Jules Dassin (1911-2008)

Rubrique consacrée au cinéma et aux films tournés avant 1980.

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Nestor Almendros
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Post by Nestor Almendros »

TWO SMART PEOPLE (1946)

Encore une rareté au Cinéma de Minuit. Encore un film dispensable. On est loin de la légèreté naive et un brin crispante de YOUNG IDEAS, c'est déjà ça. Mais si ce TWO SMART PEOPLE est, au final, plus intéressant à suivre ce ne sera qu'au niveau des tentatives, malheureusement.
L'histoire s'apparente presque à une screwball comedy. Après les premières scènes, j'ai cru que ça allait être pas mal: une sorte de jeu du chat et de la souris entre un escroc dandy et une petite maline. Il y avait parfois quelque chose de prometteur mais qui n'a pas tenu la route bien longtemps. Dès le début du voyage en train, on constate que tout est mou: aucun évènement ne vient secouer tout ça, et pour couronner le tout le traitement des personnages est des plus monotones. L'histoire abracadabrante perd son charme en s'enlisant dans une bluette insipide sans enjeux véritables que même les acteurs ne semblent pas cautionner (mention au Clark Gable du pauvre, John Hodiak).

Mais par-ci par-là on peut noter, là encore, des petites idées pas mauvaises que Dassin s'emploie à utiliser comme un exercice (n'oublions pas que les moyens de la MGM sont confortables, même pour une petite production). Je pense, entre autres, à cette idée de mardi gras qui permet à Dassin de mélanger l'intrigue minimaliste (et microscopique) à la foule en fête, et déguisée. C'est un décor qui ne suffira pas à cacher la misère en tentant quand même de redonner un peu de souffle.

Mais c'est finalement peu de bonnes choses pour un film déjà oublié, qui se place à la fin d'une première période pour Dassin: notons qu'après ces quelques films probablement moyens dans leur majorité (bénéfice du doute) Dassin réalisera cinq classiques (plus ou moins unanimes :wink: ) dont BRUTE FORCE et LES FORBANS DE LA NUIT diffusés dans les prochaines semaines.
frédéric
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Re: Jules Dassin

Post by frédéric »

Heu perso j'ai bien aimé le film. C'est cependant assez curieux, ça mélange plusieurs genres, la comédie, le film romantique, le film à suspense, mais le tout n'est pas désagréable porté par le trio vedette.
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Re: Jules Dassin

Post by Sybille »

A propos de Two smart people, je qualifierai le film de médiocre. Comme l'écrit Nestor Almendros, le début annonce effectivement une histoire propre à attirer l'attention, avec du mystère, voire de l'élégance concernant le couple Hodiak / Ball (je me suis même dit qu'Hodiak n'était pas trop mal, parce que si je songe à lui dans The Harvey Girls :roll: ) , mais la suite s'avère très peu palpitante, désordonnée, et finalement ennuyeuse. Il y a de temps à autre quelques passages qui relèvent plus ou moins l'ensemble, ce qui fait que notre intérêt ne faiblit pas complètement et qu'on se prend à espèrer, mais ça reste bien pauvre. Mais j'ai cependant plutôt apprécié le personnage de Lloyd Nolan (le policier), en particulier lors de la fin 'humoristique'. Enfin vite vu, vite oublié.
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Watkinssien
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Re: Jules Dassin

Post by Watkinssien »

Pour moi, cela reste bel et bien Les forbans de la nuit, mon favori de Dassin. Une oeuvre noire splendide et aboutie, qui propose une peinture originale des bas-fonds londoniens, des personnages forts portés par de remarquables comédiens (Gene Tierney :oops: ), et une mise en scène d'une rare densité.
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nobody smith
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Re: Jules Dassin

Post by nobody smith »

frédéric wrote:LES FORBANS DE LA NUIT
Vu aussi récemment après les nombreux éloges que j’ai lu sur le forum. Ça balaie vraiment la piètre image que je me suis fait de Dassin avec l’anecdotique topkapi pour poursuivre l’excellente impression que m’a laissé du rififi chez les hommes. night and the city s’avère définitivement un grand film noir. Tissant une gigantesque dramaturgie autour du monde de la nuit londonien, le film brille chaque instant par son écriture d’une subtilité implacable. La magnifique photographie et l’énergie du casting ne peut que m’obliger à considérer le film comme un pur chef d’œuvre.
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frédéric
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Re: Jules Dassin

Post by frédéric »

nobody smith wrote:
frédéric wrote:LES FORBANS DE LA NUIT
Vu aussi récemment après les nombreux éloges que j’ai lu sur le forum. Ça balaie vraiment la piètre image que je me suis fait de Dassin avec l’anecdotique topkapi pour poursuivre l’excellente impression que m’a laissé du rififi chez les hommes. night and the city s’avère définitivement un grand film noir. Tissant une gigantesque dramaturgie autour du monde de la nuit londonien, le film brille chaque instant par son écriture d’une subtilité implacable. La magnifique photographie et l’énergie du casting ne peut que m’obliger à considérer le film comme un pur chef d’œuvre.
Je me suis gouré précédemment, je parlais des DEMONS DE LA LIBERTE.
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Nestor Almendros
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Post by Nestor Almendros »

DU RIFIFI CHEZ LES HOMMES

Excellente redécouverte. C'est un très bon polar, brut, sec, nerveux, sans fioritures. Le charme des 50's ajoute encore aux qualités du film. Un bon casting également, avec Jean Servais en tête. Son allure déséchée donne un vrai ton au film et participe à l'aspect réaliste et presque documentaire de l'ensemble. On a beau évoluer dans un terrain connu, c'est fait avec suffisamment d'attention (au détail près) qu'on ne peut que se prendre au jeu. Et le dernier tiers, à la construction simple en apparence, renforce la dramaturgie globale du film et l'implication du spectateur pour laisser une impression très forte.
On retrouve évidemment beaucoup de points communs avec les oeuvres américains de Dassin dont il semble avoir gardé les meilleurs ingrédients, sans toutefois égaler mon préféré.

EDIT: posté par Kevin95 le 18 novembre 2008

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Du rififi chez les hommes (Jules Dassin)

Alors là, gros choc visuel !
Pourtant j'ai eu peur... le film débute comme un policier lambda des 50's, le style est semblable à une pale copie de celui de Jacques Becker (Touchez pas au grisbi) et les acteurs en font des caisses dans le genre "gouaille parigo". Puis le casse se prépare, on commence à y prendre de l'intérêt et enfin à partir "du coup", ça devient Shakespearien. La mise en scène devient gothique, Jean Servais traine ses cernes avant de devenir impitoyable et la mort rode sur l'ensemble du récit.
Un grand grand polar !
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Re:

Post by frédéric »

Nestor Almendros wrote:DU RIFIFI CHEZ LES HOMMES

Excellente redécouverte. C'est un très bon polar, brut, sec, nerveux, sans fioritures. Le charme des 50's ajoute encore aux qualités du film. Un bon casting également, avec Jean Servais en tête. Son allure déséchée donne un vrai ton au film et participe à l'aspect réaliste et presque documentaire de l'ensemble. On a beau évoluer dans un terrain connu, c'est fait avec suffisamment d'attention (au détail près) qu'on ne peut que se prendre au jeu. Et le dernier tiers, à la construction simple en apparence, renforce la dramaturgie globale du film et l'implication du spectateur pour laisser une impression très forte.
On retrouve évidemment beaucoup de points communs avec les oeuvres américains de Dassin dont il semble avoir gardé les meilleurs ingrédients, sans toutefois égaler mon préféré.

Tout pareil pour cet excellent film qui fleure le bon polar de l'époque.

LES FORBANS DE LA NUIT

Film qui vaut essentiellement par sa peinture d'un Londres inhabituel, des retournements de situations et la prestation de Richard Widmark qui les alignaient à l'époque. Mais sa réputation est un peu surestimée.
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Watkinssien
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Re: Re:

Post by Watkinssien »

frédéric wrote:

LES FORBANS DE LA NUIT

Film qui vaut essentiellement par sa peinture d'un Londres inhabituel, des retournements de situations et la prestation de Richard Widmark qui les alignaient à l'époque. Mais sa réputation est un peu surestimée.
Non ! :mrgreen:
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Re: Jules Dassin

Post by Cosmo Vitelli »

Découvert Les Bas Fonds de Frisco. Malgré un happy end que je trouve artificiel et mal venu, c'est du travail d'orfèvre. Un beau drame social aux accents zoliens. Dassin décrit les Halles de San Francisco comme un microcosme fascinant. Son sens du rythme et son goût pour l'épure donnent au film une redoutable efficacité. On ne s'ennuie pas une seconde, ce qui constitue un véritable tour de force : Il réussit tout de même à nous passionner avec un "trafic" ...de fruit et légumes :mrgreen: Belle découverte en tout cas, que je place un peu en dessous des Forbans de la nuit (mais je n'ai pas revu ce dernier depuis un bon bout de temps)
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Re: Jules Dassin (1911-2008)

Post by Sybille »

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Brute Force / Les démons de la liberté
Jules Dassin (1947) :

"Brute force" est le récit de la tentative d'évasion d'un petit groupe de prisonniers. Burt Lancaster est le principal héros de ce film, incarnant un prisonnier "valeureux" de par son courage et son obstination. Un entêtement qui ne dissimule pas pour autant la violence du personnage. En dépit de son amitié à leur égard, ses camarades ne semblent constituer pour lui qu'autant de "pions" qu'il manipule à sa guise pour leur faire faire tout ce qu'il souhaite, n'hésitant pas à mettre leur vie en danger. Un rôle de "leader" auquel finit même par se soumettre le vieux prisonnier qu'interprète Charles Bickford, homme pourtant rompu à la dureté de la vie en prison. Le film est de cette façon presque uniquement centré sur un seul de ses pourtant multiples personnages, ce qui paraît empêcher, ou du moins freiner l'élaboration d'un lien d'amitié plausible entre tous ses protagonistes. L'admiration éprouvé devant "celui qui ose", celui qui refuse de se soumettre s'effectue finalement presque au détriment du personnage, du point de vue émotionnel en tout cas. Une sècheresse qui explique le manque d'empathie ressenti devant le film, son histoire et bien sûr l'ensemble de ses personnages. Le personnage sadique du gardien-chef de la prison est assez étonnant, en même temps que largement exagéré. Jules Dassin parvient cependant à mettre en scène avec efficacité et le suspense narratif n'est pas à remettre en cause, car presque jusqu'aux dernières minutes et en dépit des "conventions morales" qui régissent habituellement ce type de film, le mystère est soigneusement entretenu quant à la réussite de l'entreprise. 6/10
Alligator
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Re: Jules Dassin (1911-2008)

Post by Alligator »

Du rififi chez les hommes (Jules Dassin, 1955) :

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Dieu qu'il est difficile d'écrire quelques mots sur un film noir alors qu'on a le dos sur le sable chaud d'une plage méditerranéenne, avec la grande voûte bleue au dessus de la tête et un soleil radieux qui brûle la peau. Toute cette lumière et évoquer les sombres lueurs d'une bijouterie visitée de nuit par des cambrioleurs aux aguets. Il y a là quelque incongruité, vous avouerez. Cela fait quelques jours déjà que j'ai vu ce film et je ne sais pourquoi, je repousse toujours à plus tard mon exposé. Alors je prends le taureau par les cornes et j'y vais.

Pour commencer, je peux d'ores et déjà louer le travail remarquable qui a été fait sur ce Gaumont DVD . La qualité criterionesque des contrastes, la netteté des détails, la souplesse du grain, le spectacle est éblousissant. On a l'impression de regarder un Blu-Ray, on a les rides, les petites perles de sueur avec une précision qui fait saliver de plaisir. J'aimais déjà le film avant cette revoyure. Je l'aime encore plus.

Tiens, le drapeau est passé au vert. Foutre, ils ont engagé Pamela Anderson ou quoi? Merde, concentre-toi. Je vous avais dit que c'est dfifficile d'écrire à la plage.

Rentrons vite dans le vif du sujet, dans la chair du film. Et le générique nous en promet de la bidoche, du gras et du jus autour, avec Auguste Le Breton aux manettes, avec un scénario aux petite oignons, jactant un argot fleuri et comac, droit au but. Cette histoire de casse est très bien écrite, d'un équlilibre de funambule, d'une symétrie d'horloger, ça tourne rond, au millième de seconde. En trois parties bien roulées, l'exposition des personnages, de la situation, ensuite le casse en préparation et en exécution, enfin les emmerdes. Tic tac, tempo maitrisé... zut, le stylo déconne, du sable? Non, faut que je change de position... rhhhaaaa je me suis mis du sable partout!

Bon, pour aligner ce langage interlope, pour mettre en image un si géométrique scénario, il fallait à l'américain Jules Dassin le talent de s'associer à quelques cadors de la pelloche parisienne. En premier lieu, on vantera jamais assez la place qu'y prend Jean Servais. Ce comédien sec et vieillissant, offre une gueule patinée, cassée. La photo d'Agostini marque encore plus ses rides. L'acteur joue la fatigue, l'usure avec un immense talent. On sent que le bonhomme est au bout du chemin, un héros noir idéal. On sent également qu'il en faut peu pour ouvrir la barraque à gifles ou le stand de tir à vue. Son regard noir et bleu acier découpe, tranche, lacère, exécute. Impressionnant. Rarement on a atteint un tel degré de force et de puissance dans un simple regard.
Autour de lui, les autres paraissent forcément presque comme des enfants. Le grand Mohner, bien bâti mais mal doublé laisse peu de doutes sur sa nationalité étrangère. Jules Dassin himself, la joue fine en baragouinant quelques phrases d'italien pour noyer le poisson. Il joue surtout des yeux, entre candeur et comédie. Robert Manuel s'essaie lui aussi à pratiquer la langue de Dante. Poussif. J'ai vraiment du mal, je le connais trop. Sa voix française traînante me manque.
Pour les décors, l'agencement artistique, Dassin fait fort en s'adjoignant les services de Maître Trauner, Alexandre lui même, l'empereur du réalisme français d'avant-guerre. On a droit à quelques jolis plans de rues parisiennes. Ambiance.
Il me serait difficile d'omettre la charmante Magali Noël qui met le coeur du rital Dassin en émoi. Facile. D'autant plus que c'est elle qui entonne le désormais célèbre "Rififi", petite mélodie du night-club où les marloux préparent leurs mauvais coups ou viennent chercher leur dose de coke. Quelques apparitions, quelques petits rôles accompagnent la joyeuse troupe, comme Robert Hossein ou Claude Sylvain par exemple (voir trombi).

La première fois que je l'ai vu, j'avais trouvé étonnante la manière dont les femmes sont traitées. Que le monde a changé, tudieu! Ici les femmes se prennent des bouffes sans arrêt quand elles ne goûtent pas au ceinturon du mâle. L'espèce de pantomine et la chanson du rififi en font même l'apologie. Aujourd'hui totalement incorrect.

