Des enfants gâtés (Bertrand Tavernier - 1977)

Rubrique consacrée au cinéma et aux films tournés avant 1980.

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Jeremy Fox
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Des enfants gâtés (Bertrand Tavernier - 1977)

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Bernard (Michel Piccoli), réalisateur de cinéma, décide de quitter quelques temps son environnement familial (sa fille d’une dizaine d’années ainsi que son épouse, psychologue pour enfants autistes) pour louer un appartement dans le quartier de Grenelle dans le 19ème arrondissement de Paris afin de pouvoir travailler au calme sur le scénario de son prochain film. Malgré l’aide de son ami Pierre (Michel Aumont), il a du mal à avancer, sans cesse dérangé par les autres locataires qui ont décidé de se battre contre les pratiques abusives de leur propriétaire qui leur réclame des charges exorbitantes. Au début réticent, il tombe sous le charme d’Anne (Christine Pascal), la plus véhémente du comité de locataires de son immeuble qui devient sa maitresse, et finit par se joindre à ses voisins pour les accompagner dans leur combat…

A l’heure où je commence à écrire cette chronique en ce tout début d’avril 2021, cela fait une semaine que nous avons perdu Bertrand Tavernier, et jamais la plupart des amoureux du cinéma que nous sommes n’auront été aussi attristés par la disparition d’un artiste tellement il représentait énormément pour une grande majorité d’entre nous. Il était non seulement à mon humble avis, malgré quelques ratages, un très grand cinéaste (du début à la fin d’ailleurs, de L’horloger de Saint Paul à Quai d’Orsay, sans compter ses quelques passionnants documentaires pour le cinéma et la télévision) mais également un passeur unique en son genre qui à son niveau n’eut ni prédécesseur ni descendance ; nous ne sommes pas près d’oublier sa curiosité, sa sincérité, sa bonhommie, sa tolérance, son ouverture d’esprit, son enthousiasme, ses saines colères et indignations, sa culture monumentale, sans oublier sa mémoire à toute épreuve qui n’a jamais cessé de nous impressionner. Il suffit d’écouter le commentaire audio du film qui nous concerne ici pour s’en rendre compte : plus de 25 ans après le tournage, il n’avait oublié aucun de ses seconds rôles et se souvenait même des noms de certains figurants non professionnels, ne tarissant pas d’éloges à l’égard de quiconque, continuant même à aller voir se produire au théâtre ou ailleurs beaucoup de ses plus ‘obscurs’ comédiens. Quelle plus belle preuve de sa vitalité et de sa sincère bienveillance à l’égard de tous !

Mais trêve d’hommages, ils furent par ailleurs déjà très nombreux ici et là, pour la plupart extrêmement chaleureux et émouvants. Et puis Tatav - comme il était devenu communément nommé par la communauté cinéphile - continuera à nous accompagner au quotidien puisqu’il nous reste sa trentaine de films, ses livres-pavés, son blog ainsi que ses innombrables interventions sur galettes numériques pour présenter les films qui lui tenaient à cœur ; bref, il n’est pas prêt de quitter la place de choix qu’il occupait et occupe toujours dans la vie de très nombreux cinéphages. Quatrième film de Bertrand Tavernier, le toujours aussi méconnu – et mésestimé - Des enfants gâtés fait suite à trois autres qui ont au contraire été plébiscités et sont devenus des classiques incontestables du cinéma français des années 70, tous trois avec Philippe Noiret : L’horloger de Saint Paul, Que la fête commence ainsi que Le Juge et l’assassin. Dans ces trois œuvres, nous décelions déjà quelques saines indignations, contre la peine de mort dans le premier, contre les indécents privilèges dans le deuxième, contre les conditions de travail des enfants à la fin du 19ème siècle dans le troisième. Le sujet principal du cuisant échec commercial que représente Des enfants gâtés tourne principalement autour des difficultés des locataires d’appartements parisiens qui ont à lutter contre les pratiques abusives de leurs propriétaires cyniques et véreux, le scénario fustigeant les manœuvres scandaleuses et exactions financières de ces derniers pour imposer des charges exorbitantes qui n’étaient malheureusement à l’époque pas ‘hors-la-loi’.

