Le Western américain : Parcours chronologique II 1950-1954

Rubrique consacrée au cinéma et aux films tournés avant 1980.

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O'Malley
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Re: Le Western américain : Parcours chronologique Part 2 (50

Post by O'Malley »

Ronald Reagan s'en tire pas mal aussi dans l'excellent Storm Warning de Stuart Heisler...
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Re: Le Western américain : Parcours chronologique Part 2 (50

Post by someone1600 »

encore un film que tu me donne envie de decouvrir. super !
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Jeremy Fox
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Re: Le Western américain : Parcours chronologique Part 2 (50

Post by Jeremy Fox »

O'Malley wrote:Ronald Reagan s'en tire pas mal aussi dans l'excellent Storm Warning de Stuart Heisler...
Oui. D'autant qu'en face de lui.... non rien :mrgreen:
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feb
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Re: Le Western américain : Parcours chronologique Part 2 (50

Post by feb »

Jeremy Fox wrote:Oui. D'autant qu'en face de lui.... non rien :mrgreen:
Mouahah il est énorme ce Jeremy Fox :mrgreen:
ed wrote:Portrait de la jeune fille en feu
L'un des films les plus rigoureux, scénaristiquement et formellement, qu'il m'ait été donné de voir depuis longtemps (...)
L'étranger...
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Re: Le Western américain : Parcours chronologique Part 2 (50

Post by L'étranger... »

(avec un wagon de retard), deux petites choses sur Shane, tout d'abord, j'ai toujours trouvé très impressionnante la première scène où l'on voir Alan Ladd tirer au pistolet (pour s'eintraîner) dans le ranch quand le petit garçon est à côté de lui, la détonation est très bruyante et on se rend vraiment compte de la dangerosité de ce petit bout de métal (enfin, bien plus que dans les autres films que j'ai vu).
Ensuite ATTENTION AU SPOILER, je ne sais pas si vous avez vu le film Le négociateur (très sympa au demeurant ce film), mais à un moment les deux personnages principaux, Kevin Spacey et Samuel Jackson, parlent de Shane (car, comme le dit Jeremy, c'est un des plus grands classiques du cinéma là-bas), bref, l'un prônant la valeur héroïque du héros partant vers de nouveaux horizons, alors que l'autre est persuadé qu'il a été mortellement touché lors du duel final, il part donc pour mourir dans un coin, caché aux yeux de ceux qu'il a protégé, j'ai revu la fin du film avec cette idée en tête et... je ne sais pas, c'est assez plausible, mais vous en pensez quoi, vous ?
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O'Malley
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Re: Le Western américain : Parcours chronologique Part 2 (50

Post by O'Malley »

Jeremy Fox wrote:
O'Malley wrote:Ronald Reagan s'en tire pas mal aussi dans l'excellent Storm Warning de Stuart Heisler...
Oui. D'autant qu'en face de lui.... non rien :mrgreen:
:mrgreen:

Ceci dit, c'est plutôt Steve Cochran qui remporte la mise pour le coup
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Jeremy Fox
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Re: Le Western américain : Parcours chronologique Part 2 (50

Post by Jeremy Fox »

L'étranger... wrote: alors que l'autre est persuadé qu'il a été mortellement touché lors du duel final, il part donc pour mourir dans un coin, caché aux yeux de ceux qu'il a protégé, j'ai revu la fin du film avec cette idée en tête et... je ne sais pas, c'est assez plausible, mais vous en pensez quoi, vous ?
J'en pense comme toi ; d'ailleurs dans le courant du texte je compare le final à celui de Moonfleet justement :wink:
Wagner
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Re: Le Western américain : Parcours chronologique Part 2 (50

Post by Wagner »

L'étranger... wrote:bref, l'un prônant la valeur héroïque du héros partant vers de nouveaux horizons, alors que l'autre est persuadé qu'il a été mortellement touché lors du duel final, il part donc pour mourir dans un coin, caché aux yeux de ceux qu'il a protégé, j'ai revu la fin du film avec cette idée en tête et... je ne sais pas, c'est assez plausible, mais vous en pensez quoi, vous ?
Comme je l'ai dit plus haut, c'est d'abord une mort symbolique: Shane a un passé de hors la loi et ne correspond plus à l'air du temps, qui est à l'instauration d'une civilisation où des individualistes comme lui n'ont pas leur place. Il quitte donc les lieux sans pour autant être nécessairement blessé (ou alors il le cache très bien lors de son dernier échange avec Joey). Je ne suis donc en fait d'accord avec aucune des deux interprétations: départ héroïque, certainement pas, blessure mortelle, peu probable. La mort amoindrirait la force du propos en le banalisant: ce ne serait qu'un banal duel perdu ou pas totalement gagné, tandis que le départ solitaire renvoie à une dimension plus tragique, celle d'un enracinnement impossible.
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Jeremy Fox
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Re: Le Western américain : Parcours chronologique Part 2 (50

Post by Jeremy Fox »

Wagner wrote: Il quitte donc les lieux sans pour autant être nécessairement blessé (ou alors il le cache très bien lors de son dernier échange avec Joey).
Par contre là dessus, vu que c'est encore tout frais dans ma mémoire : il a été blessé par balles lors de l'affrontement final et il saigne. Il tient même la main sur sa blessure en s'éloignant. :wink:
Wagner
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Re: Le Western américain : Parcours chronologique Part 2 (50

Post by Wagner »

Jeremy Fox wrote:
Wagner wrote: Il quitte donc les lieux sans pour autant être nécessairement blessé (ou alors il le cache très bien lors de son dernier échange avec Joey).
Par contre là dessus, vu que c'est encore tout frais dans ma mémoire : il a été blessé par balles lors de l'affrontement final et il saigne. Il tient même la main sur sa blessure en s'éloignant. :wink:
ok, je vote aussi pour une fin à la Moonfleet alors, sans plan final avec un portail qui s'ouvre pour laisser Shane revenir
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Jeremy Fox
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Column South

Post by Jeremy Fox »

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L’héroïque Lieutenant (Column South, 1953) de Frederick de Cordova
UNIVERSAL


Avec Audie Murphy, Joan Evans, Robert Sterling, Dennis Weaver, Jack Kelly, Bob Steele, Ralph Moody, Rico Alaniz, Russell Johnson, James Best
Scénario : William Sackheim
Musique : Joseph Gershenson
Photographie : Charles P. Boyle (Technicolor)
Un film produit par Ted Richmond pour la Universal


Sortie USA : 20 mai 1953

Très prolifique en ce premier semestre de l'année 1953, la Universal propose cette fois un western militaire pro-indien réalisé par un cinéaste maison que nous ne reverrons plus par la suite au sein de ce parcours, Frederick de Cordova. Après avoir été metteur en scène de théâtre, en 1945 il tourne le premier film d'une filmographie qui en comptera vingt-trois, la plupart pour la compagnie Universal dans laquelle il était connu pour tourner vite et pour très bien s'accommoder de minuscules budgets. La preuve, il fit par exemple au début des années 50 deux petits films de pirates qui s'avérèrent bien plus plaisants que certains grands classiques du genre, La Fille des boucaniers (Buccaneer's Girl) avec la belle Yvonne De Carlo ainsi que Les Boucaniers de la Jamaïque (Yankee Buccaneer) avec Jeff Chandler. Mais son titre le plus connu (pour de mauvaises raisons ?) est certainement Bedtime for Bonzo avec en vedettes Ronald Reagan et ... un chimpanzé ! Il eut aussi devant sa caméra non moins que Rock Hudson, Errol Flynn, Tony Curtis, Bob Hope et Humphrey Bogart. Après Column South, le deuxième et dernier western de sa carrière, il ne tournera plus que deux films (dont un avec Elvis Presley), se consacrant ensuite presque exclusivement à la télévision.


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Janvier 1861 dans un fort du Nouveau Mexique. Le lieutenant Jed Sayre (Audie Murphy) qui commandait la garnison doit laisser sa place au Capitaine Lee Whitlock (Robert Sterling) qui arrive tout juste du Mississippi accompagné de sa soeur Marcy (Joan Evans). La première chose que demande le nouveau commandant à Jed est que ce dernier cesse ses relations amicales avec la tribu Navajo et notamment avec son chef Menguito (Dennis Weaver) alors pourtant que la paix règne entre blancs et indiens. Peu de temps après, un prospecteur est retrouvé scalpé dans les environs. Malgré le fait que Jed lui apprenne que les Navajos ne pratiquent pas ce genre de sauvagerie, Whitlock ne veut rien entendre et ordonne à Menguito de lui livrer les meurtriers le plus vite possible. De son côté, Jed découvre le véritable assassin, un autre chercheur d'or ayant dérobé à sa victime son butin. Mais le mal est fait et même si une bataille est arrêtée à temps, les Navajos se sont sentis insultés d'être accusés à tort et d'avoir été traités avec autant de condescendance ; la paix est dangereusement remise en cause. Sur ce fait, la scission entre Nord et Sud se profile ; certains militaires et politiciens sudistes vont utiliser les Indiens, attiser leur haine envers l'homme blanc, pour détourner l'attention des soldats qui ainsi ne pourront pas se battre sur plusieurs fronts. Le Général Stone (Ray Collins) de la cavalerie américaine, traître à l'Union, tente de persuader Whitlock, sympathisant du Sud, d'emmener toute sa garnison rejoindre les troupes des Confédérés ; pour se faire, ce dernier fait croire à ses soldats qu'il les emmène combattre les Navajos qui auraient pris le sentier de la guerre après avoir dérobé des fusils à l'armée...


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Le principal intérêt de ce western militaire (qui ne se démarque par ailleurs pas vraiment de tout ceux que l'on a pu voir jusqu'à présent) est dans son scénario et son contexte historique. C'est quasiment le premier western qui fait s'imbriquer Guerres Indiennes et Guerre de Sécession ; il nous est donné de voir comment les premières ont dans certaines régions pu découler de la seconde. En effet, les politiciens acquis à la cause du Sud ont parfois fomentés les conflits contre les Indiens pour qu'un maximum de Tuniques Bleues n'aient pas l'occasion ni le temps de prendre part à la Guerre Civile aux côtés de l'Union et ainsi laisser les Confédérés conquérir les places libres. Où l'on s'aperçoit une fois de plus que les tribus indiennes ont donc parfois été utilisées comme de simples marionnettes entre les mains du gouvernement qui leur faisait porter le chapeau d’exactions diverses afin que les soldats aillent les combattre. Ce n'est pas nouveau mais ça ne fait pas de mal de le répéter et c'est tout à l'honneur de ces petits films de série que de ne pas être que de simples divertissements sans conséquences mais de mettre parfois le doigt là où ça fait mal pour toucher aussi dans leurs consciences, mine de rien, les spectateurs du samedi soir. Beaucoup de conversations sur ces complots politiciens et conspirations militaires parsèment ce western qui prend une nouvelle fois fait et cause pour les Indiens contre les officiers bornés et va-t-en guerre. On y trouve aussi une intéressante description des tensions naissantes et des rivalités qui commencent à gangréner l'armée à cause de la guerre civile annoncée, les actuels camarades de chambrée profitant de la première occasion pour se battre afin de défendre leurs convictions et leurs camps respectifs : 'Battle Hymn of the Republic' contre 'Dixie' !


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Audie Murphy interprète un officier, ami des Navajos, essayant d'apaiser les conflits sur le point d'éclater de toutes parts ; il a assisté étant jeune au massacre de cette même tribu par son psychopathe de père qui l'emmenait avec lui lors de ses séances de tueries pour lui forger son caractère. Ce traumatisme raconté par le soldat à la jeune sœur de son impitoyable commandant rappelle une scène similaire dans Tomahawk de George Sherman au cours de laquelle Van Heflin narrait à Yvonne de Carlo un massacre indien auquel il avait assisté et au cours duquel sa famille avait été anéantie. Ces louables intentions sont les mêmes sauf que la puissance d'évocation de chacune des deux scènes est loin d'être identique, à l'image des deux films. Si Tomahawk est un très beau film méconnu, au moins aussi réussi que le plus célèbre Broken Arrow (La Flèche brisée) de Delmer Daves, L'Héroïque Lieutenant n'est qu'un petit western de routine un peu trop bavard et guère captivant sur l'ensemble.


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Rien de honteux non plus : Column South ne s'avère pas ennuyeux et il n'est pas désagréable à regarder jusqu'au bout. Car comme nous le faisions remarquer juste avant, c'est le scénario qui est l'élément le plus réussi du film de Frederick De Cordova, la mise en scène de ce dernier se révélant sans grand intérêt ni vigueur ; ce sont d'ailleurs les scènes d'action qui empêchent le film de décoller, trop plates et moyennement bien rythmées. Dommage car une séquence d'assaut d'un fort par les soldats eux-mêmes, les indiens étant à l'intérieur après s'en être emparés, ce n'était pas très courant ! Le casting n'est pas non plus très heureux : à part un Audie Murphy que l'on a connu pourtant plus inspiré, peu d'autres comédiens sortent du lot (ou alors n'ont pas vraiment le temps ni l'occasion de pleinement s'exprimer) et surtout pas la très mauvaise actrice qu'est Joan Evans. Rien à voir avec son personnage au départ antipathique car même lorsqu'elle prend conscience de ses erreurs, elle ne s'avère guère plus convaincante. Quant à Dennis Weaver (que l'on voyait de plus en plus souvent), ici en chef indien, il peut paraitre crédible même si son personnage n'est pas plus développé que la plupart des autres.


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Encore un western routinier mettant en scène des tribus indiennes injustement poussées à entrer en guerre pour satisfaire les ambitions et la gloriole de certains mais l'angle d'attaque du sujet, les conspirations confédérés, est plutôt original. Les lieux de tournage sont aussi plutôt inédits puisque Apple Valley en Californie n'avait encore quasiment jamais eu les honneurs d'être filmée au sein d'un western. Sinon, un ensemble bien moyen quoique jamais vraiment désagréable.
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Flavia
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Re: Le Western américain : Parcours chronologique Part 2 (50

Post by Flavia »

:fiou: j'attends avec impatience la critique de Vaquero ...
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Jeremy Fox
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Pony Express

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Le Triomphe de Buffalo Bill (Pony Express - 1953) de Jerry Hopper
PARAMOUNT


Avec Charlton Heston, Rhonda Fleming, Jan Sterling, Forrest Tucker, Henry Brandon
Scénario : Charles Marquis Warren
Musique : Paul Sawtell
Photographie : Ray Rennahan (Technicolor 1.37)
Un film produit par Nat Holt pour la Paramount


