Jacques Tourneur (1904-1977)

Rubrique consacrée au cinéma et aux films tournés avant 1980.

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Rick Blaine
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Re: Jacques Tourneur (1904-1977)

Post by Rick Blaine »

Oui vu à partir du DVD. Il y a deux trois phrases qui m'ont échappées, entre l'accent de certains personnages et un petit souffle sur la piste, mais on comprends bien ce qui se passe quand même. Dans l'ensemble, je dirais que c'est suivable sans trop de difficulté.
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Jeremy Fox
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Re: Jacques Tourneur (1904-1977)

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Le Juge Thorne fait sa loi (Stranger on Horseback, 1955) de Jacques Tourneur UNITED ARTISTS

Avec Joel McCrea, Miroslava,Kevin McCarthy, John McIntire, Emile Meyer, John Carradine, Nancy Gates
Scénario : Herb Meadow & Don Martin d'après un roman de Louis L'Amour
Musique : Paul Dunlap
Photographie : Ray Rennahan (Ansco Color 1.77)
Un film produit par Robert Goldstein pour la Leonard Goldstein Productions


Sortie USA : 23 Mars 1955

Autant dire que ce western de Jacques Tourneur a du être impatiemment attendu par tous ceux qui, comme moi, étaient restés sous le charme de cette pure merveille sortie presque dix ans plus tôt : Le Passage du Canyon (Canyon Passage). Depuis, le cinéaste n’était encore jamais revenu au genre même si le splendide Stars in My Crown (déjà avec Joel McCrea) ainsi que Le Gaucho auraient pu s’y apparenter. Comme Bertrand Tavernier, ma première vision fut très décevante à cause de la médiocrité de la copie à partir de laquelle j’avais découvert le film. En effet, le négatif original ayant bel et bien disparu, Stranger on Horseback (l’un des films les plus rares de Tourneur, d’ailleurs jamais sorti en France) ne peut désormais être vu que dans des conditions assez déplorables. Ce fait étant intégré et si l’on décide de visionner le film sur un petit écran afin que les innombrables défauts techniques ne sautent pas aux yeux et n’empêchent pas l’immersion dans l’histoire, on pourra seulement alors arriver à le réévaluer. C’est ce qui s’est passé pour moi à la seconde vision même si je serais encore loin d’être aussi dithyrambique que Bertrand Tavernier qui place le film encore plus haut que le superbe Wichita (Un jeu risqué) qui sortira en salles aux USA presque dans la foulée, à peine trois mois plus tard.


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Rick Thorne (Joel McCrea) est un juge itinérant. Il se rend dans la petite ville de Bannerman pour une tournée d’inspection. Il se rend vite compte en voyant les enseignes de tous les commerces que la cité a été baptisée du nom de la famille qui règne en maitre sur la région, celle du grand propriétaire Josiah Bannerman (John McIntire). Après avoir épluché les dossiers du shérif Bell (Emile Meyer) et du procureur Streeter (John Carradine), il décide de s’occuper d’un cas qui lui semble avoir été trop vite bâclé, celui de la mort de Sidney Morison, tué lors d’une altercation avec le fils du despotique Cattle Baron, Tom Bannerman (Kevin McCarthy). Les autorités locales ayant décrétées qu’il s’agissait de légitime défense, on avait vite classé l’affaire, ce qui arrangeait tout le monde, les habitants ne voulant pas avoir de problème avec la famille dirigeante. Mais Thorne, déterminé coute que coute à faire appliquer une loi juste et équitable, décide malgré les menaces de la famille Bannerman et la passivité des notables de mener sa propre enquête, de trouver des témoins et d’amener Tom devant un tribunal. Au fur et à mesure de ses investigations et au vu de ses hardiesses, alors qu’au départ tout le monde le laissait se débrouiller seul, il va recevoir l’aide des hommes de loi, de Caroline (Nancy Gates), une jeune femme témoin du ‘meurtre’ et même d’Amy Lee (Miroslava), la propre nièce de Bannerman tombée amoureuse de lui. Il va néanmoins devoir aller faire juger son prisonnier dans une autre ville…