Pas à priori de quoi passionner les foules, la majorité des spectateurs n’étant alors pas forcément très friands de sujets sociétaux ; et d’ailleurs le film fut tellement difficile à financer que Tavernier dut s’improviser coproducteur pour pouvoir le mettre en branle. Exit les justement reconnus Jean Aurenche ou Pierre Bost au scénario, cette fois Tavernier ayant vécu lui-même alors qu’il logeait rue des Dames la plupart des situations qui sont décrites dans son film (à commencer par celle qui l'ouvre avec drôlerie, mettant en scène l’agent immobilier escroc et culotté joué ici par Michel Blanc), choisit de l’écrire à trois mains avec l’aide de Christine Pascal (de qui il voulait inclure les fantasmes et les peurs) ainsi que celle de Charlotte Dubreuil. Comme le dit lui-même le cinéaste, le point de départ aurait pu être celui d’une comédie italienne de Mario Monicelli ou Dino Risi, celui d’un homme voulant trouver la tranquillité sans jamais pouvoir y parvenir, sans cesse dérangé dans ses occupations par ses voisins. Dans l’appartement que le scénariste loue pour pouvoir travailler au calme, il se rend compte dès le premier jour que par la bouche d’aérations lui arrivent continuellement toutes les annonces promotionnelles et autre du supermarché situé au rez-de-chaussée de son immeuble. Il va également être pris dans l’engrenage des luttes collectives des locataires contre leur méprisable propriétaire, prendre conscience de la réalité sociale alors qu’il ne se sentait jusque-là pas concerné par le fait d’être très éloigné de ces astreignantes préoccupations. Tout ceci est aussi du vécu, Tavernier ayant été à l’époque l’un des membres les plus actifs du comité de locataire de son immeuble. Michel Piccoli s’est beaucoup nourri de Bertrand Tavernier pour son personnage, que ce soit dans ses tics, ses attitudes, sa manière de bouger ou de s’habiller ; quant à Michel Aumont (qui sera par la suite inoubliable dans Un Dimanche à la campagne, son plus beau rôle que celui du fils de monsieur Ladmiral), pour son personnage de scénariste pas très tendre envers la gente féminine, il a pris pour modèle Claude Sautet, allant jusqu’à reprendre quelques une de ses phrases et traits de caractère (ce qui ne veut absolument pas dire que ce dernier était misogyne comme l’est Pierre dans le film).

Avec Des Enfants gâtés, Bertrand Tavernier s’était en quelque sorte lancé un défi et voulait faire un film plus libre que ses trois précédents, plus éclaté, moins fluide et linéaire avec la volonté de détruire l’intrigue qui devait expressément partir dans tous les sens "à l’instar des romans de Dos Passos". Comme aussi dans le Free Jazz les scènes se déroulant dans l’immeuble mettant en scène les personnages principaux sont parfois brutalement entrecoupées par d’autres séquences n’ayant de prime abord rien à voir avec l’intrigue principale, celles voyant une psychologue/éducatrice pour enfants autistes lors de séances – improvisées - avec ces derniers ; l’on comprendra par la suite qu’il s’agit de l’épouse du personnage interprété par Piccoli et que ces scènes s’imbriquent parfaitement et ont toutes leurs places au sein de cette réflexion/constat sur l’incommunicabilité dans une société qui devient de plus en plus déshumanisée à l’instar de l’architecture nouvelle et du gigantisme des constructions des cités. Il s’agit également du film le plus autobiographique du réalisateur puisqu’en plus de se servir de ses propres expériences avec par exemples - en plus de celles déjà citées plus haut - le vieillard qui entre dans une laverie pour regarder la Traviata à la télévision, le jeune homme complètement hypnotisé par le tambour de la machine à laver, le voisin (Thierry Lhermitte) qui trouve toujours des excuses pour échapper à toutes tâches qui lui seraient pénibles, pour éviter de se porter volontaire ou pour échapper à un diner, la séance de diapositives ennuyeuse pour tout le monde (formidable Gérard Jugnot à l’instigation de cette séance), etc, il fait jouer les enfants par les siens (Tiffany et Nils) ou encore par ses neveux et nièces. La petite part d’improvisation dans les scènes collectives renforce la véracité du récit qui était alors au cinéma le premier à aborder le droit des locataires et le droit au logement, Tavernier étant même précurseur lorsqu’il s’agissait de toucher du doigt les problèmes des sans papiers (les voisins qui refusent de signer une pétition de peur de se faire ramener au pays) ou du harcèlement moral de certains patrons. Sans oublier le féminisme porté à bout de bras par le personnage et l’expérience de Christine Pascal se confiant même crument et avec une touchante franchise face caméra à propos du plaisir féminin.

