Topic naphtalinippon

Rubrique consacrée au cinéma et aux films tournés avant 1980.

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Eigagogo
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Re: Topic naphtalinippon

Post by Eigagogo »

gnome wrote:
Eigagogo wrote:J'en profite pour reupper Le dossier ATG .
Une de mes bibles... 8)
je vais essayer de choper l'historien/critique (Inuhiko Yomota .. une véritable institution) et lui poser qlq questions tordues ;) Et puis une grosse louchée de chroniques sur les trucs sous titré apparu entre temps quand j'aurai épuisé mes trucs en cours.
bruce randylan
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Re: Topic naphtalinippon

Post by bruce randylan »

Eigagogo wrote:
gnome wrote::|
on est quand même pas à plaindre avec tout ce qui il y a sur le net, c'est pas comme en '84 avec la retro 300 films de Pompidou où là les provinciaux pouvaient vraiment "pleurer".
Wahou ! 300 films !
C'était sur quoi ce cycle ? Le cinéma japonais en général ?
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Eigagogo
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Re: Topic naphtalinippon

Post by Eigagogo »

600 films en fait, sur un an et demi; Hiroko Govaers en parlait ici: http://eigagogo.free.fr/Personnes/Govae ... roko_1.htm (tu as le catalogue de la retro en photo, je l'avais vu trainer à la CF la dernière fois)
Anorya
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Re: Topic naphtalinippon

Post by Anorya »

copié-collé de mon texte aussi dans le topic Mizoguchi. :o


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Femmes de la nuit (Mizoguchi - 1948).

A Osaka, après la mort de son mari et de son bébé, Fusako, une secrétaire et maîtresse de son patron retrouve par hasard sa soeur Natsuko. Cette dernière, lui apprenant le décès de leurs parents travaille désormais comme entraîneuse dans un cabaret. Un soir Fusako rentre chez elle et surprend sa soeur dans les bras de son patron. Par colère et jalousie, elle décide de se prostituer...


"Lorsqu'on a tournés la scène où une prostituée, incarnée par Kinuyo Tanaka, s'évade de l'hôpital municipal, les filles qui étaient présentes ont bruyamment protesté : "A quoi cela sert-il de s'évader ? Pour une p***, elle est bien ingénue". "Ce serait trop facile de s'évader ainsi, surtout pour une fille belle comme Kinuyo Tanaka !" "Idiote ! Si nous étions vraiment belles, nous ne serions pas devenues "pan-pan"; on aurait pu dénicher un type plein aux as !". "Ce n'est pas notre cas". Une fille a fait semblant de racoler un client : "Come on ! C'est gratuit ! Tu es d'accord ?" "Attention aux maladies ! Take care ! Oh my father !" "I'm sorry ! Bye-Bye !". Quel bavardage !"
Souvenirs de Kenji Mizoguchi, de Yoshikata Yoda, petite bibliothèque des Cahiers du Cinéma, p.91-92.

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En 1948, Kenji Mizoguchi tourne Les femmes de la nuit, film d'une rare violence pessimiste sur la condition des prostituées dans un Japon vaincu qui peine à revenir lentement au top. Comme l'indique son scénariste et ami attitré, Yoshikata Yoda, l'époque a changé, les moeurs sont devenues plus sensuelles et libres, malgré la cicatrice de la guerre et la pauvreté du pays (1). Pour le cinéaste, rongé par la culpabilité du fait de la maladie de sa femme, c'est un milieu qu'il connaît bien puisqu'il en fut aussi client (2). Il s'agit donc d'une oeuvre expiatoire que, suite au visionnage de Rome, ville ouverte de Rossellini, Mizoguchi veut tourner d'une manière aussi réaliste que possible. De fait, le film n'aborde que très rarement les travellings extrêment fluides et magnifiques qui ont fait la renommée du maître, mais les cadrages parfaits et les actrices restent incroyables de vérisme, trop sans doute, car le film, ne laissant quasiment peu de chance aussi bien aux hommes (dépeint comme égoïstes, hypocrites ou possiblement dealers --le colis que l'on doit cacher) qu'aux femmes (luttes entre les clans de prostituées, respect de la hiérarchie, écrasement par la société) devient très étouffant en plus d'être implacable.

