici Paris. Ici c'est du coté de Tourneur ou de Browning qu'il faudrait regarder.
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Re: Julien Duvivier (1896-1967)

Post by The Eye Of Doom »

Je viens de voir le documentaire en bonus. Comme sur kes autres films Eric Bonnefile donne pleins d'informations tres interessantes sur le contexte du film. On apprend que Duvivier a ete odieux avec E Rossi Drago, acrice imposée par la co production et qu'il trouvait pas du tout adaptée au role.
Le fait est comme souligné que les interpretations sont pas a l'unisson, sans etre necessairement toutes mauvaises.
Entre les situations personnels des acteurs (Gelin) et ce qu'il a du ressentir comme un "echec annoncé" de son film du a l'actrice, Duvivier aurait laché l'affaire et laisser chacun en faire trop.
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Re: Julien Duvivier (1896-1967)

Post by The Eye Of Doom »

La fin du jour (1938)

Un vieil acteur abonné aux roles de seducteurs rejoint une maison de retraite pour commediens. Il y retrouve de vieilles connaissances: un acteur dont il avait séduit la femme il y a 20 ans et qui est morte dans un accident de chasse peu apres et un vieux cabotin excentrique qui a ete l’éternel doublure de Lucien Guitry.

Je n’avais pas trop aimé le film à sa decouverte, pour les memes raisons que certains critiques: trop noir, trop caricatural, excessif. Avec de plus, deux acteurs, Simon et Jouvet, peu encleints à la demi mesure.
Si je considère toujours que ce film n’est pas un chef d’oeuvre de Duvivier ni qu’il fait parti du top 5 incontournable de la décennie fabuleuse du cineaste, on peut le regarder avec plaisir.
Il y a en fait deux axes dans le film qui cohabitent plus ou moins. Le premier est la peinture de la vieillesse comme un naufrage, le renoncement, le poids des erreurs passées,... Dés le generique qui nous montre des petits vieux marchant péniblement, de dos, le ton est donné que le titre du film tres beau par ailleurs resume parfaitement. Cette partie, lucide, est finalement assez tendre et humaine, un exception chez Divivier. Il sait comme toujours capté les visages, les petits riens, les personnages, ...
Le second axe est sur les acteurs et le theatre, vieux acteurs epuises ou has-been, en l’occurence. Duvivier montre aussi ici une grande affection pour ces gens et ce metier qui culmine :
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Lors de l’oraison funebre a la fin du film.
On apprend dans le bonus que Duvivier commença comme acteur mais visiblement n’etait pas doué pour ca.
Il fauf ici bien sur parler des trois monstres sacré qui habitent les trois principales figures du film.
Commencons par Francen: je ne crois pas l’avoir deja vu dans un film. Il est ici tres bon dans le role du « grand » acteur qui n’a jamais connu de succès et qui a ete brissé par la mort de sa femme. Que ce soit face à M. Simon dont il est le souffre douleur ou face à son ancien rival Louis Jouvet, l’acteur est subtil, sensible, juste.
Simon est formidable : c’est la principale raison pour moi de voir le film. Il joue le mythomane joyeu, enfantin qui refuse la vieillesse avec energie. Le role lui vas bien sur comme un gant, il jubile et cabotine. Comme l’ensemble du casting, il est remarquablement servi par les excellents dialogues de Spaak. A un des pensionnaires qui lui fait sèchement remarquer qu’il raconte n’importe quoi il réponds que « s’il ne s’inventait pas de souvenir, il n’en aurait pas » et « Je vous demande pas de me croire, je vous demande de m’écouter ». Tres belle scene. Simon est formidable du debut a la fin.
J’ai plus de mal avec Jouvet, c’est pas la1ere fois. Il a le role de l’eternel tombeur, flambeur, coureur de femmes, ... Il est « trop » finalement. Je pense que ce qui ne fonctionna pas, ce n’est pas le personnage lui meme, finement (sur)joué par Jouvet dans la 1ere partie du film, que la trajectoire que le scenario lui donne. On a franchement du mal a croire à la seduction par ce vieux beau d’une jeunette de 17 ans et ce qui s’en suit.
Je suis allé voir l’age des acteurs par curiosité. Franceur et Jouvert ont tout juste 50 ans. Simon 43 ! On est tres loin de l’age pivot!
C’est donc pleinement pour chacun des roles de composition.
Quant à Madeleine Ozeray qui joue l’ingénue de 17ans, elle en a 30. Ca se voit tout de meme un peu.