Traité de film de 'l'union de la gauche' par certains journalistes et donc à priori très ciblé politiquement, les spectateurs eurent certainement la crainte de tomber sur un film plein de clichés et ennuyeux ; ce qu'il n'est évidemment à aucun moment. Au contraire, il s’agit d’un document sociologique devenu à postériori indispensable, ce côté didactique parfois vilipendé par la critique faisant intégralement partie de l’essence même des préoccupations des personnages : "si on ne le faisait pas au cinéma, on se priverait de toute une réalité" disait pour s’en défendre le réalisateur au sein du commentaire audio de son film. Car effectivement les phrases que l’on entend sortir de la bouche des locataires ou propriétaires ont toutes été prononcées un jour ou l’autre, n’ont rien d’écrit et se révèlent au contraire d’une grande justesse. Mais mettons néanmoins qu’un tel sujet puisse en rebuter certains, il ne faut pas oublier qu’il s’agit certes avant tout d’un film sociétal mais non dénué ni d’humour jovial (presque tous les membres du Splendid sont réunis pour le meilleur) ni de poésie au travers la voix off de Edouard Lunz, de la magnifique partition de Philippe Sarde inspirée pour un morceau absolument sublime de Marin Marais (la musique baroque interprétée par des jazzmen donnant un résultat extrêmement poignant), mais aussi grâce au travail photographique de Alain Levent et ses superbes plans en extérieurs sur Paris - même si défiguré par les grues, chantiers, terrains vagues, autoroutes et grands ensembles -, ou encore comme ses plans d’ensemble de nuit sur un extrait de la Traviata. Patchwork cinématographique brassant d'innombrables thèmes allant des affres de la création artistique à la jouissance féminine en passant par l’émancipation des femmes, l'éducation des jeunes enfants à problèmes et surtout les difficultés et la solidarité des colocataires face aux propriétaires sans scrupules...

Pour résumer brièvement ce que l’on peut retenir de ce mal-aimé de la filmographie de Bertrand Tavernier, l'on pourrait dire que si tout ce côté anarchique du fond et de la forme pouvait sembler improbable sur le papier, la fougue de la réalisation, le fort engagement social et la générosité du propos ainsi qu'un esprit contestataire bienvenu se révèlent assez vite euphorisants. De l’humour, de la mélancolie, de l'émotion (Tavernier offre à Christine Pascal un magnifique portrait de femme révoltée, revendicatrice, libre et moderne), une joviale humanité, de la poésie du quotidien pour un document sociologique indispensable qui n’en oublie pas de mettre également en premier plan une histoire d’amour poignante entre un bourgeois parvenu et une chômeuse. Le tout enveloppé dans une belle musique de Philippe Sarde avec pour commencer la gouleyante chanson du générique écrite par Jean-Roger Caussimon et chantée par... Jean Rochefort et Jean-Pierre Marielle ! Une belle réussite parfois entachée de quelques lourdeurs qui, noyées dans la sincérité du cinéaste en sa foi citoyenne jamais prise en défaut et au sein d'une joie de réaliser de tous les plans, passent néanmoins comme une lettre à la poste. Tavernier refera un film de ce style toujours avec la même exaltation avec Ca commence aujourd'hui sur la détresse sociale causée par la pauvreté et qui touche les plus jeunes enfants. En attendant cet opus assez sombre, Des Enfants gâtés s’avère aujourd’hui un témoignage précieux sur l’urbanisation galopante et agressive du Paris des années 70 et de la solidarité qui s’est élevée face à cette brutale mutation. Un état des lieux qui ne va pas sans désillusions mais dont le côté frondeur ne nous permet pas d’avoir le temps de nous apitoyer. Une œuvre pas si mineure qu'on a voulu le dire, peut-être même l'une des plus attachantes de la filmographie du regretté Bertrand Tavernier.
Martin Brody
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Post by Martin Brody »

Moi ! :wink:
Je l'ai vu au moment de sa sortie et ... hem ! ... je dois dire que je n'en garde pas un souvenir impérissable. Tavernier est un cinéaste que j'aime pourtant beaucoup, mais son film ne m'a ni déplu, ni particulièrement marqué. :?
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Bartlebooth
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Post by Bartlebooth »