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Dans ses souvenirs du cinéaste, le scénariste s'excuse humblement de trouver le film très conventionnel même si il obtient un certain succès. Selon lui, le film, tout en exprimant la violence de cette époque, n'a pas entièrement réussi à décrire le changement radical des moeurs issu de la guerre, tant en mal qu'en bien. Yoda poursuit en expliquant qu' ambitionnant de montrer la tragédie des familles qui se défont, il [le film] n'aboutissait qu'à l'expression des conflits purement sentimentaux entre des soeurs ou entre une mère et sa fille (3), terminant sur le fait que certaines séquences relevaient d'un symbolisme purement occidental. Sur ce point, même si l'on peut trouver la séquence finale dans l'église de trop (personnellement, elle ne m'a nullement gêné), je pense que Yoda est un peu trop dur avec son travail passé (4). En effet, cette violence des moeurs est omniprésente à l'écran (les prostituées qui se battent) et témoigne d'une rare puissance du réel voulue par Mizoguchi et toute son équipe. D'ailleurs ces derniers étaient allés directement sur le terrain (hopitaux, rues, bars) et l'on peut voir à l'écran qu'il y a de vraies prostituées près des actrices. Par contre, si je ne suis pas d'accord avec Yoda vis à vis des "conflits sentimentaux" de famille, j'avoue que j'ai eu du mal à suivre certaines réactions de personnages, les rapports qu'ils entretenaient. Evidemment me mettre un carton sous les yeux expliquant certaines choses aurait été un peu gros mais j'ai senti qu'il manquait quelque chose. Trop froid, trop réaliste et frontal, je n'ai pas retrouvé ce lyrisme qui me fait aimer sans doute parfois à tort Mizoguchi. Mais sur le point de la peinture d'un pays qui découvre des nouvelles moeurs et réapprend à vivre après la défaite, la reconstitution est aussi prenante et réaliste que dans un certain Chien enragé (1949, un an après) d'Akira Kurosawa (les bars, les danseuses sous la sueur, l'individualisme nouveau qui concourt ici à voler un flingue, chez Mizoguchi à tenter de s'affirmer pour sa liberté, quitte à s'évader, chose impensable pour les vraies prostituées du film qui sont sur le lieu de tournage).

Un bon Mizoguchi même si je n'étais pas vraiment dedans. - 4/6.







(1) Souvenirs de Kenji Mizoguchi, de Yoshikata Yoda, petite bibliothèque des Cahiers du Cinéma, p.92.
(2) Kenji Mizoguchi, de Noël Simsolo, éditions Cahiers du Cinéma, Le Monde, p.49.
(3) Souvenirs de Kenji Mizoguchi, de Yoshikata Yoda, petite bibliothèque des Cahiers du Cinéma, p.93.
(4) Yoda écrit et rédige ses souvenirs du cinéaste 5 ans après sa disparition, soit approximativement en 1961. Cela ne sera par la suite traduit en français et diffusé dans les Cahiers du Cinéma qu'en 1965.
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The Youth Killer – 1976 – Kazuhiko Hasegawa

Post by gnome »

Seishun no satsujin sha (The Youth Killer) – 1976 – Kazuhiko Hasegawa 10/10?

Jun est amoureux de Keiko. La jeune femme est serveuse dans le snack qu'il tient près de l'aéroport de Narita. Mais ses parents et en particulier son père n'aiment pas la jeune fille. Ce dernier a d'ailleurs fait mener une enquête sur le passé de celle-ci. Le jour où il apprend à Jun qu'elle lui a menti, le jeune homme se retourne contre son père et le poignarde à mort. Commence alors pour lui une longue descente aux enfers.

Le film est brillant, mais difficile dire s'il est vraiment aimable tant celui-ci dérange, surtout dans sa première partie où il distille une atmosphère poisseuse et malsaine accentuée par la pénombre dans laquelle évoluent les personnages, le sang, la sueur. Pourtant, le film avait commencé légèrement en nous montrant Jun et keiko jouer presque comme des enfants, mais tout bascule très vite avec l'entrée en scène des parents. Plus rien ne sera plus jamais pareil après.

