Jacques Tourneur (1904-1977)

Rubrique consacrée au cinéma et aux films tournés avant 1980.

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Rick Blaine
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Re: Jacques Tourneur (1904-1977)

Post by Rick Blaine »

C'est amusant Comedy of terrors. Evidemment très loin d'être mémorable, pas dans les standards des grands Tourneur, mais je ne trouve pas ça indigne.
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Profondo Rosso
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Re: Jacques Tourneur (1904-1977)

Post by Profondo Rosso »

bruce randylan wrote:
Profondo Rosso wrote:La Cité sous la mer (1965)

4/6
T'es bien généreux.
J'y ai cru une demi-heure pour une bonne tenue visuelle, un second degré curieux mais amusant (la poule Herbert) et une certaine continuité du cycle Poe/Corman. La direction artistique tient la route, certains plans en scope ont de l'allure mais en fait tout retombe très vite,et curieusement, quand Vincent Price apparait. Le film n'a alors pas grand chose à raconter pour un scénario grotesque et des personnages qui passent leur temps à parcourir 2 décors. La dernière demi-heure est poussive comme c'est pas permis avec en point d'orgue les 10 minutes de poursuite aquatique tout bonnement incompréhensible et bordélique. Et le running gag de la poule, ça va 10 minutes, au bout de 80...
Et puis, t'as quand même l'impression que les 3 acteurs principaux jouent dans trois films différents. Je préfère ne pas parler de la pauvre Susan Hart qui se demande ce qu'elle peut faire à l'écran pour donner vie à un personnage inexistant.
Ah tu étais à la projo de la Cinémathèque aussi ? Bon j'avais vu le serial Phantom Raiders dans la semaine du coup ça m'a semblé au-dessus dans le genre série B un peu cheap la direction artistique offre quelques jolis moments. Ca ne dure pas trop longtemps en plus c'est passé tout seul, mais d'accord avec toi sur les trois acteurs ne jouant pas dans le même film (Tab Hunter à fond, Tomlinson en détente avec sa poule et Susan Hart transparente).
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Flol
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Re: Jacques Tourneur (1904-1977)

Post by Flol »

Rick Blaine wrote:C'est amusant Comedy of terrors. Evidemment très loin d'être mémorable, pas dans les standards des grands Tourneur, mais je ne trouve pas ça indigne.
Pareil. Même s'ils sont loin d'être tous en forme, cette réunion de légendes de l'horreur est quand même assez recommandable.
Et Ô joie, le bluray est même dispo chez Arrow :idea:
Rashomon
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Re: Jacques Tourneur (1904-1977)

Post by Rashomon »

Il y a un mystère Tourneur, la trajectoire de sa carrière de la série b à la série z avec un bref passage par la série a. Comment le metteur en scène de La Flèche et le Flambeau peut-il se retrouver quinze ans plus tard à mettre en boîte La Cité sous la mer?
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Alexandre Angel
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Re: Jacques Tourneur (1904-1977)

Post by Alexandre Angel »

Rashomon wrote:Comment le metteur en scène de La Flèche et le Flambeau peut-il se retrouver quinze ans plus tard à mettre en boîte La Cité sous la mer?
Un talent fragile qui ne pouvait donner sa pleine mesure que dans le giron de producteurs intelligents tels que Val Lewton bien sûr, mais aussi Walter Wanger, qui disparaitront en même temps que l'âge d'or des studios.
Je ne vois pas vraiment d'autres explications.
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Watkinssien
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Re: Jacques Tourneur (1904-1977)

Post by Watkinssien »

Jacques Tourneur est passé par la case télévisions. Et entre deux productions, il y a laissé beaucoup de plumes. Il s'est enlisé dans des systèmes de tournage qui ne lui convenaient pas et une certaine envie, une certaine faim filmique commençaient à se dissiper.
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bruce randylan
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Re: Jacques Tourneur (1904-1977)

Post by bruce randylan »

Pour être aimé (1933)
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La première carrière en France de Tourneur est souvent négligé pour ne pas dire passée aux oubliettes, elle n'a pourtant rien de honteuse. Certes, elle n'est pas très personnelle ou originale et s'inscrit parfaitement dans la lignée des comédies (romantiques) de cette période. C'est même plutôt dans le bonne moitié du genre. Je garde un bon souvenir de Toto par exemple que j'avais trouvé dynamique et enlevée lors de diffusion chez Brion il y a une douzaine d'année. Tout ça ne vaut pas l'amour se montre plus mineur et curieusement moins maîtrise.
Pour être aimé bénéficie d'une réalisation fluide avec certains travellings sophistiqués, d'une bonne humeur tout en légèreté et d'une interprétation décontractée et chaleureuse. Le scénario reste assez limitée et prévisible dans sa critique sociale mais le canevas fonctionne par une durée réduite et des touches presque loufoques, bien aidés par des seconds rôles amusant.
Une agréable comédie divertissante et désuète (mieux vaut prendre certains rebondissements au seconds degré comme la fin avec le kidnapping !)