Des enfants gâtés reste un de mes Tavernier préférés.
Je regrette qu'il ait délaissé cette veine intimiste.
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Jeremy Fox
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Post by Jeremy Fox »

Bartlebooth wrote:Des enfants gâtés reste un de mes Tavernier préférés.
Je regrette qu'il ait délaissé cette veine intimiste.
Il y eu aussi dans cette veine, Une semaine de vacances et dans l'intimisme, le sublime Un dimanche à la campagne
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Jeremy Fox
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Post by Jeremy Fox »

Au cas où certains seraient intéressé par le DVD unitaire, il faut savoir que le magasin Meg-Inov qui vend uniquement des DVD neufs (sous cellophanes) sur Ebay a éclaté les coffrets Tavernier pour les proposer à l'unité donc Des enfants gatés y est et est proposé à 7.99. Vu que personne ne vient jamais enchérir, vous pouvez l'avoir pour ce prix là.

D'ailleurs presque tous les Tatav peuvent être achetés à ce prix là
Alligator
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Re: Des enfants gâtés (Bertrand Tavernier, 1977)

Post by Alligator »

Des enfants gâtés (Bertrand Tavernier, 1977) :

caps et trombi

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En regardant ce film, les apparitions caméos des petits gars du Splendid, en découvrant un film simple, à l'humanité joviale, frais et guilleret, pas con, politique, enthousiaste, j'étais persuadé qu'il s'agissait d'un de tous premiers films de Tavernier. Or, il n'en est absolument rien : sorti après Le juge et l'assassin, en 1977. Tavernier à cette époque est d'ores et déjà un auteur confirmé et salué par ses pairs, la critique et le public. J'étais très étonné mais je ne savais rien du film, vierge de tout a priori.

Et je découvre alors une comédie romantique qui aborde des problématiques très réalistes. Le plaisirs féminin, l'émancipation des femmes sont évoqués soit de manière frontale avec le personnage de Christine Pascal qui se raconte face caméra ou lors de conversations avec Piccoli, soit au hasard d'une rencontre dans un coin d'escalier quand une brave ménagère ne sait que dire ni que faire sans la présence de son époux quand une association de locataires vient la solliciter. Justement, dans une société en pleine mutation, où les immeubles modernes poussent comme champignons et viennent progressivement grignoter le vieux Paris en déshumanisant un peu plus la monstruosité urbaine, des locataires d'un quartier se retrouvent solidaires pour lutter contre les exactions financières d'un propriétaire gourmand et véreux au cynisme qui fait malheureusement écho à bien des politiques économiques et sociales actuelles. Le personnage joué par Toscan du Plantier, en politicien verbeux autant que fantôme vient montrer déjà à l'époque que le droit et la colère ne se font plus entendre que dans les associations et plus vraiment chez les élus. Peut-être un peu raccourci m'enfin... il arrive que cela soit une vérité. Caricature ou vérité? Avec le personnage de Michel Aumont, c'est à la misère sexuelle masculine que le film donne une voix.

Ainsi sur une rencontre amoureuse entre Piccoli et Pascal, Tavernier présente des histoires, par petites touches, qui racontent un temps, des préoccupations, des joies, des peurs, le chômage, le sexe, le pouvoir, la famille, les amis et de tout ce frichti semblent se dégager de déliceux parfums et saveurs d'humanité. Tout doucement, Tavernier filme simplement avec tout de même une attention toujours soutenue à ancrer ses personnages dans des lieux, en cherchant à varier les modes de narration. La caméra est active ou fixe, voyage, travellingue, s'arrête, patiente et reprend sa marche. Impression d'écoute, de délicatesse attentive. Il est vrai que les personnages adoptent généralement -à part quelques poussées hurlantes de Piccoli- un comportement plutôt calme, malgré toutes les emmerdes qui tombent sur les uns et les autres, malgré les petites déchirements, les aléas affectifs, les errements de la vie. Ils font souvent preuve de respect et communiquent beaucoup.

