Douglas Sirk (1897-1987)

Rubrique consacrée au cinéma et aux films tournés avant 1980.

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Gustave
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Re: Douglas Sirk (1897-1987)

Post by Gustave »

Profondo Rosso wrote:
Frances wrote:Je vais lire ça avec beaucoup d'attention dès que j'aurai un moment.
De même ça a l'air passionnant bravo Gustave ! :wink:
Merci ! J'attends vraiment vos retours, vos éventuels prolongements de ce qui y est évoqué. Je ne parle quasi pas des autres films de Sirk en dehors de Tout ce que le Ciel permet : ça laisse de la matière pour ré-embrayer une discussion sur l'homme, l'artiste et ses films :wink:
Bcar
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Re: Douglas Sirk (1897-1987)

Post by Bcar »

Je vais dévorer ça moi aussi, je sens que ça va être passionnant.
Gustave
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Re: Douglas Sirk (1897-1987)

Post by Gustave »

Hop ! La suite et fin, davantage focalisée sur Fassbinder mais avec toujours comme horizon la recherche d'un cinéma à la fois attractif et politique... que lui inspire notre cher Douglas : http://bit.ly/1iGK65W

J'attends toujours des commentaires, des critiques, bref : des retours !
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Profondo Rosso
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Re: Douglas Sirk (1897-1987)

Post by Profondo Rosso »

La Ronde de l'Aube (1958)

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En 1932, lors d'un reportage sur un meeting d'acrobatie aérienne à La Nouvelle-Orléans, le journaliste Burke Devlin rencontre un passionné d'aviation, Roger Shumann, héros de l'Escadrille Lafayette, et sa femme Laverne...

Douglas Sirk retrouvait dans La Ronde de l’aube le casting de son flamboyant Écrit sur du vent (1956) avec le trio composé de Rock Hudson, Dorothy Malone et Robert Stack. Écrit sur du vent était un des mélodrames les plus excessifs et tourmentés du réalisateur auquel La Ronde de l’aube est une réponse plus intimiste dans l’exploration de personnages aux caractères proches. Le film est d’ailleurs tourné en noir et blanc, teinte privilégiée des mélodrames feutrés de Sirk (AllI Desire (1953), Demain est un autre jour (1956)) s’opposant à la flamboyance de ceux en couleur qui réclamait une certaine emphase esthétique et narrative (Le Secret Magnifique (1954), Tout ce que le ciel permet (1955)). Sirk adapte ici le roman Pylône de William Faulkner paru en 1935. Il avait déjà cherché à transposer l’ouvrage lorsqu’il il était encore en Allemagne et officiait à la UFA, surtout fasciné alors par le monde de l’aviation. Bien plus tard et désormais installé aux Etats-Unis, Sirk aura l’heureuse surprise de voir qu’Universal où il est sous contrat possède les droits du livre et pourra cette fois s’y atteler mais plutôt que l’aviation, ce sera la dimension tragique des personnages qui l’intéressera. Écrit sur du vent dépeignait l’insatisfaction et le caractère torturé de héros dont la richesse et ne pouvait compenser les fêlures. Le cadre de rêve dans lequel ils évoluaient ne pouvait compenser les ténèbres obscurcissant leur esprit. Dans La Ronde de l’aube, c’est surtout l’opposition entre les rêves qu’ils ont pu poursuivre ou recherchent encore avec la triste réalité dans laquelle ils évoluent.