Le film est porté par le jeune duo d'acteurs dont Mieko Harada (Ran, Dreams) qui joue la jeune fille. Filmé au plus près des acteurs par une caméra très mobile, souvent à l'épaule, le film dissèque les dégâts faits par le mensonge, l'éclatement de la famille et ses dégâts collatéraux (beaux-parents, alcoolisme, désoeuvrement de la jeunesse en perte de repères).
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Eigagogo
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Re: The Youth Killer – 1976 – Kazuhiko Hasegawa

Post by Eigagogo »

gnome wrote:Seishun no satsujin sha (The Youth Killer) – 1976 – Kazuhiko Hasegawa 10/10?

Jun est amoureux de Keiko. La jeune femme est serveuse dans le snack qu'il tient près de l'aéroport de Narita. Mais ses parents et en particulier son père n'aiment pas la jeune fille. Ce dernier a d'ailleurs fait mener une enquête sur le passé de celle-ci. Le jour où il apprend à Jun qu'elle lui a menti, le jeune homme se retourne contre son père et le poignarde à mort. Commence alors pour lui une longue descente aux enfers.

Le film est brillant, mais difficile dire s'il est vraiment aimable tant celui-ci dérange, surtout dans sa première partie où il distille une atmosphère poisseuse et malsaine accentuée par la pénombre dans laquelle évoluent les personnages, le sang, la sueur. Pourtant, le film avait commencé légèrement en nous montrant Jun et keiko jouer presque comme des enfants, mais tout bascule très vite avec l'entrée en scène des parents. Plus rien ne sera plus jamais pareil après.

Le film est porté par le jeune duo d'acteurs dont Mieko Harada (Ran, Dreams) qui joue la jeune fille. Filmé au plus près des acteurs par une caméra très mobile, souvent à l'épaule, le film dissèque les dégâts faits par le mensonge, l'éclatement de la famille et ses dégâts collatéraux (beaux-parents, alcoolisme, désoeuvrement de la jeunesse en perte de repères).
un film très important, tout autant au coeur de son époque qu'on pu l'être les ATG60s. Adapté des romans de Kenji Nakagami qui forment une certaine clé de voute du cinéma 70/80s (http://www.imdb.com/name/nm0619949/). Et typiquement le type de films dont l'appréciation critique "officielle" à deux trains de retard (le temps qu'ils tracent les ponts menant des années 60s au 70s/80s). le type d'arc cruellement manquant, qui mène à des aberrations achevant de comparer Crazy Familly à un nanar au lieu de l'inscrire dans la généalogie ATG.

Mieko Harada représentait un certain canon "terrestre" qui a bcp marqué son époque (voir la Berceuse de la grande terre aussi, tournée l'année suivante). L'impact d'un Hasegawa ou Toshiya Fujita est immense, fort et "moderne" au sein de la cinephilie nippone, là où les vues brumeuses d'un Yoshida/Oshima n'ont plus forcement le même écho.
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Re: Topic naphtalinippon

Post by bruce randylan »

Eigagogo wrote:le type d'arc cruellement manquant, qui mène à des aberrations achevant de comparer Crazy Familly à un nanar au lieu de l'inscrire dans la généalogie ATG.
Même sans inscrire Crazy Familly dans la généalogie ATG, je ne vois pas comment on peut le considérer comme un nanar ! :?
Content en tout cas que cette rétro ATG rediffuse l'assassin de la jeunesse que j'avais raté lors de la rétro Kimura (même si je l'ai trouvé depuis)


Sinon, à la cinémathèque, on pouvait voir hier la fiancée des andes (1966) de Susumi Hani.
Première rencontre avec un des réalisateur emblématiques de la nouvelle vague. Par chance cette découverte ne sera pas l'unique puisque 3-4 de ses films seront dans le prochain cycle ATG :D

Tamiko, une veuve, et son enfant arrive au Pérou pour épouser le fils d'un ami de son père. Celui-ci travaille dans les champs indiens, descendants des mayas, et partage leur misère.

