Ray Enright (1896-1965)

Rubrique consacrée au cinéma et aux films tournés avant 1980.

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james
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Ray Enright (1896-1965)

Post by james »

J'ai voulus parlez de ce realisateur qui me fait plaisir tant ces western sont très populaire voire hyper conventionnel mais très satisfaisant au final,n'en deplaise mais je considère ray enrigth comme etant un honnete artisan dans sa categorie.

Il fut l'un des premiers a concevoir le personnage de "randy scott" au debut des anneés 40 et s'accorda a dire qu'il fut plus a l'aise dans sa direction d'acteurs a l'interieur des studio plutot qua l'exterieuxs,ont n'oubliras pas ses superbes plan de saloon dans quelques western qui ne manque ni de charme ni de talens(les ecumeurs,les chevaliers du texas).

Modeste dans ses oeuvres,mais remarquables auteur des western qu'il realisera ray enrigth et le troisième couteau des realisateur d'hollywood qui savait faire du vraie cinéma populaire comme je l'ai aime et peut-etre vous aussi,voici la filmo western de ray enrigth;

:arrow: the river's end..1941
:arrow: bad men of missouri..1941
:arrow: wild bill hickock..1942
:arrow: the spoilers(les ecumeurs)1942
:arrow: men from texas..1942
:arrow: sin town..1942
:arrow: trail street(du sang sur la piste)1947
:arrow: albuquerque (la descente tragique)1947
:arrow: return of the badmen(far-west 89)1948
:arrow: coroner creek(ton heure a sonné)1948
:arrow: south of st louis(les chevalier du texas)1949
:arrow: montana..1950
:arrow: kansas raiders(kansas en feu)1950
:arrow: flaming feather(les fleches de feu)1951

vala,james :D
je suis fana de ce genre ciné,je recherche et propose.merci
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Jeremy Fox
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Far West 89 (Return of the Bad Men, 1948) de Ray Enright
RKO


Avec Randolph Scott, Robert Ryan, George 'Gabby' Hayes, Anne Jeffreys, Steve Brodie, Lex Barker, Jacqueline White
Scénario : Luci Ward, Jack Natteford & Charles O'Neal
Musique : Paul Sawtell
Photographie : J. Roy Hunt
Une production Nat Holt pour la RKO


Sortie USA : 17 juillet 1948


Coroner Creek, que le réalisateur tourna pour la Paramount, était sorti sur les écrans américains seulement 15 jours auparavant ; il s’agissait à ce jour probablement de son meilleur western avec quand même Les Ecumeurs (The Spoilers), ce dernier bénéficiant surtout d’un inoubliable trio composé de John Wayne, Marlene Dietrich et Randolph Scott (l’acteur étant dès lors de quasiment tous les westerns du cinéaste). Le 17 juillet, c’est au tour de la RKO de proposer son Ray Enright annuel. Voyant que les films d’horreurs de l’époque ne faisaient surtout rentrer de l’argent que lorsque plusieurs monstres notoires étaient réunis à l’affiche, les producteurs avaient eu l’idée de faire de même pour le western, regroupant dès le début des années 40 de nombreux outlaws célèbres dans le même film. Badman’s Territory de Tim Wheelan, déjà pour la RKO, multipliait les rencontres de hors-la-loi ne s’étant jamais côtoyés dans la réalité. Son succès poussa le studio à réutiliser la formule (sans pour autant en faire une séquelle) et frapper encore plus fort avec Return of the Bad Men puisque jamais une telle concentration de bandits notoires n’avait encore eu lieu. Le film de Ray Enright ne compte en effet pas moins que le gang de Bill Doolin, Arkansas Kid, Wild Bill Yeager, George Mason, les frères Younger, les frères Dalton, Billy the Kid et même Sundance Kid (le personnage interprété plus tard par Robert Redford dans Butch Cassidy et le Kid (Butch Cassidy and the Sundance Kid), tous confrontés ici à un Marshall de fiction.


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1889. On se prépare à quitter la petite ville de Braxton pour aller en fonder une autre un peu plus loin en Oklahoma, le gouvernement américain ayant racheté une partie de leurs terres aux indiens, désormais prêtes à accueillir les colons. Profitant de cette effervescence, sous le commandement de Bill Doolin (Robert Armstrong), une belle brochette de bandits de renom vient dévaliser la banque de John Petitt (George ‘Gabby Hayes’). La nièce du chef de gang, Cheyenne (Anne Jeffreys), est blessée durant la fusillade qui s’ensuit. Elle est recueillie puis soignée par l’ex Texas Ranger Vance Cordell (Randolph Scott). Désormais rancher, il est sur le point d’épouser Madge (Jacqueline White), la fille du banquier, déjà veuve et mère d’un jeune garçon. Vance pousse Cheyenne à en finir avec cette vie aventureuse et dangereuse. Ayant réussi à s’échapper, les conseils de Vance lui trottant en tête, elle n’en revient pas moins se rendre avec l’argent du hold-up avant d’être graciée. Puis c’est la ruée aux nouvelles terres et la ville de Guthrie pousse en à peine quelques jours. Une fois tout le monde installé, les soldats qui avaient supervisé l’érection de la Boom Town doivent repartir vers de nouvelles missions ; la ville risque désormais de tomber aux mains des hors-la-loi. On propose à Vance d’accepter l’insigne de Marshall afin que ça ne se produise pas ; s’il refuse dans un premier temps, écœuré par la violence que font régner Dooolin et sa bande, il ne tarde pas à prendre les choses en main. Tiraillé entre Cheyenne tombée sous son charme et sa futur épouse, il va devoir néanmoins mettre fin aux agissements des impitoyables outlaws ; il va surtout avoir fort à faire avec Sundance Kid (Robert Ryan), violent psychopathe apparemment plus intéressé à tuer qu'à cambrioler…


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Le duo de scénaristes Jack Natteford et Luci Ward semblait s’être spécialisé depuis une dizaine d’années dans les histoires mettant en scène ces hors-la-loi ayant défrayés la chronique du Far West ; c’étaient déjà les auteurs de Black Bart (Bandtis de grands chemins) de George Sherman dont nous avons parlé peu de temps auparavant. Far West 89 bénéficie de leur efficacité d’écriture et pourra ainsi faire passer un agréable moment aux amateurs de petits westerns de série B, et seulement eux. Les autres peuvent aller voir ailleurs ; on ne va quand même pas leur vendre ce plaisant divertissement pour un film ayant des chances de leur plaire ! Contrairement à ce que le titre aurait pu nous laisser supposer, ce ne sont pas les Bad Men qui squattent les devants de la scène mais bien le personnage interprété par Randolph Scott ainsi que les deux femmes qui tournent autour de lui. Deux personnages assez attachants puisque pas forcément manichéens tout en ayant des personnalités assez contrastées ; la future épouse (tout comme Yvonne de Carlo dans Black Bart qui veut que son futur mari arrête sa vie aventureuse de peur de le retrouver un soir se balançant à une branche d’arbre), souhaite une vie conjugale tranquille et ne désire pas avoir à nouveau un mari homme de loi, déjà veuve d’un shérif et ne souhaitant pas revivre les même périodes d’angoisses journalières. Elle se fiche un peu de la gloire qu’il pourrait acquérir et préfère un époux bien portant qu’adulé par tous. Quant à Cheyenne, malgré le fait qu’elle sache que Vance est sur le point de se marier, sans méchanceté aucune, sincèrement éprise, elle va néanmoins tenter de le faire changer ‘de direction’ sous les yeux même de sa promise. Les deux actrices sont convaincantes surtout Anne Jeffreys que l’on aurait bien vu dans le rôle de Belle Starr ou de Calamity Jane tellement elle possède un caractère vivace et bien trempé, les vêtements de cow-boy lui allant de plus à ravir. La longue séquence qui les réunit toutes deux est peut-être la plus réussie du film, Cheyenne conseillant à Madge de se marier le plus tôt possible si elle ne veut pas que Vance ait le temps de changer d’avis par sa faute. Quant à Randolph Scott, il est égal à lui-même ; lorsqu’il essaie de ramener Cheyenne sur la bonne voie, sa leçon de morale qui aurait pu prêter à sourire passe au contraire tout seul tellement l’acteur semble déterminé.


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De l’autre bord, si les hors-la-loi n’ont guère le temps de se faire remarquer, il en est quand même un qui ne passe pas inaperçu, à savoir le Sundance Kid de Robert Ryan, plus préoccupé à tuer qu’à s’accaparer un quelconque butin. Prolifique année pour le comédien qui sera également à l’affiche de films beaucoup plus intéressants : Le Garçon aux cheveux verts de Joseph Losey, Act of Violence de Fred Zinnemann ainsi que Berlin Express de Jacques Tourneur. A cette date, rarement un méchant de western n’avait été aussi cruel, menaçant et sans scrupules, tuant de sang froid y compris ses acolytes et étranglant avec vigueur l’un des personnages principal alors qu’on ne s’y attend vraiment pas (je ne vais quand même pas vous mettre sur la piste de savoir qui). L’acteur n’a pas besoin d’en faire des tonnes pour le rendre inquiétant. On le constate donc, si le film se suit sans réel ennui, c’est avant tout grâce à un scénario bien rempli et à des personnages bien campés. Car si j’avais trouvé autrefois ce film vigoureux et bien rythmé (lorsqu'il avait été diffusé sur TF1 en prime time : vous ne rêvez pas), à la revoyure, ce n’est plus aussi évident. Si l’intrigue part dans tous les sens (avec son lot d’énormes invraisemblances ; et je ne parle pas d’erreurs historiques moins gênantes mais que l’on trouve à foison, Billy The Kid ayant été en fait tué huit ans avant le début de l’histoire qui nous est contée par exemple), la mise en scène de Ray Enright est bien trop sage pour la suivre dans ses ‘excès’. Nous assistons à un sacré lot de fusillades, chevauchées, poursuites et meurtres en tous genre mais tout ceci manque sacrément d’ampleur et de souffle à l’image de la séquence de la ruée vers les terres sans commune mesure avec celle que l’on trouvait dans La Ruée vers l'Ouest (Cimarron) par exemple tout en étant conscient de la différence de budget entre les deux films. Bref, ça bouge beaucoup mais sans réelle conviction.


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Cependant, quelques belles idées de mise en scène (où plutôt de scénario bien mises en valeur par la caméra de Ray Enright) : le saloon de la ville fantôme réouvert en nocturne pour un bal organisé par les bandits, le duel final se déroulant dans la même ville désertée (hormis par la poussière et les toiles d’araignée), un beau travelling voyant Bill Doolin esseulé dominant le saloon vide (ressemblant beaucoup à ce même mouvement de caméra dans Les Ecumeurs sauf que le saloon était en effervescence), l’éclosion de la ville de Guthrie par le marquage de l’augmentation de son nombre d’habitants sur une pancarte (fait véridique d’ailleurs, cette ‘ville champignon’ ayant atteint 10 000 âmes du jour au lendemain)… Beaucoup d’action dans un trop plein d’intrigues, un peu d’humour même si George ‘Gabby’ Hayes trouve ici un rôle plus sérieux qu’à l’accoutumée (celui du banquier et par là même du futur beau-père de Randolph Scott), de la romance au travers d’un charmant triangle amoureux… voici le menu de ce plaisant petit western de série qui ne casse pas trois pattes à un canard mais qui se révèle néanmoins nettement plus réjouissant que les films que le cinéaste tourna pour la Warner en ce début de décennie.

