Le Virginien (1962-1971) Universal

Tout sur les séries à la TV, en DVD, en Blu-ray ou VOD.

Moderators: cinephage, Karras, Rockatansky

User avatar
Jeremy Fox
Shérif adjoint
Posts: 91228
Joined: 12 Apr 03, 22:22
Location: Contrebandier à Moonfleet

Re: Le Virginien

Post by Jeremy Fox »

Image
Edmond O'Brien & Charles Bickford



6.07- Ah Sing Vs. Wyoming (Le procès de Ah Sing)

Réalisation : Charles S. Dubin
Scénario : Irve Tunick
Guest stars : Edmond O'Brien
Première diffusion 25/10/1967 aux USA
DVD : VOSTF - VF
Note : 7/10

Le Pitch : Ah Sing, le cuisinier de Shiloh, décide de quitter les Grainger pour aller s'occuper de son propre restaurant à Medicine Bow. Alors qu’il va demander son autorisation pour ouvrir son établissement, le juge de paix le lui refuse par le seul fait d’être chinois ; les ranchers ne veulent pas contrarier le juge de paix qui doit actuellement résoudre un problème de voisinage qui les concerne. Mais Ah Sing qui tient absolument à mener son idée à terme va se battre seul comme un beau diable pour faire cesser cette injustice, son affaire étant portée par un avocat alcoolique (Edmond O’Brien) jusque devant la Cour suprême…

Mon avis : De prime abord, deux intrigues semblent se chevaucher dans ce très bon épisode puisqu’il débute par une réunion entre ranchers qui s’inquiètent du déclenchement probable d'une sanglante 'War Range' ; en effet un de leurs voisins vient de barricader sa propriété, ce qui condamne par la même occasion l’accès de leurs bêtes dans les pâturages qui se situent de l’autre côté des terres de ce gêneur. Puis l’on s’intéresse à un tout autre sujet, celui du départ de la maison des Grainger de leur cuisinier, un chinois du nom de Ah Sing. Les trois membres de la famille ne cachent pas leur tristesse et plaisantent les capacités de cuisinière d’Elizabeth comme quoi ils vont dorénavant mal être nourris. Sa fiancée n’allant pas tarder à arriver aux États-Unis, Ah Sing a en fait décidé de travailler désormais à son compte en ouvrant un restaurant à Medicine Bow. Il a déjà loué un local et y a fait tous les arrangements pour que son établissement puisse commencer à proposer ses services dans les jours qui viennent. Seulement, alors qu’il l’inaugure avec des invités qu’il apprécie plus que tout et notamment les Grainger, Ryker vient faire le rabat-joie en lui demandant de fermer son restaurant tant qu’il n’aura pas été demander l’autorisation au juge de paix. Ce qui semble aisé et devoir être réglé en quelques minutes ne va pas l’être, Ah Sing tombant sur un os en la personne de Temple qui refuse de lui accorder la licence par peur du ‘péril jaune’ ; pour la tranquillité de la ville, il ne veut pas que l’un des membres de cette communauté puisse avoir pignon sur rue, estimant que les chinois représentent déjà un peu 'la racaille' qui met le 'bazar' dans les rues de San Francisco… On ne peut plus actuel comme sujet ; la transposition est assez facile et parions qu'il résonnera très clairement pour beaucoup en ces périodes de xénophobie galopante.

Bref, d’un côté une réflexion sur le racisme, de l’autre une guerre des ranchs qui s’annonce : quel rapport entre les deux ? L’auteur Irve Tunick y répond avec clarté et intelligence, nous octroyant par la même occasion un scénario parfaitement bien agencé. Les ranchers emmenés par Grainger vont rencontrer le juriste Luke Evers afin qu’il trouve une solution à leur problème de voisinage. Ce dernier leur conseille d’aller demander au juge de paix de leur rédiger une injonction afin d’assigner en justice l’importun pour qu’il daigne retirer les barrières qui risquent de provoquer une véritable tragédie parmi les troupeaux de bovins. On se souvient qu’il s’agit du même homme qui refuse que Ah Sing ouvre son restaurant. Et donc, même si Grainger veut absolument défendre son ex-cuisinier et cette décision discriminatoire, Evers lui recommande de ne pas se mêler de cette affaire auquel cas le juge de paix risque de ne pas vouloir s’occuper de la question qui les préoccupe encore plus et qui risque de faire couler le sang. Les Grainger se voient en quelque sorte dans l’obligation de ne rien entreprendre pour porter secours au jeune chinois qui se voit ainsi privé de toute l’aide qu’on aurait pu lui apporter mais qui ne va pas se démonter pour autant, rouvrant son établissement à la fin de chacun de ses emprisonnements (séquences chez le shérif assez cocasses au cours desquelles Ryker profite des dons culinaires de son prisonnier). Une situation qui met néanmoins très mal à l’aise toutes les parties mais qui donne à l’épisode une intéressante complexité et une belle dignité, John Grainger, quitte à se fâcher avec ses amis, allant tenter de recoller les morceaux dans les deux affaires en demandant du soutien à une de ses vieilles connaissance, un juriste avili par l'alcool.

Ce personnage est tenu par Edmond O’Brien, comédien que tout le monde connait au moins de visage : il fût le policier infiltré dans le chef d’œuvre de Walsh, L’enfer est à lui (White Heat) ; il tint aussi des rôles de grande importance dans des chefs d’œuvres comme La Comtesse aux pieds nus (The Barefoot Comtessa) de Joseph Mankiewicz ou L’Homme qui tua Liberty Valance de John Ford ; enfin les aficionados de westerns l'apprécient bien puisqu’il en tourna une bonne dizaine, que ce soit dans de médiocres séries B Paramount, celles de Byron Haskin entre autres, ou dans de grands films comme La Horde sauvage (The Wild Bunch) de Sam Peckinpah. Dans la peau de cet avocat déchu car alcoolique et qui ne cherche à trouver aucune excuse à son vice (ce n’est pas banal au sein d’une fiction hollywoodienne), il s’avère parfait, son discours final - permettant un happy end de circonstance mais tout à fait émouvant - fustigeant avec une grande dignité l’atteinte à la liberté individuelle et aux fameux 5ème et 14ème amendements de la constitution. Ses partenaires, que ce soit Aki Aleong dans le rôle de Ah Sing, Lloyd Bochner (Le Point de non-retour de John Boorman ; Fureur Apache de Robert Aldrich) dans celui de l’avocat représentant le Wyoming contre le restaurateur chinois, ou Robert Ellenstein (3h10 pour Yuma de Delmer Daves ; La Mort aux trousses d’Alfred Hitchcock) dans celui du juge de paix raciste mais qui comprendra in fine son erreur, ils sont tous parfaitement bien dirigés, personne ne cabotinant outre mesure là où il était assez aisé de tomber dans ce piège de la surenchère.

Direction d’acteurs aux petits oignons, scénario solidement charpenté, réalisation toute à fait honorable… un épisode peut-être un poil bavard et qui manque d’un peu de puissance mais qui n’en demeure pas moins constamment captivant et surtout d’une belle dignité dans sa défense des minorités et des droits civils, dans la critique de la pudibonderie américaine, de l’injustice et de la xénophobie ambiante. Il marque la dernière apparition de Charles Bickford dans le rôle du patriarche de Shiloh puisque le comédien décèdera d’une infection sanguine deux semaines après la diffusion télévisée de l’épisode. Notons qu’il s’agit peut-être là de sa meilleure interprétation dans ce rôle et qu’il tire ainsi sa révérence avec les honneurs malgré le fait qu’il ait mis du temps à rentrer dans la peau de son personnage et qu’il ne nous fera pas oublier pour autant en tant que propriétaire de Shiloh ni Lee J. Cobb ni John Dehner. Rendons cependant un dernier hommage à ce formidable acteur que l'on a vu dans des centaines de films et dont les adieux s’avèrent si ce ne sont mémorables néanmoins tout à fait dignes d’intérêts. "Something that is morally wrong can never be legally right" ; telle est la morale hautement recommandable de cet épisode qui ne l’est pas moins !



En images sur DVDclassik
User avatar
Jeremy Fox
Shérif adjoint
Posts: 91228
Joined: 12 Apr 03, 22:22
Location: Contrebandier à Moonfleet

Re: Le Virginien

Post by Jeremy Fox »

Image
John McIntire



6.08- Bitter Autumn (Automne amer)

Réalisation : Don McDougall
Scénario : Ken Finley, Andy & Dave Lewis
Guest stars : Jeanette Nolan, John McIntire & John Anderson
Première diffusion 01/11/1967 aux USA
DVD : VOSTF - VF
Note : 7/10

Le Pitch : Des cow-boys texans arrivent près de Medicine Bow avec un troupeau qu’ils doivent vendre à Shiloh. Malheureusement Trampas constate que les bêtes pourraient être infectées par la maladie du charbon. Un souci n’arrivant jamais seul, deux des membres du groupe s’étant rendus en ville pour fêter leur arrivée, l’un d’eux tue accidentellement une femme sous les yeux de son jeune fils. Le mari (John Anderson), ami des Grainger, espère que le ‘coupable’ sera châtié par la justice auquel cas contraire il le punira lui-même. Pas facile à gérer pour Clay Granger qui remplace à la tête de Shiloh son frère John parti en voyage d’affaires…

Mon avis : Bitter Autumn est un épisode d’une telle densité qu'il aurait mérité d’être traité en deux parties, d’autant plus qu’il marque également la venue de nouveaux arrivants à la tête Shiloh, le frère de John, Clay, et son épouse Holly que l’on va retrouver tous deux durant un grand nombre d’épisodes. Néanmoins, grâce à Don McDougall dont la mise en scène est toujours aussi affutée, à la qualité du scénario et de l’interprétation, sans atteindre des sommets faute à trop de pistes dramatiques à traiter en même temps, Bitter Autumn est une très belle réussite. Après la mort de Charles Bickford quelques semaines auparavant, on assiste donc ici à l’arrivée du 4ème patron de Shiloh, Clay Granger, frère de John. Les scénaristes qui ont été pris de court par le décès prématuré du comédien n’ont pas encore eu l’idée pour faire mourir son personnage dans la série – peut-être ce ne sera jamais fait – et ont trouvé comme excuse un voyage d’affaires du vieil homme avec son petit-fils Stacey. Lorsque l’épisode débute, Clay et sa femme Hollie sont déjà installés à Shiloh ; ils sont venus pour accueillir des cowboys texans tout juste arrivés pour leur vendre du bétail. Après l’inoubliable Lee J. Cobb qui en a sans doute eu assez au bout d’un moment, le génial John Dehner malheureusement peu apprécié par les fans de la série à cause de son personnage trop rigide, ainsi que Charles Bickford qui avait malgré tout un peu gâché la saison 5 par son apparent manque de conviction - mais qui s’était rattrapé par la suite et qui dans ses dernières apparitions nous avait fait belle impression -, c’est au tour du formidable John McIntire de venir diriger le ranch, notre Virginien restant bien évidemment son régisseur.

Tous les cinéphiles et amateurs de westerns le connaissent parfaitement bien ; au sein de ce genre, il a tourné avec la plupart des maîtres et on ne compte plus ses participations à de très grands films voire à quelques chefs d’œuvres : Convoi de femmes de William Wellman ; Le Traître du Texas de Budd Boetticher ; Fort Bravo de John Sturges ; Victime du destin de Raoul Walsh ; Bronco Apache de Robert Aldrich ; Winchester 73 et Je suis un aventurier de Anthony Mann… Autant dire qu’il s’agissait d’un comédien chevronné pour ce genre de rôle et effectivement il se glisse sans aucun mal dans la peau de Clay Granger. Pour la première fois le patron du ranch Shiloh sera accompagné de sa femme, les précédents ayant tous été veufs. Et les auteurs ont eu la très bonne idée d’octroyer ce personnage à l’épouse à la ville de John McIntire, la douce et charmante Jeannette Nolan que l’on a pu voir dans de très nombreux films hollywoodiens y compris elle aussi dans des westerns et non des moindres : Saddle Tramp de Hugo Fregonese, The Secret of Convict Lake de Michael Gordon, Le Relais de l'or maudit de Roy Huggins, Ville sans Loi de Joseph H. Lewis ou encore L'Homme qui tua Liberty Valance de John Ford. Il va sans dire que le couple fonctionne à merveille et que nous sommes ravis d’avoir l’occasion de pouvoir les retrouver à de très nombreuses reprises tout au long de la série. Outre ces nouveaux venus, nous allons suivre une histoire composée de deux trames dramatiques voire tragiques d’une extrême importance : la maladie du charbon détectée par Trampas sur le troupeau qui doit leur être vendu, auquel cas les texans auraient fait non seulement le voyage pour rien mais auraient également perdu énormément d’argent ; l’accident mortel provoqué par un des cowboys, sa balle ricochant alors qu’il s’amuse à tirer sur un poteau en pleine rue, tuant une femme qui passait par là accompagnée de son jeune fils. Vraiment pas de chance pour ce groupe d’autant que la victime n’est autre que l’épouse d’un homme venu s’installer dans la région en tant que maquignon à la demande de sa femme pour y trouver un peu de quiétude et de sécurité après qu’il ait exercé un métier qu’elle estimait trop dangereux pour leur famille, celui de shérif.

Ce dernier est interprété par l’excellent John Anderson, comédien qui aura été au casting de quelques-uns des plus mémorables épisodes de la série et notamment Harvest of Strangers ; on regrettera cependant ici qu’il soit réduit à une figure presque hiératique, cet ancien homme de loi ayant décidé de ‘camper’ devant la prison sans un mot jusqu’à ce qu’il connaisse le dénouement du procès, bien décidé à se substituer à la justice si cette dernière devait s’avérer trop timorée. Intéressant personnage cependant tout comme les quelques cowboys texans dont ceux interprétés par Steve Carlson ou Richard X. Slattery. Ce scénario très dense est signé par Dave & Andy Lewis, ce dernier étant déjà à l’origine du remarquable Bitter Harvest au cours de la saison 5, réalisé lui aussi par Don McDougall avec en Guest Stars John Lupton, Russ Conway & Larry Pennell. Il fallait un solide talent d’écriture pour mettre en scène autant de nouveaux personnages et arriver à boucler le tout en à peine 75 minutes ; et même si l’on regrette que les auteurs n’aient pas eu l’occasion de prendre plus de temps pour enrichir ce grand nombre de pistes dramatiques toutes aussi captivantes les unes que les autres, leur travail se révèle objectivement de haute volée. On signalera aussi quelques changements au niveau de la photographie, Walter Strenge et ses beaux éclairages en intérieurs remplaçant Enzo A. Martinelli qui avait officié quasiment sur toute la saison précédente, ainsi que concernant la musique, le nouveau venu Ralph Ferraro apportant un style un peu différent de tout ce qui s’était fait jusqu'à présent au sein de la série, son orchestration utilisant souvent guitare sèche et piano.