La structure du film est à première vue très basique avec une trame traditionnel : la jolie étrangère s'intègre mal à la vie des paysans, veut retourner chez elle, lutte pour se faire re-connaitre dans le village, prouvera sa valeur et finira par y vivre épanouie.
Mais, la fiancée des Andes est plus riche que ça par sa dimension documentaire qui se substitue à une vraie histoire. On peut presque parler de refus de narration tant les enjeux traditionnels sont absents ou réduits au minimun.
Hani est bien plus intéressé à filmer la vie des indiens et leur folkore sans pour autant versé dans la carte postale touristique. Il y a bien sur une dimension un peu didactique à montrer leur quotidien et différents aspects de leur mode de vie (les champs, les marchés, les séductions, laver les vêtements) mais c'est fait avec respect sans jamais que cela soit forcé ou accentué puisqu'il n'y a pas d'histoire qui rendrait cette intégration artificielle.
C'est en tout cas, pour se que j'en connais, la première fois que je fois un film japonais évoquer un pays et une culture différente de la leur. Celà dit, Hani interroge la place du Japon dans le monde puisque le film évoque la vague massive d'immigrés nippon en l'Amérique latine vers les années 1880. Plus qu'un récit, le cinéaste cherche à filmer un instant présent, un état d'esprit des habitants de son pays, une réalité sociale et politique de la situation des indiens au Pérou avec un regard qui encourage à s'ouvrir aux autres et ne pas vivre replier sur soi (ce que politiquement le Japon a toujours fait). Je me demande aussi s'il n'y a pas un parallèle entre les Quechuas et les Ainous que les Japonais ont tentés de faire disparaitre. C'est justement dans les années 60 que ceux-ci ont commencé à militer pour que leur culture soit préservée. Un sujet délicat qui demeure encore relativement tabou dans la société japonaise.

Avec ce refus de la narration traditionnelle, il est normal qu'on soit puisse rejeter le film (mon collègue d'1kult a véritablement détesté). Pour ma part, passé les 15-20 premières minutes déstabilisantes, j'ai vraiment été sous le charme du portrait de l'héroïne (et de l'actrice), du rythme, la beauté des images (sans exotisme), la musique péruvienne, de la façon du réalisateur d'esquisser la situation des Indiens en quelques scènes. Cela fait oublier les défauts du film comme des raccourcis tout de même gênant ou un symbolisme pas très subtil (le serpent qui provoque l'accident).
J'ai envie de dire que La fiancée des andes est un film tout aussi important, anti-conformiste et contestataire que pouvaient l'être ceux de Imamura ou Oshima.


Je met en lien le dossier sur le cinéaste d'eigagogo :wink:
http://eigagogo.free.fr/Personnes/Hani_Susumu/hani1.htm
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Re: Topic naphtalinippon

Post by gnome »

Dans le style, son dernier film était Histoire d'Afrique (avec James Stewart... oui, oui... :shock: )...
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Anorya
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Re: Topic naphtalinippon

Post by Anorya »

hop, copié-collé Mizoguchi. :o

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5 femmes autour d'Utamaro (1946).