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Les Flèches brûlées (Flaming Feather, 1952) de Ray Enright
PARAMOUNT


Avec Sterling Hayden, Forrest Tucker, Richard Arlen, Victor Jory, Barbara Rush, Ian MacDonald, Edgar Buchanan.
Scénario : Gerald Drayson Adams
Musique : Paul Sawtell
Photographie : Ray Rennahan
Une production Nat Holt pour la Paramount


Sortie USA : Février 1952


Dieu que ces Flèches Brûlées sont mal affûtées ! Même si Ray Enright ne nous a jamais totalement convaincu, il est triste de le voir finir sa filmographie ‘westernienne’ de cette façon calamiteuse. Car, comment ne pas donner raison à Bertrand Tavernier quant il affirmait qu’il s’agissait du plus mauvais film de son metteur en scène. Pour ma part, n’ayant pas vu beaucoup de ses œuvres hormis dans le genre qui nous intéresse ici, je confirme au moins qu’il s’agit de son western le plus imbuvable, pire encore que son Montana avec Errol Flynn ! Mais, pour ne pas finir avec Ray Enright sur une note aussi négative vu que nous ne le recroiserons plus sur notre chemin, rappelons brièvement sa carrière au sein du western. Son cursus comprend une quinzaine de titres sur une durée d’à peu près une décennie. Sans studio attitré, il vaqua de la RKO à la Warner en passant par la Columbia, la Universal et la Paramount. Au sein d’une production plutôt médiocre, on peut néanmoins sauver trois sympathiques réussites : Ton heure a sonné (Coroner Creek) avec Randolph Scott ainsi que les deux films qu’il a tourné pour la Universal (quand je ne cesse de vous répéter qu’il s’agissait alors du studio roi dans le domaine ; ça se vérifie à nouveau !), Kansas Raiders avec Audie Murphy et avant ça, son film le plus notoire, Les Ecumeurs (The Spoilers), surtout célèbre pour son trio d’acteurs, à savoir, excusez du peu, John Wayne, Randolph Scott et Marlene Dietrich. Préférons nous rappeler de cet agréable petit tiercé (dans le désordre) pour faire passer la pilule Flaming Feather sur lequel nous n’allons pas nous attarder longuement.


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Depuis une vingtaine d’années, un mystérieux hors-la-loi nommé ‘The Sidewinder – La Rafale en français’, à la tête d’un groupe d’indiens rebelles, dévaste l’Arizona par ses attaques, massacres, vol de chevaux et bétail. Le jour où il incendie le ranch de Tex McCloud (Sterling Hayden) et tue l’un de ses hommes, il ne sait pas encore qu’il n’en a plus pour longtemps à mettre la région à feu et à sang. En effet, Tex promet à son ami mourant qu’il est bien décidé à le venger. Un soir qu’il est accoudé dans le saloon où se produit la chanteuse Carolina (Arleen Whelan), il critique la cavalerie pour son incompétence à éluder le mystère ‘La Rafale’. Vexé, le lieutenant Tom Blaine (Forrest Tucker), parie avec Tex que sa troupe capturera l’énigmatique outlaw avant lui. Carolina se propose de couvrir la moitié du pari de Tex et de lui donner quelques éléments qui lui permettraient de trouver ‘La Rafale’ rapidement à condition qu’il l’aide à récupérer une dette que lui doit Lucky Lee (Victor Jory) qu’elle n’ose pas aller relancer. Lucky est un homme éminent de la petite ville de Fort Savage, sur le point d’épouser la jolie Nora Logan (Barbara Rush) ; puisque Tex refuse d’entrer dans ses combines, Carolina projette de faire enlever la jeune fiancée pour arriver à ses fins avec Lucky. Quant à Tex, il se rend néanmoins à Fort Savage où il pense poursuivre son ‘enquête’. Tout le monde se retrouve là-bas…


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Au vu du résumé ci-dessus, tout ceci semble bien alambiqué ! Mais finalement, à la vision du film, on oublie vite cet embrouillamini pour ne malheureusement se focaliser que sur l’idiotie du scénario ! Le très beau premier plan sur un ranch enflammé en Technicolor était pourtant porteur de promesses qui se volatilisent pourtant immédiatement après. Voir le mexicain agonisant demander à ce que son patron le venge s’avère pour commencer assez peu "aimable" ; un homme sur le point de rendre son dernier souffle n’a-t-il pas autre chose de mieux à penser qu’à ce qu’on le venge ? Déjà qu’il nous avait quelques minutes avant éraillé les oreilles avec sa guitare et son chant ; en tant que spectateurs, nous sommes soulagés que ce personnage ait été envoyé Ad Patres (Oops) ! Malgré ça, bien plus noble et loyal, Sterling Hayden décide d’obéir aux dernières volontés de son "écorcheur musical" et le voilà parti pour exécuter les représailles. C’était donc bien mal parti et ça ne s'arrangera jamais d’autant que Paul Sawtell à la composition ne fait pas dans la dentelle, accentuant et soulignant tout avec une pénible lourdeur. Il en va de même pour la plupart des comédiens qui entament un concours de cabotinage : l’habituellement sympathique Edgar Buchanan en fait ici des tonnes en faire valoir comique de Forrest Tucker ; Arleen Whelan veut bien faire comprendre qu’elle est une sacrée enjôleuse, soulevant son sourcil gauche toutes les dix secondes ; la jeune indienne (Carole Thurston ressemble à tout sauf à une indienne) ne décrispe pas tout du long au cas où nous n'aurions pas saisi qu'elle était folle de jalousie ; Victor Jory grimace à tout va… Bref, la direction d’acteur laisse à désirer. Sterling Hayden (plutôt bon précédemment dans El Paso) et le toujours agréable Forrest Tucker (idem dans The Nevadan) possèdent une belle prestance mais les personnages qu’on leur fait interpréter ne leur permettent pas non plus de faire montre de leur talent. Quant à Barbara Rush, elle a beau posséder un charmant minois, contrairement à elle, Gail Russell prévue au départ aurait peut-être réussi à nous faire sortir de notre torpeur !


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Quant à la mise en scène, Ray Enright semble avoir abdiqué. Il est facile de s’en rendre compte à la vision des scènes d’action totalement amorphes, mal montées, mal découpées, sans souffle ni vigueur. La dernière séquence, celle de l’importante attaque indienne, est minable ; on devine qu’il y a bataille à cause de la fumée des coups de feu mais on n’arrive à entrapercevoir quasiment rien d’autre. Pour accentuer le désastre, le scénariste inclut au sein du combat un humour au raz des pâquerettes qui fait pitié pour les comédiens qui s’y livrent. Les paysages où l’action se déroulent ont beau être très photogéniques, l’indigence de la réalisation ne les mettent pas spécialement en valeur. Dommage car c’était la première fois que nous pouvions admirer (en Technicolor qui plus est) l'étrange lieu que représente Montezuma Castle où se passe la dernière scène. Il s’agit d’un village indien troglodyte creusé dans le roc à flanc de falaise (que l'on voit d'ailleurs sur l'affiche). Flaming Feather a beau regorger d’action et de rebondissements (prévisibles), c’est l’ennui qui emporte la donne. Vous l’aurez compris, l'ultime western de Ray Enright ne s'avère être malheureusement qu'un navrant navet dans lequel il est difficile de trouver grand-chose à sauver si ce n’est une agréable chanson entonnée par Arleen Whelan et deux acteurs principaux qui font se qu’ils peuvent pour sauver les meubles. Peine perdue ; Ray Enright nous quitte sur une sacrée fausse note, pas même divertissante.
james
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Post by james »

Jeremy Fox wrote:Ray Enright, un des meilleurs réalisateurs de série B, mettant en scène des films courts et d'une nervosité assez étonnante. Tous les films que j'ai vu de lui étaient forts plaisants (d'ailleurs le test de Les écumeurs est sur le site)
Tu peux nous parler rapidement de Albuquerque james, western qui sort chez Universal en juin ?
un homme solitaire se bat contre son propre oncle pour mettre fin aux agissement de ce dernier et pour aidez la population d'albuquerque a retrouvez la serénité ,la distribution de ce western;
:arrow: randy scott
l :arrow: on chaney jr
:arrow: george gabby hayes
:arrow: barbara britton
vala,james :D
je suis fana de ce genre ciné,je recherche et propose.merci
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Jeremy Fox
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Post by Jeremy Fox »

Dire que j'ai vu Du sang sur la piste et Far West 89 sur une chaine hertzienne en première partie de soirée :shock:
Lord Henry
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Post by Lord Henry »

Vague souvenir de Kansas Riders, programmé chez Monsieur Eddy.

Rien d'impérissable.
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james
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Post by james »

Lord Henry wrote:Vague souvenir de Kansas Riders, programmé chez Monsieur Eddy.

Rien d'impérissable.
je lui trouve a distingo une manière de faire des bon films(western en autre) et qui sont de bon produit d'un genial cinoche populaire vive ray enrigth.... :D
je suis fana de ce genre ciné,je recherche et propose.merci
Kurtz

Post by Kurtz »

Jeremy Fox wrote:Dire que j'ai vu Du sang sur la piste et Far West 89 sur une chaine hertzienne en première partie de soirée :shock:
tu es vraiment très très vieux alors :(
Lord Henry
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Post by Lord Henry »

Mathusalem est son second prénom.
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Jeremy Fox
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Re: Ray Enright

Post by Jeremy Fox »

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Bad Men of Missouri (1941) de Ray Enright
WARNER



Sortie USA : 26 juillet 1941

Les célèbres bandits ont décidément la cote dans le Western de ces années là. Au lieu de les décrire comme les ‘Bad Guy’ qu’ils étaient réellement, le cinéma les idolâtre. Il y eut donc Billy le Kid et les Daltons et, après Jesse James, son frère Frank et Belle Starr, c’est au tour des frères Younger de s’avancer sur les devants de la scène. Comme leurs trois prédécesseurs, et selon la légende hollywoodienne, ce sont uniquement à cause des tristement célèbres Carpetbaggers qu’ils vont devenir hors-la-loi et, tels des Robin des Bois du Far West, faire profiter leurs larcins aux petits propriétaires terriens sudistes spoliés par les vils hommes d’affaires du Nord. Revenons rapidement sur ces Carpetbaggers dont le nom revient souvent ici. Qui étaient-ils ? Cette appellation péjorative date de la période de reconstruction qui suivit la Guerre de Sécession et englobe les hommes venus de l’ex-union pour s’installer dans les états du Sud et spéculer sur la situation confuse qui y régnait alors. De véritables profiteurs de guerre qui arrivaient avec des sacs en grosse toile, d’où cette étrange dénomination. Ce sont eux qui spolièrent les fermiers, les délogeant et volant carrément leurs terres sous prétextes divers et variés. Moins connu, il y eut néanmoins aussi des profiteurs de guerre sudistes, ceux-ci étant appelés les Scalawags. Retournons à nos moutons, ici les trois frères Younger qui firent partie un certain temps du célèbre gang conduit par Jesse James.