Cela donne au récit une forme très arrondie, chaleureuse, intelligente et surtout fluide. Le film est toujours agréable, par moments mélancolique, d'autres fois drôle, mais les émotions restent toujours exprimées avec une douceur, une mesure qui fait du film un plaisant spectacle à voir. Ce fleuve n'avait de rien de tranquille sur le papier (histoire d'amour compliquée, expulsions de locataires, chômage, etc.) et finalement Tavernier fait planer au dessus de l'onde une brise de légèreté et de fraîcheur.

Un film intelligent de simplicité. Je pourrais dire la même chose de Bertrand Tavernier.
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Boubakar
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Re: Des enfants gâtés (Bertrand Tavernier - 1977)

Post by Boubakar »

J'ai vraiment bien aimé ce film, qui tire d'ailleurs du documentaire sur une situation qui allait exploser plus tard, avec un formidable sentiment de sincérité.
Je trouve que c'est quelque chose de difficile à exprimer au cinéma, et Tavernier a l'air très impliqué, dans sa mise en scène, dans cette histoire où ces locataires se battent pour défendre leurs droits, quitte à se faire traiter d'emmerdeurs.
Le film est ouvertement engagé (avec une scène frappante, quand Piccoli rencontre des étrangers qui ne veulent pas participer à une pétition, de peur d'être expulsés), et montre une vraie foi citoyenne, aidé par de très bons acteurs (plus que Piccoli, Christine Pascale impressionne en jeune femme libérée), et al surprise de voir le casting masculin du Splendid dans des rôles inattendus (surtout Jugnot). Il n'y a que sur l'importance de la relation entre ce scénariste et Anne que je trouve un peu trop grande, mais qui se mêle quand même très bien à l'histoire et ajoute encore au réalisme de l'histoire. Et à travers le personnage de Christine Pascale, on trouve un peu du Godard dans son côté littéral et libre, comme un personnage de A bout de souffle ou de Pierrot le fou, ce qui n'est pas pour me déplaire.

Bref, c'est un très bon film, injustement méconnu, mais qui mérite qu'on s'y intéresse, ne serait-ce que par la sincérité de Tavernier vis-à-vis de l'histoire.
Donatien-Aldonze
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Re: Des enfants gâtés (Bertrand Tavernier - 1977)

Post by Donatien-Aldonze »

Je viens de voir le film. Pas grand chose à ajouter à ce qui a déjà été très bien dit plus haut. Très joli film. Une sorte de version documentaire de "Playtime" de Tati, avec la même opposition entre les architectures froides des banlieues et leur réinvestissement par la vie de quartier. Belle mise en abyme du rôle du cinéaste-citoyen... Très engagé également (l'allusion à l'élection présidentielle est frontale) mais ce n'est qu'une dimension d'un film qui est bien plus que cela. J'ai parfois manqué, en revanche, de connaissances "juridiques" pour apprécier complètement la problématique de l'expulsion des locataires. Il me semble que les "loyers libres" ont été interdits depuis?
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Re: Des enfants gâtés (Bertrand Tavernier - 1977)

Post by odelay »

Donatien-Aldonze wrote: J'ai parfois manqué, en revanche, de connaissances "juridiques" pour apprécier complètement la problématique de l'expulsion des locataires. Il me semble que les "loyers libres" ont été interdits depuis?
Oui, il me semble même que le film avait levé un lièvre et que du coup cela avait entrainé un débat qui avait débouché sur cette interdiction. Je crois que Tavernier explique ça dons son excellent commentaire audio.
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Rick Blaine
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Re: Des enfants gâtés (Bertrand Tavernier - 1977)

Post by Rick Blaine »

J'ai enfin pu me procurer, et voir dans la foulée ce Tavernier.

Commençons par le petit détail qui fâche, je trouve quand même le trait 'social' sérieusement appuyé. C'est toujours un écueil qui guette Tavernier, et qu'il évite généralement très bien (il y a le final du Juge et l'Assassin en contre exemple, mais je trouve cette scène très belle tout de même), ici malgré la sincérité évidente du réalisateur, cela nous mène à certaines lourdeurs.

Heureusement ce défaut n'est pas suffisant pour entacher le plaisir qu'on a à la vision du film, qui se dégage habilement du thème principal du combat des co-locataires en embrassant bien d'autres problématique, sous une forme qui rappelle très souvent Godard (le face camera de Christine Pascal sur la jouissance par exemple). Comme toujours chez Tavernier, les images sont magnifiques, et filmées avec un plaisir communicatif. La musique est à l'avenant.