A la fin du XVIIIe siècle, les pérégrinations du peintre Utamaro et des femmes qui gravitent autour de lui. Parce que malgré son talent il peint une estampe pour un tatouage à même la chair d'une femme, il est condamné à avoir les mains liés pendant une cinquantaine de jours...
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Avec ce film, Mizoguchi s'interroge sur la condition de l'artiste face à son art et surtout sa représentation de la beauté à travers l'idéal féminin, que celui-ci soit une prostituée ou une simple pêcheuse. Mais ce qu'on peut voir à travers ce portrait d'un artiste plus qu'un homme (on sait que le cinéaste s'intéresse bien plus à la condition féminine que masculine), c'est sans doute plus le portrait du cinéaste vis à vis de son art et des femmes qu'il filme, la sublime Kinuyo Tanaka, son égérie, la première. Un an après la reddition du Japon, c'est bien plus l'envie d'un créateur d'embraser à nouveau et puissamment le cinéma à travers une production toujours aussi importante : on constate en regardant sa filmographie qu'il tournait 2 films par an généralement. Alors si le créateur est pieds et poings liés, comme Utamaro, comment ne pas s'identifier pour Mizoguchi à la frénésie de création qui s'empare de celui-ci sitôt qu'il est libéré, laissant ses amis festoyer en son nom derrière lui (dernières captures plus bas) ?
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Comme Noël Simsolo l'écrit : "La recherche stylistique est, d'ailleurs, le véritable sujet de ce film centré sur les femmes, qui présente l'artiste comme un être naturellement subversif, féminisé et transcendant ses désirs sexuels par la création. Autour de lui, les tragédies, les excès et les déchéances abondent. Mais il n'en témoigne que par son art. L'auteur le souligne en installant un duel au dessin en ouverture du film. C'est par la preuve de son talent qu'Utamaro impose la défaite à son adversaire. Parce qu'il reproduit la vie, donc le réel, par l'épure de son style. Nul doute que Mizoguchi fait ici son autoportrait. (*)"

Le plus surprenant est sans doute (en comparaison avec le froid et brutal Les femmes de la nuit l'année d'après) ici le lyrisme dont fait preuve Mizoguchi. Les compositions, les cadrages, la lumière, l'interprétation exaltée des acteurs (il y a même quelques pointes d'humour, chose impensable chez le cinéaste), cet ensemble fragile emporte l'adhésion de ce splendide mélodrame où Mizoguchi, en traitant le sujet non frontalement, mais en sautant constamment d'un personnage à un autre, dresse un panorama de l'artiste et du lien social qui l'établit aux autres. Ainsi, les travaux du peintres ne seront évoqués qu'en toute fin, en conclusion de beauté parachevant le film, indiquant bien que ce n'est pas la manière de peindre ou dessiner qui importe le plus ici mais bien comment une vie se construit, se nourrit dans et avec l'Art et la vie. Quand on connait bien de fait quelques oeuvres d'Utamaro, on s'aperçoit que Mizoguchi y fait alors subtilement référence. Cette jeune pêcheuse dont Utamaro trouve le corps sublime et incomparable, le lien ne sera établi qu'en fin. Somme et récapitulatif d'une vie d'artiste dont on ne connait rien mais dont les oeuvres parlent pour elles-mêmes.
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Et puis comme toujours, ce qui fait la grandeur et la noblesse de Mizoguchi, cette façon bien humaine et humble de traiter constamment ses créatures, n'apposant jamais de constat ou de jugement moral, plaçant le cinéaste à l'égal pour moi d'un grand cinéaste du mélodrame comme Sirk par exemple. Si 5 femmes autour d'Utamaro n'est pas aussi déchirant que les grands chefs d'oeuvres des années 50 à venir chez Mizoguchi, il en a quand même une sacrée grandeur et annonce, susurre même, ces films magnifiques là.

5/6.




(*) Kenji Mizoguchi par Noël Simsolo, éditions Le Monde/Cahiers du cinéma, p. 48.
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bruce randylan
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Re: Topic naphtalinippon

Post by bruce randylan »

Histoires de fantômes japonais (Nobuo Nakagawa - 1959)

Iemon, samurai ambitieux et impulsif assassine le père de sa fiancée qui refusait leur mariage. Influencé par un ami sans scrupule, son arrivisme le pousse à envisager de tuer son épouse.

Une histoire ultra-classique du cinéma japonais qui a produit par dizaine des films sur ce scénario. Dans son cycle Japan-Horror, la MCJP n'en diffuse pas moins de 4 ! :o
Je n'ai pas encore vu les autres, mais celle-ci est vraiment excellente. Dès trois films de Nakagawa que j'ai vu, c'est même clairement le meilleur, loin devant l'enfer et les fantômes du Marais Kazane qui, en dehors de leurs ouvertures et de leurs conclusions, demeurent très plats et ennuyeux.

Avec ici 75 minutes, Nakagawa va directement à l'essentiel et ne s'égare pas trop en cours de route. Ca va peut-être même un peu trop vite car durant les 20 premières minutes, je n'ai pas trop compris qui était qui. Du coup, l'intérêt n'a pas le temps de redescendre et quand on pense que l'histoire va faire du sur-place, elle passe à la vitesse supérieur avec le fameux assassinat qui va venir hanté Ieomon.
La mise en scène durant cette première heure était des plus efficace avec une mise en scène à la fois élégante, très fluide et parfois même virtuose. Certains scènes sont des plan-séquences assez complexes (le double meurtre qui ouvre le film, le plan qui suit le masseur rentré dans une maison, traversé plusieurs pièces, monter un étage pour se poser dans une chambre où se trouve Iemon). Assez influencé par le théâtre, on ne peut pas dire que le rythme soit forcément nerveux mais cette mise en scène entretient une tension.
Une tension qui explosera dans les 15 dernières minutes qui sont extraordinaires. D'une invention permanente avec des idées graphiques impressionnantes et une photographie aux couleurs saturés à la Bava (mais avant Bava), c'est un quart d'heure anthologique qui pousse toujours plus loin l'imagination pour traduire la folie qui s'empare du héros (ce ralenti où une victime tombe dans la chambre qui s'est transformé en marais :shock: ).
Entre obscurité quasi-total, jeu de couleurs primaires, apparitions soudaines, mouvements de caméra rapides, maquillage, décors artificiels ou astuce de montage, c'est un grand moment de cinéma qui n'a pas vieilli et qui parvient à distiller ce petit sentiment de malaise et d'angoisse qui donnerait presque la chaire de poule à quelques reprises.
Vraiment la grande classe.

pour information, la MCJP devait diffuser hier la version Misumi mais ils se sont trompés pour mettre celle-ci qui sera toujours projeté le 13 mai.
Le Misumi sera lui diffusé le samedi 14 mai à 20h (à la place de "The haunted" dont ils n'auront pas la copie à temps).
Les 2 autres versions seront celles de Keisuke Kinoshita (de 160 minutes :| ) et celle de Tai Kato ( :D )
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Re: Topic naphtalinippon

Post by gnome »

Tu parles du Fantôme de Yotsuya?
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Re: Topic naphtalinippon

Post by k-chan »

gnome wrote:Tu parles du Fantôme de Yotsuya?
Oui, c'est bien Les fantômes de Yotsuya (Tokaido Yotsuya Kaidan). Il était sorti en VHS en France sous le titre Histoires de fantômes japonais.
Et il est trouvable en VOSTFR en fansubs. :wink:
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Re: Topic naphtalinippon

Post by bruce randylan »

Oui, voilà c'est bien ça.
Apparemment il était aussi passé sur le câble il y a une quinzaine d'années (ce fut le premier "chambara" découvert par un ami)
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Re: Topic naphtalinippon

Post by magobei »

bruce randylan wrote:Oui, voilà c'est bien ça.
Apparemment il était aussi passé sur le câble il y a une quinzaine d'années (ce fut le premier "chambara" découvert par un ami)
Kurosawa (Kiyoshi) le classe parmi ses films marquants dans son "Effroyable histoire du cinéma". Faut que j'essaie de me le procurer 8)
Mais peut-on vraiment parler d'un chambara?
Ça sera la restauration antédiluvienne de 2017 sortie chez Olive et Koch, mais avec un bitrate à 26Hz et du DNR à 36Mb comme toujours chez l'éditeur. Autant dire que l'image sera merdique. Mais je vais l'acheter, même si ça fera doublon avec le Olive, le Koch et le Indicator parce qu'il y a des STF - je n'en ai pas besoin, mais c'est important si on veut partager - et surtout la VF d'origine avec Henri Chalant qui double Rex Edwards qui joue l'indien qui se fait tuer sur la gauche à 40:23.
bruce randylan
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Re: Topic naphtalinippon

Post by bruce randylan »

Non, ce n'est pas un chambara mais c'est dans ce cadre là qu'il avait été diffusé sur la câble :wink:
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