Topic naphtalinippon

Rubrique consacrée au cinéma et aux films tournés avant 1980.

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beb
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Re: Topic naphtalinippon

Post by beb »

Traquenard de Teshigahara (1962)
1er film du réalisateur et il démarre très fort avec un film qui tire de tous les cotés.
Le problème de ce genre de film qui est à la fois,…attention : social, politique, surréaliste, humoristique et ironique, policier et violent, c’est qu’on se pose la question toute les 5 minutes de la signification du genre dans lequel on se retrouve, et finalement un peu au détriment du film lui-meme.
En plus de cela il faudrait connaître en détail la situation sociale et politique du Japon de 1960 pour saisir toutes les allusions.
On a un peu l’impression que le réalisateur a voulu mettre dans cette 1ère œuvre toutes ses idées formelles, ses interrogations philosophiques, ses prises de position sociales et politiques

En bonus du DVD, on trouve 2 documentaires du meme Teshigahara bien sur, sur José Torres, boxeur américain des années 50-60. La 1ère partie est superbe. Pas encore vu la 2ème…
Joe Wilson
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Re: Topic naphtalinippon

Post by Joe Wilson »

Le visage d'un autre (Teshigahara)

Moins éblouissant formellement que La femme des sables...mais Teshigahara parvient encore à fasciner durablement, bousculant et déroutant le spectateur par la multiplicité des thèmes abordés : au-delà de la figure du masque, de l'identité, du regard des autres, ils se réapproprie le mythe de Frankenstein avec une aisance impressionnante. Et la mise en scène, à travers une méditation troublante et douloureuse, dévoile un malaise permanent dans l'expression du visage et du corps.
Nakadai délivre (encore une fois) une prestation mémorable : son visage est vide, son regard fuyant...ce sont donc les nuances de sa voix qui révèlent l'amertume, une colère sourde, sans issue. Face à la rigueur d'un récit sombre et poignant, Teshigahara offre un répit par la beauté plastique des cadres, une poésie qui contemple l'horreur avec éclat et dignité.
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gnome
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Re: Topic naphtalinippon

Post by gnome »

- Silence (Masahiro Shinoda) 7.5/10

Au début, on se demande ce que fait Shinoda, l'esthète coupable de perles sublimes comme Assassinat ou Double suicide à Amijima dans l'affaire tant l'image est fade (mais peut-être est-ce le transfert de chez Eureka) et le cadre de la plupart des plans banal à en mourir. Pourtant, le sujet était alléchant, voire promettait d'être passionnant, mais Shinoda filme le tout assez platement, et ce n'est pas le jeu horripilant des deux acteurs occidentaux qui sauve ce début de film du naufrage... On se demande même le pourquoi du choix du 1.33 comme cadre, mais ce choix s'avère à la longue finalement intéressant tant il enferme les personnages dans leurs certitudes et leurs croyances. Puis progressivement, à partir du deuxième tiers, il semble que le réalisateur trouve ses marques, les plans sont plus soignés, certains sont d'ailleurs de toute beauté... La réflexion sur la place du christianisme dans la culture japonaise se fait plus présente sans être appuyée, le sort réservé aux chrétiens par le gouvernement en place est efficacement décrit (même si on peut lui préférer un autre film sur le sujet dont je n'ai encore vu que des extraits, Le rebelle de Nagisa Oshima), et le dilemme moral des protagonistes prend le devant de la scène et on se surprend à écouter avec intérêt les arguments des deux parties sans finalement trouver qui a réellement raison dans l'affaire. Bref, un film loin d'être parfait, son auteur a fait beaucoup mieux, mais qui mérite cependant le détour.
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-Kaonashi Yupa-
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Re: Topic naphtalinippon

Post by -Kaonashi Yupa- »

gnome wrote:- Silence (Masahiro Shinoda) 7.5/10

Au début, on se demande ce que fait Shinoda, l'esthète coupable de perles sublimes comme Assassinat ou Double suicide à Amijima dans l'affaire tant l'image est fade (mais peut-être est-ce le transfert de chez Eureka) et le cadre de la plupart des plans banal à en mourir. Pourtant, le sujet était alléchant, voire promettait d'être passionnant, mais Shinoda filme le tout assez platement, et ce n'est pas le jeu horripilant des deux acteurs occidentaux qui sauve ce début de film du naufrage... On se demande même le pourquoi du choix du 1.33 comme cadre, mais ce choix s'avère à la longue finalement intéressant tant il enferme les personnages dans leurs certitudes et leurs croyances. Puis progressivement, à partir du deuxième tiers, il semble que le réalisateur trouve ses marques, les plans sont plus soignés, certains sont d'ailleurs de toute beauté... La réflexion sur la place du christianisme dans la culture japonaise se fait plus présente sans être appuyée, le sort réservé aux chrétiens par le gouvernement en place est efficacement décrit (même si on peut lui préférer un autre film sur le sujet dont je n'ai encore vu que des extraits, Le rebelle de Nagisa Oshima), et le dilemme moral des protagonistes prend le devant de la scène et on se surprend à écouter avec intérêt les arguments des deux parties sans finalement trouver qui a réellement raison dans l'affaire. Bref, un film loin d'être parfait, son auteur a fait beaucoup mieux, mais qui mérite cependant le détour.
Je crois que comme toi, c'est l'esthétique du film qui m'a le plus surpris et déçu au final. Dee mon côté je ne me rappelle pas avoir vu une évolution en cours de films, il faudrait peut-être que je le revois.
Aussi parce que, pour avoir lu le roman d'origine de Shusaku Endo depuis, je mélange un peu les deux oeuvres. Il faut dire que Shinoda adapte fidèlement le roman, et au final je crois qu'il y a peu de différences dans le déroulement de l'histoire. Dans mon souvenir, comme tu le soulignes, la réflexion au centre du film est très bien mené et très pertinente car elle ne prend pas partie et expose très bien les divers dilemmes rencontrés par les personnages.
Je ne désespère pas qu'un jour, enfin, Scorsese arrive à faire son adaptation du roman. Ce serait potentiellement de l'or entre ses mains (encore plus si Daniel Day-Lewis et Benicio Del Toro sont toujours de la partie).
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(j'ai voulu commencer une page Letterborxd, mais j'ai vraiment pas la patience ni le temps de tout reprendre, en plus avec des titres en anglais...)
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Re: Topic naphtalinippon

Post by gnome »

-Kaonashi Yupa- wrote:De mon côté je ne me rappelle pas avoir vu une évolution en cours de films, il faudrait peut-être que je le revois.
C'est peut-être dû au fait que l'intrigue se fait plus intéressante à mesure que le film avance, mais il m'a vraiment semblé que du strict point de vue "cadrages", "mouvements de caméras", le film bonifiait à partir du deuxième tiers voire de la moitié...
-Kaonashi Yupa- wrote:Je ne désespère pas qu'un jour, enfin, Scorsese arrive à faire son adaptation du roman. Ce serait potentiellement de l'or entre ses mains (encore plus si Daniel Day-Lewis et Benicio Del Toro sont toujours de la partie).
C'est clair... Je crois que s'il s'y met sérieusement, il a la matière pour en faire son meilleur film et rattraper le semi-échec de La dernière tentation... Mais je ne me fais plus trop d'illusions...
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Re: Topic naphtalinippon

Post by cinephage »

Rivière Noire, de Masaki Kobayashi (1957)

Un film noir qui se situe dans les bas-fonds, près d'une base militaire américaine, base qui, du fait de sa richesse, se fait le centre d'activités sordides telles que prostitution ou autres... Pour moi, ce film réussit ce que peine à faire Kurosawa dans ses bas-fonds, qui colle trop à son texte d'origine pour ne pas perdre un peu en actualité. C'est tout l'inverse avec cette Rivière noire (dont j'explique mal le titre, au demeurant), qui décrit la veulerie humaine avec une noirceur inhabituelle.
Dans ce cadre, le trio amoureux qui est au coeur du film touche juste, et l'ambiance poisseuse est fort bien restituée, entre une photo souvent remarquable et une bande sonore jazzy et étouffante. L'interprétation est sans faille, notamment Tatsuya Nakadai, dans un rôle dur de brute attiré par la pureté, qu'il ne peut que souiller...
Au final, si le film n'est pas sans défauts (Kobayashi manque à mes yeux de finesse, il a tendance à toujours insister, s'apesantir sur les choses qu'il cherche à exprimer), c'est tout de même un film noir fort réussi.