Ce qui m'a le plus réjouit dans le film c'est son casting, interprétant un dialogue souvent percutant et drôle. En tête d'affiche, un Michel Piccoli magnifique (en même temps c'est le contraire qui aurait étonné) et l’énergique Christine Pascal. La confrontation entre ces deux acteurs fonctionne très bien, leur scènes communes sont magnifiques. J'ai particulièrement aimé la prestation de Michel Aumont, acteur éminemment sympathique que j'avais rarement vu dans un rôle aussi riche, qui est l'un des gros point fort du film. Signalons aussi la présence de tous les garçons du splendid, souvent utilisé par Tavernier dans ses premiers films qui apportent beaucoup au film. La scène très drôle des photos de vacances ayant semble-t-il été empruntée de l'un de leur sketches. Et puis il n'apparaissent pas à l'écran mais il faut quand même mentionner Marielle et Rochefort dans leur remarquable interprétation de la chanson du générique.

Un film finalement plein de fougue, et plaisant à voir. Encore une fois, la fougue est peut-être mal dosée, et cela en fait un Tavernier mineur à mon sens, mais la sympathie l'emporte et Des enfants Gâtés ne jure pas dans une filmographie qui n'en finit jamais de m’impressionner.
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Re: Des enfants gâtés (Bertrand Tavernier - 1977)

Post by Watkinssien »

Oui, c'est un Tavernier sans doute mineur dans sa période faste des années 70, mais c'est une chronique douce-amère intéressante, joliment filmée, parfaitement interprétée, qui s'inscrit dans une veine sociologique française mêlant populaire et psychologique...
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Re: Des enfants gâtés (Bertrand Tavernier - 1977)

Post by Jericho »

Commençons par le petit détail qui fâche, je trouve quand même le trait 'social' sérieusement appuyé. C'est toujours un écueil qui guette Tavernier, et qu'il évite généralement très bien (il y a le final du Juge et l'Assassin en contre exemple, mais je trouve cette scène très belle tout de même), ici malgré la sincérité évidente du réalisateur, cela nous mène à certaines lourdeurs.
Je trouve qu'il insiste trop là dessus dans Ça commence aujourd'hui.
Sinon pour ses autres films que j'ai vu de lui, il évite d'en faire des caisses sur ce plan là, effectivement.
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Re: Des enfants gâtés (Bertrand Tavernier - 1977)

Post by Rick Blaine »

Jericho wrote:
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Commençons par le petit détail qui fâche, je trouve quand même le trait 'social' sérieusement appuyé. C'est toujours un écueil qui guette Tavernier, et qu'il évite généralement très bien (il y a le final du Juge et l'Assassin en contre exemple, mais je trouve cette scène très belle tout de même), ici malgré la sincérité évidente du réalisateur, cela nous mène à certaines lourdeurs.
Je trouve qu'il insiste trop là dessus dans Ça commence aujourd'hui.
Sinon pour ses autres films que j'ai vu de lui, il évite d'en faire des caisses sur ce plan là, effectivement.
C'est un de ses films que je n'ai pas encore vu. Et effectivement à la vue du sujet, j'ai quelques craintes sur cet aspect.
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Re: Des enfants gâtés (Bertrand Tavernier - 1977)

Post by Jeremy Fox »

Rick Blaine wrote:
Jericho wrote:
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Je trouve qu'il insiste trop là dessus dans Ça commence aujourd'hui.
Sinon pour ses autres films que j'ai vu de lui, il évite d'en faire des caisses sur ce plan là, effectivement.
C'est un de ses fils que je n'ai pas encore vu. Et effectivement à la vue du sujet, j'ai quelques craintes sur cet aspect.
N'aie crainte ; c'est un de ses plus beaux films à mon avis.
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Rick Blaine
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Re: Des enfants gâtés (Bertrand Tavernier - 1977)

Post by Rick Blaine »

Jeremy Fox wrote:
Rick Blaine wrote:
C'est un de ses fils que je n'ai pas encore vu. Et effectivement à la vue du sujet, j'ai quelques craintes sur cet aspect.
N'aie crainte ; c'est un de ses plus beaux films à mon avis.
Je le verrai de toute façon, j'ai tous ses films (à part la Passion Béatrice qui n'existe pas en DVD) et je fais confiance à cet auteur. Et à ton jugement. :wink: