Des enfants gâtés (Bertrand Tavernier - 1977)

Rubrique consacrée au cinéma et aux films tournés avant 1980.

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Jeremy Fox
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Des enfants gâtés (Bertrand Tavernier - 1977)

Post by Jeremy Fox »

4ème film de Bertrand Tavernier en 1977 et échec commercial cuisant car traité de film de 'l'union de la gauche' par les journalistes et donc bien trop ciblé politiquement : les spectateurs ont eu certainement peur d'un film didactique et ennuyeux ce qu'il n'est évidemment à aucun moment. Depuis, diffusions télé plus que rare et le seul DVD du réalisateur non vendu à l'unité, aujourd'hui encore le mal aimé de sa filmographie.

Il méritait donc un topic à lui tout seul.

Patchwork brassant d'innombrables thèmes, allant de la difficulté d'écrire, la jouissance féminine, l'éducation des jeunes enfants à problèmes et surtout les difficultés des co-locataires en cité faces aux propriétaires sans scrupules... Tout ceci parait improbable sur le papier mais la joie de filmer du réalisateur est euphorisante.

De l'humour (la séquence diapo de vacances de Gérard Jugnot), de l'émotion (Tavernier offre à Christine Pascal un magnifique portrait de femme moderne), un document sociologique indispensable. Tavernier refera un film de ce style toujours avec la même fougue avec Ca commence aujourd'hui.

Générosité du propos, esprit contestataire bienvenu, histoire d'amour entre un bourgeois et une chomeuse, le tout enveloppé dans une belle musique de Philippe Sarde (la chanson du générique est même chanté par... Jean Rochefort et Jean-Pierre Marielle !) et Paris magnifiquement filmé et photographié.

Quand au casting, excusez du peu : Michel Piccoli, Michel Aumont (dans le rôle du scénariste mysogyne), Gérad Jugnot, Thierry Lhermitte, Christine Pascal, Michel Blanc...

Un film superbe, parfois entaché de quelques lourdeurs mais qui, noyées dans l'ensemble d'une sincérité jamais prise en défaut et d'une joie de réaliser de tous les plans, passent comme une lettre à la poste.


Qui connait ?
Martin Brody
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Post by Martin Brody »

Moi ! :wink:
Je l'ai vu au moment de sa sortie et ... hem ! ... je dois dire que je n'en garde pas un souvenir impérissable. Tavernier est un cinéaste que j'aime pourtant beaucoup, mais son film ne m'a ni déplu, ni particulièrement marqué. :?
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Bartlebooth
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Post by Bartlebooth »

Des enfants gâtés reste un de mes Tavernier préférés.
Je regrette qu'il ait délaissé cette veine intimiste.
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Jeremy Fox
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Post by Jeremy Fox »

Bartlebooth wrote:Des enfants gâtés reste un de mes Tavernier préférés.
Je regrette qu'il ait délaissé cette veine intimiste.
Il y eu aussi dans cette veine, Une semaine de vacances et dans l'intimisme, le sublime Un dimanche à la campagne
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Jeremy Fox
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Post by Jeremy Fox »

Au cas où certains seraient intéressé par le DVD unitaire, il faut savoir que le magasin Meg-Inov qui vend uniquement des DVD neufs (sous cellophanes) sur Ebay a éclaté les coffrets Tavernier pour les proposer à l'unité donc Des enfants gatés y est et est proposé à 7.99. Vu que personne ne vient jamais enchérir, vous pouvez l'avoir pour ce prix là.