Sortie USA : Mai 1953

Contrairement à ce que j’affirmais quelques temps avant, Nat Holt aura finalement produit quelques rares bons westerns et cette aventure de Buffalo Bill en fait partie. Nous avions quitté le fameux chasseur de bisons sous les traits de Joel McCrea dans Buffalo Bill, un des films les moins satisfaisants de William Wellman, qui retraçait trop succinctement et en images d'Epinal une partie de la biographie du personnage ; neuf ans plus tard, dans Pony Express, nous retrouvons ce même protagoniste interprété cette fois par un acteur qui venait de connaître un succès retentissant en étant le personnage principal de Sous le plus grand Chapiteau du Monde (The Greatest Show on Earth) de Cecil B. DeMille : Charlton Heston. Dans le western de Jerry Hopper, William F. Cody (le vrai nom de Buffalo Bill) est un homme affable mais en même temps sacrément hâbleur voire même goujat et fanfaron. Pour vous donner une vague idée, Charlton Heston interprète ce héros un peu à la manière de Kirk Douglas dans L’Homme qui n’a pas d’étoiles ou Burt Lancaster dans Vera Cruz, sourire canaille en avant, ironie au bout de la langue. Alors que jusqu’ici, on pouvait trouver le comédien terne et (ou) solennel, il décide de jouer à cette occasion la carte de la ‘rigolade’ et de se lâcher un peu. Mais son cabotinage est plutôt réussi, ne fait pas jamais sombrer ce western dans la gaudriole et transforme son Buffalo Bill en un personnage ‘folklorique’ auquel beaucoup de jeunes garçons ont du s’identifier d’autant qu’il fait montre en même temps de courage, de vitalité, d’habileté et de charisme. Le final qui le voit repartir vers de nouvelles aventures après un instant tragique inattendu pour un film au ton si 'bon enfant' est d’un romanesque et d’un lyrisme qui lui procurent une aura héroïque supplémentaire.


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1860. Buffalo Bill (Charlton Heston) est attaqué par les guerriers du chef Yellow Hand (Pat Hogan) avec qui il est en conflit de longue date. Il réussit une fois encore à sauver sa vie mais pas celle de sa monture. Heureusement, il tombe sur une diligence qui se rend à Sacramento et à l’intérieur de laquelle il fait la connaissance de Rance Hastings (Michael Moore) et de sa sœur Evelyn (Rhonda Fleming). A un relais, des soldats disent avoir pour ordre d’arrêter le frère et la sœur pour traîtrise ; ils comploteraient pour que la Californie quitte l’Union (ce qui n'est d'ailleurs pas faux). Mais Buffalo Bill découvre qu’il s’agit d’un piège et que les soldats n’en sont pas ; il en abat plusieurs mais l’un d’entre eux réussit à fuir. A Sacramento, Buffalo Bill retrouve non seulement Denny (Jan Sterling), une fille amoureuse de lui, mais également le fameux Wild Bill Hickok (Forrest Tucker). Les deux amis ont pour mission de mettre en place le Pony Express, un nouveau système de transport du courrier par coursiers à cheval se relayant à intervalles réguliers de St Joe dans le Missouri jusqu’en Californie (soit plus de 4500 km). Ce moyen de locomotion devrait faire gagner aux 'nouvelles' une semaine par rapport au transport par diligence et ainsi ‘rapprocher’ la Californie de la capitale des USA. Il est dès lors évident que les dirigeants de ces compagnies de diligence et notamment ceux de la Overland, vont tenter de leur mettre des bâtons dans les roues, ne souhaitant pas une telle concurrence. Les deux amis vont devoir lutter non seulement contre les hommes sans scrupules de Cooper (Henry Brandon) et de Pemberton (Stuart Randall) qui vont tout faire pour détruire le Pony Express mais aussi contre les Sioux qui voient d’un mauvais œil les coursiers traverser leurs terres…