Au final, on se trouve avec un film très important dans l'histoire du noir français, merveilleusement construit, que d'aucuns n'hésiteront pas à qualifier de "classique". A voir et revoir sans retenue.
Sybille
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Re: Jules Dassin (1911-2008)

Post by Sybille »

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Thieves' Highway / Les bas-fonds de Frisco
(1949) :

Le thème de la vente des fruits et légumes est, me semble-t-il, un sujet qui n'a que rarement été abordé au cinéma, aussi ce film tombe-t-il à point pour nous en apprendre davantage. Jules Dassin réussit en effet un mélange habile entre réalité et fiction. Il nous montre la dure existence de ces négociants de San Francisco qui doivent batailler ferme pour vendre ou acheter leurs marchandises au meilleur prix, et nous gratifie en même temps d'une sombre histoire de vengeance entre le fils d'un camionneur injustement mutilé et le grand patron qui règne en maître sur le commerce des fruits. La confrontation Richard Conte / Lee J. Cobb est savoureuse, tellement les deux acteurs sont parfaits dans leurs interprétations respectives, tandis que l'actrice Valentina Cortesa, avec son visage félin et son accent italien apporte une touche féminine appréciable (on oubliera par contre la composition de Barbara Lawrence, personnage assez fade s'il en est). La virulence dont font preuve la plupart de ces hommes toujours sur le qui-vive n'empêche pas quelques amitiés solides de s'établir - les seconds rôles se révèlant d'ailleurs particulièrement réussis. En dépit de sa fin heureuse, Jules Dassin signe avec "Les bas- fonds de Frisco" un film violent et tendue, au scénario passionnant. 8/10

J'en profite pour replacer ici mes avis sur deux films du cycle Dassin passés au Cinéma de minuit pendant l'été 2008 :

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Young ideas
(1943) :

Première réalisation signée Jules Dassin, "Young ideas" se révèle incontestablement mineur, quoique pas foncièrement déplaisant, à condition de ne pas exiger trop d'un scénario qui pêche avant tout par un manque d'intérêt sur la longueur. Une New-Yorkaise, romancière à succès de "livres scandaleux", s'éprend d'un professeur d'université, l'épouse, et quitte sa vie citadine pour l'accompagner dans sa province... ce qui n'est pas du goût de ses deux enfants, qui entreprennent alors de tout mettre en oeuvre pour faire revenir leur mère sur sa décision. L'histoire vaut ce qu'elle vaut, c'est à dire pas grand chose, mais le déroulement des différents évênements se regarde néanmoins sans trop d'ennui. Les décors sont dans la plus pure tradition MGM, où l'on ne sort pas un instant du studio. Un film de commande pour Dassin, et une petite comédie sans conséquence. 5/10

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Two smart people
(1946) :

"Two smart people" est un film aux directions multiples. Portrait d'escrocs, fuite et vagabondage en train à travers le Mexique et les Etats-Unis, le film prend des allures de film noir et se double d'une histoire d'amour revancharde. Un mélange intriguant et parfois habile, mais qui au bout du compte souffre de ce côté "fouilli", et échoue à convaincre totalement. Les interprètes principaux, John Hodiak et Lucille Ball forment un couple plutôt convainquant, elle utilisée à contre-emploi de son type de rôle habituel. Il ne faut malheureusement pas longtemps avant que l'ennui ne finisse par surgir devant ce déploiement d'aventures illogiques, filmées de façon trop sage, et dotées d'une atmosphère à la noirceur artificielle. 5/10
M le maudit
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Re: Jules Dassin (1911-2008)

Post by M le maudit »

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The Naked City
Jules Dassin, 1948

On se souvient de "The Naked City" principalement pour une chose: il est tourné à 100% dans les rues de New-York, aucun décor, aucun figurant, aucune rue bloquée; comme un documentaire.

Ce qui est super intéressant sur papier... l'est tout autant sur pellicule. C'est la force du film; sa direction photo (oscarisée d'ailleurs...) est succulente. C'est un hommage à New York aussi vibrant que "Manhattan" de Woody Allen. Mais malheureusement, le scénario est assez prévisible, les acteurs sont très moyens et la narration en voix-off est extrêmement maladroite. Le film noir et le néo-réalisme se rencontrent, mais bien que le mélange soit intéressant, il n'est somme toute pas tout à fait concluant.

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[img]http://auteurs_production.s3.amazonaws.com/stills/6677/Film_274w_NightCity.jpg[/img]

Night and the City
Jules Dassin, 1950

Après une grande déception avec "Naked City", me voilà complètement charmé par "Night and the City", un film plus noir que noir qui met en vedette le anti-héros le moins sympathique de toute l'histoire du genre. Ceux qui sont friands de films sans aucun bon gars à qui s'attacher seront vraiment comblés. C'est à la fois sombre et réaliste.

Contrairement à "Naked City", les acteurs ici sont excellents. La réalisation démontre une connaissance approfondie de la facture des films noirs en vogue à l'époque, tout en déployant un style qui confère à l'ensemble une touche d'originalité indéniable. C'est extrêmement vivant; les gros plans de visages tordus, les courses folles à travers la ville, les matchs de lutte, tout est filmé avec élégance et habileté. Un film noir de haut rang.

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[img]http://auteurs_production.s3.amazonaws.com/stills/6669/Film_273w_ThievesHighway.jpg[/img]

Thieves' Highway
Jules Dassin, 1949

Je commence à me dire que Jules Dassin n'est peut-être pas ma tasse de thé. "The Naked City" est supposé être fabuleux: je l'ai trouvé banal. J'ai toutefois adoré "Night and the City", alors j'ai donné une chance à "Thieves' Highway" qui se retrouve dans la plupart des listes de films noirs incontournables. Résultat: bof. Pas une immense déception, mais rien de bien emballant non plus. Ça passe bien 90 minutes, sans plus.

Le problème majeur c'est que ça ne décolle pas. L'ambiance est bien installée, on sent bien tout le désespoir d'une Amérique sombre et perdue dans un commerce de truands, mais on attend tout le long que le protagoniste exerce la vengeance dont il parle tout le long du film. Et quand elle survient, c'est pour être bêtement interrompue et amoindrie par une finale imposée par le studio, un happy ending moralisateur et prévisible.

C'est vraiment dommage, parce que le ton est donné dès les premières minutes du film et que je me disais "Wow, ça va être bon ça." Mais finalement, sans être mauvais, ce n'est pas non plus réellement intéressant. Avec tous les films noirs disponibles sur le marché, je pense qu'on peut placer celui-ci sinon en fin de liste, du moins au milieu, parce qu'il y a une infinité de films autrement plus majeurs.
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Ann Harding
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Re: Jules Dassin (1911-2008)

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The Canterville Ghost (1944) avec Charles Laughton, Margaret O'Brien, Robert Young et Una O'Connor

Au XVIIème siècle, Sir Simon de Canterville (C. Laughton) est emmuré vivant par son père à cause de sa couardise. Trois siècles plus tard, il hante toujours le chateau de ses ancètres. Il ne pourra être libéré de sa condition de fantôme que si un de ses descendants fait preuve de courage...

Cette nouvelle d'Oscar Wilde est l'une de mes favorites. Pour ce film MGM produit durant la guerre, l'histoire a été modernisée en introduisante des GI Américains qui viennent habiter le chateau. Cela n'a rien d'étonnant car le marché européen était quasiment inexistant durant cette période et tous les studios ont cherché à américaniser leurs sujets et leurs acteurs. Mais, il me semble que dans ce cas, le conte de Wilde perd beaucoup de son charme et de son humour avec cette modernisation un peu forcée. Heureusement, Charles Laughton est un délicieux fantôme. Il est peureux, il cabotine à souhait, mais, il est un personnage de Wilde. Par contre, Margaret O'Brien est très appliquée avec son texte et pas du tout convaincante. Robert Young est le bon petit gars de service à son habitude. Visuellement le film est correct sans plus. Il y a un sérieux manque d'atmosphère pour un tel sujet... Au total, un film très moyen. Le film de René Clair, The Ghost Goes West est bien meilleur.