S’il n’y a encore une fois rien à redire de la mise en scène toujours aussi douce et précise de Don McDougall pas plus que sur sa direction d’acteurs constamment parfaite, il n’y a pas non plus à s’inquiéter pour la résolution de l’intrigue que l’on aurait pu penser un peu trop expéditive. Il n’en est rien et après une efficace montée de tension dramatique, les solutions trouvées par les auteurs pour résoudre tous ces écheveaux sont non seulement assez crédibles mais d’une belle dignité notamment en ce qui concerne la vengeance attendue ; encore un bel exemple de non-violence recherchée. Et puis l’on peut noter la présence de nombreuses séquences très attachantes comme les deux au cours desquelles se retrouve seul le couple Grainger, ou encore celle du souper réunissant les Grainger, les cowboys, l’épouse et le fils du vendeur de chevaux juste avant que la femme se fasse bêtement tuer et après qu’elle ait décrit avec une grande tendresse l’amour qui existait au sein de leur couple. Nous retiendrons également cette scène au cours de laquelle Hollie essaie de rassurer Elizabeth qui s’inquiète à la fois du retour tardif de son frère et de son grand père ainsi que de la situation inextricable dans laquelle se sont fourrés les cowboys, en lui disant cette phrase pleine de philosophie : "Life has a way of moving us along like a tree branch in a river. Sometimes it gets caught in a whirlpool but then breaks through and life goes on." Ce nouveau couple Grainger à la tête de Shiloh promet vraiment de bons moments !


En images sur DVDclassik
User avatar
Jeremy Fox
Shérif adjoint
Posts: 91228
Joined: 12 Apr 03, 22:22
Location: Contrebandier à Moonfleet

Re: Le Virginien

Post by Jeremy Fox »

Image
Susanne Benton



6.09- A Bad Place to Die (Un Endroit pour mourir)


Réalisation : Don McDougall
Scénario : Judith & Robert Guy Barrows
Guest stars : Victor Jory & Susanne Benton
Première diffusion 08/11/1967 aux USA
DVD : VOSTF - VF
Note : 7.5/10

Le Pitch : Trampas est déclaré coupable de meurtre et condamné à être pendu ; en effet dans cette petite ville du comté de Rock Falls, après qu’il ait eu une dispute avec le fils d’un éleveur à propos du droit de passage des bêtes de Shiloh au travers ses terres, on a retrouvé le jeune homme mort, Trampas penché au-dessus avec une arme à la main. Le bourreau étant attendu dans six jours, Clay Granger et le Virginien n’ont que ce court délai pour prouver son innocence. Tandis que le nouveau patron de Shiloh va remuer ciel et terre pour faire appel de la décision du tribunal, le Virginien part enquêter en infiltrant l’équipe de cowboys que dirigeait la victime…

Mon avis : Encore un épisode très dense et avec encore peut-être plus de pistes dramatiques et personnages que dans le précédent qui n’en était pourtant déjà pas avare ; les auteurs de Bitter Autumn s’étaient très bien sortis de cette abondance qui aurait pu facilement être rédhibitoire sur une durée aussi courte ; à nouveau il en va de même pour le couple/duo Robert Guy et Judith Barrows toujours sous la direction de celui que l’on pourrait qualifier de ‘bienfaiteur de la série’, Don McDougall. Les scénaristes avaient auparavant signés le très bon Requiem for a Country Doctor avec Cloris Leachman & Coleen Gray, déjà une histoire similaire à celle qu’ils vont développer ici puisque c’était Stacey qui était sur le point d’être pendu, accusé d’avoir tué l’homme le plus respecté de la ville, son médecin. Dans A Bad Place to Die, encore un cran au-dessus au niveau de l’écriture, c’est au tour de Trampas de se retrouver en très fâcheuse posture. Et ça ne traine pas car il y a énormément de fils à dérouler : dès la séquence prégénérique, Trampas vient d’être jugé et condamné à la peine de mort dans une petite ville qui n’est pas Medicine Bow mais celle où il s’était rendu pour négocier avec le plus gros rancher du coin qui avait mis des barrières en plein milieu de la piste où devait passer les troupeaux de Shiloh. On l’a surpris un soir une arme à la main, penché au-dessus du fils de ce grand propriétaire découvert mort. Des conflits ayant précédemment éclatés entre eux deux, le jury ne va pas chercher plus loin et à l’unanimité lance la procédure qui va aboutir à se faire dresser la potence.

Clay Grainger, Stacey et le Virginien qui ont assisté au procès ne veulent évidemment pas laisser Trampas dans cette position d’autant que la pendaison doit avoir lieu dans à peine six jours, le temps que le bourreau arrive en ville. Le patron de Shiloh va tout tenter pour faire appel, obtenir un sursis, et va même chercher à rencontrer le gouverneur pour demander la grâce de son employé ; Stacey va enquêter de son côté ; quant à notre intendant, il va infiltrer le ranch appartenant au père de la victime en se faisant passer pour un cowboy. Notre héros - qui prend pour la première fois un nom d’emprunt et se vêt d’une manière inhabituelle pour ceux qui suivent la série depuis longtemps - espère ainsi récolter quelques témoignages ou trouver des preuves qui pourraient faire innocenter son meilleur ami. A Shiloh, Elizabeth est seule et a du mal à contenir la pression que lui font subir ses employés qui non seulement s’inquiètent pour leur collègue mais qui commencent aussi à s’impatienter, n’ayant à cette époque de l’année pas grand-chose à faire et qui attendent que la piste soit rouverte afin de convoyer le bétail. L’on voit à travers cette brève description que chacun est sur le qui-vive et qu’ils n’ont qu’un temps très limité pour résoudre tous ces problèmes. Clay ne parvient pas à faire bouger la justice tandis que Stacey a du mal à trouver des témoins qui iraient à l’encontre de la version d’un Trampas meurtrier. Le Virginien pense avoir compris ce qui s’est réellement passé, soupçonnant une machination ourdie contre Trampas pour couvrir un crime passionnel, convaincu que son homologue dans ce ranch rival, amoureux de la bru de son patron, n’a trouvé que cette solution meurtrière pour se l’accaparer. Il faut dire que la femme en question est d’une remarquable beauté, les spectateurs regrettant par la même occasion que l’actrice Susanne Benton n’ait pas bénéficié d'une plus belle carrière d’autant que son talent dramatique semblait être à la hauteur de son physique vraiment très avantageux.

Sans trop en dire mais sans non plus éviter de spoiler (attention à ceux qui n’aiment pas ça ; qu’ils arrêtent ici leur lecture jusqu’à la fin de ce paragraphe), il est intéressant de constater à quel point notre héros puisse se tromper et accuser à son tour un homme qui s’avèrera totalement innocent. En tout bien tout honneur il reconnaitra néanmoins son erreur et s’excusera platement, ce qui le rendra encore plus humain, sympathique et attachant. Quant au véritable coupable, il viendra comme un cheveu sur la soupe, la résolution de l’intrigue s'avérant être ce qu’il y a de moins satisfaisant dans cet épisode, la courte durée de ce dernier en rapport à la densité de l'intrigue ayant empêché les auteurs de trouver une meilleure solution. Pour le reste, l’ensemble est remarquable, du scénario toujours fluide à la mise en scène toujours aussi carrée et efficace, McDougall nous octroyant de nombreux gros plans très percutants et sachant comme personne d’autre dans la série utiliser au mieux de miteux décors de studio comme celui de la prison. Car ce dont nous avions oublié de parler en décrivant les différentes pistes dramatiques est celle du principal intéressé, à savoir Trampas. Car les auteurs ne le laissent pas de côté, tout au contraire : il va avoir des relations très intéressantes – une amitié naissante - avec son codétenu interprété à la perfection par Victor Jory (qui en était à sa quatrième participation à la série, toujours impeccable dans des rôles pourtant pas faciles et qui auraient tous pu tenter le comédien d’en faire des tonnes), un vieil homme qui vient de passer 18 ans dans cette cellule et qui a pour idée de s’en évader pour aller se cacher au Canada. Ayant compris que la procédure légale n’allait pas réussir à le faire sortir de prison, non seulement Trampas aide à préparer cette évasion avec aussi deux autres voisins de geôles mais le quatuor réussit son coup en déclenchant un incendie et en prenant en otage un des gardiens… et l’épisode devient alors également prodigue en séquences d’actions avec notamment bagarres, chevauchées, fusillades et poursuites au grand air, toujours en décors naturels dans lesquels Don McDougall s’est toujours plu à tourner, les privilégiant un maximum, n'ayant jamais eu l'air de supporter stock-shots et autres transparences.

A signaler - une fois n’est pas coutume - que Luke Nichols, le personnage joué par Victor Jory, aura droit à une autre apparition dans un futur épisode de la saison 7, Fox, Hound and The Widow : un assassin pour lequel il n’est pas difficile de se prendre d’empathie puisque son crime s’est exercé à l’encontre d’un patron qui se fichait totalement des conditions de travail de ses ouvriers, les envoyant à la mine au mépris de tout danger et s’étant par son inconscience rendu responsable de la mort de beaucoup d’entre eux dont le frère de Luke. Comme on peut le constater, en plus d’un scénario dense et touffu ainsi que d’une intrigue riche en rebondissements, les auteurs n'en ont pas oublier pour autant d’aborder des thématiques sociales assez progressistes. Si l’on excepte un final un peu bâclé, un épisode superbement bien écrit, parfaitement bien réalisé et interprété, les toujours excellents Myron Healey et Ken Lynch complétant ce casting quatre étoiles avec également pour une petite apparition le tout jeune Harrison Ford que l’on avait néanmoins déjà croisé dans des rôles de bien plus grande importance au sein de la série. Encore une grande réussite au suspense constant au sein de ce premier tiers de saison qui s’avère être presque un sans-faute.


En images sur DVDclassik
User avatar
Jeremy Fox
Shérif adjoint
Posts: 91228
Joined: 12 Apr 03, 22:22
Location: Contrebandier à Moonfleet

Re: Le Virginien

Post by Jeremy Fox »

Image
Don Stroud & James Whitmore



6.10- Paid in Full (Une Dette à payer)

Réalisation : Don McDougall
Scénario : Richard Wendley
Guest stars : James Whitmore & Don Stroud
Première diffusion 22/11/1967 aux USA
DVD : VOSTF - VF
Note : 7/10


Le Pitch : Frank (Don Stroud) sort de prison ; il vient retrouver son père Ezra (James Whitmore) qui travaille à Shiloh. Le vieil homme est diminué depuis qu’il s’est jeté sous le sabot de chevaux pour sauver Trampas. Frank ne comprend pas pourquoi les Grainger n’offrent pas à son père une rente à vie ; mais Ezra n’a jamais accepté, ayant préféré leur demander d’embaucher son fils dès qu’il aurait purgé sa peine. Malgré les réticences du Virginien qui connait son tempérament, Frank intègre l’équipe mais deux autres cowboys veulent à nouveau l’entrainer sur la mauvaise pente : ils ont dans l’idée de voler le bétail qu’ils sont chargés de rassembler…

Mon avis : A cette occasion, la fin du premier tiers d’une saison qui débute remarquablement bien, il faut se souvenir que la cohérence entre les épisodes n’était pas une priorité pour les scénaristes de l’époque, ces derniers considérant plutôt chaque histoire comme pouvant être visionnée individuellement, le point positif de ce mode de fonctionnement étant que le téléspectateur peut désormais entamer la série par n’importe quel bout sans que ça ne le gêne de trop. Et heureusement car lorsque ces séries des années 60/70 étaient diffusées à la télévision française, les programmateurs ne les proposaient que dans le désordre le plus total en fonction des épisodes ou saisons achetés, doublés… Pourquoi ce petit rappel ? Car beaucoup seront peut-être surpris par le fait que Clay se soit installé dans la série et dans le ranch comme s’il y avait toujours vécu alors qu’il ne s’agit ici que de la troisième participation de John McIntire dans la peau de ce personnage, ou que rien ne soit rappelé quant à l’absence de son frère John et qu'il ne soit même plus fait mention de ce dernier ; de même, Ezra, le personnage interprété par James Whitmore et qui a quand même sauvé la vie de Trampas lors d’un Stampede, nous n’en avions évidemment jamais entendu parler avant : ce qui est tout à fait normal concernant Le Virginien mais qui pourra surprendre ceux qui n’ont l’habitude que de visionner des séries contemporaines qui font toutes attention à ce genre de détails et à la cohérence de l’ensemble. Il faut juste se remettre dans le contexte ; il s'agit de deux manières différentes de travailler, l'une n'étant pas nécessairement meilleure que l'autre. Cette longue parenthèse étant refermée, revenons sur ce Paid in Full réalisé une fois encore à la perfection par ‘le maître de la série’, à savoir Don McDougall.

L’on fait d’abord connaissance avec Ezra, un vieil homme, ex-cowboy qui depuis qu’il a accompli une action héroïque pour sauver la vie de Trampas - ayant failli se faire piétiner par des chevaux - est devenu très amoindri par son handicap (il boite désormais), ne pouvant maintenant plus ne s’occuper que de l’intendance. Grainger lui en étant reconnaissant et estimant avoir une dette envers lui l’a donc gardé au ranch malgré le fait qu’il ne puisse plus monter à cheval et lui a même promis d’embaucher son fils une fois qu’il aura purgé sa peine de prison. Et c’est justement le jour de la sortie de ce dernier que l’épisode débute. Frank revient vivre auprès de son père dont il découvre l'atrophie et lui avoue d'emblée n'estimer pas suffisantes les solutions trouvées par leur patron pour le dédommager : il accepte mal la situation et parle de manque de reconnaissance ; il aurait cru que Grainger aurait accordé à son père une pension d’invalidité à vie pour son geste héroïque. Même si Ezra n’a jamais voulu mendier ce qu’aurait souhaité son fils, estimant que ce qu’il a fait était de son devoir et qu’il a été suffisamment remercié, Frank a de son côté beaucoup de mal à pardonner à Grainger, au Virginien et à Trampas avec qui il continue de travailler mais avec beaucoup de rancune. Deux voleurs s’étant fait embaucher dans l’équipe des cowboys de Shiloh, voyant en cette amertume une occasion idéale pour se faire un complice de plus dans le coup qu’ils préparent – à savoir s’emparer d’une bonne partie du cheptel -, ils décident de convaincre Frank de se joindre à eux en lui faisant miroiter une sorte de vengeance contre ceux qui n’ont pas récompensé le ‘sacrifice’ de son père à sa juste valeur.