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C’est sur cette idée que se noue le drame du film et notamment le triangle amoureux. Roger Shumann (Robert Stack) est un héros de la Première Guerre Mondiale où il fut pilote d’avion au sein de L’Escadrille Lafayette. Il ne se sent pourtant pas digne des mythiques aviateurs auquel il est comparé et la mort au combat qui aurait pu lui permettre d’être leur égal dans l’éternité, il la poursuit en prenant tous les risques lors des meetings aériens et des courses périlleuses auxquels il participe. Pour prendre part à de telles joutes sans trembler, il faut avoir un sang-froid et une maîtrise quasi inhumaine qu’il prolonge finalement dans sa vie quotidienne avec la distance qu’il entretient avec son épouse Laverne (Dorothy Malone). Elle aussi a couru après un rêve à travers celui qu’elle aime et dont elle est tombée amoureuse adolescente en le voyant sur une affiche, l’homme ne se montrera guère à la hauteur de l’icône. La froideur de Shumann et la dévotion de Laverne sont exprimée à la fois de manière symbolique et par les situations dramatiques par Sirk. Laverne exprime un attrait charnel sur les hommes que Shumann exploite lors de ses acrobaties en parachute le péril de la prouesse intéresse moins les spectateurs masculin que le vent qui soulève sa robe et expose ses jambes à tous.

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Leur relation est viciée dès le départ lorsqu’il gagnera sa main aux dés et, obnubilé par l’idée de retrouver les airs n’hésitera pas la donner en pâture à un entrepreneur libidineux pour obtenir le droit de piloter son avion après le crash du sien. Le journaliste Burke Devlin (Rock Hudson) en quête d’un bon sujet observe un temps le drame en spectateur mais s’impliquera malgré lui lorsqu’il tombera à son tour sous le charme de Laverne. Sa proximité avec ces kamikazes des airs s’explique car il se reconnaît également en eux, ses rêves de grands reportages ayant été noyés dans l’alcool et la feuille de chou locale miteuse où il écrit.

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Le titre du film par la différence qu’il fait avec celui du livre exprime bien cette idée de déchéance, The Tarnished Angels pouvant être traduit par « les anges déchus ». Sirk voyait dans ses grands mélodrames une forme d’expression contemporaine de la tragédie grecque lui permettant d’inoculer sa culture européenne dans la machinerie hollywoodienne. Cela n’a jamais été plus vrai qu’ici dans la manière dont se débattent les personnages entre le déterminisme de l’intrigue et leur volonté d'échapper au funeste destin dont les signes alarmistes affluent (le masque de mort de mardi gras surgissant lors du baiser entre Dorothy Malone et Rock Hudson). Dorothy Malone bouleverse ainsi de bout en bout, brisée par des années d’union sans passion et dont la sensualité attire tous les regards sauf celui pour lequel cela compte le plus. Cet attrait était l’expression volontaire et exacerbée de son dépit amoureux dans Écrit sur du vent, c’est un fardeau attirant les vautours et suscitant les ragots dans La Ronde de l’aube. Robert Stack révélait ses fêlures l’excès et la folie dans le film de 1956, c’est par un masque impassible que se révèle son incapacité à exprimer ses sentiments ici. Enfin, la sagesse tranquille de Rock Hudson est cette fois mise à mal par un personnage bien plus complexe, un raté bien loin des êtres beaux et conquérants incarnés dans les précédents Sirk (le studio ayant même atténué le côté abîmé du personnage où Hudson avait mis à mal son physique de façon bien plus prononcée).

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C’est lorsqu’ils dépassent leur statut et cherchent à s’en sortir que les personnages se perdent définitivement. Shumann osant enfin révéler son amour réel à Laverne devient soudain trop vulnérable et faillible pour ses exploits aériens et sera trahi par son appareil. Il rejoindra les héros qu’il admirait autant par sa chute que par la magnifique oraison funèbre que lui fera Rock Hudson dans une des dernières scènes. Comme dans nombre de ses mélodrames Sirk ne sacrifie pas totalement à la tragédie (se souvenir de Mirage de la vie (1959) où la tragique scène d’enterrement voit aussi l’adoption symbolique de la jeune fille noire par Lana Turner) avec une fin ouverte où l’on peut autant voir un adieu qu’une possible promesse de recommencement. Un des plus beaux films du réalisateur. 6/6
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Re: Douglas Sirk (1897-1987)

Post by Federico »

Cette nuit à 1h57 sur France Culture, re-diffusion d'un Mardis du cinéma de 1991 : Douglas Sirk : reflets dans un miroir
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Jeremy Fox
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Re: Douglas Sirk (1897-1987)