8/10
I love movies from the creation of cinema—from single-shot silent films, to serialized films in the teens, Fritz Lang, and a million others through the twenties—basically, I have a love for cinema through all the decades, from all over the world, from the highbrow to the lowbrow. - David Robert Mitchell
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k-chan
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Re: Topic naphtalinippon

Post by k-chan »

Petite rétrospective Yasujiro Shimazu, à la Maison de la Culture du Japon à Paris, du 6 au 16 octobre. :D

Qui est-ce qui y va ?

http://www.mcjp.fr/francais/cinema/yasu ... s-plaisirs

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k-chan
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Re: Topic naphtalinippon

Post by k-chan »

Bon ben moi qui pensais pouvoir venir quelques jours à Paris, et profiter par la même occaz de cette belle rétro, ça tombe une fois de plus à l'eau... :|
bruce randylan
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Re: Topic naphtalinippon

Post by bruce randylan »

J'ai réussi à en voir 3 alors que ce n'était vraiment pas joué (merci à la grève SNCF qui m'a empêché de partir en Week-end :mrgreen: )

Premier pas sur le continent (1932)
Ce "mélodrame portuaire" (remake de Dock of New York de Von Sternberg ) est assez décevant.
Le début partait pourtant bien avec une introduction assez jolie qui présentait l'héroïne dans un joli travelling portée par une chanson mélancolique. Même chose pour le personnage masculin qui apportait un souffle "documentaliste" assez réussi, bien mis en valeur par une belle photographie en extérieur et quelques cadrages fort esthétiques.
Mais l'histoire s'enfonce rapidement dans des clichés bien mélo qui ont atrocement vieillis. Quant aux rebondissements , ils sont totalement absurdes et idiots pour faire plaisir au public et ils cassent totalement la fin qui semblait pourtant relever le niveau.
Reste quelques fulgurances (surtout des affrontements dont un se déroulant dans l'obscurité d'une boîte de nuit) qui viennent réveiller le spectateur d'une torpeur dangereuse.

Ainsi va l'amour (1938)
Celui-ci est bien mieux réussi. C'est encore un mélodrame mais le ton y est bien moins stéréotypé, consensuel et commercial. L'écriture est bien plus originale avec l'ajout de personnages secondaires qui viennent dédramatiser la situation par leurs regards extérieurs comme le couple qui loue l'appartement du couple en crise ou le responsable qui fait passer des entretiens d'embauches. Le film se fait même très frais voire très drôle quand la jeune sœur du mari vient rendre visite à sa belle-sœur. Le frère et la sœur s'envoient alors des répliques bien piquantes qui rendent le film naturel, spontanée et finalement assez moderne.
Ces personnages extérieur comme la courte durée ( 57 minutes) ne parviennent pas cependant à empêcher que le film tourne en peu en rond sur la fin avec des séquences répétitives. Fort heureusement, le charme général du film, son ton personnel et un peu décalé, les acteurs bien attachants et l'humanisme de Shimizu (jamais dégoulinant ni détaché) en font une comédie dramatique assez réussie qui rappelle furieusement le cinéma d'Ozu et ses problèmes de compréhension d'une génération à l'autre sur les questions de marriages.

Encore mieux pour ne pas dire excellent les trois prétendants (1937)
C'est cette fois une pure comédie et Shimizu s'y montre très à l'aise avec une écriture la aussi très moderne et surprenante qui joue beaucoup sur les ellipses et les changements de personnage central. Même si le titre lance donc des pistes, il est difficile de prévoir où nous emmène le film.
Ca commence comme le précédent avec un mari looser au chômage qui profite de sa femme pour ne pas avoir à chercher un travail. Après un ultimatun, il passe un entretien où il rencontre deux autres chômeurs.
La narration passera alors de l'un à l'autre avec pour effet de ne pas montrer ce qui se passe dans la vie du personnage qu'on suivait initialement. D'où quelques surprises vers la fin du film.
C'est très astucieux, original et rondement bien mené à quelques petites baisses de régime qui s'efface vite devant quelques scènes vraiment irrésistibles où l'on rit de bon cœur : l'entretien d'embauche et la mise en situation avec une "cliente", la technique pour ramener 20 clients en quelques secondes, le sans-gêne de l'un des 3 prétendants, le retour d'une soirée bien arrosée où un des héros ne reconnait plus son apart'... et donc la conclusion.