L’épisode est avant tout très réussi grâce à la richesse de la description des relations entre le fils et le père d’autant que James Whitmore et Don Stroud sont remarquablement bien dirigés, bien plus que lors de leurs précédentes participations à la série dans deux de ses épisodes les plus ratés, le premier qui en faisait des tonnes dans Nobody Say Hello de Alf Kjellin durant la saison 4, le second dans The Long Way Home de Abner Biberman dans la cinquième. Ici, Don McDougall fait preuve une fois de plus son aptitude inégalée – en ce qui concerne la série - dans la direction d’acteurs et les deux comédiens sont au diapason. Le récit de Richard Wendeley accuse un petit ventre mou dans le dernier tiers mais on lui pardonnera aisément sachant qu’il n’était pas un spécialiste de ce genre de travail, n’ayant fourni qu’à peine une dizaine de scénarios, télévision et cinéma compris. Mais avant ce dernier quart d’heure qui semble tourner en rond et ne pas savoir vers quelle direction se diriger, les spectateurs auront pu se régaler une fois de plus et notamment se passionner par un thème à priori rébarbatif mais pourtant sacrément intéressant par son côté ‘documentaire’, à savoir les difficultés financières d’un gros rancher de l’époque dues au marché du bétail qui l’oblige à vendre ses bêtes non suffisamment engraissées et qui doit par ailleurs prendre des décisions quant aux budgets à resserrer ou à ne pas toucher. Nous serons également témoin de discussions tout aussi captivantes toujours d’un même point de vue à propos d’une ‘route’ devant traverser la propriété. Des détails qui ennuieront certains mais qui donnent à la série un cachet encore plus réaliste, le genre de notations pécuniaires et banquières que l’on trouvait beaucoup durant les premières saisons et qui avaient été malheureusement mises un peu de côté ces derniers temps.

Bref, entre toutes ces considérations purement matérialistes mais vitales voire même foncièrement humaines (la future route nécessitant de détruire le bout de terrain sur lequel se trouve la tombe de la femme d’Ezra), les relations père-fils parfois conflictuelles, celles encore plus tendues entre le fils et ses co-équipiers pour qui il a beaucoup de ressentiment, l’influence néfaste qu’il va subir de la part de deux larrons, son caractère difficile et irascible, la thématique chère aux auteurs de la série de la ‘seconde chance’, celle non moins captivante de la culpabilité ("The facts don't need changing, just the way you're looking at them" dit Le Virginien à Trampas qui se croit condamnable quant à l’infirmité d’Ezra) … de quoi plaire à un maximum de téléspectateurs. On se délectera également des relations de plus en plus amicales entre Trampas et Elisabeth Grainger. Dommage que le final ne soit pas du niveau de tout ce qui a précédé ; néanmoins encore une réussite dans cette saison 6 qui n’en est définitivement pas avare et qui si elle se poursuit en restant à un tel niveau pourrait bien se révéler être la plus satisfaisante de toutes.



En images sur DVDclassik
User avatar
Jeremy Fox
Shérif adjoint
Posts: 91228
Joined: 12 Apr 03, 22:22
Location: Contrebandier à Moonfleet

Re: Le Virginien

Post by Jeremy Fox »

Image
Malachi Throne & Doug McClure




6.11- To Bear Witness (Défense de témoigner)

Réalisation : Abner Biberman
Scénario : Sy Salkowitz
Guest stars : Malachi Throne
Première diffusion 29/11/1967 aux USA
DVD : VOSTF - VF
Note : 6.5/10

Le Pitch : Trampas assiste à une altercation verbale assez virulente entre Walter Verig, un commerçant, et le docteur Baldwin (Malachi Throne). Le même soir il tombe sur le cadavre de Verig alors qu’il venait de croiser le médecin. Seulement Trampas est retrouvé auprès du corps les mains ensanglantés, le docteur niant s’être trouvé dans les parages ce soir-là. Emprisonné, Trampas va être bientôt innocenté, le docteur prenant sa place en cellule. Malgré le fait qu’il semblerait lui non plus ne pas être coupable, il refuse de parler même si son silence risque fortement de lui couter la vie : qui cherche-t-il à protéger et pourquoi ?

Mon avis : Après plusieurs épisodes signés Don McDougall, c’est Abner Biberman qui va officier le plus souvent durant le deuxième tiers de cette saison, réalisant pas moins de la moitié des épisodes de cette partie médiane. Le travail du réalisateur de l’agréable Gun for a Coward (une Arme pour un Lâche) avec Fred MacMurray est toujours un peu moins rigoureux que celui de son collègue, sa patte moins précise et plus grossière, mais ce qu’il parvient à accomplir sur la série s’avère néanmoins la plupart du temps très honorable. C’est le cas à nouveau pour ce To Bear Witness qui s’apparente plus au film criminel qu’au western, le principal de l’intrigue étant basé sur l’enquête autour d’un meurtre ; ici celui d’un homme que tout le monde en ville haïssait pour n’avoir pas tenu sa parole quant à la vente d’un de ses terrains pour bâtir un hôpital. Évidemment le principal intéressé, le docteur, lui en veut encore plus que les autres et l’épisode débute avec une altercation publique entre les deux hommes dans la boutique de Verig. Plus tard dans la journée, Trampas entre à son tour en conflit avec ce paria et en vient aux mains pour l’empêcher de harceler de ses assiduités la jolie assistante du docteur, une infirmière secrètement amoureuse de son patron interprétée par Joanna Moore, la maman de Tatum O’Neal dans la vie et que l’on avait pu voir au sein du genre aux côtés de Audie Murphy dans le sympathique L’étoile brisée (Ride a Crooked Trail) de Jesse Hibbs. Puis notre cowboy se blesse à la main et comme par hasard cette même soirée se retrouve penché sur le cadavre de Verig avec sa main toujours ensanglantée.

Face à cette situation qui parait de prime abord sans équivoques, Ryker emprisonne Trampas, ne se comportant pas spécialement amicalement avec lui malgré leurs relations habituelles : une fois n'est pas coutume, le devoir l’emporte sur l’amitié en ce début d’épisode et le spectateur est un peu étonné de découvrir une telle froideur et une telle animosité chez le shérif. De plus l’accusé clame son innocence avec sincérité alors même que nous avons vu le docteur quelques secondes auparavant quitter le lieu du drame. Mais ce dernier affirme avec véhémence que ça ne pouvait pas être lui et que Trampas a dû confondre ; même si nous avons donc été très brièvement témoin de la présence du médecin dans son buggy au grand galop, le personnage semblait tellement aimable et droit que le doute s’installe même pour le spectateur imaginant peut-être avoir vu quelqu’un d’autre en invoquant la vitesse à laquelle la carriole est passée dans le plan. S’ensuit une preuve qui innocente Trampas et une autre qui vient suspecter le docteur qui atterrit ainsi à son tour en cellule. Même s’il risque la potence en se taisant, ce dernier préfère rester muet, paraissant par cette décision chercher à protéger quelqu’un qui lui serait tellement précieux qu’il semblerait être capable de se sacrifier pour lui. Bref, il va y avoir du boulot pour Trampas et Ryker qui essaient chacun de leurs côtés de démêler ce mystère et de prouver l’innocence du docteur Baldwin, les habitants de Medicine Bow en voulant énormément à Trampas de l’avoir par son témoignage envoyé en prison, ce notable ayant de tout temps été respecté voire adulé par chacun d'entre eux.

On va non seulement mettre la pression à notre sympathique cowboy de Shiloh pour qu’il renie son témoignage, pour le discréditer et lui faire comprendre qu’il n’est plus le bienvenue en ville, mais voyant que ça n’entame pas sa détermination à continuer ses investigations, certains, masqués, vont aller jusqu’à l’intimidation par son enlèvement et son passage à tabac en pleine campagne. Un épisode très intrigant et qui aurait été presque constamment séduisant si le scénariste Sy Salkowitz avait été un peu plus chevronné ; ce n'est néanmoins pas forcément une surprise puisque que l’on a déjà constaté qu’il avait été jusque-là l’un des auteurs les moins satisfaisants de la série. Son récit est néanmoins bien mieux mené que les précédents, Salkowitz parvenant à nous captiver durant les 3/4 de sa durée par le fait de parvenir à le maintenir opaque et mystérieux presque jusqu'au bout, le spectateur sachant pertinemment que Trampas n’aurait pas pu commettre un meurtre et doutant tout autant que le docteur ait pu lui aussi le faire. Mais vous aurez beau essayer de jouer les Sherlock Holmes, il y a fort peu de chances pour que vous réussissiez à deviner le coupable ! C’est d’ailleurs là que le bât blesse un peu, car comme souvent dans ce genre d’intrigues, la résolution est bien décevante, un peu tirée par les cheveux et donc bien en deçà de tout ce qui lui a précédé. Cependant elle ne nous aura pas amené à être découverte lors d’un procès comme nous l’aurions pensé mais grâce à une petite fille mignonne à souhait, la très jeune Lorette Strome dont on regrette qu’elle n’ait pas poursuivi sa carrière plus avant, vraiment assez douée pour son très jeune âge.

A défaut d’être inoubliable, To Bear Witness aura été vraiment très agréable grâce aussi à une très bonne interprétation d’ensemble (Malachi Throne dans le rôle du docteur, Mary Carver dans celui de son épouse, William Windom dans celui de l’avocat, Paul Carr en fils haineux du défunt…) et à un épilogue assez savoureux montrant la complicité chaleureuse entre le Virginien et Trampas, le premier plaisantant le second sur son absence de ses derniers jours et s’amusant à faire comme s’il ne le connaissait pas. D’ailleurs il serait extrêmement agréable de retomber sur un épisode possédant la légèreté et l’humour de cette dernière séquence comme il nous a été donné l’occasion d’en voir deux excellents durant le premier tiers de cette saison. Cette fin nous en a mis l’eau à la bouche. En attendant, celui qui nous concerne ici est un épisode qui ravira certainement les amateurs d’énigmes policières.


En images sur DVDclassik
User avatar
Jeremy Fox
Shérif adjoint
Posts: 91228
Joined: 12 Apr 03, 22:22
Location: Contrebandier à Moonfleet

Re: Le Virginien

Post by Jeremy Fox »

Image
James Drury & Jay C. Flippen



6.12- The Barren Groud (La Terre qui tue)

Réalisation : Abner Biberman
Scénario : Andy Lewis
Guest stars : Jay C. Flippen
Première diffusion 06/12/1967 aux USA
DVD : VOSTF - VF
Note : 2.5/10


Le Pitch : Le Virginien a tué par légitime défense un jeune homme qui lui volait sa monture. Il ramène son corps à son père Asa (Jay C. Flippen), un vieil homme handicapé qui comprend parfaitement le drame ; ce qui n’est pas le cas du frère du défunt, un hors-la-loi, qui a dans l’idée de se venger. Le père qui souffre de problèmes cardiaques demande au Virginien d’aller chercher sa fille qu’il voudrait revoir une dernière fois et lui proposer sa ferme en héritage ; autrefois kidnappée par les indiens à l’âge de dix ans, elle vit désormais au sein d’une tribu Shoshone avec son fils. La propriété de Asa est convoitée car elle semble receler un minerai précieux…

Mon avis : Il fallait bien que la saison 6 ait elle aussi ses canards boiteux ; c’était déjà le cas du premier épisode, Reckoning, avec Charles Bronson en Guest Star. Celui-ci est encore plus raté - voire même mauvais - principalement par la faute d’un casting bien mal choisi et par l’incapacité qu’à Abner Biberman a bien diriger ses acteurs. Car il y avait du potentiel dans le postulat de départ, à commencer par ce thème toujours à priori captivant de la difficile réintégration dans la société des blancs des femmes ayant été capturées enfants par les indiens et étant restées vivre parmi eux de longues années durant ; on a tous bien évidemment en tête l’exemple de La Prisonnière du désert (The Searchers) de John Ford. Malheureusement on sait aussi que cette thématique aussi passionnante soit-elle a rarement bénéficié de scénarios à la hauteur et c’est donc le cas en ce qui concerne ce The Barren Ground, Andy Lewis ayant déjà été capable au sein de la série du meilleur (Bitter Harvest avec Larry Pennell et John Lupton) comme du pas terrible (The Return of Golden Tom avec Victor Jory) ; The Barren Ground est son travail le moins satisfaisant, mais comme nous l’avons déjà évoqué juste avant, il n’a pas été vraiment aidé non plus par les comédiens qui devaient interpréter son adaptation d’une histoire de Joy Dexter, ce dernier ayant déjà fourni au Virginien deux précédents récits, pas les plus mémorables non plus, Chaff in the Wind avec Ed Begley aini que The Challenge avec Dan Duryea. Bref, deux auteurs assez moyens et des acteurs peu efficaces ne pouvaient guère faire déboucher sur un must de la série !

Le début nous rappelle un peu cette même année 1967 celui de Eldorado de Howard Hawks, lorsque John Wayne ramène le jeune homme qu’il a tué par accident jusqu’au ranch familial du défunt. Ici c’est le Virginien qui a abattu un jeune homme en état de légitime défense et qui convoie son cadavre jusqu'à la ferme où vit en solitaire son père handicapé, Asa Keogh ; comme si c'était vraiment nécessaire, l'on assiste à la scène de la tuerie en flash-back à l’enterrement, ce qui ne présageait d’emblée rien de bon, cette figure stylistique alliée à une séquence larmoyante s'avérant très rarement de bon augure mais au contraire étant souvent synonyme de mauvais goût ; Abner Biberman en fera d’ailleurs preuve à quelques autres reprises dont cette utilisation de la caméra bougée comme ‘à l’épaule’ sans que ce ne soit ici vraiment nécessaire. On l’aura compris, après une entrée en matière assez remarquable et l’apparition du toujours très bon Jay C. Flippen dans le rôle du père du défunt qui, estropié, se déplace en fauteuil roulant et qui n’en veut aucunement au meurtrier de son fils, sachant pertinemment avoir eu deux rejetons qui ont mal tournés et estimant que le Virginien a bien fait de sauver sa peau au dépens de la vie de celui qui le menaçait. Une relation d'amitié assez intéressante s’instaure entre le vieil homme et le meurtrier de son fils -ce qui n'est pas banal - sauf que la mauvaise santé du patriarche va précipiter les choses. Il demande au Virginien d’aller chercher sa fille qui vit au sein d’une tribu Shoshone avec le fils qu’elle a eu d’un indien l’ayant autrefois kidnappée.

En sursis, Asa veut faire de Sarah son unique héritière parmi ses enfants, ayant renié son fils encore vivant par le fait d’être devenu hors-la-loi. Héritage qu’elle partagera à moitié avec le régisseur de Shiloh qui est très touché par un tel geste mais qui bien évidemment ne voudra pas accepter jusqu'au bout. Quoiqu’il en soit le voilà parti à la recherche de Sarah au campement indien ; un stock-shot pour le situer et ensuite plus aucun plan avec le moindre Native. Et les voilà tous trois repartis jusque chez le vieil Asa qui n’aura pas eu le temps de vivre encore longtemps, son cœur ayant vite lâché peu après leur arrivée. Sarah veut bien reprendre la ferme mais n’est pas acceptée par la communauté qui voit d’un mauvais œil une blanche devenue squaw d’autant qu’elle a amené un métis avec elle ; de plus le Virginien ayant trouvé sur les terres des Keogh un morceau de minerai, il est allé le faire analyser et il s’avère que le gisement d’où il provient contiendrait de l’or. Les notables véreux de la ville qui convoitent toutes richesses faciles à obtenir vont s’allier au chimiste pour tenter de s’approprier la propriété ainsi que le précieux métal. Comme on peut le constater, si l’on ajoute le désir de vengeance de l’ainé des frères, il y avait assez d’éléments dramatiques pour faire aboutir à une histoire constamment captivante voire bouleversante. Les clichés en pagaille, une mauvaise écriture ainsi qu’une mise en scène approximative qui semble parfois se chercher pour pallier aux défauts du scénario, font que le résultat s’avère être catastrophique surtout lorsqu'en plus on doit se coltiner un procès fastidieux, gênés également par les rires incontrôlables et incompréhensibles de Sarah, la comédienne nous ayant déjà auparavant mis mal à l’aise lors de ses retrouvailles avec Jay C. Flippen, faisant sombrer par son jeu assez ridicule le récit dans le mélodrame le plus péniblement larmoyant.

Parmi les points positifs de cet épisode décevant, caricatural, mollasson, ennuyeux, voire parfois gênant faute avant tout au manque de talent des comédiens (Dave Peel, Collin Wilcox et Byron Mabe, les interprètes des trois Keogh encore vivants), nous noterons la philosophie toute à fait respectable du Virginien qui au manque de courage dont l’accuse le fils métis de Sarah - une véritable tête à claques que ce jeune comédien soit dit en passant - lorsqu’il refuse de répondre aux provocations du hors-la-loi qui le défie, lui rétorque plus tard que si certains ont peur des serpents, des mouvements de panique des troupeaux ou de l’emballement d’un cheval, lui a peur des comportements humains qui mènent à la violence. Encore une fois bravo aux auteurs de nous avoir créé un héros aussi vénérable qui préfère aux principes d’honneur machiste l’intelligence, la non-violence et l'instinct de survie.



En images sur DVDclassik
User avatar
Jeremy Fox
Shérif adjoint
Posts: 91228
Joined: 12 Apr 03, 22:22
Location: Contrebandier à Moonfleet

Re: Le Virginien

Post by Jeremy Fox »

Image
Robert Lansing



6.13- Execution at Triste (Le Tireur d'élite)

Réalisation : Robert L. Friend
Scénario : John Dunkel
Guest stars : Sharon Farrell & Robert Lansing
Première diffusion 13/12/1967 aux USA
DVD : VOSTF - VF
Note : 8/10


Le Pitch : Trampas convoie un troupeau qui doit être vendu à l’armée. A son arrivée, n’ayant pas de liquide pour le payer, les militaires lui disent d’aller percevoir son argent à la banque de Triste. Il s’avère qu’il s’agit d’une ville presque fantôme dans laquelle n’habitent plus qu’à peine une dizaine de personnes dont Mavis (Sharon Farrell) qui tient le bar et son amant Knight (Robert Lansing), un inquiétant et taciturne tireur d’élite, ancienne connaissance de Trampas à l’époque où ils se trouvaient tous deux à Abilene. Knight n’a plus qu’une idée en tête, vérifier qu’il tire toujours plus vite que Trampas qu’il défie en duel en lui en le prévenant qu’il va le tuer…

Mon avis : Comme c’était le cas au sein de la médiocre cinquième saison, un mauvais épisode était toujours immédiatement suivi d’un grand cru ; ce qui permet à la déception et à la relative perte de confiance d’être de courte durée. Après donc l’épisode raté et larmoyant de Abner Biberman qui suivait très mal les traces du chef-d’œuvre de John Ford, La Prisonnière du désert, faute surtout à une interprétation d’ensemble assez calamiteuse et à un scénario larmoyant, voici que le méconnu Robert L. Friend nous offre une petite pépite au ton pour l’instant assez unique dans la série, se rapprochant néanmoins un peu du paranoïaque Nightmare at Fort Killman par son atmosphère également cauchemardesque, à la lisière du fantastique. L’on se dit également parfois durant le visionnage que John Dunkel avait dû aussi être marqué par les séries cultes de l’époque qu’étaient Les Mystères de l’Ouest ou La Quatrième dimension. L’épisode débute d’ailleurs par une séquence nocturne presque surréaliste, les décors de studio accentuant cette irréalité. Trampas et deux cow-boys sont venus dans la région pour vendre un troupeau à l’armée dans un poste isolé ; en cette nuit de bivouac, les trois hommes voient passer un âne chargé de bois sans personne pour le conduire. En retournant près de leur feu de camp, ils découvrent un mexicain qui s’est installé devant sans demander son reste. Il leur sort un jeu de cartes de sa fabrication et leur prédit l’avenir proche qui doit les faire croiser danger et malheurs, leur annonçant même un mort. A ce moment-là, encore dans le prologue, au vu de cette séquence toujours sur le fil du ridicule sans jamais cependant y verser, l’on se dit que c’est quitte ou double : soit nous nous dirigeons vers un récit aux frontières du risible soit l'ensemble sera bien écrit et le résultat sera aussi captivant que l’entrée en matière aura été intrigante.

Il ne faudra pas longtemps pour se rendre à l’évidence ; c’est la deuxième option qui s'offre à nous et qui l’emporte haut la main, nous faisant par la même occasion confirmer ce que nous avions pu déjà constater à plusieurs reprises : hormis quelques contre-exemples fâcheux, les épisodes dans lesquels, loin de Shiloh, seul Trampas est présent parmi les personnages récurrents de la série, s’avèrent être de formidables réussites. Revenons-en à ce Execution at Triste de haute volée et qui devrait pouvoir passionner un maximum de personnes, amateurs ou non de westerns. La nuit étant passée, le ‘Nostradamus’ mexicain parti, nos trois hommes arrivent au fort où on leur annonce que, ne possédant aucune liquidité sur place pour une question de sécurité, pour se faire payer ils doivent se rendre dans la petite ville de Triste. Le ‘voyage’ de Trampas vers cette bourgade se fait en douceur, le réalisateur prenant son temps à nous filmer sa chevauchée au milieu des plaines et plateaux environnants. Son arrivée à Triste nous impressionne d'autant que par contraste sa 'promenade' fut plutôt bucolique, le décor naturel trouvé pour camper la ville étant tout à fait étonnant, une Ghost Town un peu effrayante dans laquelle ne vivent plus que des 'Freaks' ou apparentés : un banquier qui parle avec une lenteur extrême ainsi qu'une curieuse intonation, qui lui dit qu’il n’a pas la clé du coffre et qu’il faudra qu’il attende le lendemain que son patron revienne pour pouvoir récupérer son argent ; un épicier qui semble savoir tout sur chacun et qui conseille à Trampas de ne pas s'attarder ; un hôtelier aussi sale que louche ; un graveur de pierre aveugle qui est en train de marquer une pierre tombale au nom de... Trampas ; une très jolie barmaid qui semble s’ennuyer à mourir et qui passe son temps à scruter derrière sa fenêtre ; un shérif couard qui ne cesse de manger et qui apparemment ne lèverait pas le petit doigt pour aller au secours de son prochain…

... et enfin, un certain Lee Knight, inquiétant tireur d’élite qui est ravi de tomber sur Trampas, une connaissance de l'époque où ils étaient tous deux à Abilene… Ravi non par plaisir des retrouvailles mais se réjouissant de pouvoir se confronter à lui en duel sachant qu’ils étaient tous deux des tireurs émérites et voulant se prouver qu’il est toujours le plus fort. Il lui dit même sans préambule qu’il faut qu’il se prépare à mourir dès le lendemain. Contrairement à cet homme menaçant qui s’avère très vite être un véritable fou dangereux par le fait de tuer toutes les personnes qu’il provoque, notre cowboy possédant désormais beaucoup de bon sens a dans l’idée de ne pas accepter le défi même s’il doit rester la nuit à Triste pour pouvoir récupérer son argent le lendemain. Sauf que Knight pour le pousser à bout… tue l’un de ses deux coéquipiers, ces derniers ne l'ayant pas écouté lorsqu’il leur a fortement conseillé – voire ordonné - de rester dans l’enceinte de la fortification militaire plutôt que d’aller boire une bière en ville... A la lecture de cette description on comprend aisément la tension qui peut régner tout au long cet épisode et le suspense qui va sans cesse en grandissant d’autant que les habitants de la ville semblent être devenus tous plus ou moins fous par le fait d’être resté vivre dans un endroit aussi déserté et pour ainsi dire presque mort. L’on apprendra également par la suite que la charmante tenancière de bar n’est autre que la maitresse du tireur, leurs relations se révélant sacrément ambiguës tout au long du récit, paraissant s’aimer autant que se haïr, témoin cette gifle magistrale que Knight assène à Mavis. Enfin les amateurs de westerns purs et durs en auront eux aussi pour leur compte car l’épisode se termine par l’inévitable duel, ici digne de ceux des grandes heures du genre, magistralement mis en place et filmé à la perfection, le dernier travelling arrière ascendant ne manquant pas d’ampleur et se révélant extrêmement cinématographique.

Un épisode aussi passionnant qu’intrigant et superbement interprété notamment par Robert Lansing, plus inquiétant que jamais de par sa manière de parler, ses regards et ses mouvements ; fade dans The Fatal Journey mais au contraire ici remarquable comme il l’était déjà dans The Brothers dans lequel il jouait un sympathique fermier ami de Ryker qui décidait d’aller délivrer son frère cadet condamné à mort. Sharron Farrell est d’une indécente beauté et d’un potentiel érotique certain qu’utilise à merveille le réalisateur ; quant à Doug McClure, il aura rarement été si bon, son Trampas rarement aussi déterminé, avouant même avoir toujours eu un côté cabochard. Superbe travail sur les décors intérieurs miteux (tableaux penchés, poussière et toiles d’araignées…) ainsi que de la part de Water Strenge à la photo, témoin ces éclairages nocturnes sur le papier tue-mouche qui donne un effet de reflets très esthétique et assez saisissant. Ajoutez à tout cela une musique aux accents ‘herrmanniens’ et une canicule qui se ressent sur le jeu tendu des acteurs, la chaleur prégnante faisant qu’ils sont tous constamment en sueur… On n’oubliera pas de sitôt cet épisode quasi surréaliste et assez impressionnant de menace, de suspense et de tension, un des grands moments de cette excellente sixième saison.


En images sur DVDclassik
User avatar
Jeremy Fox
Shérif adjoint
Posts: 91228
Joined: 12 Apr 03, 22:22
Location: Contrebandier à Moonfleet

Re: Le Virginien

Post by Jeremy Fox »

Image
John Lupton & James Drury



6.14- A Small Taste of Justice (En toute justice)

Réalisation : Don McDougall
Scénario : Edward J. Lasko
Guest Stars : Susan Oliver, John Lupton & Peter Brown
Première diffusion 20/12/1967 aux USA
DVD : VOSTF - VF
Note : 6.5/10


Le Pitch : Alors qu’il chevauche loin de Medicine Bow, le Virginien est éconduit par des cowboys un peu éméchés conduits par Tom Conlan (Peter Brown) ; ils lui volent sa monture et le blessent. Soigné par le médecin de la petite ville dans laquelle il a atterri et recueilli par une de ses anciennes maitresses, le régisseur a bien l’intention de récupérer son cheval et de donner une leçon à ses agresseurs. Il apprend que Conlan fait régner la terreur sur la région depuis longtemps mais que ses concitoyens n’ont jamais osé lever la main sur lui. Il va devoir se charger de la sale besogne, acceptant durant son séjour de devenir l’adjoint du shérif…

Mon avis : Don McDougall est de retour aux manettes pour un épisode réalisé avec son tact habituel et son efficacité coutumière, solidement écrit, très bien interprété mais qui manque néanmoins d’un peu d’ampleur et de chair ; la faute en incombe avant tout au scénariste Edward J. Lasko qui accomplit certes du bon travail sans néanmoins jamais réussir à le transcender, gâchant même quelques belles idées d’écriture par quelques décisions hasardeuses ; et ça commence dès la séquence pré-générique ! Pour l’une des rares fois au cours de la série, l’épisode débute donc par une voix-off qui nous explique que parfois, dans le courant de l’année, les cow-boys n’ont plus grand-chose à faire durant une courte période ; ils en profitent donc pour faire relâche. Belle idée pour un éventuel épisode en son intégralité sauf que ça n’aura strictement aucune incidence sur le récit qui va suivre. Et là où le bât blesse aussi ce sont les quelques images choisies pour illustrer ce moment de ‘farniente’, des stock-shots de précédents épisodes (Beyond the Border et An Echo of Thunder) dans lesquels Trampas est mis en avant alors qu’il ne fera à aucun moment partie de l’histoire, A Small Taste of Justice ne mettant en scène que le Virginien parmi les protagonistes récurrents. On se dit alors d’emblée que tout ceci manque un peu de rigueur ; mais immédiatement après, exit la voix-off et les ‘images d’archives’ pour plonger sans plus tarder dans une intrigue certes parfois un peu trop mélodramatique mais cependant parfaitement bien construite et menée.

Après s’être fait voler et blesser, le Virginien arrive donc pour se faire soigner à Three Falls, une petite ville en partie sous la coupe de son agresseur, Tom Conlan, jeune patron de ranch interprété par l’excellent Peter Brown, l’acteur sur les épaules duquel reposait l’épisode de la saison 3, Return a Stranger, se révélant alors magistral, capable d’exprimer la complexité de son personnage tout à la fois haïssable et attachant, d’une acuité et d’une intelligence telles qu’on avait presque tendance à lui pardonner sa diabolique roublardise. Ce même Peter Brown qui incarnera le héros d’un spin off de la série, le Texas Ranger Chad Cooper dans Laredo dont le pilote sera en fait la reprise de We've Lost a Train, l’épisode qui concluait cette même saison 3 du Virginien. Le jeune comédien est ici peut-être moins mémorable que précédemment mais il continue néanmoins à marquer les esprits dans le rôle de ce jeune loup au sang un peu trop chaud qui a repris les rênes du domaine familial depuis que son père est mort ; ce dernier ayant possédé énormément de charisme, il régnait en quelque sorte sur la ville et Tom a jugé logique de prendre sa succession sans néanmoins posséder loin s'en faut ni son aura ni son intelligence. Par son tempérament fougueux et inconséquent, il effraie cependant encore plus ses concitoyens qui n’ont pas le courage de le contenir ; la mère du jeune homme (Virginia Christine pour sa quatrième et dernière participation à la série) ne semble pas connaitre les comportements immatures de son fils et continue à le défendre envers et contre tous malgré le danger qu'il représente pour son entourage ainsi que pour les habitants.