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1865, la Guerre de Sécession a pris fin. La monnaie confédérée ayant perdu toute sa valeur, les habitants des ex-Etats du Sud ne peuvent plus payer leurs impôts au gouvernement américain. Des hommes d’affaires sans scrupules sautent sur l’occasion, règlent les dettes des fermiers en sachant très bien que ces derniers seront dans l’impossibilité de rembourser. C’est effectivement ce qui se produit et les pauvres agriculteurs se voient acculés à revendre leurs terres aux businessmen et à partir vers de nouveaux horizons. De retour de la guerre civile, Cole (Dennis Morgan), Jim (Arthur Kennedy) et Bob Younger (Wayne Morris) ont la désagréable surprise en arrivant dans leur ville natale du Missouri de voir tous leurs amis sur le départ suite aux diverses spoliations. Seul le père des trois frères refuse encore de quitter sa ferme mais il est lâchement abattu alors qu’on venait le déloger. Les Younger se lancent alors, suivant l’exemple de Jesse James (Alan Baxter), dans l’attaque de trains, diligences et banques, le butin étant redistribué aux fermiers qui peuvent ainsi s’acquitter de leurs taxes et rester sur leurs terres au grand désespoir de William Merrick (Victor Jory), l’extorqueur local et de son âme damnée, le tueur sans pitié Greg Bilson (Howard da Silva). La tête des Younger est mise à prix et ils n’auront alors de cesse de fuir et de se cacher…


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Pas grand chose à dire de cette petite série B sans prétention, le film typique destiné à remplir les après midi pluvieuses des westernophiles forcenés, les autres pouvant passer leur chemin. En effet, si Ray Enright se montre plutôt habile pour le deuxième western d’une longue lignée à venir, il ne fait pas non plus d’étincelles. Mettant l’accent avant tout sur l’action, il ne s’embarrasse guère (voire pas) de psychologie et nous délivre un film court et mouvementé mais dénué de chair et privé d’émotion, les trois acteurs principaux, quoique sympathiques, manquant singulièrement de charisme. Arthur Kennedy n’est encore pas l’immense comédien qu’il deviendra ; Dennis Morgan et Wayne Morris n’ont pas la carrure de leurs personnages. A leur décharge, le scénariste ne leur a pas non plus franchement donné l’occasion de pouvoir se surpasser, préférant donner à Dennis Morgan la possibilité de pousser la chansonnette plutôt que de lui construire un rôle solide. On retiendra plus les ‘vilains’ qui possèdent de vrais gueules de sales types à commencer par un Victor Jory assez crédible et plus encore l’inquiétant Howard Da Silva qui trouvera à se faire une spécialité de ce type de tueurs sans scrupules. Walter Catlett, dans la peau du trésorier de Victor Jory, est là pour faire le clown de service ; quant à Jane Wyman, elle n’est malheureusement présente que pour nous présenter son beau visage en pleurs à chaque fois que son Jim Cole d’époux quitte le foyer pour aller chevaucher vers de nouveaux dangers.


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Mais l’important n’est visiblement pas là ! Ray Enright nous emballe un western plein d’humour et d’action ne visant qu’à divertir. Nous pourrons donc assister à une bagarre à poings nus sur le toit d'une diligence en mouvement, à une carriole caracolant avec deux enfants épouvantés à bord, à une débandade en plein centre ville d'un troupeau de vaches, à des attaques de train par le gang James-Younger… Le réalisateur est surtout doué pour ce genre de séquences et utilise aussi beaucoup la succession de fondus enchainés en guise d’ellipses temporelles. Mais contrairement à la Fox pour son Jesse James, la Warner n’a pas octroyé à son équipe de moyens conséquents pour cette autre biographie romancée ; il s’agit d’un film de série sans conséquence (mais pas forcément mauvais) qui pourra faire passer un agréable moment à la condition expresse de ne pas trop en demander et surtout de ne pas trop en attendre car le scénario ne contient aucun éléments nouveaux ni franchement passionnants, la réalisation est purement fonctionnelle et l’interprétation est à l’image du film, tout juste moyenne. Vous voilà prévenus !



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Wild Bill Hickok Rides (1942) de Ray Enright
WARNER


Sortie USA : 31 janvier 1942

A peine six mois après Bad Men of Missouri, Ray Enright remet le couvert avec quasiment la même équipe technique et les mêmes ingrédients, toujours sous l’égide de la Warner et sa production de westerns à petits budgets. Abandonnant les hors-la-loi célèbres, le cinéaste et son scénariste Charles Grayson se focalisent désormais sur l’un des plus fameux tireurs de l’Ouest, l’aventurier Wild Bill Hickok. Ce dernier était un bagarreur notoire mais oeuvrant toujours pour la loi et la justice. Il gagna son surnom de Wild Bill suite à ses actes héroïques durant la Guerre Civile américaine alors qu’il s’était engagé dans les rangs de l’Union. Il fut ensuite tour à tour shérif adjoint au Kansas puis éclaireur pour l’armée (c’est là qu’il portera sa fameuse veste en daim) avant d’être nommé shérif dans plusieurs villes différentes toujours au Kansas. Il fit ensuite partie du spectacle itinérant de Buffalo Bill avec qui il était ami puis devint chercheur d’or dans le Wyoming avant de se rendre dans les Black Hills en compagnie de Calamity Jane. Il fut tué à Deadwood lors d’une partie de poker. Une vie sacrément mouvementée mais sachez que l’histoire que raconte le film de Ray Enright n’est absolument pas une biographie du personnage ; je ne saurais dire si les faits narrés sont réels, en tout les cas c’aurait pu être l’une de ses très nombreuses aventures, cette dernière s’étalant sur un très court laps de temps à partir de 1871.


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L’incendie de Chicago. Alors qu’une partie de la ville croule sous les flammes, des hommes d’affaires malhonnêtes, contemplant la catastrophe, s’en moquent un peu ; ils ont déjà dans la tête une nouvelle idée pour s’enrichir. Harry Farrel (Warren William) a un plan pour prendre le contrôle d’une ville du Wisconsin et toutes ses terres alentour, la région d’élevage de Powder River. Ayant placé lui même à sa tête Edmunds (Ward Bond), un shérif véreux, Farrel compte sur ce dernier pour l’aider dans son ignoble tâche. Ayant appris que les éleveurs du coin ne détenaient aucun papier administratif justifiant qu’ils soient propriétaires de leurs terres, il loue des hommes afin que ces derniers les revendiquent à leur tour pour faire tomber ensuite toutes les parcelles entre ses mains. Mais Ned Nolan (Russell Simpson), l’homme à qui appartient la terre la plus fertile, ne veut rien entendre et préfère se battre plutôt que de céder. Le shérif Edmunds monte une cabale contre lui ; il est accusé de meurtre puis lynché sans sommation. La place semble libre pour les spoliateurs ; c’était sans compter sur l’arrivée en ville du vieil ami de Nolan, le fameux Wild Bill Hickok (Bruce Cabot) qui était revenu pour l’anniversaire de Jane (Betty Brewer), la jeune orpheline qu’ils avaient recueillis tous deux. Avec l’aide de Belle Andrew (Constance Bennett), une Gambling lady venu de Chicago avec Farrel pour tenir une maison de jeu, il va organiser la lutte pour que les éleveurs puissent rester sur place avec leurs bêtes à cornes…

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Une intrigue toute simple pour un film qui ne l’est pas moins, pétarades et cavalcades étant les maîtres mots de cette plaisante série B sans aucune prétention autre que de nous divertir à la condition de ne pas en attendre plus d’un western. Si les cavalcades ressemblent étrangement à celles du précédent western de Ray Enright (on remplace juste les enfants de Bad Men of Missouri par des Saloon Gal lors de la débandade d’une carriole dont les chevaux s’emballent), les séquences de bagarres avec armes à feu paraissent un peu forcées et feront certainement aujourd’hui sourire ; malgré que Bruce Cabot ait l’air de ne pas trop savoir tenir un revolver, à chaque tir il fait mouche, les 'Bad Guy' continuant néanmoins à se présenter devant lui avec la constance d’un métronome et tombant comme des mouches sans chercher à se protéger. Ceci étant dit, ça tire dans tous les coins, ça bouge pas mal et nous pouvons même assister in fine au sabotage d’un barrage et à la catastrophe qui s’ensuit, tout ceci étant filmé avec une certaine efficacité, le travail sur les maquettes donnant un petit coté magique et naïf à l’ensemble. Clin d’œil ou non, les personnages du film évoquent à un moment donné les frères Younger, les ‘Bad Men of Missouri’ du film du même titre.


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Sinon, par rapport à ce précédent western de Ray Enright, on prend les mêmes et on recommence ! Le scénario très léger de Charles Grayson ne s’embarrasse guère de psychologie ni de sentiments et ne se préoccupe pas de donner de l’étoffe à ses personnages mais il ne se révèle pas trop désagréable et même un poil mieux mené que son précurseur ; la mise en scène de Ray Enright sait être parfois dynamique mais reste le plus souvent conventionnelle. On trouve cependant de bonnes choses niveau casting mais ce n’est pas vers les ‘héros’ qu’il faut tourner ses regards mais surtout, comme pour le précédent, du côté des ‘méchants’. Après Arizona de George Marshall, Warren William prouve une nouvelle fois qu’il pouvait interpréter à la perfection les pires salauds, le tout avec une certaine classe et une belle élégance. A ses ‘mauvais’ côtés, Ward Bond dans la peau du shérif véreux, Howard Da Silva méconnaissable en juge de l’accusation ou encore, clown de service à nouveau, Walter Catlett en ‘journaliste-barbier’ couard. Car, si l’on passe du bon côté de la loi, Bruce Cabot, pas déshonorant, ne nous fera cependant jamais oublier le Wild Bill charismatique de Gary Cooper dans le très mal nommé en français Une Aventure de Buffalo Bill (The Plainsman de Cecil B.DeMille), Betty Brewer est insupportable et on comprend que sa carrière se soit arrêtée peu de temps après (elle joue ici une fillette de 12 ans alors qu’elle en avait 18), Constance Bennett fait, durant son faible temps de présence, ce qu’elle peut et plutôt bien surtout lors de sa chanson et le sympathique Russell Simpson n’a décidément pas de chances sous la direction de Ray Enright, ce dernier l’envoyant à chaque fois ‘Ad patres’ dès la fin du premier tiers du film. Bref, un petit film pas trop désagréable mais sans grandes surprises réservé avant tout aux aficionados.

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Les Ecumeurs (The Spoilers, 1942) de Ray Enright
UNIVERSAL


Sortie USA : 08 mai 1942

Ne serait-ce que pour la première et unique rencontre (dans le genre qui nous préoccupe) des deux plus importants cow-boys de l'histoire du cinéma, Les Ecumeurs mériterait de rester dans les annales. Sans ça, il n'en est pas moins un très honnête divertissement (un peu l'équivalent du Honky Tonk réalisé par Frank Lloyd pour la MGM mais en beaucoup moins classieux) mais ne fait toujours pas franchement décoller l'année 1942, cette dernière en ce début mai attendant encore un grand film dans le genre.