D'ailleurs presque tous les Tatav peuvent être achetés à ce prix là
Alligator
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Re: Des enfants gâtés (Bertrand Tavernier, 1977)

Post by Alligator »

Des enfants gâtés (Bertrand Tavernier, 1977) :

caps et trombi

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En regardant ce film, les apparitions caméos des petits gars du Splendid, en découvrant un film simple, à l'humanité joviale, frais et guilleret, pas con, politique, enthousiaste, j'étais persuadé qu'il s'agissait d'un de tous premiers films de Tavernier. Or, il n'en est absolument rien : sorti après Le juge et l'assassin, en 1977. Tavernier à cette époque est d'ores et déjà un auteur confirmé et salué par ses pairs, la critique et le public. J'étais très étonné mais je ne savais rien du film, vierge de tout a priori.

Et je découvre alors une comédie romantique qui aborde des problématiques très réalistes. Le plaisirs féminin, l'émancipation des femmes sont évoqués soit de manière frontale avec le personnage de Christine Pascal qui se raconte face caméra ou lors de conversations avec Piccoli, soit au hasard d'une rencontre dans un coin d'escalier quand une brave ménagère ne sait que dire ni que faire sans la présence de son époux quand une association de locataires vient la solliciter. Justement, dans une société en pleine mutation, où les immeubles modernes poussent comme champignons et viennent progressivement grignoter le vieux Paris en déshumanisant un peu plus la monstruosité urbaine, des locataires d'un quartier se retrouvent solidaires pour lutter contre les exactions financières d'un propriétaire gourmand et véreux au cynisme qui fait malheureusement écho à bien des politiques économiques et sociales actuelles. Le personnage joué par Toscan du Plantier, en politicien verbeux autant que fantôme vient montrer déjà à l'époque que le droit et la colère ne se font plus entendre que dans les associations et plus vraiment chez les élus. Peut-être un peu raccourci m'enfin... il arrive que cela soit une vérité. Caricature ou vérité? Avec le personnage de Michel Aumont, c'est à la misère sexuelle masculine que le film donne une voix.

Ainsi sur une rencontre amoureuse entre Piccoli et Pascal, Tavernier présente des histoires, par petites touches, qui racontent un temps, des préoccupations, des joies, des peurs, le chômage, le sexe, le pouvoir, la famille, les amis et de tout ce frichti semblent se dégager de déliceux parfums et saveurs d'humanité. Tout doucement, Tavernier filme simplement avec tout de même une attention toujours soutenue à ancrer ses personnages dans des lieux, en cherchant à varier les modes de narration. La caméra est active ou fixe, voyage, travellingue, s'arrête, patiente et reprend sa marche. Impression d'écoute, de délicatesse attentive. Il est vrai que les personnages adoptent généralement -à part quelques poussées hurlantes de Piccoli- un comportement plutôt calme, malgré toutes les emmerdes qui tombent sur les uns et les autres, malgré les petites déchirements, les aléas affectifs, les errements de la vie. Ils font souvent preuve de respect et communiquent beaucoup.

Cela donne au récit une forme très arrondie, chaleureuse, intelligente et surtout fluide. Le film est toujours agréable, par moments mélancolique, d'autres fois drôle, mais les émotions restent toujours exprimées avec une douceur, une mesure qui fait du film un plaisant spectacle à voir. Ce fleuve n'avait de rien de tranquille sur le papier (histoire d'amour compliquée, expulsions de locataires, chômage, etc.) et finalement Tavernier fait planer au dessus de l'onde une brise de légèreté et de fraîcheur.

Un film intelligent de simplicité. Je pourrais dire la même chose de Bertrand Tavernier.
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Boubakar
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Re: Des enfants gâtés (Bertrand Tavernier - 1977)

Post by Boubakar »

J'ai vraiment bien aimé ce film, qui tire d'ailleurs du documentaire sur une situation qui allait exploser plus tard, avec un formidable sentiment de sincérité.
Je trouve que c'est quelque chose de difficile à exprimer au cinéma, et Tavernier a l'air très impliqué, dans sa mise en scène, dans cette histoire où ces locataires se battent pour défendre leurs droits, quitte à se faire traiter d'emmerdeurs.
Le film est ouvertement engagé (avec une scène frappante, quand Piccoli rencontre des étrangers qui ne veulent pas participer à une pétition, de peur d'être expulsés), et montre une vraie foi citoyenne, aidé par de très bons acteurs (plus que Piccoli, Christine Pascale impressionne en jeune femme libérée), et al surprise de voir le casting masculin du Splendid dans des rôles inattendus (surtout Jugnot). Il n'y a que sur l'importance de la relation entre ce scénariste et Anne que je trouve un peu trop grande, mais qui se mêle quand même très bien à l'histoire et ajoute encore au réalisme de l'histoire. Et à travers le personnage de Christine Pascale, on trouve un peu du Godard dans son côté littéral et libre, comme un personnage de A bout de souffle ou de Pierrot le fou, ce qui n'est pas pour me déplaire.

Bref, c'est un très bon film, injustement méconnu, mais qui mérite qu'on s'y intéresse, ne serait-ce que par la sincérité de Tavernier vis-à-vis de l'histoire.
Donatien-Aldonze
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Re: Des enfants gâtés (Bertrand Tavernier - 1977)

Post by Donatien-Aldonze »

Je viens de voir le film. Pas grand chose à ajouter à ce qui a déjà été très bien dit plus haut. Très joli film. Une sorte de version documentaire de "Playtime" de Tati, avec la même opposition entre les architectures froides des banlieues et leur réinvestissement par la vie de quartier. Belle mise en abyme du rôle du cinéaste-citoyen... Très engagé également (l'allusion à l'élection présidentielle est frontale) mais ce n'est qu'une dimension d'un film qui est bien plus que cela. J'ai parfois manqué, en revanche, de connaissances "juridiques" pour apprécier complètement la problématique de l'expulsion des locataires. Il me semble que les "loyers libres" ont été interdits depuis?
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odelay
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Re: Des enfants gâtés (Bertrand Tavernier - 1977)

Post by odelay »

Donatien-Aldonze wrote: J'ai parfois manqué, en revanche, de connaissances "juridiques" pour apprécier complètement la problématique de l'expulsion des locataires. Il me semble que les "loyers libres" ont été interdits depuis?
Oui, il me semble même que le film avait levé un lièvre et que du coup cela avait entrainé un débat qui avait débouché sur cette interdiction. Je crois que Tavernier explique ça dons son excellent commentaire audio.
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Rick Blaine
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Re: Des enfants gâtés (Bertrand Tavernier - 1977)

Post by Rick Blaine »

J'ai enfin pu me procurer, et voir dans la foulée ce Tavernier.

Commençons par le petit détail qui fâche, je trouve quand même le trait 'social' sérieusement appuyé. C'est toujours un écueil qui guette Tavernier, et qu'il évite généralement très bien (il y a le final du Juge et l'Assassin en contre exemple, mais je trouve cette scène très belle tout de même), ici malgré la sincérité évidente du réalisateur, cela nous mène à certaines lourdeurs.

Heureusement ce défaut n'est pas suffisant pour entacher le plaisir qu'on a à la vision du film, qui se dégage habilement du thème principal du combat des co-locataires en embrassant bien d'autres problématique, sous une forme qui rappelle très souvent Godard (le face camera de Christine Pascal sur la jouissance par exemple). Comme toujours chez Tavernier, les images sont magnifiques, et filmées avec un plaisir communicatif. La musique est à l'avenant.

Ce qui m'a le plus réjouit dans le film c'est son casting, interprétant un dialogue souvent percutant et drôle. En tête d'affiche, un Michel Piccoli magnifique (en même temps c'est le contraire qui aurait étonné) et l’énergique Christine Pascal. La confrontation entre ces deux acteurs fonctionne très bien, leur scènes communes sont magnifiques. J'ai particulièrement aimé la prestation de Michel Aumont, acteur éminemment sympathique que j'avais rarement vu dans un rôle aussi riche, qui est l'un des gros point fort du film. Signalons aussi la présence de tous les garçons du splendid, souvent utilisé par Tavernier dans ses premiers films qui apportent beaucoup au film. La scène très drôle des photos de vacances ayant semble-t-il été empruntée de l'un de leur sketches. Et puis il n'apparaissent pas à l'écran mais il faut quand même mentionner Marielle et Rochefort dans leur remarquable interprétation de la chanson du générique.

Un film finalement plein de fougue, et plaisant à voir. Encore une fois, la fougue est peut-être mal dosée, et cela en fait un Tavernier mineur à mon sens, mais la sympathie l'emporte et Des enfants Gâtés ne jure pas dans une filmographie qui n'en finit jamais de m’impressionner.
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Re: Des enfants gâtés (Bertrand Tavernier - 1977)

Post by Watkinssien »

Oui, c'est un Tavernier sans doute mineur dans sa période faste des années 70, mais c'est une chronique douce-amère intéressante, joliment filmée, parfaitement interprétée, qui s'inscrit dans une veine sociologique française mêlant populaire et psychologique...
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Re: Des enfants gâtés (Bertrand Tavernier - 1977)

Post by Jericho »

Commençons par le petit détail qui fâche, je trouve quand même le trait 'social' sérieusement appuyé. C'est toujours un écueil qui guette Tavernier, et qu'il évite généralement très bien (il y a le final du Juge et l'Assassin en contre exemple, mais je trouve cette scène très belle tout de même), ici malgré la sincérité évidente du réalisateur, cela nous mène à certaines lourdeurs.
Je trouve qu'il insiste trop là dessus dans Ça commence aujourd'hui.
Sinon pour ses autres films que j'ai vu de lui, il évite d'en faire des caisses sur ce plan là, effectivement.
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Rick Blaine
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Re: Des enfants gâtés (Bertrand Tavernier - 1977)

Post by Rick Blaine »

Jericho wrote:
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Commençons par le petit détail qui fâche, je trouve quand même le trait 'social' sérieusement appuyé. C'est toujours un écueil qui guette Tavernier, et qu'il évite généralement très bien (il y a le final du Juge et l'Assassin en contre exemple, mais je trouve cette scène très belle tout de même), ici malgré la sincérité évidente du réalisateur, cela nous mène à certaines lourdeurs.
Je trouve qu'il insiste trop là dessus dans Ça commence aujourd'hui.
Sinon pour ses autres films que j'ai vu de lui, il évite d'en faire des caisses sur ce plan là, effectivement.
C'est un de ses films que je n'ai pas encore vu. Et effectivement à la vue du sujet, j'ai quelques craintes sur cet aspect.
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Jeremy Fox
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Re: Des enfants gâtés (Bertrand Tavernier - 1977)

Post by Jeremy Fox »

Rick Blaine wrote:
Jericho wrote:
Spoiler (cliquez pour afficher)
Je trouve qu'il insiste trop là dessus dans Ça commence aujourd'hui.
Sinon pour ses autres films que j'ai vu de lui, il évite d'en faire des caisses sur ce plan là, effectivement.
C'est un de ses fils que je n'ai pas encore vu. Et effectivement à la vue du sujet, j'ai quelques craintes sur cet aspect.
N'aie crainte ; c'est un de ses plus beaux films à mon avis.
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Rick Blaine
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Re: Des enfants gâtés (Bertrand Tavernier - 1977)

Post by Rick Blaine »

Jeremy Fox wrote:
Rick Blaine wrote:
C'est un de ses fils que je n'ai pas encore vu. Et effectivement à la vue du sujet, j'ai quelques craintes sur cet aspect.
N'aie crainte ; c'est un de ses plus beaux films à mon avis.
Je le verrai de toute façon, j'ai tous ses films (à part la Passion Béatrice qui n'existe pas en DVD) et je fais confiance à cet auteur. Et à ton jugement. :wink: