Buster Keaton (1895-1966)

Rubrique consacrée au cinéma et aux films tournés avant 1980.

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bruce randylan
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Re: Buster Keaton (1895-1966)

Post by bruce randylan »

La rétrospective Buster Keaton à la Cinémathèque permet d'en savoir un peu plus sur le futur coffret de ses court-métrages que Lobster va ressortir. Il devrait plutôt paraître début 2016 pour coïncider avec les 50 ans de sa mort. Les films sont encore en cours de restauration et ils en ont grandement besoin : ce sont les masters datant du début des années 2000 (ayant servis pour le coffret Arté) qui sont projetés et ils piquent désormais les yeux.
Hier Serge Bromberg a montré 3 films dont les travaux ne sont pas finalisés mais qui permettent de voir le travail effectué : certains plans manquant (ou images manquantes) ont été depuis retrouvés. Il y a un gros boulot d'étalonnage et de nettoyage pour harmoniser les différentes sources (jusqu'à 3-4 copies pour restituer les films dans leurs intégralités) et surtout la restauration 2k offre un confort visuel autrement plus agréable et avec une gain conséquent dans la définition et la fluidité des mouvements (et il y en a chez Keaton !)

Quant à The blacksmith que j'évoquais en juin dernier, il semble qu'il existe en fait une troisième version ! :shock:
Les futurs bonus devraient d'ailleurs revenir sur cette affaire rocambolesque.

Ça annonce d'excellentes choses tout ça... Et ça serait un crime de sortir ça uniquement en DVD d'ailleurs.
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lecoinducinéphage
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Re: Buster Keaton (1895-1966)

Post by lecoinducinéphage »

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Quand Buster Keaton rencontre Samuel Beckett : http://chiseler.org/post/132870996896/s ... d-not-film
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Re: Buster Keaton (1895-1966)

Post by hansolo »

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bruce randylan
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Re: Buster Keaton (1895-1966)

Post by bruce randylan »

Elle est vraiment super bien faîte cette petite vidéo (comme souvent avec son auteur) : en 8 minutes seulement elle parvient admirablement bien à expliquer pourquoi buster est THE one :D
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Thaddeus
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Re: Buster Keaton (1895-1966)

Post by Thaddeus »

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Les lois de l’hospitalité
Tout Keaton est ici, dans ce qui est son premier long-métrage de référence : le paysage intégré au récit, les milieux sauvages et naturels (eau, arbres et ciel ont une présence silencieuse et frémissante), les fleuves et les ravins, la passion pour le train, conquérant et révélateur de l’espace américain. Et tout est savamment détourné, transformé par un travail de réorchestration soumis à la vérité de l’irrationnel : les voies ferrées sont biscornues et élastiques, le seuil d’une porte transforme les règles de courtoisie en chasse à l’homme, les lois spatiales sont redéfinies à la faveur d’un jeu subtil d’association d’idées et de gestes. Le formidable quart d’heure final fournit à cet égard suffisamment d’équations visuelles et de péripéties impossibles pour faire oublier la relative inégalité de ce qui le précède. 4/6

Sherlock Junior
En une petite heure, Keaton concentre tous les moyens de son cinéma et double l’harmonieux ordonnancement de l’exécution d’une réflexion sur son art. Les images projetées sur l’écran agissent de façon littérale comme des vectrices de réappropriation du réel. Le miracle du montage détourne les principes de l’espace (un mouvement entamé ici se termine là, lors d’une formidable séquence de burlesque poétique) ; la magie du gag naît du flirt avec les limites du possible et de la rationalité physique ; surtout, le héros apprend à vaincre ses inhibitions en osant agir comme le double aventureux auquel il s’identifie. Le comique pur s’épanouit dans la célébration du rêve : le cinéma commence à réfléchir sur lui-même, mais il reste avant tout une source de ravissement constant. 5/6