1900 : Nome (Alaska), en plein boom de la ruée vers l’or. De prétendus agents du gouvernement font régner la loi dans la région en spoliant les chercheurs d’or ; le vol de concessions sous couvert juridique va bon train. Les petits propriétaires décident alors de s’associer à Glennister (John Wayne), détenteur d’un des plus gros gisements de la région, pour contrer les ‘écumeurs’ menés par Alexander McNamara (Randolph Scott), pourtant commissaire aux mines. Avec l’aide d’un juge véreux, McNamara essaie de s’approprier les terrains aurifères les plus juteux dont le filon découvert par Glennister. Ce dernier, trompé par ses adversaires, perd le bénéfice de ses parts et est envoyé en prison. Au milieu de tous ces imbroglios, on trouve Cherry Malotte (Marlene Dietrich), patronne du saloon, tiraillée entre la jalousie de voir son amant Glennister reluquer la nièce du juge, l’amour intense que lui porte le croupier (Richard Barthelmess) et la tentative de séduction du peu recommandable McNamara. Elle finira par aider Glennister à contrecarrer les sombres complots du fonctionnaire malhonnête en jouant de ses charmes pour neutraliser ce dernier.


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Même si Les Ecumeurs date seulement de 1942, il n’en est pas moins la 4ème adaptation d’un célèbre roman de Rex Beach publié en 1906. La première avait vu le jour en 1914 et William Farnum (qui joue le juge véreux dans la version Enright) tenait alors le rôle de Glennister. En 1930, ce fut au tour de Gary Cooper d’endosser le rôle du mineur. Mais le western couronné de succès de Ray Enright demeure encore aujourd’hui la version de référence pour cette histoire. Il fait partie de ce courant "westernien" faisant se dérouler ses intrigues à l’époque de la ruée vers l’or, signifiant la plupart du temps une limite géographique se situant au Nord-Ouest des USA, au Klondyke plus particulièrement. Dès 1925, dans La ruée vers l’or, Charlie Chaplin posait les bases de ces "Northern western" en décrivant de façon inoubliable la faune grouillante s’étant établie dans ces terres froides : ses chercheurs d’or avides, ses hommes de loi véreux, ses saloons débordant de vitalité, de filles et de violence… Avec Les Ecumeurs, on voit apparaître le premier vrai fleuron de ses westerns narrant avec nonchalance, sans jamais se prendre vraiment au sérieux, les problèmes opposant les mineurs aux "spoilers" en Alaska et alentours.


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Comme un grand nombre de westerns de l’époque, il n’a pas d’autres prétentions de départ que de divertir et il faut bien avouer qu’il y réussit fort bien, Enright ayant eu un budget plus conséquent que quand il tournait à la Warner et sa mise en scène se révélant plus dynamique et bien plus carrée. Mais le film se révèle surtout un formidable véhicule pour ses trois têtes d’affiche. John Wayne venait pour la seconde fois soutenir la carrière, chancelante à l’époque, de Marlene Dietrich. Très à son aise dans la peau de cet aventurier un peu lourdaud (son culot et son indélicatesse lui font recevoir une gifle mémorable donnée par Marlene Dietrich), il arrive pourtant à être éclipsé par ses deux partenaires. Randolph Scott se sort avec les honneurs de son rôle de"Bad Guy", son sourire et son aisance faisant merveille. Mais Les Ecumeurs demeure avant tout un film dans lequel Marlene Dietrich brille de tous ses feux. "Tu serais belle même dans un sac de jute" lui rétorque à un moment donné Wayne/Glennister. Il s’agit du second rôle de Marlene en tant que "saloon gal" après l’avoir été dans Femme ou démon (Destry Rides Again, 1939) de George Marshall où elle avait pour partenaire le tout jeune James Stewart. Belle, enjôleuse, joviale, indépendante, énergique, boudeuse, difficile à conquérir, elle impose ici la vision archétypique de ce genre de personnage dans le western, la femme à la fois forte et frivole. Dans la peau de cette "lady" à la moralité pas tout à fait irréprochable mais au cœur grand comme ça, l’actrice se fait plaisir et monopolise le film, ses partenaires et les spectateurs. Le port altier, se déplaçant nonchalamment aux milieux des rues boueuses du Klondyke, elle attire tous les regards et attise tous les désirs. Toujours élégamment vêtue de robes façonnées sur mesure, elle est en outre magnifiquement et amoureusement photographiée et il ne fait pas de doutes que le héros ne pourra que tomber dans ses bras plutôt que dans ceux de la trop sage et réservée Margaret Lindsay, d’autant plus que cette dernière se révèle in fine faire partie du gang des écumeurs. En conclusion, même sans être fan de ce genre de films, la prestation de Dietrich ne pourra que séduire le plus grand nombre surtout que les dialogues qui lui sont confiés sont remplis de sous-entendus. Par contre, il faut prévenir les amoureux de la "chanteuse Dietrich" qu’elle ne pousse ici à aucun moment la chansonnette.


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Toujours par sa distribution, ce western de série nous propose d’autres occasions de nous réjouir : nous avons la chance de trouver parmi les seconds couteaux, deux acteurs bien oubliés de nos jours. Tout d’abord, le sympathique Harry Carey, ici l’associé de John Wayne, vieux cow-boy philosophe n’arrivant pas à dompter son fusil "‘Betsy" qui tire sans prévenir. Puis Richard Barthelmess et son air de chien battu, amoureux transi de Marlene Dietrich et qui n’hésitera pas à faire accuser de meurtre son rival en amour. Ceux qui connaissent cette merveille du 7ème art qu’est Seuls les anges ont des ailes de Howard Hawks savent quel très bon acteur il était.


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Avec un postulat de départ convenu, des situations courantes et sans grandes originalités, comme on peut s’en douter, le film ne cherche pas à délivrer un quelconque message ; il s’agit là, comme nous l’avons déjà signifié, de pur divertissement mené de main de maître par un artisan qui a du métier, le réalisateur Ray Enright, surtout célèbre pour avoir dirigé Rintintin et des chorégraphies de Busby Berkeley. Il ne s’embarrasse d’aucune psychologie ou bavardage mais va de l’avant avec une célérité étonnante. Film efficace, enjoué, d’une belle vitalité et plein d’humour, il nous gratifie en outre d’une des scènes de pugilat les plus spectaculaires du cinéma. Une science du découpage étonnante et une caméra très légère font de cette scène justement célèbre un must pour les amateurs. Les deux acteurs principaux restent crédibles tout du long malgré la présence de deux cascadeurs, ce qui prouve la brillance du montage. Enfin, ce "western" nous propose aussi quelques fulgurances et autres superbes plans comme celui qui ouvre le film nous faisant voir un train arrivant au milieu de la ville aux rues boueuses grouillantes d’un monde bigarré ou cette autre, toujours avec un train, ce dernier défoncant une barrière avant de dérailler. Film gentillet, loin d’être inoubliable mais qui a le mérite de faire passer un bien agréable moment, les lacunes du scénario étant palliées par l’inattaquable métier du réalisateur et la qualité du casting.

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Du Sang sur la Piste (Trail Street, 1947) de Ray Enright
RKO


Sortie USA : 19 février 1947


Au 19ème siècle, Wyatt Earp ne fut pas le seul Marshall célèbre pour son efficacité à ‘faire le ménage’ dans les villes turbulentes du Far-West. Il y eut aussi entre autres William Barclay Masterson plus connu sous le surnom de Bat Masterson, né en 1853 et décédé en 1921. Il fut chasseur de bisons, éclaireur de l’armée américaine et joueur avant de devenir un nom redouté parmi les hors-la-loi, son premier coup de maître ayant été de ‘nettoyer’ Dodge City de la vermine qui la vérolait. Pourtant au départ, il ne rêvait que d’être journaliste, ce qu’il deviendra par la suite en tant qu’éditorialiste sportif dans les colonnes du New York Morning Telegraph. Albert Dekker interpréta ce personnage en 1943 au côté de Claire Trevor dans un western de George Archainbaud, The Woman of the Town que je n’ai malheureusement pas eu l’occasion de voir. Quatre ans après, c’est au tour de Randolph Scott d’endosser la défroque de cet homme de loi réputé sous la direction de Ray Enright, honnête artisan qui, après en avoir réalisé pour la Warner et l’Universal, tourne ce western pour la RKO.


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Liberal, petite ville du Kansas dont la rue principale est le terminus d’une piste utilisée pour convoyer les bêtes à cornes (d’où le titre Trail Street), endroit à partir duquel elles partent pour Chicago après avoir été vendues. Une plaque tournante du commerce du bétail où, au grand dam des éleveurs, des fermiers viennent pourtant s’installer en masse avec leurs clôtures. Non seulement la terre sèche du Kansas ne leur permet pas d’obtenir de belles récoltes mais quand ils réussissent, les champs de blés sont constamment décimés par l’arrivée des troupeaux ; en effet, les cow-boys ne supportant pas l’installation de ces indésirables laissent allègrement leurs bêtes tout saccager sur leur passage. Si certains fermiers tentent de se défendre, la plupart décident de quitter l’état ; Allan Harper (Robert Ryan), honnête homme d’affaires qui a tout misé sur le succès des agriculteurs est dépité. Un espoir lui est pourtant donné par la découverte d’un des fermiers qui lui assure que la victoire est à portée de main. Logan Maury (Steve Brodie) qui souhaite régner sur la région , le vil tenancier de Saloon Carmody (Billy House) et Lance Larkin (Harry Woods), éleveur inquiétant avec qui ils sont en cheville, ayant surpris ce secret qui risque d’entraver leur ascension, font assassiner le fermier. Trop tard car d’une part Allan Harper sait désormais ce qu’il faut faire pour retenir les agriculteurs dans la région, de l’autre le vieux Billy Burns (George ‘Gabby’ Hayes), agacé par les cow-boys turbulents, a appelé à la rescousse son ami Bat Masterson qui vient de prouver son efficacité en nettoyant la ville de Dodge City avec l’aide de Wyatt Earp. Les 'affreux’ éleveurs n’ont qu’à bien se tenir !


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Eternel conflit entre fermiers et éleveurs, volonté des habitants de retrouver une ville apaisée et tranquille, réflexion sur la loi et l’ordre en opposition avec la justice populaire… Rien de bien neuf sous le soleil du western, le sujet ayant déjà été traité à maintes reprises, et rien non plus de très stimulant dans cette modeste série B sans prétention ! Les amateurs devraient pourtant passer un agréable moment du fait de la présence de Randolph Scott, égal à lui-même dans le rôle du Marshall Bat Masterson, homme droit, valeureux et indémontable avec presque constamment le sourire aux lèvres malgré les soucis qu’il a à gérer. En revanche, les deux femmes du film ne lui tournent absolument pas autour tellement il semble avoir assez à faire par ailleurs. Nous n’assisterons donc à aucune quelconque romance concernant le Marshall mais à deux autres sans véritable intérêt. Très peu loquace, Masterson ne manque pas de faire fuser quelques phrases bien senties qu’on aurait pu voir sorties de la bouche d’un Tuco ou d’un Blondin vingt ans plus tard ; jugez plutôt à travers la réponse qu’il balance à son adversaire qui a osé l’interpeler par son surnom ! « Listen, fella, there's only two kind of people I allow to call me Bat : good friends and people I like. You don't belong in either group ! » Très à l’aise dans ce personnage d’une loyauté à toute épreuve qu’il avait eu à maintes reprises l’occasion de forger ses derniers temps, dès Trail Street, Randolph Scott décide de ne plus tourner que des westerns tout le restant de sa carrière. Et effectivement, après Christmas Eve sorti la même année sur les écrans, on s’apercevra qu’il aura tenu parole n’étant plus jamais délogé de son genre de prédilection où il fera constamment merveille même si beaucoup le considèrent encore comme un acteur très limité.