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Sachant pertinemment qu’Hollywood a une fois de plus pris beaucoup de liberté par rapport aux faits réels, il ne faut pas s'en offusquer et prendre avant le tout le film pour ce qu'il se voulait être : un divertissement parfaitement efficace ! Buffalo Bill n’avait que 14 ans à l’époque où est censée se dérouler l’intrigue ci-dessus (donc largement plus jeune que le personnage joué par un fringant Charlton Heston d'une trentaine d'année) ; lui et Wild Bill Hicock ont été coursiers pour le Pony Express mais n’ont jamais contribué ni à sa création ni à son développement ; le combat entre Yellow Hand et Buffalo Bill eut lieu en 1870... Mais ceci n'est pas très important puisque non seulement le film arrive à être captivant de bout en bout mais il aborde également l’arrière-fond historique qui s'avère très intéressant. Dans la réalité, la compagnie fut effectivement fondée en 1860. Une station était installée tous les dix miles (la distance que pouvait parcourir d'une traite un cheval au galop) et il fallait non pas dix jours comme dans le film mais treize pour accomplir le trajet de plus de 3000 kilomètres entre le Missouri et la Californie. Ce service de transport du courrier ne dura en fait qu'à peine dix-huit mois entre avril 1860 et octobre 1861 car ce système fut vite obsolète après que le télégraphe ait été installé sur tout le continent. Mais pour quelles raisons la création du Pony Express fut d'abord décidée ; là réside le principal intérêt historique de cette fascinante histoire et Charles Marquis Warren ne l'a pas oublié. La Californie à cette époque se sentait totalement isolée du reste du pays de par son éloignement de la capitale ; elle recevait les nouvelles et apprenait les décrets décidés par le gouvernement plus d'un mois après. Beaucoup pensaient donc qu'il serait plus judicieux que l'Etat de Californie retrouve son indépendance, ne pouvant être gouverné correctement et administré à bon escient à une telle distance. Ce sont donc les unionistes qui ont tout fait pour que le Pony Express se développe afin que cette idée des séparatistes ne perdure pas.


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Outre un scénario de Charles Marquis Warren intéressant et bien rythmé (d'après une histoire de Frank Gruber, bien meilleur romancier que scénariste à priori), pour son troisième film, Jerry Hopper fait déjà montre d’un sens de la mise en scène un peu au dessus de la moyenne quant on la compare à celui de dizaines d’autres réalisateurs spécialisés dans la série B westernienne de l'époque tels Edwin L. Marin ou, pour en rester aux westerns Paramount, Byron Haskin. On sent que Jerry Hopper fait ici très attention à la composition, aux cadrages, au montage, à ses mouvements de caméra (on trouve de très beaux travellings avant sur les visages) et qu’il cherche à donner un rythme constamment soutenu à son film. Ce qui est non négligeable et qui se remarque d’emblée, dès l’ouverture et ses immenses et très beaux plans d’ensemble sur les paysages de l’Utah. La première scène (d'une redoutable efficacité) voit Charlton Heston se faire attaquer par des Indiens avec qui il semble être en conflit depuis plusieurs années puis, privé de monture, repartir avec sa selle sur le dos. Dominant une vaste plaine (superbe plan très large), il voit arriver au loin une diligence ; il se précipite pour l’intercepter. Tout le début de ce western est non seulement énergique mais esthétiquement très beau. On découvre alors le personnage qui se présente aux voyageurs et qui n’est autre que le célèbre Buffalo Bill qui nous étonne d'emblée par son humour et sa vivacité, son égoïsme et son arrogance. Dans le courant de l'intrigue, nous assisterons, outre aux agissements des businessmen pour saboter les relais du Pony Express et au harcèlement d'indiens hostiles qui tiennent à capturer Buffalo Bill, à maints exploits spectaculaires de nos héros ainsi qu'à une romance en forme de triangle amoureux entre Buffalo Bill, une jeune fille du style Calamity Jane (Jan Sterling, parfois un peu pénible) et la belle rousse interprétée par la ravissante Rhonda Fleming qui ne sait pas quel camp choisir entre celui de son frère qui roule pour les séparatistes et l'homme sous le charme duquel elle vient de tomber qui tente de faire rester la Californie dans le giron des USA. Bref, nous n'avons vraiment pas le temps de nous ennuyer.