Les révoltés de la Claire-Louise (Appointement in Honduras – 1955)
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Un honnête film d'aventures qui parvient à donne un peu personnalité à un déroulement et un postulat fort stéréotypés et balisés sur le papier. Je ne saurais dire si petites qualités proviennent bel et bien de Tourneur ou tout simplement du scénario. Toujours est-il que j'ai bien apprécié une certaine âpreté des personnages et quelques situations immorales voire sulfureuses. Déjà Ann Sheridan affole les mâles avec son déshabillé, son décolleté et sa transpiration, mais elle embrasse sauvagement Glenn Ford devant son mari après que ce dernier ai fait preuve d'une certaine lâcheté.
Il y a quelques choses de réjouissant dans le comportement des personnages qui parviennent à échapper aux codes attendues. Glenn Ford a l'air le plus souvent totalement désincarné et blasé, laissant s'échapper sans broncher ses deux otages (imposés) ou envoyant quelques répliques bien cinglantes.
Les anciens criminels qui l'accompagne dans son périple ne déméritent pas non plus et se révèlent peu recommandables et pleinement égoïstes, sans être ridiculisés ou diabolisés pour autant.
Autre facteur qui pèse dans la balance, une progression qui refuse le pourtant incontournable écueil du « une épreuve, une victime », évitant de la sorte une structure mécanique.

Cependant le film ne peut tenir sa misanthropie sulfureuse jusqu'au bout et quelques passages ont l'air d'être de grosses concessions à la censure, surtout l'épilogue assez grotesque. De plus la sous-intrigue politique est totalement bâclée avec des troupes militaires très mal intégrées au récit. D'ailleurs la séquence mettant en scène le « président » est totalement hors-sujet et incohérente vis à vis de l'approche «jungle survival ».
Le budget riquiqui doit aussi s'accommoder de 3-4 bouts de studios bien étroits et de quelques stocks-shots peu heureux. Heureusement Tourneur a du métier est parvient à vraiment bien exploiter ces quelques mètres carrés à sa disposition en bricolant avec plus ou moins d'astuce. Il y deux très bonnes scènes d'actions d'ailleurs : une attaque sous la pluie (malgré un sens de l'espace un peu bancal) et le final entre les huttes.

Ca n'en fait pas un chef d’œuvre, ni un classique, mais une commande efficacement exécutée et possédant suffisamment de caractère pour qu'on ne trouve jamais le temps long.


Quelques épisodes pour la télé :
Into the night (pour la série General electric Theater en 1955) est un petit thriller où un duo de tueurs kidnappent un couple en route pour leur vacances. Déroulement classique mais le scénario exploite bien sa demi heure avec ce qu'il faut de péripéties pour maintenir la tension du début à la fin même si ceux ci n'ont rien d'originaux en tant que tel.
Curieusement (ou pas) ce sont clairement les méchants qui sont les plus intéressants tandis que le couple est d'une fadeur incroyable (Eddie Albert, aussi transparent que le cellophane préservant une endive et toujours relayé dans l'arrière plan). Les méchants sont plus charismatiques et magnétiques entre flegme détaché, violence contenu, menaces palpables et éclair de violence. Pour peu on retrouverait la tension crue qui empreigne Nightall.
D'ailleurs, le budget réduit impose de ne jamais lâcher le quatuor et donc d'assez peu sortir de la voiture, ce qui s'avère payant au final.

The liberator (série Jane Wyman presents Fireside Theater - 1956) est autrement plus ambitieux et original. C'est d'ailleurs John Fante au scénario pour une histoire qui interroge intelligemment les questions de courage/lâcheté, de justice, de frontière floue et mouvante entre patriotisme et trahison et même de la religion en évoquant le sort des civils qui ne peuvent littéralement pas connaître de répit entre la guerre, l'occupation et la libération avec les exactions qui en découlent. Le cœur du sujet est pour ainsi dire un duel verbal entre un prêtre et un résistant qui revient dans son village avec la volonté de fusiller une villageoise amoureuse d'un allemand.
Beaucoup de subtilité et de finesse dans les dialogues pour un propos profondément humaniste qui étonne par son refus du manichéisme y compris quand il aborde la question de la foi et de la forme qu'elle peut prendre.
L’interprétation est assez juste aussi avec surtout Sebastien Cabot d'un calme et d'une douceur très persuasive face à Dane Clark dont les convictions s'ébranlent doucement.
La aussi les 30 minutes permettent de ne jamais s'écarter du sujet avec une concision remarquable.
Un formidable opus méconnu de Tourneur à rapprocher de certain de ses westerns.
Last edited by bruce randylan on 5 Oct 17, 22:58, edited 2 times in total.
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Re: Jacques Tourneur (1904-1977)

Post by bruce randylan »

Doctors don't tell (1941)
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Sawyer et Blake, deux jeunes médecins qui viennent d'obtenir leur diplôme tentent de monter leur cabinet dans un quartier populaire avec difficulté vu le peu de clientèle. Malgré les encouragements de leur meilleure amie, que l'un d'eux à sauvé lors d'une opération, le doute s'installe et Blake accepte de traiter les blessures de membres de la pègre.