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Mais pour le fan que je suis, il aura fallu patienter vingt minutes avant de le voir apparaître et c’est pour rapidement s’apercevoir que ce ne sera pas nécessairement lui qui aura le plus de temps de présence mais George ‘Gabby’ Hayes qui trouve peut-être ici son rôle le plus conséquent. Habituel partenaire de John Wayne entre autres, c’est un peu lui qui aura mis en place le personnage du vieux grincheux édenté dont Walter Brennan et Arthur Hunnicut se feront également une spécialité. Il amène ici pas mal d’humour, Billy Burns étant un bavard impénitent ne sachant pas s’arrêter une fois lancé et racontant à tour de bras des anecdotes qui feraient passer les histoires marseillaises pour raisonnables et mesurées. L’autre comédien qui se trouve souvent sur les devants de la scène dans Trail Street n’est autre qu’un tout jeune Robert Ryan que l’on découvre pour la première fois dans un western ; son interprétation n’est guère marquante mais il faut dire pour sa défense que le personnage qu’il doit interpréter est franchement falot. Il en va de même pour le reste du casting qui ne se démarque guère, que ce soient les deux actrices, Anne Jeffreys et Madge Meredith ou les acteurs interprétant les Bad Guys. Si le corpulent Billy House arrive à faire impression, il n’en est pas de même de Steve Brodie, plus que terne et par la même très peu crédible pour un homme qui souhaite régner sur toute une région.


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Il est clair que seuls les inconditionnels du genre pourront trouver à cette série B mollassonne et bavarde un quelconque intérêt à condition de ne pas attendre de furieuses chevauchées et de majestueux grands espaces à chaque coin de pellicule. Dans ce western urbain, il faudra qu’ils aillent chercher de l’agrément du côté des chansons fredonnées par Anne Jeffreys dont l’excellente ‘You're Not the Only Pebble On the Beach’, des considérations politiques sur l’avenir du Kansas, des observations agricoles sur la culture du blé, des scènes d’actions assez bien menées notamment la dernière fusillade en centre ville où les éleveurs se font piéger par tous les habitants. Ils pourront aussi écouter avec amusement les histoires de George Gabby Hayes et découvrir avec étonnement un plan superbe voyant Robert Ryan ouvrir une fenêtre découvrant d’immenses champs de blé balayés par les vents. Sans surprise et sans véritable rythme mais avec suffisamment d’éléments sympathiques qui satisfassent les amateurs peu exigeants, notamment la belle prestance de Randolph Scott.

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La Descente Tragique (Albuquerque, 1948) de Ray Enright
PARAMOUNT


Sortie USA : 20 février 1948


L’année 1948 allait commencer sous le signe de la routine. Avec Albuquerque, western que l’on croyait perdu avant de ressortir miraculeusement des tiroirs il y a peu de temps, Randolph Scott mettait fin à son contrat à la Paramount avant de produire lui-même la quasi totalité de ses films suivants. Et on sent l'acteur effectivement un peu moins concerné que précédemment ; son Cole Armin ne semble pas l’avoir inspiré plus que ça même si l’acteur réussit néanmoins à nous le rendre sympathique en dépit aussi du fait que son personnage soit un peu moins pacifiste qu'habituellement, n'hésitant pas même à en appeler au lynchage (pas bien Randy !). Quant au travail des autres interprètes ainsi que des membres des équipes techniques ou artistiques, il ne dépasse jamais lui non plus le minimum syndical. Ce n’était pas encore cette fois que Ray Enright, honnête technicien, allait nous offrir un western mémorable. Il y eut bien Les Ecumeurs (The Spoilers) qui ressortait un peu du lot mais c’était surtout grâce au trio composé par John Wayne, Marlene Dietrich et déjà Randolph Scott, une fois n’est pas coutume, dans le rôle du ‘Bad Guy’ ; pour le reste, le cinéaste n’a jusqu’à présent pas franchement fait d’étincelles et sa descente n’a de tragique que son titre. Alors que j’avais l’habitude de le citer parmi les très bons cinéastes de série B, pour le moment, même s’il n’a rien réalisé de honteux, je révise un peu ma copie en espérant toujours un sursaut qualitatif à venir, sans cependant trop y croire.


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Cole Armin (Randolph Scott) se rend en diligence à Albuquerque où son oncle John (George Cleveland) doit lui proposer le poste de directeur d’une société de transport de minerai. La diligence est attaquée et 10.000 dollars sont dérobés à Celia Wallace (Catherine Craig), somme qui devait lui permettre, avec son frère Ted (Russell Hayden), d’ouvrir sa propre société de transport de fret. En arrivant à Albuquerque, Cole se rend compte que le nom de Armin n’est pas franchement apprécié. En effet, couvert par le shérif, le despotique John Armin décourage toute velléité de concurrence et règne en maître sur la ville. Cole ne met pas longtemps à comprendre que la diligence a été attaquée sur les ordres de son oncle pour ne pas que les Wallace puissent égratigner le monopole qu’il voudrait s’octroyer pour étendre son empire. Menaçant son oncle, Cole lui demande de restituer l’argent volé puis refuse son offre de travail. Avec cette somme, il se rend chez les Wallace et se propose de les aider à monter leur propre entreprise. Fou de rage, John Armin envoie la belle espionne Letty Tyler (Barbara Britton) s’infiltrer dans leurs affaires pour, avec les informations obtenues, pouvoir leur mettre plus aisément des bâtons dans les roues. S’ensuivront coups fourrés, sabotages, incendies, etc. Le trio d’associés, entre deux amourettes, devra se battre avec acharnement pour que leur business puisse prendre forme…


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Après avoir été à l’origine des premiers Rin-tin-tin, la filmographie 'westernienne' de Ray Enright s’étale sur à peine 12 années et se compose d’environ une quinzaine de titres : en cette année 1948, Albuquerque se situe donc environ à mi-parcours. Le script de ce film n’est pas des plus réussis même s’il partait d’une idée de départ plutôt intéressante et rarement abordée dans le genre, la description de la compétition que se livraient des sociétés de transport de minerai qui devaient prendre d’énormes risques pour acheminer les métaux précieux à bon port. Assez à l’aise encore ici lorsqu’il s’agit de décrire la faune bigarrée et vivante d’un saloon (les bagarres homériques qui s’y déroulaient dans The Spoilers sont restées célèbres), Ray Enright l’est un peu moins en extérieurs. La descente tragique (du titre français) qui est censée nous faire vibrer (à cause du sabotage du frein d’un chariot chargé à bloc lors de la descente dangereuse qui part des mines pour arriver dans la vallée), avec ses vilaines toiles peintes beaucoup trop visibles et un montage bien paresseux, nous laisse franchement sur notre faim. Le combat à mains nues qui oppose Randolph Scott à Lon Chaney Jr paraît aussi un peu poussif, ce dernier gardant sa cigarette à la bouche pendant toute la durée du pugilat et les cascadeurs paraissant manquer cruellement d’agilité et de conviction. Beaucoup d’autres invraisemblances dans ce scénario assez terne dont l’immense et improbable facilité qu’a le personnage de l’espionne d’inspirer confiance à ses ‘ennemis’ en une poignée de secondes. On pourra rétorquer que le très joli minois de Barbara Britton doit y être pour beaucoup mais quand même, un peu plus de rigueur messieurs les scénaristes !


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S’agissant d’un film de série de la Paramount (avec pourtant un budget assez important mais qui ne se voit guère à l’écran), nous serions d’assez mauvaise foi de juger ce film sur les facilités d’un scénario très convenu qui ne propose au cinéaste que peu de scènes vigoureuses ; mais ces dernières étant très peu enthousiasmantes, il ne nous reste plus grand-chose à nous mettre sous la dent. En revanche, nous retrouvons les longs travellings et mouvements de caméra dont le cinéaste raffole, dont l’un superbe en contre-plongée, suivant sur environ une bonne trentaine de secondes Randolph Scott et Gabby Hayes traversant une rue ensoleillée, quelques plans fulgurants sur les visages comme celui inquiétant de Lon Chaney cigarette au bec, et un Gunfight final plutôt rondement mené. Une déception contrairement au précédent Randolph Scott, le très bon Gunfighters de George Waggner qui nous avait fait découvrir le dépaysant procédé Cinecolor encore utilisé ici. Il fait certes penser un peu à un Techicolor du pauvre mais, sans ironie, le fait de voir des arbres aux feuilles marrons possède un certain charme puisque le vert ne faisait pas partie de la palette de couleurs de cette pellicule. Au final, point d’ennui (de justesse) mais une paresse et des conventions qui devraient lasser tous les non-amateurs.


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Les autres, dont je fais partie, entre deux bâillements, trouveront du plaisir à voir de jolies vues en plongées sur la progression des mules à travers la montagne, un Randolph Scott à la belle prestance, superbement vêtu, ne trouvant pas d’autres moyens pour se faire remarquer que de porter le tablier de cuisine en essuyant la vaisselle ou de jouer aux marionnettes pour amuser une petite fille, un pittoresque et amusant George Gabby Hayes cependant plus en retrait que dans Trail Street, deux actrices rivalisant de beauté et de jolies robes (surtout Barbara Britton que l’on croise souvent en ce moment dans les productions Paramount), un casting de troisièmes couteaux à la mine patibulaire tels Lon Chaney ou John Halloran et enfin un George Cleveland que nous avions plus l’habitude de rencontrer du bon côté de la loi. Dans Albuquerque, de son fauteuil roulant, il domine tout et n’hésite pas à dévoiler ses vils desseins à qui veut l’entendre : "On doit se battre pour les contrats. C’est là que tout est permis, sans retenues. L’instinct de conservation s’applique aussi aux affaires : la concurrence doit être étouffée". Paroles et film à consommer avec modération ! Divertissant mais mineur.


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Ton Heure a Sonné (Coroner Creek, 1948) de Ray Enright
COLUMBIA


Sortie USA : 01/07/1948


Même si le parcours est chronologique, avec la possibilité que nous avons de voyager dans le temps pour voir ce qui s’est fait par la suite dans le domaine qui nous préoccupe ici, osons émettre l’hypothèse que les deux films de l’association Randolph Scott / Harry Joe Brown auront été les jalons du western de série B des années 50, celui qu’une grande majorité des aficionados du genre adule par-dessus tout et d’où sortiront les films de Budd Boetticher, André De Toth, Gordon Douglas et autres Joseph H. Lewis, les westerns avec Randolph Scott pour la Columbia, avec Audie Murphy pour la Universal, ceux avec Alan Ladd ou Jeff Chandler en tête d’affiche… Car effectivement, si Gunfighters de George Waggner et Coroner Creek de Ray Enright pourront sembler de nos jours très conventionnels, ils possèdent néanmoins d’innombrables points communs qui font penser que les réalisateurs respectifs n’en sont pas à l’origine, des éléments nouveaux qui seront repris à foison par la suite que ce soit par des tâcherons ou des génies. A commencer par des typologies de personnages qui n’étaient pas encore franchement en germe avant 1947, le tireur d’élite qui n’a de cesse de fuir devant les têtes brûlées qui veulent se mesurer à lui (Gunfighters) ou l’homme étouffé par sa haine et qui ne retrouvera l’apaisement qu’une fois les représailles accomplies comme dans ce Coroner Creek. Randolph Scott interprètera par la suite des dizaines de personnages dont l’épouse a été tuée ou kidnappée et que la vengeance conduira dans des traques impitoyables ; le film de Ray Enright entame cette série d'une façon tout à fait honnête.