Les acteurs sont épatants avec un jeu très frais et naturels que la mise en scène limpide et précise transcende à chaque fois.

Un petit bijou qui a en plus l'intelligence de ne durer qu'à peine plus d'une heure.

La nouvelle Brucette ( :D ) qui n'a jamais vu de films japonais (et surement bien peu de films des années 30 tout court) a trouvé Ainsi a l'amour vraiment pas mal. Elle a même voulu rester pour les trois prétendants qu'elle a bien aimé aussi. :)

Lors de la rétro Sochiku j'avais pu voir Yaé, notre petite voisine (cf l'avis d'époque)
Sinon Un ami a aussi vu Okoto et Sasuke qu'il a trouvé assommant comme rarement.
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Re: Topic naphtalinippon

Post by Helward »

J'ai pu voir 4 films de cette rétrospective Shimazu. :)

Premier pas sur le continent, que j'ai trouvé effectivement très vieilli, se traine en longueur et n'offre que très peu de moments enthousiasmant.
les Lumières d'Asakusa, intéressant dans sa thématique (la condition d'artiste, la place de la femme dans la société) et réservant quelques beaux moments de cinéma (notamment une séquence dans une ruelle sombre), mais délayant un propos quelque peu indolore.
Okoto et Sasuke et Un frère et sa petite soeur font quant à eux preuve d'un vrai talent de mise en scène. J'ai vraiment été étonné par son inventivité: travelling latéraux, lents travelling avant, hors-champs, caméra qui cadre un visage et dans un seul mouvement glisse pour filmer un arbre, le ciel, caméra qui pivote pour découvrir en arrière plan une autre partie du décor, voix-off sur des flash-back ou des scènes commentées... Tout çà sans lourdeur technique, de façon très élégante et naturelle, tout comme peut l'être le jeu des comédiens (en ce sens je retiendrai tout particulièrement les 15 premières minutes de Un frère et sa petite soeur)
Il faut noter aussi que Shimazu utilise rarement de musique dans ses films et reste le plus souvent intradiégétique (radio, instruments joués)

Le seul reproche général que j'ai à faire finalement (mais il est de taille me concernant et s'applique aux 4 films), c'est cette propension au mélo gentillet qui compromet dangeureusement les si belles initiatives formelles de Shimazu.
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Re: Topic naphtalinippon

Post by bruce randylan »

Helward wrote: Le seul reproche général que j'ai à faire finalement (mais il est de taille me concernant et s'applique aux 4 films), c'est cette propension au mélo gentillet qui compromet dangeureusement les si belles initiatives formelles de Shimazu.
Dommage d'avoir raté du coup les trois prétendants et Yaé
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Re: Topic naphtalinippon

Post by Helward »

bruce randylan wrote:Dommage d'avoir raté du coup les trois prétendants et Yaé
C'est vrai.
Mais pour Yaé, j'ai pu récupérer une copie...
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Re: Topic naphtalinippon

Post by bruce randylan »

Tu m'en diras des nouvelles alors :wink:
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Re: Topic naphtalinippon

Post by shaman »

Pour info, la MCJP commence 2011 avec plusieurs rétros dont un focus sur la Toho ! Voir le programme
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Re: Topic naphtalinippon

Post by bruce randylan »

:shock: :shock:
OH MON DIEU !

Les 3 premier mois de l'année 2011 vont être sacrément intense. Je ne pourrais jamais tout voir. Ca va être une vraie déchirure de rater certaines séances.
Heureusement que ma nouvelle copine qui ne connait pas grand chose au cinéma est assez curieuse et a bien accroché à ce que je lui déjà montré du cinéma asiatique.
Mais fichtre : du Mikio Naruse, du Tadashi Imai (la révélation du précédent cycle), du Tomu Uchida, Kinuyo Tanaka, Masaki Kobayashi, Kihachi Okamoto... sans parler de tous les inconnus ! C'est du lourd là !
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