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Avec Jacques Tourneur aux manettes, on pouvait s’attendre à un western assez original ou tout du moins inhabituel comme l’avait été Canyon Passage dont les petits détails étaient décrits avec autant d’attention que l’intrigue proprement dite et les personnages tous croqués avec amour et un immense respect. C’était donc par la douceur du ton adopté, la sérénité de l’atmosphère dans laquelle évoluaient les personnages, la manière de s’appesantir sur des aspects à priori banals, que le premier western de Tourneur s’était distingué de tous les précédents, le cinéaste cherchant à réaliser une chronique plus qu’un film épique. Il en va de même pour Stranger on Horseback ; seulement, après une formidable mise en place, dommage qu’ensuite l’enquête prenne autant d’importance, le portrait chaleureux de cette petite communauté en pâtissant du coup un peu. Il faut dire que, au vu du faible budget accordé à cette toute petite production, Tourneur n’a eu que 12 jours de tournage et seulement 65 petites minutes pour mener à bien son histoire ; il a certainement été obligé de faire des sacrifices qui se ressentent un peu à la vision de son film, dans la droite lignée de beaucoup de ses précédents mais moins rigoureux et moins recherché. Tout comme cette idée de tourner en Ansco Color par souci d’économie et qui s’est avérée en fin de compte un mauvais choix ; découvrant les rushes en noir et blanc, l’équipe n’a pu constater le résultat couleur qu’en toute fin de tournage. Personne ne fut convaincu par le rendu mais il était hors de question de tout recommencer. Les scènes en extérieurs durant le dernier quart d’heure, tournées dans de superbes décors d’Arizona, auraient probablement été dramatiquement plus intenses si elles avaient été filmées dans un beau Technicolor.


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Si le ton du film est donc une fois encore inaccoutumé, la réflexion sur la justice a beau être très intéressante, le scénario n’apporte aucun élément nouveau à ce sujet ni ne s’avère vraiment captivant dans son intrigue, celle qui voit Thorne, un juge intègre, bien résolu à apporter la loi et l’ordre dans une petite ville sous la coupe d’un grand propriétaire terrien, le tout sans l’usage de la violence comme c’était souvent le cas dans les westerns avec Joel McCrea en vedette. Le comédien faisait en effet partie d’une congrégation religieuse qui prônait la non-violence et il a souvent essayé de faire passer son message au travers de ses rôles : Four Faces West était un des seuls westerns sans un seul coup de feu et le pasteur Gray faisait le bien autour de lui sans avoir recours à autre chose qu’à son bon sens et à sa parole dans la magnifique tranche d’Americana que constituait Stars in my Crown. Le juge Thorne pourrait être un double de ce dernier personnage, les textes de loi remplaçant ici les préceptes moraux et religieux pour un résultat final équivalent : même honnêteté, même détermination et, ce qui le rend plus humain par le fait de n’être pas non plus un Saint, même intransigeance. C’est d’ailleurs le comédien qui choisit Tourneur comme metteur en scène, s’étant merveilleusement bien entendu sur le tournage de Stars in my Crown. Thorne est un homme flegmatique qui malgré les menaces et l’inertie des habitants et des notables fonce tête baissée sans jamais faire un pas en arrière. Cette assiduité, ce courage et cette opiniâtreté qui le font respecter vont faire que les citoyens vont oublier leur faiblesse et leur lâcheté pour se joindre à lui. Une subtile et digne parabole sur la préséance des textes de loi sur la justice expéditive qui sévissait encore à l’époque porté par un Joel McCrea juste et sobre. Il faut l’avoir vu répondre à la provocation d’un homme de main de Bannerman qui l’aspergeait d’eau par un "Thanks, it's a hot day." Puis, deux minutes plus tard, jeter ce même homme dans l’abreuvoir et continuer son chemin comme si de rien n’était. Une impassibilité à l’origine de très nombreuses séquences assez amusantes tout comme ces détails savoureux tel le fait de le voir lire à cheval, manger des pommes à plusieurs reprises ou se faire surprendre à se baigner nu dans la rivière.


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Aux côtés de ce personnage très attachant, de nombreux autres le sont également à commencer par celui savoureusement interprété par John Carradine dans la peau d’un homme de loi tellement corrompu qu’il ne s’en rend même plus compte, ayant fait de la corruption la normalité. Emile Meyer, habitué des rôles de Bad Guy, interprète ici celui d’un shérif qui, au début, par peur et écœurement, ne bouge pas le petit doigt mais qui est bien content de trouver un homme qui le tire en avant, lui faisant retrouver sa dignité et son sens de l’honneur. John McIntire ne se tire pas trop mal du personnage de tyran local sans avoir à cabotiner. D’ailleurs, Tourneur semble avoir donné la consigne à l’ensemble de la distribution de jouer tout en sobriété. Dommage que les deux comédiennes soient moins convaincantes, que ce soit Nancy Gates qui n’a pas franchement le temps d’exercer son talent et surtout Miroslava dont la romance qu’elle entretient avec Joel McCrea s’avère du coup fort peu crédible ; et pourtant quant une femme avoue à son amant « qu’elle était prête à le trahir pour lui sauver la vie », on se dit qu’il y avait un sacré potentiel pour une belle histoire d’amour. Ce qui ne sera pas vraiment le cas, Tourneur et les scénaristes n’ayant probablement eu le temps de jouer sur tous les tableaux.


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Ce western, d’urbain durant les ¾ de sa durée, prend ensuite la poudre d’escampette pour se terminer par une belle séquence d’action se déroulant au milieu de vastes plaines, la conclusion de cette fusillade se révélant assez inattendue. Et on regrette alors à nouveau le manque de moyens alloués sans quoi cette partie aurait eu probablement plus d’impact même si Tourneur semble avoir recherché la dédramatisation. Ce qui au final donne un film au point de vue plutôt inédit mais un peu sec, un peu trop distant pour ma part. Cependant, l’histoire de cet incorruptible juge itinérant vaut vraiment le coup d’œil pour sa galerie de personnages et leurs interprètes, la présence de quelques situations assez réjouissantes. Un Tourneur mineur mais loin d’être déplaisant ni inintéressant.


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Jeremy Fox
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Re: Jacques Tourneur (1904-1977)

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Rick Blaine wrote:Stranger on Horseback (1955)

Quel étrange et original western. A partir d'une situation de départ d'un classicisme éculé - Un étranger, ici un juge itinérant interprété par un Joel McCrea d'une grande justesse et d'une grande sobriété, arrive dans une ville écrasée par la domination d'une famille - Tourneur parvient à livrer un film surprenant, bien loin des archétypes inhérents à ce genre de situation.
Tout est assez inhabituel dans ce film où, comme le souligne Bertrand Tavernier sur son blog, les situations sont souvent dédramatisées, la violence et l'action presque visuellement escamotée, ce qui ne l'empêche évidement pas d'être présente mais Tourneur la film sans emphase, et sans en rajouter, on tombe au premier coup de poing, à la première balle.
Finalement, Tourneur ne s'intéresse pas ici à l'héroïsme d'un homme qui viendrait sauver le troupeau, mais réfléchi à la manière dont la loi peut être appliquée dans un espace vaste, conquis par des hommes rudes à la sueur de leur front. On a presque l'impression de se trouver devant un film de Sidney Lumet. A ce titre, la situation qui conclut le film, est elle aussi originale, et me semble cohérente avec cette ambition, tout comme la réaction de la famille.
Originale est aussi la photo évidement. Le procédé Ansco Color est fort surprenant, avec une dominante rouge très marquée. Si ça ne semble pas être l'idéal pour les scènes de conversation statiques du début du film, c'est une véritable réussite lorsque Tourneur filme les paysages, particulièrement dans les scènes nocturne, et cela apporte une touche de poésie qui contraste avec la sécheresse du film.
Stranger on Horseback n'est pas un très grand western, de par son parti pris même. Pas de très grand héros, pas de méchant diabolique, peu de suspens, relativement peu d'action, même si le film est très efficace lorsqu'il y en a (voir la fusillade finale), et donc une forme de distance avec les protagonistes du film. Mais c'est un très bon western, intelligent, souvent drôle, original par son point de vue, et par sa description de "la loi de l'ouest".
A relire encore plus attentivement ta description, on pourrait presque penser (hormis l'intrigue bien entendu) que tu parles de n'importe quel autre western de Tourneur et notamment de Canyon Passage ; ce qui prouve la cohérence de l'œuvre du cinéaste. Ne considérais tu déjà pas cet autre western comme un chef-d'œuvre ? La distance envers les protagonistes que certains ressentaient déjà pour Canyon Passage, je ne l'ai absolument pas trouvé par contre ; rarement des personnages de western m'ont été aussi attachants. En tout cas, je commande ce DVD dans les semaines qui viennent si j'arrive à le trouver car il me semble qu'il devenait très rare. :wink:
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Re: Jacques Tourneur (1904-1977)