Post by Jeremy Fox »

Les Ailes de l'espérance (Battle Hymn) - 1957

L'histoire vraie d'un pasteur qui reprend l'uniforme durant la Guerre de Corée après l'avoir quitté suite à des problèmes de conscience datant du second conflit mondial (il avait massacré malgré lui une trentaine d'enfants en lâchant une bombe sur un orphelinat).... Déjà habituellement guère amateur des mélos sirkiens, ce n'est pas ce film mineur qui va changer la donne. Cependant, au vu du premier quart d'heure, je m'attendais à pire mais heureusement le film devient plus sobre par la suite, le cinéaste, s'il n'arrive guère à me toucher avec son histoire, me procure cependant un certain plaisir avec ses scènes de batailles aériennes qui, malgré des transparences guère heureuses, s'avèrent plutôt efficaces grâce aussi à des effets pyrotechniques du plus bel effet. Sinon, assez agacé que des comédiens tels Dan Duryea ou Jock Mahoney soient sous exploités de la sorte ; quant à Rock Hudson, il s'en tire plutôt bien sans cependant nous offrir une interprétation mémorable. Ca se suit sans ennui mais sans passion non plus. Moyen.
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Jeremy Fox
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Re: Douglas Sirk (1897-1987)

Post by Jeremy Fox »

Premier des 3 films à sortir ce mois-ci en Bluray chez Elephant Films, Tempête sur la colline, chroniqué par Justin Kwedi.
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Thaddeus
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Re: Douglas Sirk (1897-1987)

Post by Thaddeus »

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Tempête sur la colline
Tohu-bohu au couvent de Notre-Dame de Rheims, converti en hôpital pour les victimes d’une région dévastée par les cieux en colère. Une jeune condamnée à mort y fait escale en attente de son exécution, qui clame son innocence. Et sœur Mary, convaincue par la touchante détresse de l’accusée, de s’improviser Sherlock Holmes en cornette. L’œuvre appartient à une espèce importante du Hollywood d’après-guerre : le film de nonnes. Soutenu par la fermeté sereine de Claudette Colbert, il le fait glisser du côté du suspense gothique, nimbe de clair-obscur les nombreuses séquences nocturnes, ménage une enquête fertile en mystères, rebondissements et coupables potentiels, jusqu’au dénouement typiquement hitchcockien dans un clocher. L’exercice, sans doute mineur, est aussi maitrisé que captivant. 4/6

Le secret magnifique
Ce film aux lignes pures et à l’indéniable clarté d’exécution organise déjà tous les motifs qui s’épanouiront dans les opus suivants. Baigné de couleurs chatoyantes, faisant la part belle à la nature, il accumule les évènements dramatiques au fil d’une intrigue aux intentions un peu chargées, telle la teneur du secret du titre, à forte consonance religieuse ou morale. Les péripéties qui adviennent en cascades débouchent sur une forme d’invraisemblable sulpicien que le cinéaste ne critique jamais ; au contraire, il accompagne ses deux personnages dans leur trajectoire intérieure, examinant comment ils en viennent à se respecter, se regarder et s’aimer pour trouver une forme d’accomplissement individuel et social. L’œuvre demeure belle et émouvante, mais la couture sera encore plus fine par la suite. 4/6

Tout ce que le ciel permet
Même couple mémorable : Jane Wyman, tendre et déchirée, Rock Hudson, à la virilité quasi angélique. C’est un ballet de couleurs, d’ombres bleutées, de teintes rougeoyantes, qui joue de tous les tourments intimes, des affres et douleurs de la représentation sociale, de la perte des repères, du sacrifice sans but ni raison, mais aussi de l’être chéri qui s’en va, éternel outsider d’une communauté délétère et mesquine. Sirk élève sa chronique du quotidien à une hauteur intemporelle, oppose la pastorale (Thoreau explicitement cité) au poison étouffant des normes, révèle l’évolution patiente des sentiments, fait naître l’amour à l’ombre du koelreuteria puis le laisse mourir à celle des conventions, avant que la neige ne le ravive. Pas étonnant qu’Almodóvar, Fassbinder et Haynes se soient inspirés de ce film subtil et splendide. 5/6
Top 10 Année 1955