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Une diligence est attaquée par un groupe d’Apaches qui semble être commandé par un mystérieux homme blanc ; ses conducteurs et passagers sont abattus sauf une jeune femme qui est kidnappée. 18 mois plus tard, Chris Denning (Randolph Scott) a rendez-vous avec un indien qui en sait beaucoup sur cette violente échauffourée. Il apprend que la femme s’est suicidée avec un poignard trois jours après son enlèvement et que le chef des ravisseurs était un homme blond aux yeux bleus avec une cicatrice sur la joue droite et qu’il est désormais propriétaire d’un relais de diligence. « Big. Strong. Yellow Hair. Blue Eyes. And a Scar on his Right Cheek » : répétant inlassablement ces éléments d’informations, Chris, sillonnant l’Ouest des États-Unis, part à la recherche de l’homme qui a causé la mort de sa future épouse. Il n’aura de cesse de ressasser sa haine jusqu’à ce que sa vengeance soit accomplie. Sa traque prend fin dans la petite ville de Coroner Creek où il retrouve son homme qui s’avère être Younger Miles (George MacReady) qui, avec l’aide du magot volé dans la diligence s’est acheté un ranch et s’est caché sous un masque de respectabilité en épousant la fille du shérif O’Hea (Edgar Buchanan). Miles n’en a pourtant pas fini avec ses malversations puisqu’il tente par tous les moyens, pour s’accaparer les terres alentour qui permettraient d’agrandir sa propriété, de faire fuir ses voisins. Chris accepte justement de devenir le contremaître de l’un d’entre eux, une femme nommée Della Harms (Sally Eilers), pour s’approcher plus facilement de celui dont il a décidé que ‘son heure avait sonné’…


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Ray Enright peut d’ailleurs remercier Harry Joe Brown grâce à qui il réalise son meilleur film depuis Les Ecumeurs (The Spoilers). Car ce n’est probablement pas de son fait, sa mise en scène étant le point faible de cet honorable western. Mais revenons deux minutes sur ce qu’ont mis en place les deux hommes lorsqu’ils ont décidé de s’associer et de ne produire que des westerns de série B. On a l’impression à la vision des deux premiers films qu’ils s’en sont servis comme de champ d’expérimentations, souhaitant faire apparaître de nouveaux personnages, de nouvelles thématiques et techniquement également, de nouvelles idées de mise en scène, de cadrages … Des films mineurs certes mais qui ont fait éclore un style autre : l’apparition de la couleur dans la série B, des titres (originaux) qui claquent, des méchants plus vicieux et menaçants entourés d’hommes de main à la mine patibulaires pas moins inquiétants et qui préfigurent les Lee Marvin, Jack Elam ou Richard Boone, l’abandon des transparences dans les séquences mouvementées en extérieurs (la série B fera plus pour ça que le western de prestige), une violence bien plus sèche, des types de personnages neufs, des romances plus adultes et dénuées de romantisme trop sucré, l’utilisation très parcimonieuse d’une voix off censée représenter les pensées du ‘héros’ (héros d’ailleurs pas forcément toujours sympathique), un sadisme assez poussé… [Quel bonheur d’assister à la naissance balbutiante d’un ‘style’ qui continue à me ravir de film en film et qui aboutira à de tels sommets : des titres pour bien plus tard car sinon vous allez trouver à juste titre que je rabache :mrgreen: ]


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Coroner Creek est donc un des premiers westerns dont le thème principal est la vengeance jusqu’auboutiste ; pour arriver à ses fins, Chris Denning sera capable de trahir des secrets en public au risque de faire du mal à la personne concernée (en l’occurrence, la pauvre épouse de son ennemi, devenue alcoolique car ne pouvant plus supporter que son mari l’ait pris pour femme dans le seul but de trouver une certaine respectabilité, l’amour étant totalement absent de leur couple), d’effrayer un homme afin qu’il parle, lui faisant croire qu’il va lui écraser la tête sur le poêle bouillant, de faire sienne la théorie ‘œil pour œil’ écrasant à coups de bottes la main de son adversaire après que ce dernier lui ait fait la même chose, de vouloir bien aider ceux qui en ont besoin à condition que ça n’entrave pas son plan mais qu’au contraire ça y contribue… Nous qui avions l’habitude d’un Randolph Scott qui forçait le respect par sa droiture et sa moralité, sommes encore plus surpris quant il se met, une fois contremaître, à traiter ses hommes avec une rudesse inaccoutumée. Bref, un acteur qui se plait à prendre le contre-pied de ses rôles habituels au risque de déplaire à ses fans. Mais ce caractère plus trempé va si bien à la dureté de son visage, l’acteur arrivant à faire passer tellement de choses à travers son regard et les sobres rictus de sa bouche, que nous sommes content d’assister au cours de ces deux films au ‘forgeage’ du personnage type qui le rendra célèbre la décennie suivante. Et puis avouons qu’il n’a pas son pareil dans le port de la chemise : quelle classe et quelle élégance ! (on est prié de ne pas pouffer !) Une sobriété et une économie de jeu qu’il partagera avec son adversaire, le Ballin Mundson de Gilda, l’inquiétant et classieux Georges MacReady, superbe salaud de cinéma qui n’hésite pas à lacérer des joues à coups d’éperon sans sourciller, à gifler sa femme devant son beau-père outré, restant toujours maître de lui, d’une froideur glaçante ! Les Bad Guys aux yeux bleus (voir Phil Carey par la suite) sont ceux qui feront souvent le plus froid dans le dos.


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Le reste du casting est moins marquant même si Forrest Tucker est assez efficace dans le rôle du cruel bras droit de MacReady. Le combat à poings nus qui l’oppose à Randolph Scott est remarquable, d’une brutalité assez inouïe pour l’époque, et finit de convaincre que Ray Enright, incapable de mener à bien jusqu’au bout une scène d’action souvent faute à un montage calamiteux (voire l’attaque de diligence qui débute le film), réussissait en revanche très bien les bagarres filmées presque sans plans de coupe et à l’aide de travellings assez nerveux. Les formidables idées de mise en scène (la surprenante apparition de George MacReady de dos lors de la première séquence) et les prises de vues inhabituelles (le ‘duel’ final à l’intérieur d’une pièce exiguë filmé en plongée verticale au dessus des deux adversaires ; les tirs de Forrest Tucker face caméra avant qu’il ne s’écroule) sont nombreuses (dues probablement à Scott et Brown vu qu’on en trouvait déjà pas mal dans Gunfighters) mais montrent cependant les limites du cinéaste souvent incapables de les concrétiser jusqu’au bout sans lourdeur. Elles ont au moins le mérite d’exister et surtout d’intriguer ; tout comme certains éléments du décor (une église de cette taille au milieu d’une petite ville de l’Ouest) ou bien encore le score de Rudy Schrager, aussi curieux que celui écrit précédemment pour le film de Waggner, utilisant plus souvent les bois (notamment les flûtes) que les cordes traditionnelles.


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Toujours au chapitre des innovations bienvenues, une réflexion à plusieurs reprises lancée sur le tapis à propos de l’utilité ou non de la vengeance par l’intermédiaire du principal personnage féminin interprété par Marguerite Chapman ; si la conclusion n’est guère originale (d’autant qu’au cours du film sans aucun romantisme, nous n’avons ressenti aucune alchimie entre Randolph Scott et Marguerite Chapman), une tentative de dénigrer la loi du talion aura été entrevue. La vengeance aura été néanmoins mené à bout avec une balle dans le dos ! Respectable ? Vous allez me dire "tant de blabla pour en arriver à conclure qu’il s’agit d’un western mineur" ! Oui mais quel plaisir au cours du visionnage grâce aussi à cet exotique Cinecolor. De la série B nouvelle manière en cette fin de décennie grâce à la Columbia, la compagnie jusqu’ici la moins prolifique dans la production de western mais ne décevant presque jamais son public, et à la complicité entre un acteur qui avait décidé de ne désormais se consacrer qu’à ce qu’il aimait le plus, le western à petit budget, et un producteur qui avait à peu près les mêmes idées que lui sur la manière d’en tourner. Bien agréable même si oublié aussitôt vu.
Cathy
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Re: Ray Enright (1896-1965)

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Dames (1934)

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Un millionnaire obsédé par l'ordre moral veut léguer de son vivant dix millions de dollars à la branche de sa famille, dont la moralité semble irréprochable. Suite à un quiproquo, le père doit financer la revue que veut monter l'amoureux de sa fille et qui n'est autre qu'un cousin éloigné.

Un an après le succès de Golddiggers, Footlight Parade ou 42nd Street, Ray Enright, Busby Berkeley et Delmer Daves (eh oui) s'attèlent à cette comédie musicale, sur fond de création de revue comme les précédents opus signés Berkeley. Si les numéros majeurs sont situés une fois encore dans le cadre du spectacle, Dick Powell pousse quand même par deux fois la chansonnette avant comme dans une véritable comédie musicale, surtout au bord du lac de Central Park, la scène sur le bateau est une "ébauche" de ce qui sera le numéro phare du show "I Only have eyes for you". Nous sommes donc ici plus dans le registre de la comédie typique de cette époque, un peu lourde, avec des personnages excentriques surtout le millionnaire qui passe son temps à avoir le hoquet et prend pour le faire passer un remède introuvable à base d'alcool. Il y a aussi une charge de la moralité qui doit régner, pas d'alcool, pas de cigarette, encore moins de spectacles et surtout quand ils peuvent être décadents. Si la comédie n'est pas forcément réussie, les numéros musicaux sont sans doute parmi les plus excentriques qu'ait dirigé et réalise Busby Berkeley. Le premier numéro est à la fois coquin et poétique avec cette blanchisseuse qui rêve d'amour et qui voit les sous-vêtements masculins s'animer (dommage que l'on voit sur le dernier plan les fils qui animent le pyjama), le second est une ode à l'héroïne Ruby Keeler dont toutes les danseuses adoptent la même coiffure, et forment des tableaux à l'effigie de la vedette. Et puis le dernier est encore plus grandiose, délirant, avec ces fameux kaleidoscopes humains, avec ces femmes "marguerite". Ce qui fait sans doute la force de Berkeley est cette multiplication des danseuses au physique identique, aux sourires plus ou moins figés, aux ensembles plus ou moins impeccables mais qui suscitent l'admiration devant le génie créatif, la modernité des tableaux, de l'utilisation de la caméra qui se faufile là encore entre les jambes des girls. Le dernier numéro est totalement irréalisable sur scène, mais quelle inventivité !
Dick Powell et Ruby Keeler sont une fois encore le couple vedette charmant de la comédie musicale, Joan Blondell apporte la touche canaille qu'il faut au film. Alors certes ce film n'est certainement pas le meilleur au niveau scénario, mais rien que pour les numéros musicaux, il vaut le détour !