Une petite bobine Republic très rapidement oubliable, sans grande personnalité et dont la petite originalité est de reposer sur le milieu des jeunes médecins, sujet finalement assez peu courant.
Lorsque qu'on suit le quotidien des jeunes qui viennent d'ouvrir leur cabinet, on espère que le film va aller vers une dimension sociale qu'il évitera malheureusement malgré quelques évocations bienvenues comme lorsque Sawyer doit établir les certificats de décès pour les autorités, dévoilant fugacement une réalité peu glamour. Mais dans l'ensemble, c'est un schéma très balisé qui emprunte énormément au film noir avec les deux amis qui choisissent des voix radicalement éloignés et tous deux amoureux de la même femme. Trahison, conflit moral, Rédemption sacrificielle etc. Rien ne manque et le déroulement est assez prévisible, à part un épilogue totalement grotesque et hors-sujet.
Production fauchée oblige, Tourneur se coltine des acteurs transparents et tourne à l'économie avec quelques plan-séquences discrets. Difficile d'imaginer que son long-métrage suivant sera la Féline.


Les filles de la concierge (1934)
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Une concierge vit avec ses 3 filles, de jeunes adultes qui rencontrent l'amour à peu près au même moment.

Encore une très agréable découverte de la période française du cinéaste qui se conclut sur une comédie rafraichissante qui bénéficie avant tout d'une excellente interprétation très naturelle, spontanée et vivifiante. Je crois même avoir assez peu connaissance d'un film français de cette période qui sonne aussi peu "jouée". C'est surtout éclatant durant le premier tiers qui prend des accents de chroniques du quotidien. Quand l'histoire est bien installée, c'est un peu moins le cas mais dans l'ensemble le casting des filles de la concierge est irrésistible avec également quelques touchantes pointes d'émotions dans le portrait de mère, un peu honteuse de sa condition trop modeste vu les aspirations de certaines de ses enfants.
Le scénario, sans être révolutionnaire dans sa structure, mélange parfaitement les genres et les registres sans jamais vraiment forcer le trait : un peu de social, de vaudeville, de mélo familial, de comédie. Les personnages sont bien esquissés, souvent humains avec leurs défauts et faiblesses, sans occulter les seconds rôles qui parviennent également à exister parfois en quelques secondes : la voisine mégère et jalouse, la locataire qui fait du cinéma, le pâtissier...

Quant à la réalisation de Tourneur, elle s'efface souvent devant ses comédiens tout en faisant preuve d'un réel sens de l'espace (comme lors du mariage) et du timing. Seul un curieux plan se révèle un peu trop démonstratif avec un travelling descendant sur le couple formée par la fille fiancée et le riche anglais, encadré par une vaste fenêtre et qui semble vouloir personnifier la culpabilité de la future mariée, prisonnière d'un mensonge. Vu l'esprit du film, c'est un peu gratuit.
Au final, c'est bonne comédie et j'aimerai bien connaître davantage ce que Tourneur pensait de ses 4 films français et son état d'esprit en embarquant pour les USA.
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El Dadal
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Re: Jacques Tourneur (1904-1977)

Post by El Dadal »

Flol wrote:
Rick Blaine wrote:C'est amusant Comedy of terrors. Evidemment très loin d'être mémorable, pas dans les standards des grands Tourneur, mais je ne trouve pas ça indigne.
Pareil. Même s'ils sont loin d'être tous en forme, cette réunion de légendes de l'horreur est quand même assez recommandable.
Et Ô joie, le bluray est même dispo chez Arrow :idea:
J'ai trouvé ça sinistre. Y a pas d'autre mot. Si l'art gériatrique avait un nom, il porterait le titre de ce film. C'est lourd, jamais marrant, le scope n'est pas vraiment utilisé... la meilleure séquence reste le générique de fin avec Rhubarbe le chat. Bon sang, avec un tel réal et un tel cast, je ne m'attendais pas à pareille déconvenue :?
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Re: Jacques Tourneur (1904-1977)

Post by Flol »

Bon en même temps, ça doit faire 15 ans que je l'ai pas revu...mais je crois que je vais faire l'impasse en fait, même si c'est du Arrow. :o
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Jeremy Fox
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Re: Jacques Tourneur (1904-1977)

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