Jules Dassin (1911-2008)

Rubrique consacrée au cinéma et aux films tournés avant 1980.

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monk
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Re: Jules Dassin (1911-2008)

Post by monk »

daniel gregg wrote:Si c'est pour te faire pardonner Man hunt, alors çà va. :mrgreen:
:lol:
C'est pas pour me faire pardonner ! Mais tu vois, ici, j'ai senti la tension, les acteurs la vivent et moi aussi ! Quand Ed meurt, ça m'a fait mal au coeur par exemple...
Enfin, c'est comme ça, faut pas m'en vouloir :mrgreen:
daniel gregg
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Re: Jules Dassin (1911-2008)

Post by daniel gregg »

monk wrote:
daniel gregg wrote:Si c'est pour te faire pardonner Man hunt, alors çà va. :mrgreen:
:lol:
C'est pas pour me faire pardonner ! Mais tu vois, ici, j'ai senti la tension, les acteurs la vivent et moi aussi !
Enfin, c'est comme ça, faut pas m'en vouloir :mrgreen:
On ne peut pas t'en vouloir, car même si certaines de tes analyses n'emportent pas l'unanimité des suffrages (tant mieux d'ailleurs), il y a toujours une explication sincère et développée derrière. :wink:
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monk
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Re: Jules Dassin (1911-2008)

Post by monk »

daniel gregg wrote:On ne peut pas t'en vouloir, car même si certaines de tes analyses n'emportent pas l'unanimité des suffrages (tant mieux d'ailleurs), il y a toujours une explication sincère et développée derrière. :wink:
Merci :wink:
"Analyse" est un grand mot, je donne juste un avis, mes sentiments, sans penser avoir raison. Je n'ai pas la capacité à analyser.Du coup je ne vais sans doute pas assez loin pour pleinement apprécier certain films, et certains "monuments" établis m'ont laissé complètement froid, parce qu'ils ne m'ont pas touché. J'ai conservé un rapport assez viscéral avec le cinéma, peut être à tord. Mais comme on ne peut pas plaire à tout le monde, tout ne peut pas nous plaire.
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El Dadal
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Re: Jules Dassin (1911-2008)

Post by El Dadal »

Un peu étrange que personne, même ici, ne discute de Uptight.

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Transposition dans le Cleveland post-assassinat de MLK du roman déjà adapté par John Ford pour son Mouchard, le film fait un constat assez terrible d'une société en proie à un déchirement total et à des crises d'identité qui tourmentent chacun. Une personne ultra-sensible telle que le protagoniste du récit, Tank Williams, se retrouve vite esseulée quand il s'agit de montrer les crocs pour survivre. Les thèmes de la trahison, de l'appartenance sociale pré-déterminante et de l'amitié trouvent leur écho aussi bien dans l'œuvre antérieure de Dassin que chez Kazan (la photo est d'ailleurs due à Boris Kaufman, frère de Dziga Vertov et déjà auteur des superbes cadres de Sur les quais entre autres kazanries). Tout le monde finit à un moment donné par trahir quelqu'un ou quelque chose, mais la trahison à grande échelle supporte mieux les attaques que les égarements individuels. Il est à noter que le film est une production Paramount, ce qui, pour 1968, me semble relativement osé (le Nouvel Hollywood n'est pas encore passé par là). Le film se balance constamment entre un réalisme social, une étude de caractères, un suspense bien mené ainsi que des notes d'humour bienvenues (dues en grande partie au formidable talent du comédien principal, Julian Mayfield, qui n'aura malheureusement pas fait carrière et mourra relativement jeune).
Techniquement, la maîtrise de Dassin et de son équipe (il ramène Alexandre Trauner aux USA dans ses bagages) est évidente dès le générique, un moment de pure beauté mélancolique. Les expérimentations de photo (déformations du cadre, variations des échelles assez impressionnantes, travail de la lumière entre studio fantasmatique et décors réels encore plus fous), le rythme syncopé, parfois contemplatif et au diapason des errements du personnage (quelque peu alcoolisé dirons-nous), parfois échevelé (la poursuite finale), un casting dont de nombreuses têtes diront quelque chose aux amateurs de cinéma afro-américain (pas seulement de blaxploitation donc: Ruby Dee, Robert DoQui, Max Julien etc...) et la très belle BO soul de Booker T and the MG's achèvent de rendre ce film assez exceptionnel à mes yeux. Une petite perle d'acuité qui n'oublie pourtant jamais de divertir.