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Re: Ray Enright (1896-1965)

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Cathy wrote: Un an après le succès de Golddiggers, Footlight Parade ou 42nd Street, Ray Enright, Busby Berkeley et Delmer Daves (eh oui) s'attèlent à cette comédie musicale
Daves a d'ailleurs réalisé une comédie musicale très attachante pour soutenir l'effort de guerre : Hollywood Canteen
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Jeremy Fox
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Re: Ray Enright (1896-1965)

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Montana (1950) de Ray Enright
WARNER


Avec Errol Flynn, Alexis Smith, S. Z. Sakall, Douglas Kennedy, James Brown, Paul Burns…
Scénario : James R. Webb, Borden Chase et Charles O’Neal
Musique : David Buttolph
Photographie : Karl Freund
Une production William Jacobs pour la Warner
Couleur - 76 mn


Sortie USA : 28 janvier 1950


En 1879, le Montana est un État dans lequel le bétail est roi et où la loi se fait encore à coups de revolver, les convoyeurs et les ranchers ayant alors plus d’influence que les hommes de loi. D’ailleurs ce sont Maria Singleton (Alexis Smith) et Rod Ackroyd (Douglas Kennedy), les plus gros éleveurs alentour, qui tiennent les rênes de la région de Fort Humboldt. Des panneaux sont érigés un peu partout pour prévenir que le premier berger qui fera traverser son troupeau de mouton sur les prairies destinées aux bêtes à cornes passera immédiatement de vie à trépas. Morgan Lane (Errol Flynn), un éleveur de moutons d’origine australienne, ne compte pas seulement passer sur ce territoire mais aussi s’y installer. Il souhaite prouver que, comme il l’a vu au Mexique, bovins et ovidés peuvent vivre en bon voisinage. Pour se faire, se faisant passer pour l’associé du colporteur Papa Schultz (S.Z. Sakall), il va commencer par user de ruse auprès de Maria qui, ayant été éblouie par sa facilité à monter un cheval sauvage, tombe immédiatement sous son charme. Sans savoir qu’il est propriétaire d’un troupeau des fameux animaux abhorrés, elle lui loue une partie de ses terres. Au moment même de la signature du contrat, il est démasqué et roué de coups pour avoir trompé son monde. La lutte entre gros éleveurs de bétail et bergers s’engage de plus belle ; les morts commencent à s’amonceler...


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Montana a beau être un très mauvais film (n’attendons pas inutilement des dizaines de ligne avant de l’affirmer), il aura au moins eu le mérite d’aborder pour la première fois en 75 petites minutes (une bénédiction que cette courte durée) le thème des conflits entre éleveurs de bétail et éleveurs de moutons. Par la suite, peu de westerns reviendront sur ces rivalités alors que celles entre ranchers et fermiers ont été et seront encore légions. Batailles rangées pour l’accaparement de terres ou à cause de la haine envers toutes sortes de clôtures venant morceler les ‘Open Range’ mais jamais encore à cause de ces paisibles petites bêtes à laine. Bizarrement, la présence de moutons dans un western ne donnera pratiquement naissance qu’à des films à tendance humoristique, George Sherman mettant en scène le meilleur d’entre eux huit ans plus tard avec le bien nommé The Sheepman, le rôle titre étant tenu par Glenn Ford. Mais s’il ne fallait se rappeler que d’une seule fiction à propos de cet antagonisme historique, ce serait Drag-a-long Droopy, un dessin animé hilarant de Tex Avery datant de 1954.


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Au Far-West en ce dernier quart du 19ème siècle, du Texas au Sud jusqu’au Montana tout au Nord, les Cattlemen et les Sheepmen se considéraient comme des ennemis mortels. Les premiers regardaient avec mépris les seconds suivre leurs bêtes à pied au lieu de chevaucher, ne supportaient pas l’odeur des moutons et pensaient que ces derniers allaient détruire les prairies ne laissant rien à brouter aux autres animaux d’élevage. Ils se mirent à massacrer les troupeaux par tous les moyens : Stampede, empoisonnements, tueries... De nombreux bergers perdirent la vie dans le même temps. Pourtant, parmi les petits éleveurs de bétail, certains pensaient à diversifier leurs cheptels par l’intégration de quelques moutons d’autant que l’idée circulait qu’ils apporteraient une richesse supplémentaire à leur région par l’apport de la laine en sus de la viande. Ces éléments nouveaux à l’intérieur du genre, ce conflit sanglant encore jamais abordé, auraient pu donner un scénario tout du moins intéressant ; mais Borden Chase et ses deux acolytes ont accompli un travail de sagouin. Il aura fallu non moins que le scénariste de Red River assisté de deux autres confrères pour nous pondre un scénario d’une telle indigence et d’une telle bêtise ! Convention à la pelle, trous béants dans la dramaturgie, rebondissements sans surprises et ridicule des situations, rien ne permet à ce script pitoyable de relever la tête, pas même l’écriture des protagonistes et des relations qu’ils entretiennent entre eux.


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Du coup, les acteurs se révèlent aussi transparents que leurs personnages, certains même se transformant en fantôme tel celui du colporteur joué par S.Z. Sakall qui disparait de l’histoire sans prévenir et sans qu’on ne le revoie jamais. Ce n’est pas qu’il nous manque puisque l’acteur nous refait son sempiternel numéro de bouffon (il est parfois très drôle notamment dans les comédies musicales mais parfois bien pénible) mais cet évanouissement prouve le manque de sérieux des auteurs. A la fin du film, on ne se souvient (hormis peut-être le vieux Tecumseh joué par Paul E. Burns) d’aucun seconds rôles pas même des Bad Guys qui sont d’une rare fadeur. Quant à Errol Flynn, si on le sent parfois gêné aux entournures de devoir débiter de telles âneries, il semble le reste du temps s’en fiche royalement, absolument pas concerné par le film, paraissant s’y ennuyer à mourir au point de ne même pas essayer de sauver ce qui aurait pu l’être. Sa prestance et son charme font cependant et heureusement toujours mouche. Pas mieux concernant sa partenaire Alexis Smith avec qui pourtant il formait un beau couple dans Gentleman Jim de Raoul Walsh ou même dans l’agréable San Antonio de David Butler. Mal maquillée, son budget fond de teint a du grever les moyens alloués au film.


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Budget qui, au vu des vilaines transparences usées jusqu’à plus soif, semble minime alors que Ray Enright et la Warner avaient probablement dans l’idée de nous redonner un western de prestige tel Les Conquérants (Dodge City) ou San Antonio. Étonnant et paradoxal d’ailleurs de constater une nouvelle fois que ce sont les studios les plus modestes (Columbia et Universal) qui évitent d’utiliser stock-shots et transparences alors que les plus prestigieux de l’époque (Warner et MGM) ne s’en privent pas. Le peu de talent que possédait le modeste Ray Enright (à son actif, il a quand même signé les sympathiques Les Ecumeurs et Coroner Creek) semble fondre comme neige au soleil et il n’en reste pas une miette ici. Walsh aurait d’ailleurs réalisé quelques scènes mais on se demande bien lesquelles tellement tout s’avère médiocre ; aucun rythme, aucune hardiesse, aucune idée de mise en scène, aucune originalité, seuls surnagent quelques beaux plans notamment sur le visage d’Errol Flynn et un beau travail de Karl Freund à la photographie, le Technicolor s’avérant magnifique, le costume bleu porté par la star et les yeux verts de sa partenaire en bénéficiant avec éclat.

Bref, même si l’on ne peut pas dire s’y ennuyer, on ne peut que constater le gâchis. Heureusement, il reste un magnifique Technicolor et des séquences musicales certes totalement incongrues mais permettant d’oublier la nullité du reste, notamment ‘Old Dan Tucker’ entonnée par un quatuor de cow-boys et surtout un duo entre Errol Flynn et Alexis Smith, ‘Reckon I'm In Love’. Vous n’aurez pas beaucoup d’autres occasions d’entendre chanter le bel Errol ni de le voir gratter les cordes d’une guitare même s’il n’essaie pas de cacher qu’il fait semblant ! A consommer avec modération par les afficionados mais formellement interdit à ceux qui souhaiteraient à l'occasion découvrir le genre !


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Kansas en feu (Kansas Raiders, 1950) de Ray Enright
UNIVERSAL


Avec Audie Murphy, Brian Donlevy, James Best, Tony Curtis, Marguerite Chapman, Scott Brady, Richard Arlen, Richard Long, Dewey Martin
Scénario : Robert L. Richards
Musique : Milton Rosen
Photographie : Irving Glassberg
Une production Ted Richmond pour la Universal


Sortie USA : 15 novembre 1950

"And so into the pages of crime history rode five young men : Kit Dalton, Cole and Jim Younger, Frank and Jesse James, five whose warped lives were to be an heritage from their teacher, William Clarke Quantrill". Ainsi la voix du narrateur faisait s’achever ce western de Ray Enright qui allait nous replonger une fois encore au sein de cette meurtrière Guerre Civile qui eut ses profiteurs et non seulement à l'époque de son déroulement (ce fameux Quantrill par exemple) et au moment de la "reconstruction" (les Carpetbaggers) mais aussi [et là sur le ton de la plaisanterie bien évidemment] jusqu'au siècle suivant puisqu'au vu de ce parcours, on constate aisément à quel point ces cinq années de conflits furent du véritable pain béni pour tous les artisans du western hollywoodien ! Ray Enright, en ce début des années 50, remettait dans le même temps au gout du jour la réunion de hors-la-loi célèbres alors bien en vogue la décennie précédente et à laquelle le cinéaste avait déjà contribué avec Bad Men of Missouri. Mais, contrairement à ce dernier, Kansas Raiders peut être considéré comme un de ses meilleurs westerns, à placer aux côtés de Les Ecumeurs (The Spoilers) et Ton Heure a Sonné (Coroner Creek), le reste de sa filmographie, notamment dans le domaine qui nous concerne, s'étant avérée bien médiocre. L'avant dernier western qu'il met en scène ici fait partie de cette vague de séries B produites à tour de bras dans les années 50 par le studio Universal et qui compte son lot de bonnes surprises violentes et remuantes, rehaussées par l'utilisation toujours chatoyante du Technicolor. Un bon cru Enright !


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La Guerre Civile fait rage. Jesse James (Audie Murphy) et son frère Frank (Richard Long), James Younger (Dewey Martin) et son frère Cole (James Best) ainsi que Kit Dalton (Tony Curtis) décident de rejoindre les rangs des Raiders du fameux colonel Quantrill (Brian Donlevy) que l'on a communément baptisé 'la brigade du massacre'. En effet, ayant tous eu à faire avec les soldats de l'Union, ils pensent qu'il s'agit de la meilleure manière de pouvoir venger les membres de leurs familles tombés violemment sous leurs balles. En arrivant dans la ville de Lawrence au Kansas, ils sont pris à partie par des 'Redlegs' qui sont prêt à les lyncher, les prenant pour des espions à la solde de Quantrill. Ils sont in-extremis sauvés de la potence par un capitaine nordiste qui leur déconseille néanmoins, s'ils leurs en prenaient l'envie, de rejoindre les troupes de ce sanguinaire colonel. Malgré tout, refusant de croire à la folie meurtrière de ce dernier, ils finissent par arriver dans son camp et s'engagent à se battre à ses côtés. Convaincu de la loyauté de Jesse, Quantrill en fait même très vite son bras droit. Mais le jeune futur hors-la-loi constate rapidement de visu que la barbarie de son commandant n'était pas une légende ; son sentiment est encore raffermi quand la propre maîtresse de Quantrill, Kate (Marguerite Chapman), lui confie la peur qu'elle éprouve à constater chez son homme une soif de sang et de destruction de plus en plus pressante. Malgré tout, fermant les yeux sur les massacres et autres vilenies, Jesse continue à penser qu'il se bat pour faire vaincre ses idées, celles du Sud. Puis, c'est le raid brutal sur la ville de Lawrence et la preuve que malgré ses promesses Quantrill reste plus que jamais un criminel de guerre ; néanmoins, il lui restera loyal jusqu'à la mort ...