Jusqu’au jour où par bravade, déçu qu'il n'accepte pas de trinquer avec lui, Conlan vole donc la monture ainsi que l’arme du Virginien et le blesse. Mais ce qu’il ne sait pas encore c’est qu’il est tombé sur un os : le régisseur de Shiloh n’est pas homme à se laisser faire ; il va non seulement vouloir récupérer son bien mais également lui donner une leçon pour la manière dont il l’a traité. Tout va s’accélérer le jour où Conlan et ses hommes blessent certes accidentellement mais gravement une petite fille alors qu’ils essayaient d’effrayer les notables ; vu qu’il a un peu de temps devant lui du fait de cette période très calme pour les cowboys, le Virginien accepte d’être adjoint du shérif le temps qu’il accomplisse la mission qu’il s’est donné, à savoir mettre un terme à la menace que Conlan fait peser sur la petite bourgade. Une autre piste mélodramatique s’ajoute à ce récit de ‘Law and Order’ d’une petite bourgade aux habitants manquant de courage - thème récurrent dans le genre, pour ne citer que le plus célèbre, Le train sifflera trois fois – High Noon de Fred Zinnemann -, celle de l’enfant gravement blessé ; il s’agit de Kathy, la fille de Ellen, la belle jeune femme qui a recueilli le Virginien, l’épouse du télégraphiste (excellent John Lupton qui n’en est pas lui non plus à sa première participation à la série) qui ne fut autre également quelques années en arrière que la maitresse du Virginien et qui pourrait aussi avoir été celle d’un autre homme dont nous tairons le nom afin de ne pas dévoiler trop de surprises. Sans donner plus d’explications ni en dévoiler la teneur, nous soulignerons – une fois n’est pas coutume – la très belle tenue du final qui ne parait pas du tout bâclé mais qui s'avère au contraire grandement émouvant.

Parmi les autres comédiens du casting, signalons le toujours sympathique Vaughn Taylor dans le rôle du docteur ainsi que dans celui de l’hôtesse de notre héros et mère de l’enfant mise à mal, la blonde aux yeux bleus Susan Oliver qui était déjà l’institutrice dont tombait amoureux le Virginien dans A Little Learning de la saison 4 ; elle est dans l’ensemble très bien mais semble néanmoins parfois un peu ailleurs. Ajoutons à tout ceci quelques bonnes scènes d’action, notamment celle à l'intérieur du saloon au cours de laquelle le Virginien tue un homme de Conlan par légitime défense, pour en conclure que l’épisode ne s’envole jamais vraiment vers les sommets mais demeure cependant toujours à un niveau grandement honorable et qu'il devait plaire à une majorité de téléspectateur par sa solidité d'ensemble.


En images sur DVDclassik
User avatar
Jeremy Fox
Shérif adjoint
Posts: 91228
Joined: 12 Apr 03, 22:22
Location: Contrebandier à Moonfleet

Re: Le Virginien

Post by Jeremy Fox »

Image
Leslie Nielsen & Barbara Bouchet



6.15- The Fortress (Le Troupeau volé)

Réalisation : Abner Biberman
Scénario : Sy Salkowitz & W.R. Burnett
Guest stars : Barbara Bouchet & Leslie Nielsen
Première diffusion 27/12/1967 aux USA
DVD : VOSTF - VF
Note : 6.5/10


Le Pitch : Le Virginien termine le convoyage d’un immense troupeau à la frontière canadienne. Alors qu’il empoche son chèque, la somme de 100.000 dollars qu’il avait gagné est volée par deux hommes ; le chèque n’est du coup plus valable. Les voleurs étant passés au Canada, les autorités américaines ne peuvent plus rien faire ; mais le régisseur de Shiloh ne compte pas en rester là et va tout faire pour récupérer son dû même s’il doit pour se faire traverser la frontière. Sa piste l’amène jusqu’au domaine de l’acheteur de ses bêtes, un dénommé Winthrop (Leslie Nielsen) qu’il soupçonne immédiatement du coup monté pour le flouer…

Mon avis : Alors que la saison 6 se révèle être dans l’ensemble bien supérieure à la précédente, il lui manque néanmoins à quelques exceptions une chose à laquelle la série nous avait bien plus souvent habitué depuis le début, à savoir de beaux portraits de femmes. On le remarque à cette occasion puisque de ce point de vue nous attendions beaucoup d’un récit qui met en scène deux femmes de très grande importance pour l’avancée de l’intrigue, sans que malheureusement ni l’une ni l’autre ne nous touche de quelque manière que ce soit ; faute en incombant non seulement au scénariste - le très inégal Sy Salkowitz – mais aussi au réalisateur Abner Biberman qui n’est décidément pas le plus doué de l’écurie ‘Le Virginien’ en ce qui concerne la direction d’acteurs, et enfin évidemment aux comédiennes, ni Barbara Bouchet ni Kipp Hamilton ne se révélant ici à la hauteur de leurs partenaires masculins. Il faut dire que Leslie Nielsen domine tellement le casting que face à lui tous les autres semblent fades à l’exception de James Drury qui parvient étonnement bien à lui tenir tête. Dans le rôle du vil Winthrop, Leslie Nielsen prouvait à nouveau après ses mémorables prestations dans les excellents The Laramie Road et No Drums, no Trumpets - tous deux issus de la saison 4 - qu’il était aussi convaincant en étant sérieux qu’en jouant les crétins jubilatoires (l’inspecteur Drebin de la franchise des Y-a-t-il un flic... des ZAZ). Dans No Drums, no Trumpets, son personnage était foncièrement cynique, avouant sans honte que sa seule motivation était l’appât du gain ; il en va de même dans cet épisode au cours duquel il s’avère à nouveau très doué dans la peau de ce 'gentleman salopard' qui n'a absolument aucun scrupules !

Alors que l’épisode débute par des stock-shots plutôt en bon état nous montrant l’avancée d’un important troupeau de bétail au sein d’immenses étendues, et nous amène dans un coin encore rarement foulé par nos héros à la frontière canadienne, on ne peut ensuite pas vraiment assimiler The Fortress au genre westernien mais plutôt à celui de la comédie policière, le Virginien devant inventer des stratagèmes pour réussir à récupérer son argent. En effet, alors qu’il allait toucher son chèque de non moins de 100.000 dollars pour la vente de son troupeau, le vol dans la foulée des billets déposés à la banque annule immédiatement la transaction, la traite du paiement n’ayant alors plus de valeur. Décidément, après s’être fait voler monture et arme dans A Small Tale of Justice, l'épisode précédent, le régisseur de Shiloh continue à être pris pour cible par des voleurs. Ici l’on sait dès le départ que le coupable est le personnage joué par Leslie Nielsen qui s’en félicite d'emblée à ses ‘partenaires’ une fois sa victime ayant le dos tourné ; mais le Virginien le comprend très vite lui aussi : les autorités n’estimant pas nécessaire de l’aider à récupérer sa somme d’argent puisque les brigands ont certainement déjà dû traverser la frontière, il part lui-même à leur poursuite, ce qui l’amène directement dans l’immense propriété de l’acheteur de son troupeau, le fameux Winthrop qui se retrouve avoir gagné gratuitement cet immense cheptel. Ce qui n’est pas pensable pour le Virginien qui va tout mettre en œuvre pour se réapproprier la forte somme qui lui revenait et qui doit servir en partie à payer ses hommes ; tous les habitants étant à la botte de Winthrop et personne ne souhaitant lui apporter la moindre aide, le Virginien va être obligé de jouer au plus fin en terrain hostile. Alors que je parlais de comédie, tout ceci n’est en fait pas forcément drôle mais Sy Salkowitz, d’après une histoire de W.R. Burnett (scénariste du Scarface de Howard Hawks, High Sierra de Raoul Walsh ou Yellow Sky de Willam Wellman) s’amuse à concocter un plan si ce n’est très crédible plutôt savoureux dans son exécution.

L'intendant de Shiloh va se faire passer pour le fiancé d’une belle blonde d’origine française qui ne cherche qu’à gagner de l’argent pour pouvoir rentrer au pays après que son père soit décédé sans lui laisser le moindre dollar. A eux deux ils montent un plan destiné à duper Winthrop, à le faire tomber amoureux de la jeune femme, rendre jaloux sa maitresse actuelle elle-même amourachée du comptable, déstabilisant un peu cette parfaite organisation afin de tirer parti de la confusion engendrée et des chantages exercés. Sauf que la jeune femme va réellement être attirée par sa victime… et je ne vous en dirais pas plus ! Comme je l’évoquais peu de temps avant, tout n’est pas forcément très cohérent mais les séquences où sont réunis James Drury et Leslie Nielsen sont tellement jubilatoires - au travers notamment leurs dialogues - que ce duo haut en couleurs arrive la plupart du temps à nous faire oublier un ensemble qui dans sa progression dramatique n’aura cependant pas été mémorable voire même parfois assez laborieux ou inutilement compliqué. La majorité de la durée de l’intrigue se déroule comme une pièce de théâtre située dans le domaine luxueux d'un tyran aussi courtois que cynique à qui tout le monde obéit avec déférence ; nous sont néanmoins proposées quelques échappées vers l’extérieur ainsi qu’au saloon où auront lieu quelques bagarres assez teigneuses. On appréciera également le personnage du Bodyguard de Winthrop interprété par H.M. Wynant qui aura une certaine importance dans l’astucieuse et surprenante résolution de l’intrigue malgré le fait de ne quasiment pas parler, tellement secret et anonyme qu’on ne le surnomme que ‘The Man’.

Relativement bien écrite et correctement réalisée, une histoire assez séduisante au cours de laquelle deux hommes s’affrontent à savoir qui sera le plus malin, chacun parvenant à comprendre à l’avance le coup préparé par son adversaire ; dommage que les deux comédiennes principales n’aient pas le talent escompté auquel cas l’épisode aurait pu atteindre un niveau bien supérieur. On se demande aussi l’intérêt des quelques séquences se déroulant à Shiloh et mettant en scène John McIntire et Doug McClure dans une de ses dernières apparitions dans la série. On signalera aussi dans le rôle du banquier le scénariste d’un nombre considérable d’épisodes de la série, True Boardman. Pas grandiose mais loin d'être désagréable.


En images sur DVDclassik
User avatar
Jeremy Fox
Shérif adjoint
Posts: 91228
Joined: 12 Apr 03, 22:22
Location: Contrebandier à Moonfleet

Re: Le Virginien

Post by Jeremy Fox »

Image
Albert Salmi & Michael Constantine




6.16- The Death Wagon (La Fièvre)

Réalisation : E. Darrell Hallenbeck
Scénario : James Menzies
Guest stars : Tim McIntire, Albert Salmi & Michael Constantine
Première diffusion 03/01/1968 aux USA
DVD : VOSTF - VF
Note : 8.5/10


Le Pitch : Trois soldats transportent un prisonnier (Tim McIntire) enfermé dans un chariot cellulaire. En manque d’eau, ils traversent les terres de Shiloh pour arriver plus vite à Medicine Bow. Trampas les dépanne mais il découvre que le hors-la-loi est atteint de la scarlatine, maladie qui lui rappelle de très mauvais souvenirs, non moins que la mort de toute sa famille. Plus tard, Elisabeth s’arrête pour désaltérer l prisonnier mais ce dernier en profite pour s'évader. Un bandit en fuite porteur d’un virus, voilà de quoi inquiéter pas mal de monde, beaucoup ne voyant d’autres solutions que de l’abattre à vue pour éviter la contamination…

Mon avis : En pleine psychose à propos du coronavirus, pur hasard que le visionnage de cet épisode ayant pour thématique principale la peur de la contagion d’une maladie, en l’occurrence la terrible - pour l’époque - Scarlet Fever, plus connue ici sous le nom de scarlatine. Mais alors que la réputation de cet épisode ne semble être pas bien fameuse au vu de ce que l'on peut en lire, j’ai trouvé au contraire ce The Death Wagon remarquable à quelque niveau que ce soit, au point d'en faire l’un des sommets non seulement de la saison mais également de la série. Cette réussite on la doit tout autant au réalisateur E. Darrell Hallenbeck - qui fut assistant de Nicholas Ray et Vincente Minnelli sur Traquenard (Party Girl) et Gigi puis à de très nombreuses reprises sur la série The Twilight Zone, celle pour laquelle il aura le plus participé en tant que réalisateur ayant été Des Agents très spéciaux (The Man from U.N.C.L.E.) – qu’au scénariste James Menzies ainsi qu’à une interprétation d’ensemble de très belle tenue malgré les accusations de cabotinage excessif tout à fait injustes concernant les comédiens qui interprètent les deux soldats antagonistes, à savoir les excellents Albert Salmi et Michael Constantine. Doug McClure ainsi que Tim McIntire dans le rôle de Veda, le hors-la-loi infecté, ne sont pas en reste et nous délivrent des performances assez marquantes ; à noter que Tim McIntire n’est autre que le fils du couple à la ville comme à l’écran formé par les formidables John McIntire et Jeanette Nolan, et qu’il réussit l’exploit de nous rendre son personnage attachant malgré la violence dont il fait preuve dès les premières séquences.

Dès le début l’on remarque l’art du metteur en scène pour mettre en valeur des paysages et leur topographie : les premiers plans sur ce chariot cellulaire avançant en plein milieu désertique ainsi que ceux sur Trampas venant vérifier l’état des barrières sont vraiment très beaux, parfaitement bien cadrés ; et ceci sera valable durant toute la durée du récit, Hallenbeck ayant de plus choisi des lieux encore assez peu – voire pas du tout – fréquentés par la série. Le seul reproche qu’on pourra lui faire concernant son travail est le trop grand nombre de faux raccords ou d’angles de prises de vues peu crédibles en ce qui concerne la continuité d’un plan à l’autre comme lors de la séquence de poursuite du fugitif par les deux soldats dans les paysages rocheux et escarpés, scène néanmoins très prenante malgré cette impression d'être un peu 'perdu'. Ceci étant dit, il ne reste que grand bien à écrire à propos de ce remarquable suspense plein de surprises, de personnages hors normes, de détails assez cocasses (le dentier de Michael Constantine) et de situations plutôt curieuses ou rarement vues. Les trois militaires chargés de convoyer le prisonnier jusqu’au lieu de son procès ne sont que de simples soldats, le trio étant commandé par un cuistot mandaté pour cette mission et 'galonné' caporal à cette occasion ; son second est un homme jaloux de la promotion obtenue par son chef de convoi qu’il n’arrête pas de titiller à ce propos et qu’il semble profondément haïr. L’homme qui est enfermé dans le chariot est un jeune homme faisant partie d’un gang de dangereux malfaiteurs, mais il semblerait avoir été le seul de la bande à ne jamais avoir tué quelqu’un, servant plutôt de grouillot à ses comparses. Alors qu’il demande à boire, on découvre qu’il a attrapé la scarlatine, maladie grandement contagieuse et surtout mortelle.

De nombreux brefs flashbacks nous montrent le jeune Trampas alors âgé de huit ans qui enterre sa mère et ses frères victimes de cette terrible épidémie. Une fois n'est pas coutume, la manière dont le réalisateur les utilise n’est absolument pas lourde, ses cadrages alambiqués et hallucinatoires ainsi que la sinistre musique font que ces séquences imbriquées presque en images subliminales possèdent au contraire une sacré puissance, surtout lorsque l’on voit l'enfant creuser sa propre tombe, y planter son épée en bois en guise de croix et enfin s’allonger dans le trou à même la terre. Alors qu’Élisabeth - après s’être plainte à sa tante de devoir être engoncée dans des vêtements trop contraignants pour cette forte chaleur ; notation assez réaliste - , s’approche du chariot pour voir qui appelle ainsi à l’aide, un homme visiblement assoiffé, le prisonnier en profite pour entourer le cou de la jeune femme avec la chaine lui liant les mains dans le but qu’on le délivre auquel cas contraire il l'étranglerait. Le voici prenant la poudre d’escampette avec les chevaux qui tiraient le chariot, les marques de la maladie sur son visage, Elisabeth probablement contaminée. Les deux soldats partent à sa poursuite ayant surtout peur des représailles de leurs supérieurs, ayant dans l’idée de tuer leur prisonnier afin de ‘couvrir’ leur erreur d'inattention ; Trampas fait de même de son côté mais dans un but plus honorable, le poursuivant pour empêcher les habitants de Medicine Bow de réussir à lui mettre la main dessus avant, la foule ayant décidé la mise en œuvre d'une solution radicale, le supprimer purement et simplement pour se débarrasser de la maladie. Clay Grainger est lui aussi partant pour cette idée et irait se joindre aux ‘lyncheurs’ si son épouse et sa nièce ne l’en avaient pas empêché, trouvant l’excuse qu’il est bien trop âgé pour ce genre d’expéditions. Encore une fois on se rend compte que le manichéisme n'est pas de le partie.

Le caporal ancien cuistot c’est Albert Salmi qui une fois encore après Brother Thaddeus dans la saison 2 et A Little Learning dans la saison 4 s’avère toujours d’une étonnante justesse, ne tombant jamais dans les pièges du cabotinage outrancier alors que ses personnages le lui prédestinaient. L’autre officier c’est Michael Constantine qui lui aussi dans la saison 4 nous octroyait dans The Dream of Stavros Karas une prestation déjà pleinement convaincante dans un rôle pourtant difficile de prime abord, son personnage ayant pu très facilement s’avérer péniblement larmoyant et ici rapidement insupportable. Le prisonnier ayant contracté la scarlatine, c’est donc Tim McIntire qui nous avait déjà fait forte impression dans Sue Ann la saison précédente. Quant à Doug McClure, en absence de tout homme de loi, il est à nouveau le représentant d’une justice humaine, refusant que l’on liquide le fugitif même si ça pourrait mettre fin à l’épidémie, estimant que chacun a le droit de vivre et d’être jugé, refusant quelque lynchage que ce soit ; ce thème récurrent était déjà le principal du mémorable premier épisode de la série, le Virginien - la série comme le personnage - prenant d'emblée une position progressiste. Les amateurs d’action et de suspense seront à la fête, l’épisode se concluant par une prise d’otages suivie par une bagarre à poings nus d’une rare sécheresse et enfin une surprise de taille concernant la maladie. Ceux qui apprécient d’en connaitre un peu plus sur le passé des principaux protagonistes auront eu un aperçu du tragique passé de Trampas et enfin l’on notera l’alchimie fonctionnant toujours aussi bien au sein du couple McIntire/Nolan qui nous gratifie de quelques séquences très touchantes. Excellent scénario, personnages d’une belle épaisseur psychologique, réalisation efficace, suspense constant quant à une probable contamination, pour un épisode original, trépidant et captivant, pas très tendre envers l’armée pas plus qu’envers le phénomène de foule. Grande réussite !


En images sur DVDclassik
User avatar
Jeremy Fox
Shérif adjoint
Posts: 91228
Joined: 12 Apr 03, 22:22
Location: Contrebandier à Moonfleet

Re: Le Virginien

Post by Jeremy Fox »

Image
Brenda Scott & Steve Ihnat



6.17- Jed (Jed)

Réalisation : Abner Biberman
Scénario : Arthur Heinemann
Guest stars : Stuart Margolin, Sammy Jackson, Steve Ihnat & Brenda Scott
Première diffusion 10/01/1968 aux USA
DVD : VOSTF - VF
Note : 8/10

Le Pitch : Grainger tente de raisonner les ranchers voisins qui veulent entrer en guerre avec les colons nouvellement installés ; ces derniers ont décidé que le bétail ne pourrait plus traverser leurs terres à l'époque de la transhumance. Le principal opposant aux fermiers est Tallman qui missionne son régisseur (Stuart Margolin) pour aller embaucher un tueur à gages. Il trouve la perle rare en la personne du taciturne Jed (Steve Ihnat) ; ce dernier ne soupçonne pas un seul instant qu’il se trouve alors dans le camp adverse de celui où travaille son vieil ami Trampas, celui également de la femme dont il tombe amoureux, la charmante Abby (Brenda Scott)…

Mon avis : Une saison 6 qui confirme sa très haute tenue avec ce deuxième très grand épisode consécutif juste après donc l’étonnant The Death Wagon et sa captivante histoire d'un bandit évadé portant les germes d'un virus extrêmement contagieux. Ici, le thème est plus classique et déjà abordé à plusieurs reprises au sein même de la série, à savoir les éternels conflits entre éleveurs et fermiers, les premiers se voyant privés par les seconds de grandes parcelles de terre pour faire paitre ou seulement passer leurs bêtes ; ce sujet avait d’ailleurs déjà été l’occasion pour la série de nous octroyer de très grands moments, et ce dès le troisième épisode, Throw a Long Rope de Ted Post avec Jack Warden en Guest Star. Cependant le personnage de Jed est un peu particulier et amène le petit plus à ce thème rebattu mais souvent pourvoyeur dans le genre de passionnants récits. Les ranchers se sont réunis pour discuter d’un problème qui vient de leur tomber dessus ; pour leur transhumance annuelles, les troupeaux ne pourront plus passer par le Nord de la région, ce qui nécessiterait aux bêtes de traverser les terres récemment acquises par les colons pour leurs cultures. Leur trajet serait donc rallongé d’une centaine de kilomètres, ce qui n’est évidemment pas pensable pour certains qui y voient surtout une perte de temps et d’argent ainsi qu’une baisse de poids pour les bêtes. Alors que Grainger essaie de faire entendre la voix de la raison, demandant à ne pas entrer en conflit et de faire contre mauvaise fortune bon cœur, estimant que les fermiers ont autant le droit que les éleveurs de préserver leurs parcelles acquises en toute légalité, certains propriétaires n’ont d’autres idées en tête que de passer outre quitte à déclencher une War Range. “It’s the end of Medicine Bow” declare dépité l’un des habitants de la petite ville.

Parmi les plus violents à l'encontre des nouveaux arrivants, Tallman (Walter Coy) qui demande à Yeager (l’inquiétant Stuart Margolin), son régisseur, de réfléchir à une solution quitte à ce qu'elle soit radicale. Ce dernier va donc aller trouver un certain Jed, tueur à gages de son état, et va lui proposer de louer ses services. Jed est un homme profondément triste, taciturne et blasé qui semble ne pas s’être remis de la variole contractée par le passé et qui lui a laissé des séquelles psychologiques assez profondes. Il accepte de se faire embaucher, n’ayant aucune attache et rien à perdre, estimant qu’il n’a pas la patience d’attendre des années pour être riche. “Je t’admire : tu es un homme sans rancunes” dit-il à l’homme qui vient de lui faire cette proposition ; en effet c’est lui qui avait tué son frère et l’on comprend alors à quel point le Bad Guy de l’histoire, bien plus que Tallman ou le 'Gunman', pourrait être ce diabolique et cynique intendant qui fait embaucher le meurtrier de son propre frère. En arrivant à Medicine Bow pour aller prendre son poste, Jed croise Trampas et lui tombe dans les bras : en effet ils ont tous deux travaillé ensemble dix années plus tôt : c’est en quelque sorte Jed qui avait pris Trampas sous son aile et lui avait appris le métier de cow-boy. Jed comprend rapidement qu’il va devoir travailler pour le camp adverse. En arrivant chez Tallman, ce dernier lui explique que ce qu’il attend de lui est d’infiltrer Shiloh afin de connaitre les futures décisions de Grainger et de pouvoir ainsi les contrer pour faire traverser quand même ses bêtes au moment opportun, lorsque les fermiers seront 'paralysés' ou mis hors d'état de nuire. Jed accepte et va se faire embaucher par le Virginien, travaillant aux côtés de Trampas tout en glanant des informations ici et là. Un jour il a un petit accrochage sans conséquences avec Ron Keefer (Sammy Jackson), un jeune fermier. Le lendemain il vient en aide à la jolie Abby dont une roue de carriole vient de casser. En la reconduisant chez elle il découvre qu’il s’agit de la sœur de Ron mais il en tombe amoureux. Travailler pour les ennemis de la femme dont il vient de s’amouracher, une situation assez embarrassante, rendue encore plus difficile le jour où son régisseur incendie la grange des colons.

Grainger ainsi qu'un groupe d’autres ranchers s’étant rangés à son idée de cessation des conflits décident d’apporter leur aide pour la reconstruction ; Jed redouble alors d’efforts pour ces travaux. Le maître de Shiloh propose même de laisser deux de ses hommes dans chaque ferme afin de protéger leurs habitants le temps que le convoyage de bétail soit terminé. C’est Trampas et Jed qui devront rester chez les Keefer, la romance entre Jed et Abby prenant alors son envol, des idées de mariage leur traversant l’esprit, Jed tentant d’abord de persuader Abby de quitter la région avant qu’un sanglant conflit n’éclate. Jusqu’au jour où l’on apprend que Jed était employé comme espion par Tallman ; même s’il avait démissionné quelques jours avant, Jed laisse son histoire d’amour se briser sans rien dire, son amitié avec Trampas se terminer, la confiance s’étant volatilisée. L’émotion qui nous étreint à ces moments-là est bel et bien réelle ; nous avons du mal à comprendre pourquoi Jed ne dit rien de son revirement, ce qui aurait facilement pu lui faire pardonner se atermoiements ; trop fier sans doute et aussi trop blasé, ne croyant plus en rien qu’à la malchance le poursuivant. On devine assez bien comment tout ceci va se terminer et l’on pressent que ce personnage très attachant risque de ne pas sortir indemne de "la guerre des terres" qui se prépare… mais on vous laisse néanmoins la surprise. Sachez juste que le final est sombre et poignant, qu’aucune échappatoire ne nous est autorisée. Si Steve Ihnat n’était pas à son avantage dans l’épisode The Fatal Journey, il s’avère au contraire ici absolument mémorable, son personnage de Jed s'avérant l’un des plus attachants qu’il nous ait été donné de croiser au sein de la série ; dommage qu’il n’ait pas eu le temps de nous faire profiter plus longtemps de son talent car il décèdera quelques années plus tard d’une crise cardiaque à l’âge de 37 ans.

Steve Ihnat est parfait mais il n'est pas le seul ; déjà inoubliable dans Dark Destiny et Men with Guns, Brenda Scott, son talent et sa beauté aident à ce que la romance entre Abby et Jed soit totalement crédible et émouvante, les séquences la réunissant avec son partenaire s’avérant vraiment superbes, d’une belle sensibilité et d’une grande délicatesse, comme c’était déjà le cas avec Doug McClure dans Dark Destiny. Malgré un ton plutôt sombre, une histoire de tensions entre éleveurs et colons qui met pourtant en avant la solidarité, la confiance, le bon sens, la diplomatie et les compromis, éleveurs et fermiers trouvant in fine une solution qui satisfera les deux parties. A signaler que c’est le premier épisode pour lequel John McIntire remplace enfin au générique Charles Bickford décédé depuis maintenant plusieurs mois. Du suspense, de la romance, de l’action et beaucoup d’émotion (les confidences et souvenirs partagés entre Trampas et Jed ; le ciel qui tombe sur la tête du premier lorsqu’il apprend la véritable situation de son ami et son passé de tueur à gages…), ce récit réalisé de main de maître par Abner Biberman contient absolument tous ces éléments dans un dosage parfaitement équilibré qui en fait l’un des grands épisodes de la série avec à signaler une seule mais marquante apparition du Virginien qui fait montre une fois de plus d’un certain charisme et d’une grande fermeté lorsqu’il s’agit de prendre des décisions. La Saison 6 n’est pas avare en très grandes fictions westerniennes pouvant facilement rivaliser avec les meilleurs films de la décennie ; Jed en fait partie.


En images sur DVDclassik
User avatar
Jeremy Fox
Shérif adjoint
Posts: 91228
Joined: 12 Apr 03, 22:22
Location: Contrebandier à Moonfleet

Re: Le Virginien

Post by Jeremy Fox »

Image
Doug McClure & Boot



6.18- From Help from Ulysses (Avec l'aide d'Ulysse)

Réalisation : Don McDougall
Scénario : True Boardman
Guest stars : Barbara Rhoades & J. Pat O’Malley
Première diffusion 17/01/1968 aux USA
DVD : VOSTF - VF
Note : 6.5/10

Le Pitch : Alors qu’il doit se rendre à Springsdale pour Shiloh, Trampas demande à Grainger à ce qu'il puisse s'y attarder quelques jours afin d’aller rendre visite à une amie. Sur son chemin, il croise un chien qui le conduit à son maître, un vieux prospecteur solitaire. Se sentant mourant, il aimerait bien que sa nièce vienne lui faire ses adieux et confie à Trampas une mission, la lui ramener. Seulement, il ne se rappelle ni son prénom ni à quoi elle ressemble. Le seul indice qu’il lui donne est une tâche de naissance au-dessus du genou. Accompagné du chien qui l’a suivi voici Trampas parti pour une aventure assez cocasse et pleine de quiproquos…

Mon avis : Avec True Boardman à l’écriture d’un épisode humoristique, nous aurions pu craindre un résultat du style A Bride for Lars réalisé par Earl Bellamy, un précédent épisode de la saison 2 partant d’un postulat assez similaire et dans lequel Trampas partait ramener la femme avec laquelle l’un de ses concitoyens d’origine suédoise s’était marié ‘par correspondance’. Cette fiction était plus ridicule que drôle ; From Help from Ulysses est quant à lui vraiment amusant et divertissant à défaut d’autre chose, ce qui est déjà tout à fait suffisant d’autant plus qu’il est réalisé à la perfection par Don McDougall qui ne lâche rien, sa direction d’acteurs aidant à maitriser un cabotinage par ailleurs difficilement évitable pour ce genre d’histoires. Si Doug McClure semble parfaitement rôdé à l’exercice, parfait en ahuri complet lorsqu’il se retrouve confronté à des situations gênantes – ce qui lui arrive constamment tout au long de ce récit -, ses partenaires s’en sortent également plutôt bien même si aucune de leurs prestations ne resteront dans les annales de la série. From Help from Ulysses débute à Shiloh avec une scène qui fait immédiatement comprendre que le ton sera à la légèreté et au cours de laquelle le Virginien fait marcher Trampas quelques secondes, lui faisant croire que Grainger lui a refusé d’aller rendre visite à une amie alors qu’il sera à Springsdale pour faire des achats pour Shiloh. La tête que fait Trampas lorsqu’il apprend ce refus et la moutarde qui lui monte au nez, estimant que son régisseur ne l’a pas beaucoup aidé dans cette affaire, juste avant se rendre compte avoir été gentiment manipulé par plaisanterie - puisqu'il n'est rien de plus drôle que de faire réagir au quart de tour les personnes les plus susceptibles - … toutes ses réactions successives s’avèrent savoureuses.