Post by Rick Blaine »

Jeremy Fox wrote: Et tu confirmes l'absence de sous titres anglais ?
Oui je confirme. Il y a un contenu éditorial assez riche, mais aucun sous titres.
Jeremy Fox wrote: A relire encore plus attentivement ta description, on pourrait presque penser (hormis l'intrigue bien entendu) que tu parles de n'importe quel autre western de Tourneur et notamment de Canyon Passage ; ce qui prouve la cohérence de l'œuvre du cinéaste. Ne considérais tu déjà pas cet autre western comme un chef-d'œuvre ? La distance envers les protagonistes que certains ressentaient déjà pour Canyon Passage, je ne l'ai absolument pas trouvé par contre ; rarement des personnages de western m'ont été aussi attachants. En tout cas, je commande ce DVD dans les semaines qui viennent si j'arrive à le trouver car il me semble qu'il devenait très rare. :wink:
Effectivement Canyon Passage est un chef d'œuvre, et on retrouve une réelle parenté entre les deux, exceptée, comme tu le souligne, le rapport que le spectateur entretient avec les personnages, en tout cas c'est mon ressenti. Je suis d'accord avec toi pour Canyon Passage, mais dans Stranger on Horseback, on ne s'attache pas vraiment aux personnages, ce qui ne veut pas dire qu'ils ne sont pas sympathiques, mais on ne tisse pas de liens avec eux.
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Re: Jacques Tourneur (1904-1977)

Post by Jeremy Fox »

Rick Blaine wrote:
Jeremy Fox wrote: Et tu confirmes l'absence de sous titres anglais ?
Oui je confirme. Il y a un contenu éditorial assez riche, mais aucun sous titres.
Jeremy Fox wrote: A relire encore plus attentivement ta description, on pourrait presque penser (hormis l'intrigue bien entendu) que tu parles de n'importe quel autre western de Tourneur et notamment de Canyon Passage ; ce qui prouve la cohérence de l'œuvre du cinéaste. Ne considérais tu déjà pas cet autre western comme un chef-d'œuvre ? La distance envers les protagonistes que certains ressentaient déjà pour Canyon Passage, je ne l'ai absolument pas trouvé par contre ; rarement des personnages de western m'ont été aussi attachants. En tout cas, je commande ce DVD dans les semaines qui viennent si j'arrive à le trouver car il me semble qu'il devenait très rare. :wink:
Effectivement Canyon Passage est un chef d'œuvre, et on retrouve une réelle parenté entre les deux, exceptée, comme tu le souligne, le rapport que le spectateur entretient avec les personnages, en tout cas c'est mon ressenti. Je suis d'accord avec toi pour Canyon Passage, mais dans Stranger on Horseback, on ne s'attache pas vraiment aux personnages, ce qui ne veut pas dire qu'ils ne sont pas sympathiques, mais on ne tisse pas de liens avec eux.