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Pour les gens intéressés, le blu sorti aux USA chez Olive (zoné et sans ST) est une MERVEILLE technique. Un scan sans manipulation en post (ce qui implique quelques saletés d'origine etc) qui permet de profiter pleinement des nombreuses audaces audio-visuelles dont le film regorge.

Encore une fois, que les amateurs ne se privent pas de découvrir la BO qui accompagne le film (avec parcimonie):
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Jack Carter
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Re: Jules Dassin (1911-2008)

Post by Jack Carter »

El Dadal wrote:Un peu étrange que personne, même ici, ne discute de Uptight.
je ne vois pas ce que ça a d'etrange...la rareté du film (perso, c'est la 1ere fois que j'en entends parler), ou le fait qu'il soit beaucoup moins visible que ses films plus connus...
En tout cas, tu as piqué ma curiosité :wink:

edit : un blu US zoné et sans sous-titres, je ne suis pas pret de le decouvrir.. :|
à moins que Paramount Channel le passe un jour au lieu de diffuser toujours la meme soupe.
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El Dadal
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Re: Jules Dassin (1911-2008)

Post by El Dadal »

Disons que, puisqu'il s'agit d'un film de Dassin, je m'attendais à ce que les amateurs ou les curieux aient quelque chose à en dire. On verra si ça réveille quelques poussiéreux souvenirs potentiels... :wink:
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Jack Carter
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Re: Jules Dassin (1911-2008)

Post by Jack Carter »

El Dadal wrote:Disons que, puisqu'il s'agit d'un film de Dassin, je m'attendais à ce que les amateurs ou les curieux aient quelque chose à en dire. On verra si ça réveille quelques poussiéreux souvenirs potentiels... :wink:
oui, je comprends bien, mais à part peut-etre dans une retro Dassin à la cinematheque, pas l'impression qu'il soit passé à la tv chez nous (ou alors, il y a tres longtemps). Et pas edité en dvd par içi (apparemment, premiere fois que c'est edité via le dvd et blu Olive)
Le Blu US + ton avis va en tout cas permettre à ce que d'autres forumeurs le decouvre :wink:
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AtCloseRange
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Re: Jules Dassin (1911-2008)

Post by AtCloseRange »

A part manuma, je ne vois pas qui pourrait l'avoir déjà vu :mrgreen:
En tout ca, sa fin de carrière est vraiment composée de films très obscurs (la plupart avec Mélina Mercouri).
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Kevin95
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Re: Jules Dassin (1911-2008)

Post by Kevin95 »

Je rêve de le voir depuis un moment parce que la BO envoie chère et parce qu’un cinéaste dit "classique" qui s'essaye à la blaxploitation ce n'est pas commun (comme le parait-il perdu Hangup d'Henry Hathaway).

Vu que Le Coin du cinéphile a périclité, je vais attendre soit des sous-titres anglais de mon oncle d'Amérique, soit (rêvons un peu) une sortie française.
Les deux fléaux qui menacent l'humanité sont le désordre et l'ordre. La corruption me dégoûte, la vertu me donne le frisson. (Michel Audiard)
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Kevin95
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Re: Jules Dassin (1911-2008)

Post by Kevin95 »

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JAMAIS LE DIMANCHE (Jules Dassin, 1960) Découverte

Avec les grosses chaussures de l'Américain fraichement débarqué en Europe suite aux mésaventures du Maccarthysme, Jules Dassin filme la Grèce, son folklore, son quotidien exotique, ses habitants si chaleureux (si c'est écrit dans le Michelin) et exubérants. Une carte postale donc, trempée dans l'encre du cinéma italien (et principalement celui de Federico Fellini) mais débarrassée du tragique et du sordide pouvant déplaire aux co-producteurs américains. Ce n'est pas méchant, c'est même agréable mais ça ne nourrit pas complétement son homme. A coté et de manière plus efficace, Dassin règle ses comptes avec une intelligentsia américaine de gauche, celle bien pensante et condescendante envers ce qu'elle ne connait pas. Interprété par l'auteur lui-même (pas sur d'être une très bonne idée, son jeu n'est pas finaud), l'américain cultivé y apparait comme arrogant et balourd. Pas méchant (encore) mais écrasant ces pauvres grecs de références culturels, d'une morale et d'une conduite qui dépareillent dans le cadre de cette Grèce de bord de mer. Gros succès à l'époque (sans doute pour son coté dépaysant) mais une œuvrette sympathique vu d'aujourd'hui. Hollywood en donnera quelques années plus tard une réponse bien dans les rangs et s’asseyant sur l'hédonisme vanté par Dassin avec Pretty Woman. 7,5/10
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Re: Jules Dassin (1911-2008)

Post by Colqhoun »

Thieves' Highway

Je continue ma découverte du cinéma de Dassin. Dans la continuité de The Naked City ou Brute Force, le réalisateur s'intéresse à l'amérique des bas-fonds, des oubliés, de ceux qui doivent user de la débrouille et parfois de la magouille pour s'en sortir. Ici il s'attarde notamment sur les communautés d'immigrés, grecs, polonais, italiens, etc., qui essayent de vivre ensemble, de faire du commerce, de gagner leur croûte tant bien que mal. Et la bonne idée est de partir d'un sujet aussi peu stimulant que la vente de pommes (ouais, de pommes), pour plonger dans cette histoire de course contre la montre, de vengeance, de traffic louche et d'arnaques aux plus naïfs. Et comme dans les autres Dassin que j'ai pu voir, ses personnages trimballent toujours avec eux une espèce de colère noire qui les habite et les enflamme si on a le malheur de leur marcher sur les pieds. A part ça, les bricoles habituelles, c'est réalisé de main de maître, parfaitement rythmé, haletant, économe et direct. Tout ce que j'aime. Du grand cinéma exécuté avec une simplicité déconcertante.
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Jeremy Fox
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Re: Jules Dassin (1911-2008)

Post by Jeremy Fox »

Impatient de savoir ce que tu penseras de Les Forbans de la nuit que je place ex-aequo avec Le Port de la drogue de Fuller tout au sommet de mon panthéon films noirs.
Colqhoun
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Re: Jules Dassin (1911-2008)

Post by Colqhoun »

Jeremy Fox wrote:Impatient de savoir ce que tu penseras de Les Forbans de la nuit
Je ne l'ai pas à dispo.
Comme je ne suis pas dézoné, je vois qu'il existe un bluray UK sorti chez BFI.
Il est de bonne qualité ?

EDIT: et je n'ai pas encore vu le Fuller. Dans ses films noirs, je ne connais guère que Underworld USA, qui m'avait déjà fortement impressionné.
lecoinducinéphage
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Re: Jules Dassin (1911-2008)

Post by lecoinducinéphage »

"Une vie, une oeuvre", consacré à Jules Dassin, sur France Cul ture : https://www.franceculture.fr/emissions/ ... -humaniste
"Jamais je ne voudrais faire partie d'un club qui accepterait de m'avoir pour membre." (Groucho Marx)
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Re: Jules Dassin (1911-2008)

Post by Abronsius »

El Dadal wrote:Un peu étrange que personne, même ici, ne discute de Uptight.
Vu hier soir.

https://shiningartifactofthepast.blogsp ... assin.html

Jules Dassin, avec l'aide de Ruby Dee, signe un superbe scénario tiré du roman de Liam O' Flaherty, The Informer, que John Ford avait également adapté. Quittant les remous de l'IRA, Dassin transpose l'histoire en pleine crise politique afro-américaine, juste après l'assassinat de Martin Luther King exposant le conflit entre les membres de la communauté noire, ceux qui défendent l'idée d'un mouvement politique pacifique et ceux qui désirent prendre les armes. Entre les deux, la conscience d'une pauvre âme en errance, remarquablement incarnée par Julian Mayfield.
En dépit d'une peinture assez manichéenne des deux groupes, Dassin filme avec bonheur la tension entre ces deux idéologies, privilégiant les gros plans, misant sur la qualité de l'interprétation. L'aspect théâtral de l'ensemble domine cependant le film a de belles trouées extérieures, les extérieurs filmés dans Cleveland l'ouvrière donne une patine plus universelle, plus prolétaire au propos avec un final industriel réussi.