Demain est un autre jour
Injustement méconnu, ce très beau film propose comme une vision en réduction et à l’arrêt du pessimisme sirkien, jetant sur celui-ci une autre lumière et le faisant entendre d’un autre son : ailleurs exalté, il est ici presque atone. Mais qu’on ne se méprenne pas : la possibilité d’un amour hors du cadre conjugal est traitée avec une subtilité d’autant plus admirable qu’elle n’étouffe jamais le feu de ce qu’elle met en branle. Par l’entremise des enfants, petits soldats du pouvoir, zélateurs domestiques de la morale américaine, et de la mère qui règne telle une déesse froide aux mains blanches, la menace de l’adultère est conjurée avant même qu’elle ne se déclare pour de bon, la famille se recompose, la boucle se boucle, et la génération montante assoit son succès sur les cendres de celle qui la précède. 5/6

Écrit sur du vent
Où le réalisateur porte à son point d'incandescence la beauté convulsive qu’il fait éclore dans le chaos d'univers condamnés à disparaître. Par la stylisation baroque de la mise en scène, par son somptueux Technicolor à l’orée de la saturation visuelle, par ses effets de miroir qui se succèdent jusqu’au délire, par son interprétation expressionniste (avec mention à Dorothy Malone, déchaînée), cette tragédie tourmentée agit comme véritable un tourbillon lyrique. Pulsions paroxystiques et passions destructives y meuvent les membres écartelés d’une famille faulknerienne du Sud (reproduction du rêve américain, devenu cauchemar), en une concentration de sentiments exacerbés et morbides qui mènent tout un monde vers une déchéance inéluctable. Jamais peut-être l’art du cinéaste n’a été aussi tumultueux, foisonnant, embrasé. 5/6
Top 10 Année 1956

Les amants de Salzbourg
Elle, Américaine, est une attachée culturelle venue à Munich pour découvrir l’Europe. Lui, Germano-Italien, est un chef d’orchestre à la Karajan qui se déplace comme un jeune coq, toujours avec l’air de mettre en scène même quand il est sincère. La première partie, qui puise un romantisme assez frelaté des paysages de Bavière et d’un folklore autrichien pour carte postale, laisse circonspect. C’est pour mieux abattre la carte maîtresse du cheminement dramatique : la suite révèle précisément le caractère illusoire d’une idylle dans laquelle chacun cherche à combler des désirs insatisfaits et à fuir une réalité qu’il n’assume plus. La prise de conscience finale, où le renoncement à l’amour est envisagé comme un don curatif, enrichit ainsi d’un relief inattendu la relative banalité de ce drame mondain. 4/6

La ronde de l’aube
Sirk adapte le Pylône de Faulkner. Ils sont quatre à donner leur douleur en spectacle, quatre " Bohémiens" tombés d’une autre planète et enchaînés les uns aux autres par leurs défaites. Cernés, comme les anges de Hawks, par la proximité de la mort, ils cherchent à conquérir des espaces qui ne sont que les reflets trompeurs et dérisoires d’une trajectoire inéluctable. Convoitée par tous, la femme de l’aviateur suicidaire y concentre les aspirations à l’amour et au bonheur, les regrets des vies manquées, le long d’un carnaval crépusculaire fait de voltes et de masques, où même les atours de la fête ont des accents de danse macabre. Car entre le ciel et la boue, l’extase et l’agonie, la griserie des envols et l’ivresse de la chute, il n’y a pas de moyen terme, seulement la certitude absolue du désastre. 5/6