Ok ; merci pour ton avis en tout cas ; ce doit être l'un des premiers que je lis à propos de ce western qui m'intrigue depuis un bon moment :wink:
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Re: Jacques Tourneur (1904-1977)

Post by Alligator »

Hé bé?!

Canyon Passage (Jacques Tourneur, 1946)

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J'aime beaucoup Jacques Tourneur, c'est entendu et pourtant je me suis considérablement fait chier devant ce western trop épais et foutraque à mon goût.

J'ai la conviction cependant que le bât blesse essentiellement dans l'articulation des personnages. Dès le scénario, ça foire. L'espèce de méli-mélo amoureux entre les quatre personnages principaux est tout connement inconcevable. L'indigestion de sentiments implicites et de non dits mal voilés qui en résulte gagne très rapidement l'estomac du cinéphile le plus aguerri, je le crains bien.

Il faut alors déployer de trésors de patience, d'abord pour attendre que le film daigne réveiller son histoire avec un peu d'action -ce qui peut s'avérer vital pour un western- mais surtout pour éclairer le spectateur de conclusions attendues malheureusement assez grossièrement bâties. Funeste sort qu'est le nôtre : ce n'est même pas drôle. On attend sagement, en laissant quelques grommellements chafouins jaillir parfois, que chacun trouve sa place et puissent vivre ensemble, heureux dans le meilleur des mondes. J'avoue, je bats ma coulpe : je suis un poil énervé.

Mais je dois reconnaitre que le film m'a étonné, malgré tout ce que je viens de signaler, vers la fin, quand il laisse éclater une violence assez peu commune pour l'époque. La furie indienne impressionne. Le film longtemps assoupi verse d'abord dans une violence sanguinolente avec une bagarre entre Dana Andrews et Ward Bond mais lâche complètement les mustangs lorsqu'on assiste aux meurtres de femmes et d'enfants ou le scalp d'un cowboy par des indiens vengeurs. Ces montées acides sont autant d'impulsions salutaires qui évitent au public de se décrocher la mâchoire.

De même on pourra apprécier le soin pris à tourner des scènes de jour en extérieurs réels proposant de très jolis plans de paysages sauvages.

Reste un triste goût de déséquilibre, de disproportion. Le puzzle amoureux se compose de façon si laborieuse, si disgracieuse que je ne parviens pas à m'y intéresser un tant soit peu.
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Jeremy Fox
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Re: Jacques Tourneur (1904-1977)

Post by Jeremy Fox »

:cry:

Probablement l'un de mes 10 films préférés avec des personnages que j'ai tout simplement trouvés attachants au possible. Bref, avis totalement opposé.
Alligator
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Re: Jacques Tourneur (1904-1977)

Post by Alligator »

Étonnant car je partage souvent tes avis éclairés. Mais là, je suis tombé sur un os. :D
daniel gregg
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Re: Jacques Tourneur (1904-1977)

Post by daniel gregg »

Alligator wrote:Étonnant car je partage souvent tes avis éclairés. Mais là, je suis tombé sur un os. :D
Moi çà ne m'étonne qu'à moitié.
Etant également très friand du cinéma de Tourneur, j'avoue avoir été dérouté par ce foisonnement inhabituel chez Tourneur concernant les dialogues.
A tel point qu'à la seconde vision du film (en salle cette fois ci), j'ai pu me concentrer davantage sur la mise en scène proprement dite et trouver le rythme du film.
Mais ce n'est pas encore un film dans lequel je me fonds spontanément.
Cathy
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Re: Jacques Tourneur (1904-1977)