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D'autant plus que le casting est on ne peut plus sympathique ; outre Charlton Heston bien meilleur que dans The Savage (Le Fils de Geronimo) de George Marshall et dans Arrowhead (Le Sorcier deu Rio Grande) de Charles Maquis Warren, on retrouve le sympathique Forrest Tucker assez à son aise dans la peau de Wild Bill Hicock (la scène de leurs retrouvailles bruyantes dans les rues de Sacramento est assez jouissive) et la magnifique Rhonda Fleming qui, avant Tennessee's Partner (Le Mariage est pour demain) de Allan Dwan nous dévoilait ses charmes lors d'une scène de baignoire dans laquelle sa partenaire féminine fait d'ailleurs de même ; séquence d'une forte sensualité ! Ray Rennahan à la photo et Paul Sawtell qui nous délivre une nouvelle fois un score ample et lyrique aident tous deux à rendre épiques de nombreuses scènes mouvementées d'autant que la mise en scène ne manque pas de souffle : toutes les poursuites, chevauchées et batailles jusqu'à la fameuse séquence du lancement du Pony Express avec ces cavaliers chevauchant à grande vitesse au milieu de paysages splendides s'avèrent très bien menées et joliment filmées. Même le duel entre Yellow Hand et Buffalo Bill est mis en scène sans esbroufe et filmé d'assez loin afin qu'on ne repère pas quelconques doublures. Agréablement étonné également de constater que le flamboyant personnage de Buffalo Bill respecte les indiens qui le harcèlent et regrette presque avoir mis fin aux jours de son ennemi mortel ; Charles Marquis Warren marque ici un bon point qu'il perdra lors de sa réalisation qui suivra juste après, le déplaisant Arrowhead. De la bonne ouvrage pour un film qui, sans génie, n'en est pas moins éminemment divertissant. Le plaisir que les comédiens semblent avoir pris sur le tournage rejaillit sur les spectateurs.
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Re: Le Western américain : Parcours chronologique Part 2 (50

Post by Kevin95 »

Jeremy Fox wrote:
Flavia wrote::fiou: j'attends avec impatience la critique de Vaquero ...
Je comprend tout à fait :mrgreen:

Par contre le DVD est le pire Warner existant
Je confirme, on dirait que les mecs de chez Warner ont éternué sur la copie. :evil:
Les deux fléaux qui menacent l'humanité sont le désordre et l'ordre. La corruption me dégoûte, la vertu me donne le frisson. (Michel Audiard)
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Re: Le Western américain : Parcours chronologique Part 2 (50

Post by Rick Blaine »

J'ai vu l'Héroique Lieutenant hier soir, je trouve que ce n'est pas si mal. Évidement, le film souffre la comparaison avec d'autre grandes réussites sur le même thème (je pense à Tomahawk par exemple) mais il n'a globalement pas à rougir. Comme l'a souligné Jeremy, la grande force du film est son scénario, qui contient quelques originalités, comme le mélange guerres indiennes/guerre de secession ou l'assaut final "inversé", et je trouve que de Cordova ne s'en tire pas si mal et donne un film plutôt rythmé. Certes, il ne fait rien de génial, mais à côté de Harry Keller dont j'ai vu un film la semaine dernière, c'est carrément Raoul Walsh! :mrgreen:
Il y a peut-être un petite faiblesse dans l'interprétation, pas du côté de Murphy pour moi, je le trouve très bien dans un personnage plus expérimenté et assuré que ses rôles habituels, mais c'est vrai que Joan Evans est calamiteuse et plombe un peu le film. Dommage aussi que Dennis Weaver ne soit pas plus exploité car il est fort crédible.
Dans l'ensemble, je trouve que c'est une sympathique réussite, à réserver au fans du genre et de la série B évidement. J'en suis plutôt content, j'y ai vu un excellent divertissement. On regrette d'ailleurs la copie proposée par Sidonis, une meilleur qualité aurait sans doute encore amélioré ma perception du film. Elle est regardable bien sur, mais le standard est élevé chez cet éditeur, et c'est un de leur DVD les plus décevants.