Topic naphtalinippon

Rubrique consacrée au cinéma et aux films tournés avant 1980.

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bruce randylan
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Re: Topic naphtalinippon

Post by bruce randylan »

No stronger swords (Sadatsugu Matsuda - 1959)

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Un intriguant usurpateur assassine un dignataire d'un clan adverse en se déguisant en un chef d'un autre clan puissant. Il espère ainsi que ces 2 rivaux s'entretuent pour mieux lui laisser le champ libre.

Si ce jidai-geki manque un peu de corps dans son synopsis et la caractérisation de ses personnages (surtout le méchant dont les motivations sont pour ainsi dire inexistantes - à part simplement être perfide), c'est un honnête divertissant sans temps mort avec un casting trois étoiles pour les connaisseurs : Utaemon Ichikawa, Ryutaro Otomo, Ryunosuke Tsukigata ou Tomisaburo Wakayama.
Au début, on est un peu perdu dans les différents clans, les noms historiques évoqués et une dizaine de personnages (où, autres les différents bretteurs, on peut rajouter une soupirante ainsi qu'un voleur et sa compagne) puis la ligne principale se met en place et les enjeux restent finalement assez limpide, notamment grâce à la fluidité de la mise en scène qui passe souvent d'un protagoniste à l'autre même si ceux-ci ne font que se croiser sans interagir entre eux dans un premier temps.
Comme souvent avec le cinéaste, le film vise le plaisir immédiat en cherchant à s'attirer la complicité du spectateurs : ici, dès les premières secondes, le voleur prend à parti la caméra pour se présenter et mettre le public dans la confidence. Autres composantes habituelles de Matsuda, les touches d'humour adroitement semées ne nuisent pas aux séquences plus dramatiques, une narration soutenue et un style classique parfois inspirée malgré des tournages menés au pas de courses (6 films sortis en 1959). Les travellings ou les mouvements de grues mettent en valeur l'action ou les paysages sans jamais tomber dans l’esbroufe ou la prétention. Tout juste regrette-t-on quelques transparence un peu inutiles lors de la course contre la montre.
Enfin, ce film de Matsuda est pour le coup plutôt généreux en action même si les combats appartiennent bien aux années 50 et n'ont pas la virtuosité et la nervosité de la décennie à venir. Toujours est-il que le final, découpé en plusieurs actes, s'étalent sur pas loin de 20 minutes avec un bodycount conséquent et un Tomisaburo Wakayama en début de carrière qui ne manque pas de fougue.

Ca s'oubliera sans doute rapidement mais j'ai passé un bon moment. :)

Tomorrow There Will Be No Release from the Law of Hell aka The glorious fight (Yasuo Furuhata - 1966)

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A Nagasaki, un procureur essaie de calmer une guerre entre deux gangs en leur proposant de fonder une association politique pour légaliser leur affaires. L'un des bras droit d'un des chef est un survivant de la bombe atomique.

Second long-métrage pour Furuhata (dont je ne connais que 2 films des 80's) et c'est un excellente surprise. Le premier quart ne sort pas franchement du tout venant du genre entre réalisation académique et rivalité sans grande originalité conduisant à plusieurs exactions vengeresses... Puis, doucement, le film distille un parfum de mélancolie de plus en plus prononcé avec Ken Takakura qui se sait condamner à terme par les radiations et qui refusent de consulter des médecins. Son histoire d'amour avec une femme rejetant l'univers des yakuza (malgré une grosse ficelle scénaristique autour du frère de celle-ci) apporte une réelle profondeur psychologique et dramatique en accentuant les dilemmes moraux de Takakura sur les ordres qu'on lui impose. La seconde moitié gagne ainsi une belle ampleur tragique, presque lyrique, où la mise en scène de Furuhata gagne un beau classicisme lors des espoirs de nouveaux départs, de la gifle, de l'assassinat sous la pluie ou du final sous fort influence de Pépé le Moko, modèle de montage en faisant silencieusement communiquer les deux amoureux malgré la distance.
Je ne sais pas à quel point le reste de sa filmographie est cohérente ou personnelle mais j'ai retrouvé l'ambiance crépusculaire et le spleen du Démon (1985) et de la Gare (1981). Et ça me donne vraiment en découvrir plus.
"celui qui n'est pas occupé à naître est occupé à mourir"
The Eye Of Doom
Machino
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Re: Topic naphtalinippon

Post by The Eye Of Doom »

Entre deux Terence Fisher, j’attaque le coffret 5 films Pink.
Le 1er, « La poupee gonflable dans le desert » est un objet filmique des plus curieux. Dans ce film noir nippon réalisé par le scénariste du chef d’oeuvre de Suzuki La marque du tueur, on suit un tueur à gages embauché pour aller récupérer une fille kidnappée par un maffieux, avec lequel le tueur a d’autre part un lourd contentieux.
Le scenario est volontairement difficile a suivre car mêlant le present du tueur et des scenes de son passé. La fin venant de plus:
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nous reveler que nous n’avons suivi sur la seconde partie que une réalité fantasmée par le tueur pendant son agonie.
Tout l’intérêt est dans la mise en scene : camera en mouvement, prise de vue alambiquée, sequences syncopees, scenes quasi documentaire, on est dans un truc experimental, soutenu par une remarquable bande son free jazz. Le fait que le tueur aille voir « pour une poignée de dollars » n’est pas anodin.
J’avoue que j’ai pas été passionné par ce truc. heureusement le film soit court. Bien que formellement plutot reussi, le film n’entraine pas autant que La marque du tueur, pour un procédé globalement similaire. Le film de Suzuki est aussi difficile a suivre mais disons que ses experimentations se couplent de qualités plastiques certaines qui donnent coherence et enthousiasment le spectateur. Ici, cela ne marche qu’épisodiquement.
Concernant les scenes de nues requises, l’image n&b saisie avec sensibilité les peaux et formes exposées. Le role des femmes ne dépasse par contre jamais la figuration de charme. Reconnaissons toutefois une position non ambiguë de dénonciation de l’exploitation des femmes.
La dernière scene où on découvre la spécialité touristique régionale (
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et du coup de sens du titre du film)
est saisissante.
A découvrir.
The Eye Of Doom
Machino
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Re: Topic naphtalinippon

Post by The Eye Of Doom »

Etrange film que The mad fox de Tomu Ushida.
Il s’agit de l’adaptation d’une piece Kabuki classique narrant l’histoire d’amour forcement tragique entre un jeune noble aspirant astrologue et la fille de son mentor.
Le film fascine par sa beauté plastique, tres stylisée et artificielle, proche de l’esthetique du theatre kabuki. Tout est superbe, à l’image de l’introduction qui nous fait passer de la lecture d’un rouleau illustrant le preambule a l’intrigue, a des scenes rougeâtres, infernales, apocalyptiques.
Il y a plusieurs ruptures dans le film, en coherence avec les différentes parties de l’intrigue et l’état mental du protagoniste.
J’ai beaucoup aimé. Par contre la fin un peu brutale m’a fait echappé:
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Quelle est la signification du rocher du dernier plan?
La partie la plus belle est le long passage au millieu du film au pays des kitsune, peuple de renards « surnaturels » du folklore nippon. Merveilleux et Magnifique.

La copie Arrow est tres belle, il y a tout de meme quelques plans moins nets, dus probablement au materiel d’origine.

Chaudement recommandé pour les amateurs de contes fantastiques.