Post by Cathy »

daniel gregg wrote:
Alligator wrote:Étonnant car je partage souvent tes avis éclairés. Mais là, je suis tombé sur un os. :D
Moi çà ne m'étonne qu'à moitié.
Etant également très friand du cinéma de Tourneur, j'avoue avoir été dérouté par ce foisonnement inhabituel chez Tourneur concernant les dialogues.
A tel point qu'à la seconde vision du film (en salle cette fois ci), j'ai pu me concentrer davantage sur la mise en scène proprement dite et trouver le rythme du film.
Mais ce n'est pas encore un film dans lequel je me fonds spontanément.
Je dois avouer me retrouver dans les propos d'Alligator, car je m'étais profondément ennuyée avec ce passage du canyon, l'intrigue était bien trop lente à s'installer, les personnages n'étaient aucunement sympathique, et seule la fin du film tirait un peu de l'ennui avec cette poursuite à travers les feuillages. Mais j'avoue avoir du mal à comprendre l'engouement autour de ce film plus contemplatif que western trépidant !
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Profondo Rosso
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Re: Jacques Tourneur (1904-1977)

Post by Profondo Rosso »

Le Passage du Canyon (1946)

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En 1856, Logan Stuart escorte Lucy Overmire, la fiancée de son ami, à Jacksonville dans l'Oregon. Au fil du voyage Lucy tombe sous le charme de Logan. Arrivé à destination, le duo s'aperçoit que l'aventure ne fait que commencer...

Si ses films d'épouvantes à l'économie tournés au sein de la RKO restent les films les plus célébrée de Jacques Tourneur, le réalisateur aura prodigué son talent dans tous les genres et des productions parfois bien plus luxueuses. Le Passage du Canyon est un film marquant à ce titre puisque c'est sa première œuvre en couleur, son premier western et l'occasion de s'aventurer hors de la RKO (ici Universal) avec un budget important.

Le réalisateur n'en conserve pas moins sa singularité car Canyon Passage est un western des plus curieux. Sur le papier (un script de Ernest Pascal d'après un roman de Ernest Haycox) tout le programme du spectacle attendu et palpitant de rigueur est bien présent : les contrées sauvages de l'Oregon où s'agitent des chercheurs d'or, un triangle amoureux, des indiens menaçant rôdant alentours... Pourtant alors qu'un seul de ses différents éléments suffirait à nourrir un film entier, Tourneur en apparence paraît n'en exploiter réellement aucun jusqu'au bout. Si on passe à côté, le film paraît faussement "paisible" voire ennuyeux tant le réalisateur propose une construction déroutante. Hormis la dernière partie où nos héros font face aux assauts des indiens et une courte scène de bagarre, Canyon Passage est même totalement dénué d'action digne de ce nom.

Tourneur tient pourtant le spectateur captivé de bout en bout, tout simplement en pliant le genre à ses règles et non l'inverse. L'angoisse latente qu'il aura su saisir dans ses films fantastique, il la traduit ici visuellement, thématiquement et narrativement ici à une échelle plus complexe encore. La beauté des paysages naturels de l'Oregon est rarement exploitée dans toute sa largeur et profondeur de champ, comme pour laisser deviner une présence, une menace indicible. On le constate lors d'un des moments les plus joyeux du film lorsque toute la ville aide à construire la cabane de jeunes mariés, en pleine festivité un regard inquiet hors champs laisse deviner avant qu'on ne les voit l'arrivée des indiens venus perturber la fête. Dans une même idée, Tourneur use à nouveau de codes de films d'épouvante lorsqu'il interrompt l'action pile avant que le personnage de Brian Donlevy ne tue un chercheur d'or qu'il sait ne pouvoir rembourser (on peut ajouter l'attaque nocturne de Bragg sur le héros ou son agression d'une jeune indienne. Les intrigues donnant l'impression d'être sous-exploitées sont ainsi sous leur fadeur toutes placées sous des cieux troublés. En quelques échanges on devine la romance retenue entre Dana Andrews et une Susan Hayward déjà fiancée, ce même Dana Andrews liant à la belle Patricia Roc qui malgré son amour pour lui aspire à une vie plus paisible que celle qui l'attend avec cet homme d'affaire remuant. Le casting est idéal pour cette tonalité qui traverse le film. Susan Hayward conserve une présence volcanique tout en voyant tous les aspects plus excessifs de son jeu éteint par Tourneur, Dana Andrews à cette aura neutre et monolithique où pointe autant le charisme d'un héros qu'une certaine normalité. Leur union parait ainsi bien plus menacée, que ce soit de manière physique par la brutalité d'un Ward Bond ou les choix malheureux de Donlevy.