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Quantrill avait été déjà personnifié par Walter Pidgeon dans un honnête western de Raoul Walsh du début des années 40, L'escadron Noir (Dark Command). C'est Brian Donlevy qui, après avoir été le second rôle westernien le plus présent voici dix ans en arrière mais que l'on avait perdu de vue depuis le sublime Canyon Passage de Jacques Tourneur, reprend le flambeau avec une belle prestance, brossant un intrigant portrait de ce mythomane sanguinaire et illuminé. Petit rappel historique concernant les dernières années (celles narrées dans le film) de ce personnage peu recommandable qui utilisa l'uniforme Sudiste pour mieux pouvoir commettre ses méfaits sanglants, tuer et piller à son gré. Souhaitant faire cesse les raids de Quantrill dans l'état du Kansas, un commandant des forces de l'Union fait arrêter les femmes et sœurs de plusieurs hommes du gang mais le bâtiment où elles sont retenues prisonnières s'écroule causant cinq décès. Pour se venger, Quantrill rassemble 450 hommes et s'abat sur la ville de Lawrence la nuit du 20 août 1963 ; résultat, près de 150 hommes, femmes et enfants tués de sang froid et le même nombre d'édifices détruits. Traquée, la bande se réfugie au Texas et se délite peu à peu, les hommes n'arrivant pas à assumer une telle folie meurtrière ; ils se retrouvent à peine une douzaine avec dans l'idée d'assassiner Abraham Lincoln. Le 10 mai 1865, la petite troupe est surprise et si la plupart arrivent à s'échapper, leur chef, blessé d'une balle à la colonne vertébrale, est arrêté. Paralysé, il meurt peu après dans des conditions bien moins héroïques que lors du final de Kansas Raiders où il tombe courageusement et seul sous les balles ennemies.


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Car, comme souvent à Hollywood, le scénariste Robert L. Richards (co-auteur avec Borden Chase du script de Winchester 73) s'est permis de très nombreuses libertés par rapport à la vérité historique à commencer par l'âge des protagonistes ; que ce soient Jesse James ou Quantrill, ils étaient bien plus jeunes à l'époque des évènements, 16 ans pour le premier (contre presque la trentaine pour Audie Murphy) et 25 pour le second alors que Brian Donlevy n’était pas loin de la cinquantaine ! Jesse n'a rejoint son frère qu'à la fin des combats et n'a jamais été spécialement proche de son commandant. Quant à Kate, la maîtresse de Quantrill, encore adolescente à l'époque, il est assez cocasse de savoir qu'elle profitera de l'argent ensanglanté de son amant pour ouvrir une des maisons closes les plus célèbres de Saint Louis. Quoiqu'il en soit, on ne s' offusquera pas de toutes ces fantaisies historiques et multiples invraisemblances scénaristiques d'autant que le film s'avère, sinon passionnant, tout du moins bougrement efficace et plutôt captivant. Les problèmes de conscience de Jesse James face aux boucheries accomplies par le gang dont il fait partie, ses relations ambigües avec la maîtresse de son commandant, le charisme qu'il montre face aux quatre autres futurs hors-la-loi, l'intéressante description des personnages de Quantrill et de Kate font de ce western avant tout destiné aux amateurs d'action un film tout à fait intéressant brossant par ailleurs dans le même temps un tableau d'une grande brutalité et d'une rare noirceur [à l'époque où nous en sommes arrivés] concernant ce conflit. Une des premières séquences nous montre un peloton d'exécution improvisé décimant des dizaines de prisonniers à qui on venait de donner la parole de ne pas leur faire de mal. Et aviez vous déjà vu un ‘héros’ qui, après un combat au couteau avec un homme l'ayant provoqué, au lieu de laisser la vie sauve à son adversaire vaincu, l'achève avec force cruauté ?


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Quant on sait que ce héros a le visage poupin d'Audie Murphy, on est encore plus interloqué. Fils d'un modeste cultivateur de coton, ce fut le soldat le plus décoré de la Seconde Guerre Mondiale. Il commença sa carrière cinématographique en 1948 et tournera des dizaines de westerns de séries B pour la Universal durant les années 50. C'est la première fois que nous le rencontrons dans un western qui sera son genre de prédilection. Il avait été quelques semaines plus tôt Billy the Kid dans The Kid from Texas, western signé de Kurt Neumann (malheureusement pas vu pour cause de copie trop dégueulasse) ; Kansas Raiders est sa deuxième incursion dans le western et il s'y avère immédiatement très à l'aise sans avoir besoin d'en faire trop, son jeu s’avérant d’une grande sobriété (certains parleront sans doute de fadeur). Malgré sa très petite morphologie, il porte le costume de l’Ouest avec une grande classe et son regard acier n'est pas sans efficacité. Loin d'être un grand acteur mais dans son style de rôle, il se révèle tout à fait honnête. En tout cas son personnage est assez ambigu (à cause de sa naÏveté surtout) pour retenir l’attention ; son mélange d’admiration/répulsion pour son chef, l’incompréhensible loyauté qui le liera à ce "père adoptif" sanguinaire, ses états d’âme incessants le rendent assez intéressant. Ce n’est d’ailleurs pas un héros pur et dur puisque, s’il ne participe pas aux massacres, il ne fait rien pour les empêcher, s’il se rend compte que l’armée de Quantrill commet des actes au moins aussi répréhensible que les Redlegs (sorte de milice pro-union) de qui il veut se venger, il n’en continue pas moins de se battre à ses côtés. Ses compagnons affirment même qu’ils se trouvent être dans une situation plutôt enviable ce qui pourra choquer mais ce qui me parait au contraire assez réaliste ; il y a de fortes chances pour que les Raiders de Quantrill n’aient pas été des idéalistes forcenés mais tout simplement des bêtes de guerre adeptes des méthodes expéditives comme décrits ici. Point de moralisme ni de politiquement correct comme nous le dirions aujourd’hui : les protagonistes principaux ne sont en fait que des psychotiques et de ce point de vue, le script est plutôt réussi et ne cherche pas à nous donner bonne conscience.


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Outre Jesse, pour incarner les autres futurs outlaws, une belle kyrielle de petites stars en devenir à commencer par Tony Curtis dans une de ses premières apparitions mais aussi Dewey Martin, le futur interprète d’Howard Hawks notamment dans La Chose d’un autre Monde (The Thing) et surtout La Captive aux Yeux Clairs (The Big Sky), James Best, plus tard aux côtés de Paul Newman dans Le Gaucher (The Left-Handed Gun) d’Arthur Penn et enfin Richard Long, futur héros de la série télévisée La Grande Vallée. Scott Brady interprète un beau salaud et Marguerite Chapman, actrice déjà croisée sous la caméra de Ray Enright dans Coroner Creek, s’avère plutôt douée et charmante, à l’origine d’une romance plutôt attachante. Aucun comédien ne sort vraiment du lot ni ne fait vraiment d’étincelles mais, tout comme le scénario et la mise en scène, l’interprétation d’ensemble reste solide à défaut d’être inoubliable. Les éléments ambigus et les relations intéressantes entre certains personnages qui parsèment le script de Robert L. Richards sont superficiellement survolées et n’empêchent pas l’écriture d’être sans réelles surprises mais ils auront eu au moins le mérite d’exister et de faire dépasser à Kansas en Feu le stade du western trop routinier qu’il aurait été sans ça. Le film s’avère aussi d’une violence assez inaccoutumée lors des séquences de tueries ou de batailles et nous propose des combats assez innovants pour l’époque comme celui qui oppose Audie Murphy et l’espion nordiste : ils se battent au couteau avec chacun un coin du même mouchoir qu’ils ne doivent pas lâcher coincé entre les dents. La conclusion de cette bagarre est, comme nous l’avons déjà dit plus haut, d’une férocité assez surprenante.


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Un plaisant petit western sans prétentions mais aussi sans temps morts qui file à 100 à l’heure, le rythme et l’action étant très soutenus, les pétarades prenant souvent le pas sur les dialogues pour le plus grand plaisir des amoureux de séries B nerveuses et mouvementées. Alors il est vrai que les invraisemblances pullulent, que l’Histoire est déformée sans complexe et que le faible budget alloué fait que certaines images comme celle de l’incendie de La ville de Lawrence en plan d’ensemble font assez cheap. Mais nous n’allons pas faire la fine bouche quand le très moyen Ray Enright arrive à nous délivrer un aussi sombre tableau d’un des chapitres les plus sordides de l’histoire américaine.


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La Guerre de Sécession d’ailleurs assez bien résumée dans le prologue et qui nous donne un assez juste aperçu du ton du film : "For more than four long, bitter years this nation was torn by civil war, the bloodiest and most destructive in our history for it was a war of neighbor against neighbor, family against family, brother against brother, flag against flag. Nor was the slaughter confined to the armies of the North and South alone. This was a war that bred an outlaw army of guerrillas masquerading under the flags of both sides, pillaging, burning and killing for private gain. The most savage and merciless among the lawless tribes whose organized violence terrorized the county were the men who marched, raided, and killed under the ominous black flag of William Clark Quantrill."
Tancrède
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Post by Tancrède »

Lord Henry wrote:Vague souvenir de Kansas Riders, programmé chez Monsieur Eddy.

Rien d'impérissable.
pareil
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Jeremy Fox
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Re: Re:

Post by Jeremy Fox »

Tancrède wrote:
Lord Henry wrote:Vague souvenir de Kansas Riders, programmé chez Monsieur Eddy.

Rien d'impérissable.
pareil
Je n'ai d'ailleurs pas dit le contraire. Mais c'est aussi le charme de ces séries B (les meilleures du lot bien entendu) ; on les redécouvre avec le même plaisir peu de temps après puisque nous avions déjà tout oublié de leur intrigue et même tout simplement de les avoir vu (ce qui était mon cas). Et puis quand même, la diffusion date de mai 1998 ; vos avis pourraient avoir évolué 13 ans plus tard :wink:
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Re: Re:

Post by Tancrède »

Jeremy Fox wrote:
Tancrède wrote: pareil
Je n'ai d'ailleurs pas dit le contraire. Mais c'est aussi le charme de ces séries B (les meilleures du lot bien entendu) ; on les redécouvre avec le même plaisir peu de temps après puisque nous avions déjà tout oublié de leur intrigue et même tout simplement de les avoir vu (ce qui était mon cas). Et puis quand même, la diffusion date de mai 1998 ; vos avis pourraient avoir évolué 13 ans plus tard :wink:
en fait j'ai vu le film en DVD il y a environ 3 ans.
Et je dois dire qu'à part la conclusion, je n'ai pas lu ton texte en fait. Il est trop long à mon goût. Pondre deux pages sur un film de Ray Enright, je sais pas comment tu fais.
voici le mien:
http://films.nonutc.fr/2009/01/22/kansa ... ight-1950/
on est donc assez d'accord apparemment