Il est bien connu que Duvivier est particulièrement brillant dans les scenes de groupe. Nous en avons encore ici la demonstration avec deux belles scenes dans le film.
Tout d’abord, la revolte des petits vieux, emmenée par un Michel Simon particulierement en verve, ensuite le mariage du vieux couple qui se voit contraint de regulariser une union de 35 ans pour ne pas etre séparé.

Donc quand je me relis, pas mal de bonnes choses dans ce film, gâchées un peu par le cote paroxystique de la fin qui affaiblit le film.
Si je considère que c’est pas un film majeur, c’est aussi parce que les qualités de Duvivier vues ici, on les a vu dans des films precedents où Duvivier prenait plus de risques. Il semble ici rester dans la zone de confort.


Dans le bonus, on a trop court temoignagne excellent de Michel Simon qui explique que, pendant le tournage, le dimanche il allait se bourrer la gueule avec Duvivier et que le retour au plateau le lundi matin etait difficile !
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Sybille
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Re: Julien Duvivier (1896-1967)

Post by Sybille »

Je ne l'ai vu qu'une fois il y a 2 ans il me semble (je crois même qu'il avait terminé 'film du mois'). Je ne peux pas trop en parler mais très bon souvenir.

Je me rappelle de scènes à la fois touchante et cocasse (les petits vieux qui se marient enfin) ou quasiment déchirantes (la relation du personnage de Simon avec le jeune homme).

Concernant Victor Francen, il fait partie de ces acteurs que j'aimerais découvrir plus, mais soit on ne sait pas par quoi commencer, soit les films sont difficilement accessibles, soit en fait il n'a joué que des petits rôles.
Par exemple, si je consulte sa filmographie, j'ai dû le voir dans une poignée de films américains des années 40 mais bon...
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Re: Julien Duvivier (1896-1967)

Post by The Eye Of Doom »

Sous le ciel de Paris 1951
Une journee et une nuit dans la capitale où vont se croisser personnages et destinés.

Comme l’indique Olivier Bitoun dans sa chronique, le film est inégal et bancal.
On s’ennuie poliment dans toutes la premiere moitie. Peinture gentillette et carte postale de Paris, plombée de plus par un commentaire en voix off ridicule. Ca commence d’ailleurs assez mal par une interminables series de photos aériennes figées. Les personnages et neo intrigues se mettent en place, sans que tout cela sorte du stereotype. La peinture de la « boheme » artistique par exemple est à pleurer.
Mis en boite correctement mais sans plus, je commencais a me dire que franchement cette evocation du folklore parisien n’avait aucun d’interet, voire frisait le désagréable. Quel contraste avec l’hilarante virée en bus touristique dans Allo Berlin, Ici Paris.

Il faudra attendre le dernier quart pour que enfin la tension s’installe. Duvivier se reveille. Evocation d’une seance photo de mode de luxe au trocadero, où il prend plaisir apres une serie de plans sompteux sur fonds de jets d’eau a souligner l’artificialité du spectacle. Contraste entre la balade prosaique en barque sur la seine et l’Imaginaire enfantin du voyage aventureux, de la Mauritanie au traffic d’autruches aux iles canaries.
Passage à la soupe populaire de la petite vieille mendiante, en quete de nourriture pour sa multitude de chats : plans sans fards de la misere et la vieillesse. Errance de la petite fille apeurée dans le quartier de Bercy des tonneliers et rencontre intense avec un meutrier fugutif. Controntation muette entre des grevistes et la garde republicaine venue les déloger Scènes nocturnes finales qui rappellent que le bruit des talons sur la chaussée est le plus sur appeau à violeur ou assassin. Encore plus surprenant : images reelles d’une operation cardiaque où l’on voit le chirurgien massait le coeur à nu du malade.
Spoiler (cliquez pour afficher)
La mort de l’heroine est particulièrement brutale: filmée de loin, commentée avec une secheresse toute professionnelle par les policiers, objet d’un trait d’esprit cynique du redacteur en chef pour le gros titre du journal du lendemain. On est tres loin du style neo romantique du reste du film.
Coté interpretation, Sylvie dans le role de la vieille dame a chats et Daniel Ivernel dans celui d’aspirant chirurgien tire leur epingle du jeu. La fillette est bien aussi. Moins convaincu par les autres.

La copie dvd est bien sans etre exceptionnelle.

Donc voila, plutot à reserver aux completistes ou aux patients.
Il faut sans etat d’ame lui preferer le beaucoup plus interessant « Au royaume des cieux », avant, ou le beaucoup plus solide et negligé a tord « Don Camillo », apres.

Pour en revenir à l’introduction du film, Duvivier tirera la lecon de ce raté pour Don Camillo, où, dans le meme objectif, introduire le decor physique et humain de l’intrigue, et avec le meme moyen, plans aeriens de la petite ville et voix off, ca fonctionne parfaitement. Idem pour les magnifiques vues aériennes de Berne en intro de l’Affaire Mauritius.



Sinon En reparcourant la filmo de Duvivier je découvre coincé entre Au royaume des cieux et Sous le ciel de Paris, Black Jack, un film avec Georges Sanders.

!!! UN FILM DE DUVIVIER AVEC GEORGES SANDERS !!!!
:shock: :shock: :shock: :shock: :shock: :shock:

Bon, le film semble difficile a voir et plus genant, pas terrible. Quekqu’un la vu ?
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Re: Julien Duvivier (1896-1967)

Post by kiemavel »

The Eye Of Doom wrote:Sinon En reparcourant la filmo de Duvivier je découvre coincé entre Au royaume des cieux et Sous le ciel de Paris, Black Jack, un film avec Georges Sanders.

!!! UN FILM DE DUVIVIER AVEC GEORGES SANDERS !!!!
:shock: :shock: :shock: :shock: :shock: :shock:

Bon, le film semble difficile a voir et plus genant, pas terrible. Quekqu’un la vu ?
Pas terrible, effectivement. Peut-être le moins bon Duvivier que j'ai vu.
L'action se passe principalement sur l'ile de Majorque peu après la seconde guerre mondiale. On y retrouve Marcel Dalio en capitaine cherchant à s'enrichir en utilisant son bateau pour faire passer des réfugiés européens (juifs, mais il me semble que ce n'est jamais dit. Je crois même qu'il est suggéré que les seuls qu'ils acceptent finalement de faire passer sont ceux qui peuvent chèrement payer leur passage … et que ce sont des allemands détenteurs de faux papiers). I, Il est absolument ignoble et ses pratiques vont rappeler des choses à ceux qui suivent l'actualité. Il a pour associé puis rival, Sanders, dont le bateau, le Black Jack, lui sert à tous les trafics car il n'a qu'une obsession : profiter de la confusion du temps pour s'enrichir très vite puis se retirer (après les réfugiés, il est question d'armes et de drogue). Mais Sanders, un ex marine qui servi durant la guerre et qui, à son retour s'était retrouvé sans boulot et sans femme, s'il est amer et cupide, comparé au précédent c'est quand même un aventurier scrupuleux. Autour des deux précédents, gravitent une riche américaine excentrique (Agnes Moorehead) et un médecin (Herbert Marshall), ami de Sanders. Tout au moins, est ce leur identité et fonction apparente.
Le scénario est vraiment assez confus et j'avais trouvé presque tous les interprètes en dessous de leur rendement habituel, même Sanders. Dalio en fait des caisses en ordure finalement assez pathétique. Le personnage de Moorehead est assez grotesque (elle qui passe d'abord pour une millionnaire futile). Herbert Marshall n'est lui aussi pas celui qu'il prétend être … et l'acteur est assez fatigué. Quand à Patricia Roc, elle est " l'intérêt romantique " de Sanders, celle pour qui il pourrait devenir honnête … mais le couple ne fonctionne pas vraiment non plus.
Mais il y a des séquences fortes (tout ce qui a trait aux réfugiés et leur devenir) et le duel entre Sanders et Dalio donnent quelques séquences réussies mais la noirceur de Duvivier - jusque dans l'épilogue - a cette fois ci quelque chose d'artificiel. Même le cadre espagnol a peu inspiré Duvivier qui donne dans le folklorique sans intérêt à maintes reprises (ça chante, ça danse, etc.…). Bon, de toute façon, pour finir moi aussi dans la noirceur , l'Espagne fut fatale à d'autres puisque pas mal de célébrités du cinéma y moururent : Mark Stevens (d'ailleurs à Majorque), Jean Negulesco (aux Baléares voisines, comme plusieurs metteurs en scène anglais célèbres) … et même Sanders (en face : en Catalogne) :mrgreen:
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Re: Julien Duvivier (1896-1967)

Post by bruce randylan »

The Eye Of Doom wrote: Sinon En reparcourant la filmo de Duvivier je découvre coincé entre Au royaume des cieux et Sous le ciel de Paris, Black Jack, un film avec Georges Sanders.

!!! UN FILM DE DUVIVIER AVEC GEORGES SANDERS !!!!
:shock: :shock: :shock: :shock: :shock: :shock:

Bon, le film semble difficile a voir et plus genant, pas terrible. Quekqu’un la vu ?
Vu aussi (lors de la retro à la cinémathèque). J'avais écrit ça à l'époque
Black Jack ( 1950 )

2ème et dernière réalisation britanique pour Duvivier.
Je n'en attendais pas grand chose et c'était un peu mieux que ce que je craignais... Mais bon, ça reste assez mauvais dans l'ensemble.
Le gros point noir est George Sanders qui trimballe sa carcasse empatté et encrouté sans la moindre conviction avec une mollesse douloureuse à voir. Que l'acteur soit à l'aise dans le flegme, c'est une chose, mais là, c'est du je-m'en-foutisme osé. En gros il a pris un chèque et en a profité pour passer des vacances aux soleil. Après, durant le tournage, il devait plus penser à ce qu'il allait manger le soir que donner vie à son personnage. Il faut le voir courir pour constater la grossière erreur de casting.

Il n'est pas le seul fautif car le scénario est très très décevant ( et que Duvivier a co-écrit ). Le début s'annonçait prometteur où le personnage central égoïste et misanthrope à souhait pensait avant-tout à s'enrichir avec du trafic de drogue quitte à laisser des immigrés à une mort certaine sur un rafiot bien usé à deux doigts de sombrer. Cette première partie fonctionne très bien et demeure même assez moderne dans sa vision des immigrés qu'on laisse mourir à quelques mètres d'une terre promise et qui sont exploités par des trafiquants appâtés par de l'argent facile. C'est même douloureusement prophétique dans la scène très dur de la découverte de l'épave du navire à moitié inondé.

Mais, voilà, le reste du film se perd dans une histoire d'amour cousu de fil blanc, de personnages secondaires ( et donc d'intrigues ) qui conduisent sur des twist autant ridicules qu'inutiles... Bref, on perd totalement de vu l'aspect presque politique et moral pour un mélo bien mou du genou aux rebondissements pathétique... A se demander si toute le dernier tiers n'a pas été totalement ré-écrit ou re-tourné...

On trouve cependant à plusieurs reprises quelques plans qui rappellent que Duvivier est derrière la caméra : la découverte de la caverne ( aux travellings virtuoses ) puis de l'épave donc ; la traque dans dans le petit village de pêche ; le final tragique... ainsi que quelques cadrages à gauche à droite.

Maigre bilan. :(
"celui qui n'est pas occupé à naître est occupé à mourir"
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Re: Julien Duvivier (1896-1967)

Post by kiemavel »

bruce randylan wrote:C'est même douloureusement prophétique dans la scène très dur de la découverte de l'épave du navire à moitié inondé.
Oui mais si tu spoiles les rares scènes un peu fortes, il ne va rien leur rester :wink:
Mais, voilà, le reste du film se perd dans une histoire d'amour cousu de fil blanc, de personnages secondaires ( et donc d'intrigues ) qui conduisent sur des twist autant ridicules qu'inutiles... Bref, on perd totalement de vu l'aspect presque politique et moral pour un mélo bien mou du genou aux rebondissements pathétique... A se demander si toute le dernier tiers n'a pas été totalement ré-écrit ou re-tourné...
Absolument oui pout tout. Malheureusement. Même Patricia Roc - que j'aime souvent dans le cinéma anglais - était mauvaise elle aussi et sans charme.
On trouve cependant à plusieurs reprises quelques plans qui rappellent que Duvivier est derrière la caméra : la découverte de la caverne ( aux travellings virtuoses ) puis de l'épave donc ; la traque dans dans le petit village de pêche ; le final tragique... ainsi que quelques cadrages à gauche à droite.
Ah oui, la caverne, j'avais oublié. Ce n'est pas une simple grotte, c'est une caverne à concrétions qui rappelle celle d'un petit western : La caverne des hors-la-loi. Oui pour le village de pêcheurs typique de la Catalogne ou des iles espagnoles et du duel assez bien foutu que s'y livre Dalio et Sanders ... mais j'avais trouvé le tragique final assez artificiel par contre.
Tout ceci pour confirmer que d'autres Duvivier sont à voir avant celui ci, une bonne quarantaine à peu près :uhuh:
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Re: Julien Duvivier (1896-1967)

Post by bruce randylan »

Voilà, clairement un film pour complétiste acharné (comme la femme et le pantin)
"celui qui n'est pas occupé à naître est occupé à mourir"
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Re: Julien Duvivier (1896-1967)

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Merci pour ces infos, bien décevantes sur le fond.