Cette menace ressentie tous le film, Tourneur la laisse enfin éclater lors de la dernière partie à la violence brève mais marquante. Tous les symboles apaisant du début du film sont éclaboussé d'une brutalité surprenante. La forêt accueillante est témoin de terribles massacres, la maison des jeunes mariés finit incendiée et nombre de figures attachantes rencontrées tout au long de l'intrigue disparaissent cruellement, femme comme enfant... La communauté solidaire aura déjà montré précédemment sa capacité à céder par elle-même à ses bas instincts et se voit brisé par une menace extérieure pour mieux se reconstruire. Tourneur aura ainsi rendu instable le destin de ses héros pour mieux les amener à se reconstruire avec une conclusion qui remet tout en cause pour le meilleur. Même le bel happy-end plein d'espoir ne dissipe pas tout (le sort de Brian Donlevy) étonnant western... Comme le dit très bien Tavernier en bonus, Tourneur a amené au genre par son regard européen le doute dans ce qui n'était que certitude par le prisme américain.5/6
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Re:

Post by Jeremy Fox »

phylute wrote:A ce propos, sur TCM lundi à 23h25, passe Mission of Danger qui est une sélection d'épisodes de la série Nortwest Passage, dont l'épisode central est signé Tourneur.
Episode central ou pas, ce "film" est une véritable purge de la première à la dernière seconde. Pauvre Tourneur ; finir sa carrière de la sorte, ça fait très mal aussi pour le spectateur qui se retrouve devant une série Z certainement encore plus mollassonne qu'un épisode de Derrick.
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Re: Jacques Tourneur (1904-1977)

Post by feb »

Je viens de voir ta note et je comprends mieux pourquoi :mrgreen:
ed wrote:Portrait de la jeune fille en feu
L'un des films les plus rigoureux, scénaristiquement et formellement, qu'il m'ait été donné de voir depuis longtemps (...)
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Re: Jacques Tourneur (1904-1977)

Post by Rick Blaine »

Jeremy Fox wrote:
phylute wrote:A ce propos, sur TCM lundi à 23h25, passe Mission of Danger qui est une sélection d'épisodes de la série Nortwest Passage, dont l'épisode central est signé Tourneur.
Episode central ou pas, ce "film" est une véritable purge de la première à la dernière seconde. Pauvre Tourneur ; finir sa carrière de la sorte, ça fait très mal aussi pour le spectateur qui se retrouve devant une série Z certainement encore plus mollassonne qu'un épisode de Derrick.
Ah oui quand même, ça fait peur. Pourtant le nom de Tourneur faisait un peu envie...
Ça me fait un Tresor Warner à acheter en moins, hop c'est déwishlisté!
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Re: Jacques Tourneur (1904-1977)

Post by Joe Wilson »

Wichita

Grand film, qui peut aisément prétendre à entrer dans mon top 10 western. J'ai été époustouflé par la rigueur à l'oeuvre dans la construction du récit, admirable de concision et de précision. Les évènements s'enchaînent avec une redoutable efficacité, tout en creusant des pistes de réflexion autour du pouvoir, de la loi, de l'individu et sa place dans une communauté.
Tourneur s'approprie ces thématiques classiques et la figure de Watt Earp, en livrant plusieurs morceaux de bravoure dans leur intensité expressive.
Wichita dévoile une sécheresse, une sobriété affective, tant les protagonistes apparaissent insaisissables dans leur passé : les émotions révèlent des tempéraments contradictoires, mais ce sont toujours les expériences personnelles (dans l'euphorie ou le drame) qui cristallisent des ambitions et des visions d'un avenir. Superbe !
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