Le temps d’aimer et le temps de mourir
Sur fond de seconde guerre mondiale, le cinéaste délivre une histoire d’amour sans entrave, au romantisme enfiévré, qui tire sa force de la beauté de l’éphémère, des instants de bonheur arrachés aux ruines de Berlin, à l’instant où la campagne du Russie bat son plein. Sous le signe de l’urgence, l’idylle des ces deux amants maudits laisse transparaître la fascination du réalisateur pour l’échec, le rondo caduc, le no way out, mais aussi ce flottement cosmique qui empêche de construire des certitude. Elle semble porter toute la douleur d’une humanité déchirée par l’absurdité du conflit et les traces qu’elle imprime à l’âme, dont l’intensité pathétique est atténuée par des éclats lumineux comme autant de fulgurances (le corbillard, le cheval en feu, le final et ses branches bourgeonnées, promesses de renouveau). Magnifique. 5/6
Top 10 Année 1958

Mirage de la vie
L’apothéose du mélodrame flamboyant, une œuvre aussi subtile que riche et déchirante à travers laquelle Sirk, assortissant la tragédie d’un vibrant plaidoyer antiraciste, fait passer la vie, la mort et l’amour essentiellement par ses figures féminines, exacerbe les relations entre enfants et parents, les différences culturelles, les rivalités familiales, les ambitions personnelles, les blessures intimes de personnages préférant qui se mentir à elle-même plutôt qu'affronter les difficultés de l'existence, qui se sacrifier pour préserver le bonheur de sa fille... Jusqu’au lyrisme démesuré des grandioses funérailles conclusives, le film marque l’apogée de l’art de son auteur, dans la multiplication de ses images somptueuses, dans ses couleurs baroques et leurs reflets qui suggèrent l’irréalité où se noient les aspirations des protagonistes – mirage de la vie. 6/6
Top 10 Année 1959


Mon top :

1. Mirage de la vie (1959)
2. Le temps d’aimer et le temps de mourir (1958)
3. Tout ce que le ciel permet (1955)
4. Écrit sur du vent (1956)
5. Demain est un autre jour (1956)

Maître sans doute inégalé du mélodrame, auquel il offert ses expressions les achevées et les plus poignantes, Douglas Sirk a conféré à ses pépites un rayonnement exacerbé, une précision du trait, une perfection formelle et une puissance d’émotion dont peu de ses contemporains peuvent se réclamer.
Last edited by Thaddeus on 24 Oct 18, 17:42, edited 7 times in total.
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AtCloseRange
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Re: Douglas Sirk (1897-1987)

Post by AtCloseRange »

On est d'accord sauf sur le 1er.
Je pense toujours que c'est un film un peu problématique (au-delà de sa splendeur formelle) à cause des ses interprètes (Lana Turner est loin d'avoir la finesse de Jane Wyman et Sandra Dee est exaspérante) et Sirk a ici la main bien plus lourde que dans ses autres grands mélos. On est ici plus proche des mélos de Delmer Daves de la même époque.
Donc subtil, euh, pas vraiment.
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Jeremy Fox
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Re: Douglas Sirk (1897-1987)

Post by Jeremy Fox »

AtCloseRange wrote: On est ici plus proche des mélos de Delmer Daves de la même époque.
Certes assez différents mais constituant pour moi les plus beaux mélos hollywoodiens avec ceux de Minnelli 8)
Bizarrement, j'ai toujours eu un peu de mal avec ceux de Sirk mais je vais avoir l'occasion d'en revoir quelques uns dans les semaines qui viennent.
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Re: Douglas Sirk (1897-1987)

Post by AtCloseRange »

Jeremy Fox wrote:
AtCloseRange wrote: On est ici plus proche des mélos de Delmer Daves de la même époque.
Certes assez différents mais constituant pour moi les plus beaux mélos hollywoodiens avec ceux de Minnelli 8)
Bizarrement, j'ai toujours eu un peu de mal avec ceux de Sirk mais je vais avoir l'occasion d'en revoir quelques uns dans les semaines qui viennent.
Ceux de Daves sont plus outrés, mélos que les Sirk (à part le Mirage en fait et dans un autre genre, Ecrit sur du Vent).
Ce que je trouve beau chez les plus grands mélos de Sirk, c'est souvent leur grande retenue qui les fait ressortir dans le genre. Derrière des motifs classiques et parfois une avalanche de péripéties inhérentes au genre comme dans Le Secret Magnifique, il y a une façon de traiter ça avec beaucoup de tact et de sensibilité.
Même si j'ai aimé Susan Slade et partiellement les autres mélos de Daves, on est pour moi dans quelque chose de moins raffiné et plus classiquement affilié au genre.
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Jeremy Fox
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Re: Douglas Sirk (1897-1987)

Post by Jeremy Fox »

AtCloseRange wrote: Ceux de Daves sont plus outrés, mélos que les Sirk (à part le Mirage en fait et dans un autre genre, Ecrit sur du Vent).
Ce que je trouve beau chez les plus grands mélos de Sirk, c'est souvent leur grande retenue qui les fait ressortir dans le genre. Derrière des motifs classiques et parfois une avalanche de péripéties inhérentes au genre comme dans Le Secret Magnifique, il y a une façon de traiter ça avec beaucoup de tact et de sensibilité.
Même si j'ai aimé Susan Slade et partiellement les autres mélos de Daves, on est pour moi dans quelque chose de moins raffiné et plus classiquement affilié au genre.
Je suis tout à fait d'accord. C'est justement leur trop grande retenue qui m'empêche au contraire de me sentir concerné par ceux de Sirk alors que Daves fonce tête baissée dans le mélo pur et dur. C'est clair qu'on peut ne pas aimer ou moins apprécier ce lyrisme limite outrancier.
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Re: Douglas Sirk (1897-1987)

Post by Thaddeus »

AtCloseRange wrote:Donc subtil, euh, pas vraiment.
Je trouve le dernier long-métrage de Sirk extrêmement subtil dans son traitement, la formulation de ses enjeux au travers de procédés exclusivement formels, le rapport des personnages et leur évolution et une foultitude d'autres paramètres qui en font le chef-d'oeuvre de son auteur. Mais je m'expliquerai plus en détail dans la critique que je posterai.
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Re: Douglas Sirk (1897-1987)

Post by AtCloseRange »

Thaddeus wrote:
AtCloseRange wrote:Donc subtil, euh, pas vraiment.
Je trouve le dernier long-métrage de Sirk extrêmement subtil dans son traitement, la formulation de ses enjeux au travers de procédés exclusivement formels, le rapport des personnages et leur évolution et une foultitude d'autres paramètres qui en font le chef-d'oeuvre de son auteur. Mais je m'expliquerai plus en détail dans la critique que je posterai.
Au minimum l'interprétation ne l'est pas. Personnellement, le cheminement de la servante noire n'est pas loin du calvaire de Bjork dans Dancer in the Dark.
Il y a une espèce de dolorisme un peu pénible là-dedans.
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Re: Douglas Sirk (1897-1987)

Post by Jeremy Fox »

Tempête sur la colline (Thunder on the Hill) - 1951

Une nonne, intimement convaincue de l'innocence d'une condamnée à mort, va enquêter avant que cette dernière ne monte sur l'échafaud...

Certes "l'enquête policière" est souvent invraisemblable, tirée par les cheveux et à vrai dire sans grand intérêt mais il y a assez d'autres éléments insolites dans ce scénario pour que ce film mineur de Sirk se suive néanmoins sans ennui (l'idée de ce couvent coupé du monde à cause d'une tempête, l'arrivé inopinée d'une condamnée à mort, du coup en sursis quelques jours, les retrouvailles avec son amant, la femme névrosée du médecin en chef...) Plastiquement le film est très beau (la partie en barque de nuit sur la plaine inondée est splendide), Hans J. Salter prouve une nouvelle fois qu'il fait partie des grands compositeurs hollywoodiens oubliés et l'aspect mélodramatique du film est plutôt réussi. Claudette Colbert et Ann Blyth, simultanément la religieuse se prenant pour Sherlock Holmes et la présumée coupable de meurtre, sont toutes deux très bien et aident encore à faire de ce premier film Universal de Sirk une assez bonne surprise à défaut de mieux.