La croisière du Navigator
Le héros keatonien est un innocent qui se débat dans un environnement envahi par les calamités, qui déploie toutes les ressources d’une volonté tenace pour atteindre une victoire méritée. C’est un monomaniaque de l’action dont l’énergie est tendue vers un seul but : son masque de flegme impassible traduit une opiniâtreté inépuisable, ne s’étonne de rien et envisage l’extraordinaire comme la chose la plus naturelle qui soit. Seuls à bord d’un paquebot à la dérive au milieu de l’océan, l’homme et la femme dont il cherche à gagner le cœur doivent lutter contre des éléments déchaînés, réinventer les règles de la survie, se confronter aux contingences de la réalité. Philosophie exploitée en une savante mécanique du gag, mais dont l’efficacité n’atteint pas une égale plénitude sur toute la durée du récit. 4/6

Fiancées en folie
Une fois de plus, l’art de Keaton consiste à pousser l’absurde des situations jusqu’au bout du délire. Rarement le postulat aura été si féroce et furieusement ubuesque : un jeune homme doit trouver une épouse en urgence pour hériter d’une fortune, et c’est la ruée des postulantes, une marée humaine qui fond sur le malheureux, puis le paysage lui-même qui se lance à sa poursuite et lui roule littéralement dessus. Une femme, puis dix, puis cent, un principe de démultiplication et d’accélération insensée figurée par des travellings latéraux de plus en plus affolés, des courses de plus en plus frénétiques, un espace toujours plus élargi, en respectant une construction symétrique et un rythme parfait qui transforme l’aventure en une sorte de cauchemar surréaliste et désopilant. Un sommet burlesque. 5/6

Le mécano de la General
Keaton affirmait qu’un film comique devait s’assembler avec la méticulosité d’une horlogerie suisse. Cette rigueur géométrique dans l’enchevêtrement des horizontales et des courbes, dans l’équilibre sans cesse menacé et reconquis de haute lutte, dans la symétrie de l’aller et du retour, dans la conjugaison rythmique des mouvements du corps ou des véhicules avec les distances, les délais et la balistique, est celle de l’architecte aussi bien que du chorégraphe. Les deux amours de Johnnie (sa locomotive, sa petite amie) dictent les principes de trajectoire et de déplacement et inféodent l’ampleur de la logistique (car ce Mécano qui fait effondrer les trains est une superproduction digne de Griffith) à une sage vérité : en temps de guerre, seul le Panurge individualiste vaincra la folie collective. Une véritable démonstration de génie. 5/6

Cadet d’eau douce
Pour atteindre le but entrevu, débarrassé des trompe-l’œil qui l’égarent, le personnage de Keaton doit mettre en jeu une énergie exemplaire ; la récompense est au bout de l’effort, assurée par un optimisme réconfortant. On peut dire que la construction du film applique cette conception à la lettre, parce que ce n’est qu’au terme de trois quarts d’heure de mise en place, plaisants mais un peu ronronnants, que les choses sérieuses commencent. Alors il faut bien accrocher ses mirettes car ce que l’artiste décroche lors de l’époustouflante séquence d’ouragan final, qui fait valser, danser, tourbillonner tout le décor le long d’un crescendo surréaliste, c’est l’acmé de son art chorégraphique, la rencontre parfaite entre l’absurde le plus fou et les dérives les plus physiques, les plus concrètes, de la réalité. 4/6

Le caméraman
Filmer le monde, c'est déjà le mettre en scène, le diriger, voire le déguiser. Car si le héros se serait bien passé de faire flotter des cuirassés au beau milieu de la 5ème Avenue, c’est bien lui qui, ailleurs, favorise une juteuse bagarre de truands chinois. Portant la lutte contre l'amoncellement des vieux papiers, des corps, des rubans de film à son degré de perfection symphonique, Keaton chante ici la mélodie urbaine de New York, exploite à nouveau toutes les possibilités de l'espace (l'escalier dévalé puis remonté quatre à quatre), et met les vertus du cinéma en abîme. Ainsi, quand bien même la manivelle de la caméra est tournée par un singe farceur, ce sont les images filmées qui révèlent la vérité aux personnages et finissent par les unir : une certaine idée de l'invention poétique comme célébration du septième art. 5/6


Mon top :

1. Le mécano de la General (1926)
2. Sherlock Junior (1924)
3. Le caméraman (1928)
4. Fiancées en folie (1925)
5. Cadet d’eau douce (1928)

On peut dire de Keaton qu’il est le conciliateur de la plus implacable logique et de la poésie la plus débridée, celui du gag et de la métaphysique. Sa gestion de l’espace, du tempo, de la gestuelle, la perfection presque mathématique de ses dispositifs vont de pair avec une imagination toujours plus féconde. Grâce à lui, le burlesque et le comique ont accédé au rang des grands genres dramatiques.
Last edited by Thaddeus on 4 Nov 18, 21:10, edited 2 times in total.
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Alexandre Angel
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Re: Buster Keaton (1895-1966)

Post by Alexandre Angel »

A propos de Fiancées en folie
Thaddeus wrote:Une femme, puis dix, puis cent, un principe de démultiplication et d’accélération insensée figurée par des travellings latéraux de plus en plus affolés, des courses de plus en plus frénétiques, un espace toujours plus élargi, en respectant une construction symétrique et un rythme parfait qui transforme l’aventure en une sorte de cauchemar surréaliste et désopilant
Ce moment où Buster, dans sa course, plonge dans une mare et ressort avec une tortue accrochée à sa cravate est un des trucs les plus poilants que j'ai pu voir.
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Supfiction
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Re: Buster Keaton (1895-1966)

Post by Supfiction »

Docs et courts métrage à gogo sur ARTE+7.
Profitez-en :

http://www.arte.tv/guide/fr/search?q=Bu ... er=tvguide
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Re: Buster Keaton (1895-1966)

Post by cinéfile »

Supfiction wrote:Docs et courts métrage à gogo sur ARTE+7.
Profitez-en :

http://www.arte.tv/guide/fr/search?q=Bu ... er=tvguide
+ 1 long : rien de moins que Le Mécano de la Générale (disponible encore jusqu'à minuit)
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Re: Buster Keaton (1895-1966)

Post by lucifershalo »

quels sont les meilleurs coffrets Bluray ou DVD (US ou EUrope) à se procurer sur Buster Keaton?
Stagger Lee
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Re: Buster Keaton (1895-1966)

Post by Stagger Lee »

Pour les courts-métrages, on peut se procurer celui-ci:

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Buster Keaton - L'intégrale des courts métrages 1917-1923... qui comprend ceux qu'il réalisa lui-même dès 1920 mais aussi les courts de ses débuts avec Roscoe "Fatty" Arbuckle.
Sorti en fin d'année dernière, il s'agit donc de l'intégrale des courts en version restauré en haute définition 2K.

Un must have.

Dans un entretien publié dans le dernier numéro de Jeune Cinéma, Gian Luca Farinelli, le directeur de la Cineteca di Bologna, annonce le lancement d'un projet à long terme: la restauration de toute l'oeuvre de Keaton. Sur le modèle du "Chaplin Project", sans doute. Pour les longs-métrages, mieux vaut donc patienter encore un peu...
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Alexandre Angel
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Re: Buster Keaton (1895-1966)

Post by Alexandre Angel »

Je rêve d'un coffret comme celui là consacré à Harry Langdon.
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Re: Buster Keaton (1895-1966)

Post by The Eye Of Doom »

Coffret bluray US chez Kino à venir sous peu avec le même contenu.
bruce randylan
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Re: Buster Keaton (1895-1966)

Post by bruce randylan »

Alexandre Angel wrote:Je rêve d'un coffret comme celui là consacré à Harry Langdon.
Justement sorti en zone 1 mais épuisé maintenant (même si ça se trouve encore en occas' ) :wink:
http://www.amazon.com/Lost-Found-Harry- ... +and+found
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Re: Buster Keaton (1895-1966)

Post by Supfiction »

En revoyant Les lois de l'hospitalité, je me rends compte qu'il s'agit du même sujet de l'époque de la guerre de Sécession que dans la mini-série avec Kevin Costner: la querelle entre les Hatfield et McCoy dont les noms ont été changés en Canfield et McKay.
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Jeremy Fox
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Re: Buster Keaton (1895-1966)

Post by Jeremy Fox »