Il en sera de même des autres situations qui se présenteront à nous durant toute la durée de l’épisode, Trampas en étant constamment la ‘victime’. Le voilà donc parti, tout heureux de pouvoir retrouver une jeune femme lui ayant fait forte impression lors de son passage à Shiloh. Mais voilà qu’il tombe sur un chien mignon à croquer mais un peu encombrant et qui ne le lâche pas d’une semelle, le contraignant même à le suivre. L’animal le conduit jusqu’à son maître alité qui croyant qu’il n’a plus longtemps à vivre – on pencherait plutôt pour une fainéantise aiguë le fait qu’il ne veuille plus sortir de son lit - aimerait néanmoins revoir l’un des membres de sa famille avant de quitter la terre, sa nièce. Ce Old Timer, prospecteur de son état, demande donc à Trampas de lui apporter une lettre lui demandant de venir lui rendre visite et de la lui amener ; sauf que ça fait tellement longtemps qu’il ne l’a pas revu qu’il ne sait même pas lui dire son prénom, pas plus que son nom de famille puisqu’elle s’est mariée ; il est même incapable de la décrire un tant soit peu si ce n’est qu’il se souvient d’un détail : elle a une tache de naissance en forme de fraise juste au-dessus du genou. Et Trampas de repartir sur les routes avec cette mission pour le moins originale, suivi par le chien Ulysse qu’il fait vite rebaptiser Fred suite aux questions incessantes sur le pourquoi de ce nom mythologique. Tout en étant parti à la recherche de cette perle rare, il retrouve donc la femme à qui il était venue rendre visite, toujours sous le charme du cow-boy. Les parents de la jeune fille acceptent même de loger Trampas le temps de son séjour…

… jusqu’au jour où les trois membres de la famille pensent avoir affaire à un véritable pervers et à un redoutable coureur de jupons, une femme venant lui rendre visite au beau milieu de son pique-nique en amoureux avec Betty, puis Trampas étant surpris dans une chambre d’hôtel avec deux femmes en même temps lui dévoilant leurs jambes. Au vu de ce qui a été décrit précédemment on comprend aisément qu’il était en train de vérifier la fameuse marque de naissance sur deux entraineuses s’étant toutes deux présentées comme étant la nièce du chercheur d’or. Mais pourquoi cette accumulation de postulantes à se dire membre de la famille d'un vieil homme malade ? Car deux bandits ayant découvert de la poussière d’or en voulant caresser le chien se sont trouvés une ou des complices qui pourrait (ent) les mener eux aussi jusqu’à la cabane du vieil homme qui à leur avis serait détenteur d’une grosse somme. On voit bien que tout ceci n’est pas très sérieux et même extrêmement tiré par les cheveux ; mais c’est aussi de cette absurdité du récit que provient la principale saveur de cette histoire certes totalement idiote mais qui assume tout en ne se prenant jamais au sérieux. Il faut avoir vu dans le dernier quart les relations tendues entre les deux soit disant nièces, les deux femmes se faisant la guerre en prenant Trampas comme 'Punching Ball', ce dernier n’étant pas loin de péter les plombs. Un peu de suspense sur le final avec les deux hors-la-loi qui suivent ce trio infernal jusqu’au repère du soit disant millionnaire mais évidemment tout finira dans la bonne humeur et au milieu de surprises dont celle consistant à connaitre l'identité de la véritable nièce, le tout ‘avec l’aide d’Ulysse’ comme le décrit si bien le titre, le chien étant constamment mis en avant dans cette histoire qui plaira d'ailleurs surement aux plus jeunes spectateurs.

Donc ne pas s’attendre à un sommet de la série même si celle-ci a déjà été pourvoyeuse de superbes réussites dans le domaine de la pure comédie. Mais le métier de True Boardman et de Don McDougall fait en sorte que l’ensemble se suit vraiment avec beaucoup de plaisir et sans aucun ennui tellement les situations et les quiproquos se suivent sans nous laisser le temps de reprendre notre souffle. Les trois jeunes comédiennes (Eileen Wesson, Barbara Rhoades and Jill Donahue) font quasiment leurs débuts derrière la caméra avec cet épisode ; sans faire des étincelles, elles parviennent néanmoins à jouer le jeu et à nous amuser ; tout comme J. Pat O’Malley dans le rôle du prospecteur qui lui n’en était pas à sa première participation à la série. Mais on se souviendra surtout du chien Boot, véritablement attachant et drôle par sa manière de se jeter dans les bras de tout le monde. Un peu de légèreté ne fait pas de mal au sein d'une saison plus tournée vers des atmosphères sombres.


En images sur DVDclassik
User avatar
Jeremy Fox
Shérif adjoint
Posts: 91228
Joined: 12 Apr 03, 22:22
Location: Contrebandier à Moonfleet

Re: Le Virginien (1962-1971) Universal

Post by Jeremy Fox »

Image
Anthony D. Call




6.19- The Gentle Tamers (Prisonniers sur parole)

Réalisation : Anton Leader
Scénario : Don Tait
Guest stars : James Griffith & Anthony D. Call
Première diffusion 24/01/1968 aux USA
DVD : VOSTF - VF
Note : 4/10

Le Pitch : Un ami de Clay, directeur de prison, demande au patron de Shiloh de l’aider à réaliser un test sur la réhabilitation de prisonniers, persuadé que beaucoup pourraient s’en sortir si on leur offrait une seconde chance. D’abord réticent, Clay accepte d’embaucher temporairement trois détenus qui travailleraient sous les ordres du Virginien. Si le plus jeune (ex voleur de chevaux) semble vouloir se ranger en tombant sous le charme d’Elizabeth, il ne semble pas y avoir de progrès concernant les deux autres (un escroc et un criminel) puisqu’ils ont même dans l’idée de s’emparer d’une partie du troupeau. Mais un infiltré du gouvernement les surveille…

Mon avis : J’écrivais à peu près ceci à l’occasion d’un précédent épisode également réalisé par Anton Leader, cette remarque désobligeante pouvant malheureusement à nouveau s’appliquer ici : encore une fois, il est fort dommage que ce soit lui qui ait été choisi comme réalisateur pour mettre en scène cette réflexion sur la réhabilitation de détenus à priori fort intéressante, ne se révélant décidément pas le plus doué de la série, ses nuits américaines continuant de paraitre assez épouvantables tout autant que son utilisation des décors studios et surtout des transparences absolument catastrophiques (voire toutes les séquences dialoguées se déroulant au sein de la carriole). Non seulement Leader ne possède pas le talent nécessaire pour magnifier n’importe quelle intrigue mais surtout pas celle au départ déjà assez médiocre du scénariste Don Tait - qui travaillera dans les années 70 principalement pour les studios Disney et ses films non animés – dont l’écriture manque en effet sacrément de conviction et de mordant comme c’était déjà le cas concernant ses trois précédentes participations au Virginien, Two Men Named Laredo, Ride to Delphi et Star Crossed, trois épisodes pourtant eux aussi grandement appréciés par les amateurs de la série. On pourra donc d’emblée affirmer qu’il s’agit là d’un épisode fort décevant voire plus que moyen par son incapacité à nous captiver pour un récit qui avait pourtant toute les chances d’être passionnant.

L’épisode débute au sein d’un pénitencier : le directeur a convoqué son ami Clay Grainger pour lui faire une proposition. Voulant prouver que la majorité des mauvais garçons pourraient aisément se racheter une conduite s’ils n'étaient pas obligés de rester confiné en cellule, il lui demande de l’aider dans sa démonstration progressiste de mise en liberté conditionnelle. Il devra emmener trois détenus avec lui à Shiloh pour qu’ils travaillent au ranch quelques mois et soient ensuite libérés sur parole s’ils se sont bien comportés et fait amende honorable. Au début réticent, Grainger finit par accepter même s’il n’est pas aussi confiant que son ami interprété par le très bon Paul Comi (comédien qui a souvent joué sous la direction d’Edward Dmytryk et notamment dans le genre qui nous concerne dans WarlockL’Homme aux colts d’or) ; le boss de Shiloh accueille donc cette idée avec circonspection mais, surtout pour lui faire une faveur et au nom de l'amitié, décide de participer à l’expérience. Il ne devra cependant dévoiler à personne d’autre qu’à son régisseur l’état de prisonnier des trois hommes, un escroc (Anthony D. Call), un voleur de chevaux (Darwin Joston) et un meurtrier par accident (Don Pedro Colley). Le Virginien reste lui aussi un peu sceptique et est un poil vexé de ne pas avoir été consulté concernant l’embauche de ces hommes pour laquelle il se serait opposé s’il avait dû prendre seul la décision.

Ce que Grainger ne sait pas – et ce qui est grandement tiré par les cheveux ‘scénaristiquement’ parlant... en plus d’être un spoiler – est que la police a infiltré un homme dans l’équipe du Virginien afin de surveiller les trois hors-la-loi et espérer pouvoir les prendre sur le fait de quelconque délit afin de rendre caduque la démonstration humaniste de l’innovateur directeur de prison. Bien évidemment que l’idée est intéressante surtout qu’elle va in fine dans le sens du réformisme, sauf que l’on a du mal à croire à toutes ces circonstances fortuites d’un infiltré à la dernière minute sans que personne ne se pose de questions quant à son identité et son passé. Le plus jeune des trois outlaws va tomber sous le charme d’Elizabeth d’autant plus qu’ils sont tous les deux de grands amateurs de chevaux. Mais le début de cette romance ne sera guère plus convaincant que le reste, faute en incombant avant tout au réalisateur peu doué pour la direction d’acteurs, aucun des trois comédiens interprétant les prisonniers ne parvenant à nous toucher. L’escroc aura dans l’idée de se faire la malle en volant plusieurs centaines de bêtes du ranch pour lequel il travaille, arrivant à convaincre de le suivre sur cette mauvaise pente le troisième homme - le criminel - qui s’avère être un bon bougre mais un peu simple d’esprit et par le fait très influençable. Ces deux-là, en plus de ne pas vouloir continuellement se plier à la discipline et au contraire provoquant quelques troubles, se révèlent souvent non seulement maladroits mais incapables, ce qui ne leur attire pas les faveurs de leurs camarades et qui ne facilite guère leur intégration au sein du groupe. Malgré toutes ces embûches, une tragédie dont je tairais la teneur va renforcer l’envie de Clay de faire aboutir positivement le 'test' de réhabilitation…

Trois délinquants pour le prix d’un, un infiltré et un ex-outlaw (James Griffith) qui vient de sortir de prison et dont on se demande à quoi il a bien pu servir durant ce récit ; ce n’est pourtant pas payant puisque cette accumulation de personnages accouche d’un épisode bavard et mollasson, médiocrement écrit, réalisé et interprété, au scénario peu captivant. On notera pourtant un effort de progressisme mais ce n’était pas nouveau pour la série qui sur un sujet à peu près similaire avait déjà proposé bien meilleur, à commencer par l’épisode de la saison 2 avec un tout jeune Robert Redford en Guest Star, The Evil that Man do réalisé par Stuart Heisler. A signaler aussi la venue d’un nouveau ‘singing cowboy’ au sein de l’équipe (Jean Peloquin) et, plus triste, pour les admirateurs de l’excellent Clu Gulager, la dernière apparition de Ryker dans la série ; dommage qu’il ne soit pas parti avec plus de panache, son personnage – qui a acquis des rouflaquettes - étant ici vraiment très peu présent. On compte sur le prochain épisode pour effacer cette double déception d’un épisode moyen et d’un départ passé inaperçu du grand comédien qui nous aura fait presque plus grande impression à l'occasion de ses participations en Guest Star qu'en tant que Ryker.


En images sur DVDclassik
User avatar
Jeremy Fox
Shérif adjoint
Posts: 91228
Joined: 12 Apr 03, 22:22
Location: Contrebandier à Moonfleet

Re: Le Virginien (1962-1971) Universal

Post by Jeremy Fox »

Image
Pete Duel



6.20- The Good-Hearted Badman (Le Bandit au grand coeur)

Réalisation : James Sheldon
Scénario : Robert Van Scoyk
Guest stars : Pete Duel, Jon Larch & Anthony Zerbe
Première diffusion 07/02/1968 aux USA
DVD : VOSTF - VF
Note : 8/10

Le Pitch : Elizabeth trouve un homme gravement blessé et le ramène à Shiloh afin d’y être soigné. Sans le savoir les Grainger hébergent un dangereux hors-la-loi nommé Jim Dewey (Pete Duel), chef de gang recherché activement à la fois par ses hommes conduits par l’impitoyable Jake (Anthony Zerbe) ainsi que par un redoutable chasseur de primes (Jon Larch) que Clay ne veut absolument pas aider, réprouvant son métier. Aimable au point de faire succomber Elizabeth et ses parents sous son charme, Jim se rétablit alors que tous les cowboys du ranch sont partis pour convoyer un troupeau. Le danger se rapproche du ranch…

Mon avis : Alors que je découvrais The Brazen Bell en tout début de saison 1 – l’épisode 5 plus précisément – j’écrivais "même si tout à fait subjectivement ces histoires de prises d'otages en huis clos ne m'ont jamais vraiment passionné, je dois avouer que l'écriture du scénario, sa construction, la qualité de l'interprétation et de la mise en scène ont fait que l'ennui n'a quasiment jamais pointé le bout de son nez. Ajoutez à cela une astucieuse utilisation des ellipses, une belle gestion du suspense, une mise en scène de qualité... et la rigueur de l'ensemble finit d'entériner la réussite de cet épisode dans lequel James Drury et Doug McClure n'ont pas un grand temps de présence. Le réalisateur James Sheldon, qui aura fait sa carrière entière à la télévision, signera encore sept autres épisodes de la série ; on s'en réjouit par avance !" Il aura fallu attendre six saisons pour voir réapparaitre James Sheldon à la baguette et cette conclusion du texte à propos de The Brazen Bell pourrait à nouveau tout à fait s’appliquer ici sans presque en changer la moindre virgule, seuls les trois Grainger étant de la partie parmi les personnages récurrents – content d’ailleurs de revoir Stacey qui s’était fait invisible depuis un bon moment – la prise d’otage en huis-clos étant de nouveau au programme dans le troisième tiers avec encore plus de suspense, de tension et de qualité d’écriture que dans le précédent. Autant le dire de suite, un très grand cru de la série au sein d’une saison qui n’en est vraiment pas avare et qui va certainement être la première conseillée à ceux qui voudraient découvrir la série dans les meilleures conditions. Savoir que James Sheldon signera encore six épisodes assez rapprochés dans le temps n’est pas non plus pour nous déplaire !

Quant au scénario tout aussi formidable que la mise en scène de Sheldon, il est signé par Robert Van Scoyk qui écrira par la suite encore 9 autres épisodes de la série, ce qui nous promet également quelques superbes récits à venir. The Good-Hearted Badman débute par une séquence en plein air voyant un homme gravement blessé qui finit par tomber de sa monture et être trouvé par Elizabeth. Se sentant incapable de le ramener sans aide, elle va chercher son oncle et sa tante, restés seuls au ranch alors que tous les cowboys sont partis convoyer un troupeau durant plusieurs semaines. Alors que Clay voudrait l’emmener directement en ville chez un docteur, Elizabeth le convainc de lui offrir l’asile à Shiloh ; un peu réticent, Clay finit par accepter tout en prévenant sa nièce : "This is not a bird with a broken wing. There are a lot of reasons why a man shoots another man, and none of them are any good." Nous sommes cependant plus enclins à faire confiance à l’intuition féminine d’Elizabeth ; et même à nouveau lorsque l’on vient à apprendre la véritable identité du blessé, le chef d’une dangereuse bande de hors-la-loi, l’homme étant recherché pour meurtre, condamné à la pendaison, sa tête mise à prix pour une somme non négligeable de 5000 dollars. Car la jeune fille est intimement persuadée que le bandit a un bon fond, sa conviction étant renforcée par un journal qu’elle retrouve et qui narre les aventures de cet homme un peu comparé à un Robin des Bois du Far-West. Pleine de compassion, elle va aller à l’encontre de tous les conseils de méfiance. L’attitude du jeune homme ne vient en rien contrarier cette croyance, pas plus auprès des téléspectateurs d’ailleurs, le comédien Pete Duel jouant parfaitement bien le bandit au grand cœur du titre, véritablement aimable, poli et charmant ; un acteur mort prématurément à l’âge de 31 ans et qui fut surtout célèbre pour avoir été le héros de la série Opération Danger (Alias, Smith and Jones) au début des années 70. On comprend aisément l’empathie que le personnage suscite auprès d’Elizabeth, Sara Lane nous octroyant pour l’occasion sa prestation la plus touchante.

On peut difficilement aborder le dernier tiers de l’épisode sous peine de dévoiler de surprenants retournements de situation que nous n’avions pas vu venir, grâce non seulement à l’intelligence de l’écriture mais aussi et surtout à l’interprétation de chaque comédien. L’on sait juste que beaucoup de monde va bifurquer vers le ranch alors même qu’il est déserté de tous ceux qui auraient pu le protéger : d’un côté un impitoyable chasseur de primes qui va à son tour embaucher quelques hommes peu fréquentables pour l’aider à appréhender le bandit ; de l’autre le reste des membres de la bande de Jim venus le rechercher, tout aussi cruels que les hommes du premier groupe, n’hésitant pas à tuer froidement des innocents afin de ne pas laisser de témoins dans leur sillage. Difficile à dire qui de Jon Larch ou Anthony Zerbe est le plus effrayant, le premier – déjà Guest Star peu rassurante du premier épisode de la série - dans la peau de ce Bounty Hunter capable de prendre en otage un membre de la famille Grainger afin qu'il serve de monnaie d’échange contre le blessé que ces derniers ont recueilli, le second dans celui du bras droit du hors-la-loi qui ne s’embarrasse de guère plus de scrupules. Parmi les acteurs récurrents, outre Sara Lane qui nous fait une fois n’est pas coutume très bonne impression, nous nous arrêterons à nouveau sur le couple à la ville comme à l’écran interprété par John McIntire et Jeanette Nolan, véritablement convaincants, et pour cause ! On ne compte plus les séquences les réunissant où il n’est pas difficile de se rendre compte de l'amour qu'ils se portaient hors plateaux tellement la tendresse qui les unissait rejaillit sous nos yeux. On notera aussi de très jolies séquences comme celle au cours de laquelle Jeannette Nolan se substitue à sa nièce pour raser le bandit, une superbe mise en scène utilisant à merveille les nuits venteuses avec à signaler le fait très appréciable que pour une des rares fois dans le courant de la série, les scènes nocturnes ont été tournées de nuit et non en nuits américaines, avec à la clé quelques très beaux plans éclairés par Enzo Martinelli, le tout rehaussé par une partition de toute beauté signée Leonard Rosenman, son style étant immédiatement reconnaissable.

Un épisode aussi tendu que touchant abordant le thème de la confiance et du mensonge avec cette phrase d’Elizabeth qui aurait pu être mise en exergue : "I know there's more pleasure in giving than taking, and lying and cheating never pleased a person as much as loving and trusting" ; il devrait plaire tout autant aux amateurs de suspense que d’action, le dernier quart d’heure gâtant les seconds lors de fusillades vraiment très efficaces pour de la télévision. On se félicitera de l’attitude de Clay envers le Bounty Hunter, refusant de l’aider, préférant même se mettre en danger plutôt que de fermer les yeux devant ce qu’il considère presque comme un lynchage, plutôt que d’accorder quelconque crédit à cette profession qu'il juge malsaine et indigne ; on appréciera à nouveau des notations sur le Guerre de Sécession et ses dommages collatéraux ainsi que cette petite réflexion à propos de la notion de romantisme qui se fait parfois jour autour des légendes populaires, parvenant parfois à transformer de viles crapules en héros martyrs – l’épisode parle à quelques reprises de Billy The Kid -, le personnage de Jim étant lui aussi absolument passionnant de ce point de vue sans pouvoir en dire plus sous peine de révéler trop de choses. L’envie me tente néanmoins de citer ici les deux dernières répliques/spoilers de dialogue tellement elles montrent la belle humanité des Grainger :

Elizabeth : "He was worth saving. He was good"
Clay : "He was Elizabeth. But he never really believed that until he met you."

R.I.P. James Drury décédé ce 6 avril à l'âge de 85 ans !


En images sur DVDclassik
User avatar
Jeremy Fox
Shérif adjoint
Posts: 91228
Joined: 12 Apr 03, 22:22
Location: Contrebandier à Moonfleet

Re: Le Virginien (1962-1971) Universal

Post by Jeremy Fox »

Image
Ford Rainey & Pat Crowley




6.21- The Hell Wind (Le Vent de l'enfer)

Réalisation : Don McDougall
Scénario : Leonard Praskins & Barbara Merlin
Guest stars : Pat Crowley & Ford Rainey
Première diffusion 14/02/19686 aux USA
DVD : VOSTF - VF
Note : 7/10

Le Pitch : Trampas, Stacey et Elizabeth reviennent de Silver Springs où ils s’étaient rendus pour la fête du 04 juillet. Surpris par une tempête de sable, ils sont obligés de faire une halte dans une maison abandonnée où heureusement restent des vivres encore mangeables. D’autres personnes égarées les rejoignent bientôt : un couple dont le mari est un banquier blessé à l’épaule, son épouse que semble bien connaitre Trampas, puis le comptable de cette même banque qui apprend à son patron que l’établissement a été dévalisé. On retrouve aussi quelques pièces d’or au sol et dans un renfoncement du mur… Etranges coïncidences…

Mon avis : Don McDougall à la baguette et nous voilà confortablement installés et très confiants sachant que, sa direction d’acteurs ayant toujours été irréprochable, un épisode 'théâtral' confiné dans une petite cabane faute à une tempête de vent et de sable qui empêche quiconque de sortir devrait ne pas lui poser de problèmes. Et c’est effectivement le cas : là où un grand nombre de réalisateurs moins chevronnés nous auraient sans doute vite ennuyés, McDougall s'en sort haut la main et nous offre un récit extrêmement plaisant. Mais avant ce semi huis-clos, l’épisode débute d’une manière très légère, ce que réussit aussi souvent très bien McDougall : Stacey (pour l’une de ses trois dernières participations à la série ; un peu triste pour nous qui commencions seulement à apprécier le jeu de Don Quine après qu’il ait beaucoup tâtonné : pareil pour Sara Lane d’ailleurs, sauf qu'elle sera au rendez-vous presque jusqu’à la fin), Elizabeth et Trampas se sont rendus à Silver Springs à la foire du 04 juillet, jour de la fête nationale ; ils y présentaient un de leurs taureaux de compétition et en ont profité pour s'amuser, Elizabeth se révélant très habile au tir à la carabine. Cinq minutes très agréables et sans aucune prétention, séquences indolentes que j’ai tendance à beaucoup apprécier au sein la série surtout lorsqu’elles sont bien réalisés et interprétées. Puis voilà nos trois habitants de Shiloh sur le chemin du retour en carriole : décidément ces scènes de 'transport' sont les plus hideuses qui soient en ce qui concerne les transparences ; c’était déjà le cas concernant celles d’un des précédents épisodes signé Anton Leader, The Gentle Tamers, sauf que Don McDougall ne nous avait par contre pas habitué à un tel relâchement, évitant jusque là au maximum ce genre de plans. Mais il pouvait difficilement ici en faire l’impasse d’autant que la tempête se lève alors qu’ils sont en route. [La saison de tournage devait d'ailleurs être bien venteuse car le précédent épisode – le superbe The Good Hearted Badman - évoquait déjà ces vents violents.]

Concernant ces séquences en studio, un défaut néanmoins mineur d’autant que tout ce qui suivra n’aura pas à souffrir de ce manque de budget, le décor de la maison isolée où Trampas et les deux Grainger sont obligés de se réfugier s’avérant au contraire plutôt crédible. Coincés dans ce havre de fortune, nos trois compagnons vont voir les rejoindre plusieurs personnes, pas moins de quatre successives, soit disant perdues elles aussi au sein de la tempête. Tout d’abord un couple constitué par une jeune femme et son époux un peu plus âgé. Ce dernier est patron d’une banque et il s’est blessé à l’épaule durant la tempête. Sa jeune épouse se fait prénommer Angela mais Trampas la connaissait en tant qu'entraineuse de cabaret sous un autre prénom, celui de Pearl : il s’était même fait arnaquer par la jeune femme qui avait triché aux cartes pour lui substituer tout l’argent qu’il avait sur lui, avant de se volatiliser et de le laisser totalement démuni. Elle assure néanmoins à Trampas qu’elle s’est rangée depuis, qu'elle souhaite se faire pardonner, qu’elle est fière d’être devenue respectable et lui demande surtout instamment de ne pas révéler à son mari le secret sur son passé pas très glorieux. Le banquier c’est Ford Rainey, comédien fort apprécié par Delmer Daves qui l’a fait jouer dans 3 heures 10 pour Yuma, L’or du hollandais (The Badlanders) ou encore Parrish. Dans le western, on pouvait également le voir dans Les Deux cavaliers de John Ford ou encore dans Les Rôdeurs de la plaine (Flaming Star) de Don Siegel. Son épouse c’est Pat Crowley qui faisait partie de la distribution de Demain est un autre jour (There's Always Tomorrow) de Douglas Sirk et qui se révélait vraiment très bien dans L'Homme de San Carlos (Walk the Proud Land) de Jesse Hibbs aux côtés de Audie Murphy.

Les deux acteurs sont vraiment très convaincants, tout autant que ceux qui interprètent les deux qui les rejoignent encore un peu plus tard, le comptable de la banque (Woodrow Parfray) ainsi qu'un jeune cow-boy à qui la cabane sert souvent de refuge et grâce à qui des vivres encore mangeables s’y trouvaient encore, joué par Kiel Martin. Ce dernier se révèle même bon chanteur nous octroyant au passage deux sympathiques mélodies. Pour l’anecdote, Jerry Schatzberg se félicitait d’avoir bénéficié sur le tournage de Panique à Needle Park de son expérience d’ancien junkie. Sans vous en dévoiler plus, Kiel Martin nous prouve ici sa grande qualité de jeu dans deux registres totalement antagonistes. Concernant l’intrigue, le spectateur est constamment en train de se questionner quant à savoir pourquoi tant de personnes se sont rassemblées dans ce même endroit perdu, le hasard semblant ne pas faire long feu surtout après que Trampas et Stacey aient découvert des pièces d’or cachées derrière le mur – faute ou grâce au taureau qui a rué dans les brancards, effrayé par le bruit du vent - et avoir appris que la banque où travaillent les deux autres hommes ayant trouvé refuge dans cette cabane a été très récemment dévalisée, 10 000 dollars ayant été volés. Trois suspects sont ainsi présents sur place : sont-ils complices ? Au quel cas contraire qui est le coupable si seulement il y en a un parmi eux ? A part cette discrète enquête par Trampas et Stacey, il ne se passe à vrai dire pas grand-chose tout au long de cet épisode ; mais le talent hors pair de Don McDougall pour nous captiver à propos de très petits détails – comment Trampas se prépare à faire un somme sur sa chaise ; comment il triche pour ‘réparer’ l’épaule du banquier afin que ce dernier ne s’attende pas si tôt à la douleur ; comment Elizabeth arrange la maison afin qu’elle fasse moins sordide le temps de leur ‘confinement’… - fait que l’on ne s’ennuie jamais.

Il faut répéter aussi que la direction d’acteurs aide grandement à ce que l’on parvienne à se passionner pour aussi peu. Il ne faudrait néanmoins pas oublier le beau travail des scénaristes Barbara Merlin et Leonard Praskin (ce dernier dont c’est le dernier job en écrivit beaucoup durant les années 30 dont par exemple celui de L’appel de la forêt de William Wellman). Une réussite de plus à l’actif de Don McDougall et au sein de cette formidable sixième saison qui s’avère être qualitativement parlant la plus régulière dans les sommets. Un script bavard et il est vrai plutôt mince mais jamais lourd ni ennuyeux, même assez malin, faussement décousu et pour tout dire assez captivant jusqu’au final ; un épisode qui devrait plaire un peu plus aux amateurs d’intrigues policières qu’aux westernophiles et dans lequel Doug McClure nous fait encore une très sympathique impression tout autant que Sara Lane, le rôle d'Elizabeth s'étoffant vraiment ces derniers temps après être resté terne et dans l’ombre durant beaucoup trop d’épisodes.


En images sur DVDclassik