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Critique de film
Le film

Quatorze heures

(14 Hours)

L'histoire

Désespéré, Robert Cosick menace de mettre fin à ses jours en se jetant du haut d'un immeuble new-yorkais. La police, alertée, établit autour de l'immeuble un cordon de sécurité et tente de l'en dissuader. Charlie Dunningan parvient à entrer en contact avec le malheureux et cherche à dénouer la situation. Le temps passe et l'évènement prend de l'ampleur.

Analyse et critique

14 heures s'inscrit dans le courant des films noirs urbains et réalistes produits par la Fox entre la fin des années 40 et le début des années 50. Henry Hathaway avait d'ailleurs tourné dans ce courant Appelez nord 777 (1948) dont 14 heures partage le fait d'être adapté d'une histoire vraie (malgré le panneau d'ouverture annonçant que tout le récit relève de la fiction). Le script de John Paxton se base sur un article du magazine The New Yorker narrant comme le jeune John William Warde se jeta du 17e étage du Gotham Hotel de New York City en 1938 après avoir passé quatorze heures sur la corniche, durant lesquelles le policier Charles V. Glasco tenta de le raisonner. Hathaway reprend le postulat en s'attaquant au défi d'unité de temps et de lieu et en cherchant à traduire l'arrière-plan urbain sans l'argument policier des autres films Fox.

S'il y a un mystère à résoudre, c'est celui qui pousse le jeune Robert Cosick (Richard Baseheart) à menacer de se jeter du haut de cet hôtel New Yorkais. Complexé et fébrile, il trouvera comme seul interlocuteur de confiance Charlie Dunnigan (Paul Douglas) policier en uniforme premier arrivé sur les lieux et qui saura prêter une oreille attentive au jeune homme. Hathaway distille une tension latente où le moindre soubresaut émotionnel menace de faire se jeter Robert dans le vite, et nécessite à la fois de converser avec des pincettes tout en essayant de trouver les causes du mal-être le poussant à cette extrémité. Au calme et à l'épure du dispositif sur cette corniche, Hathaway oppose le tumulte alentours entre les policiers cherchant une solution (le plus souvent mauvaise) d'en finir, la curiosité morbide ou compatissante des badauds, et la rapacité des journalistes qui y voit là une aubaine.

Le réalisateur tient le tout dans un équilibre idéal, entre le brûlot façon Le Gouffre aux chimères, le mélodrame et la vraie tranche de vie où l'on découvre tout le microcosme gravitant autour de l'évènement. Cela va détourner plusieurs protagonistes de la trajectoire initiale de cette journée avec une rencontre amoureuse toute en candeur charmante, ou encore une réconciliation en pleine procédure de divorce. On aurait aimé que ce côté choral soit plus prononcé mais finalement la vie et ses maux s'avère toute aussi agitée sur les quelques centimètres qui sépare Robert du vide. Paul Douglas est excellent, dégageant une profonde humanité (cette colère qu'il ose exprimer malgré le risque de la réaction de Robert superbe moment) et est le seul point d'accroche dans un cirque où s'immiscent les opportunistes en quête de lumière. La situation extraordinaire révèle les caractères dans l'intime comme le public, avec ce personnage de mère abusive jouée par Agnes Moorehead ou un prêtre illuminé voyant en Robert un trophée plutôt qu'une âme à sauver.

Henry Hathaway développe un vrai suspense au cordeau sur ce canevas mince avec une belle recherche formelle. On devine les décors studio sous les velléités réalistes mais habilement entrecoupés au montage d'inserts de vraies scènes de rues, les arrière-plans lors des séquences en hauteur sont particulièrement réussis (sans doute en rétroprojection) pour donner l'illusion de la vie urbaine suivant son cours. Le sentiment de vertige, de bascule dans le vide ne tenant qu'à un fil se ressent fortement lors de deux séquences haletantes. Bel exercice de style donc qui parvient à être aussi original que prenant.

En savoir plus

La fiche IMDb du film
Par Justin Kwedi - le 22 juillet 2021