L'incompris (Luigi Comencini - 1967)

Rubrique consacrée au cinéma et aux films tournés avant 1980.

Moderators: cinephage, Karras, Rockatansky

L'incompris, c'est... ?

juste et poignant
31
91%
faux et larmoyant
3
9%
 
Total votes: 34

Kurtz

L'incompris (Luigi Comencini - 1967)

Post by Kurtz »

Ne serait-ce pas le film ultime sur l'enfance ?

ça faisait longtemps que je n'avais pas pleuré autant au cinéma.

Dommage que l'esthétique du film soit si médiocre: la photo est fadasse et il y a pas mal de zooms comme dans beaucoup de film italiens de l'époque.

Pour le reste, j'ai presque tout adoré. Les jeunes acteurs sont épatants. La musique est excellente, elle participe à l'émotion sans jamais tomber dans l'emphase.
Et surtout, le film traite remarquablement les thèmes de l'enfance.
Même la fin qui me semble au premier abord trop mélodramatique peut se justifier à travers une lecture de l'oeuvre, moins premier degré:
Sa mère était la seule adulte qui comprenant Andrea. Elle était nécessaire à son équilibre, à sa croissance mentale. A partir du moment où elle meurt, ses repères sont bien sûr effondrés ca son père n'a pas su le prendre en main pensant dès le début qu'il était assez mature (dès la prmeière scène, il ne doute pas qu'Andrea comprendra le décès de sa mère. ce n'est qu'à la fin qu'il se rend compte de son erreur: des deux frères, Andrea était le plus fragile). Il se réfugie dans le monde de l'enfance avec son petit frère, en refusant de grandir. Ce qui lui vaut les reproches de son père et une incompréhension mutuelle.
Andrea n'a pas pu faire le deuil de sa mère et n'a pas réussi à grandir. Cette épreuve aurait être une occasion pour lui de mûrir et de devenir plus fort.
Mais, peut-être parce que son père ne l'a pas aidé correctement, elle l'a vaincu. Dans tous les sens du terme.


Qu'en pensez vous ?
Du film et de mon interprétation ?
Cathwoman
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Post by Cathwoman »

Un film que j'adore, même si ce n'est pas celui qui me fait le plus pleurer. Peut-être justement parce que le trait est un chouia forcé par rapport à d'autres films dramatiques (j'ai quand même voté pour juste et poignant :wink: )
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Jeremy Fox
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Post by Jeremy Fox »

Juste et touchant mais c'est loin d'être le seul dans la filmo de Comencini consacré au sujet de l'enfance. Des films plus récents comme Cuore et Un enfant de Calabre sont d'une égale qualité. Un des plus grandes cinéastes de l'enfance oui.
Fatalitas
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Post by Fatalitas »

Jeremy Fox wrote:Juste et touchant mais c'est loin d'être le seul dans la filmo de Comencini consacré au sujet de l'enfance. Des films plus récents comme Cuore et Un enfant de Calabre sont d'une égale qualité. Un des plus grandes cinéastes de l'enfance oui.
J'admire, pour ma part, beaucoup son Pinocchio (mais en feuilleton, pas la version cinema assez bancal)
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Roy Neary
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Post by Roy Neary »

C'est pour moi aussi l'un des grands films sur l'enfance et ses troubles, et sur le regard que portent les adultes sur les enfants.
Je ne trouve en aucun cas ce film larmoyant, mais bien au contraire d'une grande intelligence et sensibilité. Je trouve même que le mise en scène, par sa subtilité, son effort de réalisme et son absence de lyrisme, s'éloigne d'une représentation mélodramatique.
Pourquoi as-tu trouvé la photo du film "fadasse" ? Tu as vu une copie pourrie ou quoi ? Il s'agit pourtant d'une photo douce aux belles couleurs automnales.
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Solal
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Re: L'incompris (Luigi Comencini)

Post by Solal »

Kurtz wrote:Dommage que l'esthétique du film soit si médiocre: la photo est fadasse et il y a pas mal de zooms comme dans beaucoup de film italiens de l'époque.
Photo fadasse ? Cet emploi de la lumière (presque aussi intense que dans Le jardin des Finzi Contini de De Sica) peut te sembler flirter avec le mauvais goût, mais je lui trouve une grâce inégalée. C'est aussi incompréhensible pour moi que si tu avais qualifié plus globalement le film de tire-larmes indigeste (puisqu'il est objectivement à deux doigts d'y sombrer). D'ailleurs, "esthétique médiocre" ne veut rien dire : une esthétique ne vaut rien en soi, ce serait comme parler d'un genre médiocre. L'incompris relève certes d'une esthétique très datée (comme tu le fais valoir, on retrouve ici beaucoup de traits du cinéma italien de l'époque) et plutôt casse-gueule, mais il parvient, en ne cédant à aucune facilité et en tenant avec sincérité ses partis pris, à lui donner une pleine intensité et à transformer la boursuflure en distinction. Cela le rend d'autant plus réussi formellement à mes yeux.
Kurtz wrote:Qu'en pensez vous ?
Du film et de mon interprétation ?
Pour en rester au registre psychologique que tu abordes (mais qui n'est qu'une facette du film), je ne crois pas que l'absence de la mère soit à ce point centrale : j'ai plutôt l'impression qu'elle amplifie certains traits propres à cette relation père-fils, à laquelle Comencini souhaite conférer valeur universelle.
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Majordome
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Post by Majordome »

Qu'est-ce que j'ai pu chialer la première fois que j'ai vu ce film...
C'est une magnifique approche de la difficulté d'écouter ses enfants, de comprendre comment ils peuvent souffrir de manière très intériorisée. Il est évident qu'un enfant ne peut pas vivre le deuil de la manière dont l'attend un adulte, jusqu'à paraitre parfois un peu sans coeur... cette manière de se protéger du chagrin mais en même temps de réclamer de l'amour est absolument bouleversante.
Voilà un film auquel je pense quand je suis confronté à certains aléas de la vie avec ma fille. Etre à l'écoute... comprendre pour qu'elle ne soit pas incomprise.

Un film très humain, très touchant qui parle avant tout aux tripes (le cerveau n'a pas - ne devrait pas avoir - sa place dans ce genre d'histoire).

Je signe, quant à la qualité du Pinocchio version TV, chef-d'oeuvre du film d'enfance, effectivement.
Bob Harris

Post by Bob Harris »

Un chef-d'oeuvre (ah oui!) avec un prodigieux Anthony Quayle.

J'ai envie de le revoir un de ces jours.
phylute
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Post by phylute »

Bob Harris wrote:Un chef-d'oeuvre (ah oui!) avec un prodigieux Anthony Quayle.

J'ai envie de le revoir un de ces jours.
Il passe sur Paris Première cette semaine.

Sinon un des film les plus abominables que j'ai vu.. c'est horrible de faire pleurer autant ses spectateurs ! SADIQUE !

Bien entendu Comencini ne l'est pas, sadique. Son film est un merveilleux portrait, délicat et profond, des relations père/fils, et plus largement il touche à l'essence même de ce qu'est l'enfance.

Quel talent pour ne pas tomber dans la boursouflure avec un sujet aussi lacrymal !
Les films sont à notre civilisation ce que les rêves sont à nos vies individuelles : ils en expriment le mystère et aident à définir la nature de ce que nous sommes et de ce que nous devenons. (Frank Pierson)
Kurtz

Re: L'incompris (Luigi Comencini)

Post by Kurtz »

D'ailleurs, "esthétique médiocre" ne veut rien dire : une esthétique ne vaut rien en soi, ce serait comme parler d'un genre médiocre.
Oui enfin bon je me comprends quoi..."esthétique médiocre", c'était pour éviter de dire "assez moche".
j'ai trouvé le film assez moche quoi.

j'ai eregistré le film sur Paris Première lundi soir.
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Zelda Zonk
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Post by Zelda Zonk »

Un des films les plus tristes qu'il m'ait été donné de voir au cinéma (avec Le Tombeau des Lucioles).

C'est tout sauf larmoyant, mais au contraire parfaitement juste.
Comencini est avec Truffaut un des rares cinéastes à savoir aussi bien filmer et conter l'enfance.

Je vous recommande aussi Les aventures de Pinocchio, du même Comencini, la meilleure adaptation du conte de Collodi que j'ai pu voir, dans un style plus léger tout de même (y'a pas de mal !). Le film est beau, mais le Top reste le feuilleton en 5 ou 6 volets (dont est tiré le film) et qui est déjà passé à la télévision il y a quelques années. Une merveille.

PS : oups, je viens de lire vos avis plus haut, et je vois que je ne suis pas le seul fan du Pinocchio version TV. Tant mieux ! :wink:
Simone Choule
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Post by Simone Choule »

A quand la sortie d'un collector Carlotta ?
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Un chef-d'oeuvre du cinéma populaire : «L'Incompris»

Post by Arca1943 »

« Pour Incompreso, les critiques habituels m'ont accusé d'avoir fait un film d'évasion. Moravia m'a dit autre chose : « Nous sommes à l'époque de Freud, que diable ! Va-t-on encore parler de ces petits problèmes ? » Je pense cependant qu'on n'a jamais réalisé de film où on voyait les enfants comme ça. » - Luigi Comencini


Après des années d'attente, je viens enfin de remettre la main sur L'Incompris, grâce à l'édition récemment encartée dans Le Monde. Un bon Samaritain a bien voulu, de sa droite puissante, me l'expédier par-dessus l'Atlantique.

Ce film n'est jamais sorti au Québec, en raison, je crois, d'une réception particulièrement hostile au Festival de Cannes, en 1967. Jusqu'ici, je n'avais pu le voir que dans sa V.O. italienne sur VHS, achetée à prix d'or chez Ital Video Disco, dans la Petite Italie.

Mais maintenant, ça y est ! Je le tiens ! Tous mes amis sont jaloux...

Comme la comédie, le polar ou le western, le mélodrame est un genre aux codes spécifiques, qui s'adresse (en priorité, mais certes pas exclusivement) à un public spécifique. Le plus grand mérite de Luigi Comencini, c'est d'avoir joué le jeu jusqu'au bout, de ne surtout pas avoir voulu faire autre chose qu'un mélodrame populaire, de ne pas avoir introduit le moindre clin d'oeil "d'auteur" - d'ailleurs, on le sait, il insiste pour se définir plutôt comme un artisan. Au contraire, il s'est servi au maximum de ce que le mélodrame, dans sa spécificité, lui permettait de dire et de montrer.

Dans le mélodrame, de Dickens à nos jours, il y a une place toute spéciale réservée à l'enfance. Je pense que le miracle de L'Incompris tient à la rencontre de cette thématique propre au genre et d'un réalisateur qui, au sujet de l'enfance, en a très long à dire et veut le dire dans le langage du plus vaste public. Avec sincérité et respect, Comencini et ses scénaristes (le tandem Benvenuti-De Bernardi) se sont immergés dans la logique narrative du mélodrame. Et ce faisant, ils ont donné à ce genre - dont pour ma part je ne suis pas très friand en général - une grandeur, une vérité indéniables.

Comme toujours avec Comencini, c'est le film qui va au spectateur et non le spectateur qui va au film. (Lui dit plutôt : « Dans mes films, c'est la caméra qui suit l'acteur et non le contraire »). Ce que j'aime à penser, ce que je veux croire, c'est que les spectateurs qui sont allés voir L'Incompris lors de sa sortie - et ils étaient nombreux, du moins en Italie - étaient à peu près les mêmes qui allaient voir les films de l'orphelin chantant Joselito ou qui iraient voir en 1970 L'Arbre de Noël avec Bourvil. Bref, le vrai public des mélodrames et pas un autre : Margot dans l'expression méprisante "faire pleurer Margot". En tout cas, certainement pas le "public" du Festival de Cannes de 1967 !

Tous les ingrédients du mélodrame populaire y sont. Et je me creuse vraiment la tête pour essayer de comprendre ce qui fait la différence, pourquoi je trouve souvent mauvais et même odieux tant de mélodrames centrés sur des enfants, alors que celui-ci est tout simplement génial.

Peut-être Incompreso est-il un tout petit peu plus sobre dans ses effets que le mélodrame, disons, courant? C'est possible. Mais alors, vraiment un tout petit peu, un tantinet de rien. Après tout, Anthony Quayle pleure déjà dans la première séquence... On y trouve peut-être aussi un peu plus d'humour qu'à l'accoutumée dans ce genre de film. Il y a aussi une question de progression narrative. Ce qui fait la force d'une bonne histoire, d'un récit efficace, c'est la façon dont tout s'y enchaîne avec naturel, avec fluidité, avec l'air de ne pas y toucher, pour prendre in fine un caractère inévitable, inexorable. Et ça, c'est un travail qui passe par d'innombrables détails qui, pris un à un, semblent anodins. La façon d'amener les événements par petites touches, pour ainsi dire en passant, et de les faire découler avec naturel de la confrontation des caractères. Une des valeurs ajoutées du cinéma italien de cette époque tient entre autres à une expertise de qualité supérieure dans la construction des personnages - expertise qui renvoie certes au «métier», à toutes sortes de détails techniques, de trucs et de ficelles de scénaristes, mais prennent leur source hors du cinéma : dans une connaissance redoutable du cœur humain.

Tous les éléments se complètent et s'ajustent. Ainsi, pourquoi les enfants d'un riche ambassadeur? Il y a là deux questions. Pourquoi riche? « Le choix d'un milieu riche, apparemment exempt de problèmes, n'est pas dû au hasard. Dans une HLM, il y a tant d'autres problèmes tellement plus urgents que certaines analyses deviennent impossibles » explique Comencini. Et pourquoi ambassadeur? Eh bien, je dirais, parce que le fait d'être des étrangers accroît l'isolement des enfants ? Dans un bref dialogue, Andrea raconte à son père qu'à l'école, on le surnomme «L'Anglais»... et on devine l'hostilité, voire le rejet. C'est un détail, mais chaque détail compte : il faut instaurer et justifier le fait que les deux enfants, Andrea et Milo, n'ont pas de camarades de leur âge qui viennent jouer avec eux. Ils sont en vase clos, en somme; leur milieu contribue à les isoler; et c'est un aspect important du drame qui va se nouer.

Bref, le récit a été ficelé par de fabuleux conteurs, dotés d'un sens du personnage et d'un sens du détail dans un idéal de fluidité, de discrétion narrative exemplaire. C'est un cinéma où la caméra fait tout pour se faire oublier, où les préoccupations, les trouvailles formelles n'ont de sens qu'au service de l'histoire qu'il s'agit de mener à son terme avec un maximum de vraisemblance; où le but ultime n'est pas d'être une leçon de cinéma (bien que c'en soit une aussi) mais d'être prenant, de faire passer une émotion aussi authentique que possible. «Ce qui compte dans un film, c'est que celui-ci contienne une vérité capable d'entraîner le spectateur beaucoup plus sur le plan de la sensibilité que sur celui de la logique.» (Comencini)

Je sens que je deviens « intarissable » et que le moment est donc venu de vous quitter ! Tout reste à dire, évidemment : en particulier sur le jeu à couper le souffle des deux enfants : Stefano Colagrande (Andrea) et Simone Giannozzi (Milo). Monsieur Comencini a 90 ans, mais il est encore temps de lui poser la question : dans vos films, comment faites-vous pour obtenir des enfants – ces poseurs professionnels – un jeu d'apparence si naturelle, si spontanée ? Le jeune Andrea Balestri dans Les Aventures de Pinocchio était extraordinaire lui aussi. De même que Francesco Bonelli, interprète d'Eugenio. Luigi Comencini comprend remarquablement bien les enfants : sinon il n'aurait pas pu réussir ce film. En voyant comment ils jouent pour lui, je crois qu'on peut dire qu'ils le lui rendent bien.

Arca1943

(Les citations de Comencini sont tirées de Gili, Jean. Luigi Comencini, Edilig, 1983)
« Les films d'une seule couleur ne sont pas bons. » - Dino Risi, entertainer
paul_mtl
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Re: Un chef-d'oeuvre du cinéma populaire : «L'Incompris»

Post by paul_mtl »

Arca1943 wrote:Jusqu'ici, je n'avais pu le voir que dans sa V.O. italienne sur VHS, achetée à prix d'or chez Ital Video Disco, dans la Petite Italie.
C'est combien un prix d'or ? :mrgreen:

ital video disco (514) 255-5374
5864, rue jean-talon est, St-Léonard H1S 1M2
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Post by Strum »

C'est un film prodigieux de sensibilité sur l'enfance. Un de ceux qui m'ont fait le plus pleurer aussi. Merci pour ta critique! :)