Menu
Critique de film
Le film

Il Boom

Partenariat

L'histoire

Marié avec Silvia, Giovanni Alberti s'est désormais lancé dans les affaires. Il mène un train de vie luxueux et fréquente les milieux huppés. Mais il s'est endetté et se retrouve bientôt assailli par des difficultés financières. Il tente, sans succès, d'emprunter de l'argent auprès d'un important entrepreneur. L'épouse de celui-ci, une femme vieille et plutôt laide, lui propose alors un marché invraisemblable : que Giovanni échange son œil valide contre l'œil de verre de son mari...

Analyse et critique

Vittorio De Sica, contrairement à l'idée reçue, maintint dans son cinéma ce regard si lucide sur l'Italie même lorsqu'il délaissa durant les années 1960 la mise en scène de drame pour de pétaradantes comédies. Le film à sketches Hier, aujourd'hui et demain explorait ainsi avec un humour acéré diverses couches sociales et régionales du pays et Mariage à l'italienne, en parallèle de son beau portrait de femme, montrait en toile de fond une Italie en reconstruction. Il boom le voit s'aventurer de manière plus prononcée sur les terres ironiques et cruelles de la commedia all'italiana, porté par un script féroce de Cesare Zavattini. Le film dénonce ici les comportements suscités par le miracle économique italien, qui du début des années 1950 à 1970 voit l’Italie sinistrée de l'après-guerre prospérer de manière spectaculaire. C’est un bienfait pour le pays mais ce miracle contribuera à créer une génération de viveurs dépensiers à l'image du héros incarné par Alberto Sordi. Celui-ci est un employé aisé mais pas richissime qui aime pourtant mener la grande vie, entre voiture dernier cri, cadeaux luxueux pour son épouse et flambes assumées durant les sorties entre amis. Seulement ce mode de vie a un coût que Giovanni (Alberto Sordi) ne peut plus assumer et, criblé de dettes, il tente de dissimuler le désastre à sa femme (Gianna Maria Canale, la superstar du péplum des années 50, étonnante dans un cadre moderne) et d'emprunter à ses amis de quoi s'en sortir.

La situation ne faisant qu'empirer, la solution se présente de la manière la plus inattendue et sordide qui soit : la femme d'un riche entrepreneur qu'il a sollicité le paiera au prix fort s'il daigne vendre son œil en lieu et place de celui de verre de son mari... La première partie montre en parallèle la détresse de notre héros ainsi que le mode de vie superficiel qui en est la cause. On se pose finalement la question de savoir quel est l'intérêt de se sauver tant les valeurs défendues là son détestables. L'épouse de Giovanni le quitte ainsi les premières difficultés venues sans le soutenir, ne pensant qu'à la honte vis-à-vis de leur amis qui auront fait la sourde oreille lorsqu'on aura sollicité leur aide (mais qui accourront dès que la fortune sourira à nouveau à Giovanni). De Sica dépeint ainsi un monde du paraître, luxuriant, sans âme et hypocrite (la scène ou amants et maîtresses se font joyeusement du pied sous la table de restaurant) où l'amitié et les liens ne reposent que sur celui qui épatera le plus la galerie. De Sica et Zavattini parviennent pourtant sous cette méchanceté à apporter la même humanité sensible qu'à leurs drames néoréalistes. Alberto Sordi par sa grande prestation exprime ainsi les deux facettes du récit. D'un côté il est un pur produit de cette génération (comme le soulignera un brillant dialogue) qui veut tout et tout de suite sans fournir les efforts nécessaires, au contraire de celle qui a précédé et qui a reconstruit lentement le pays en ruine pour finalement s'élever à l'image de l'entrepreneur borgne.

De l'autre côté, Sordi est bouleversant en homme éperdument amoureux, contraint à ses dérives pour garder près de lui la femme qu'il aime (la réciproque étant plus que discutable). L'acteur est ainsi partagé entre fanfaronnades hilarantes (la manière dont il ne se démonte pas face à son usurier, la grandiose scène de fêtes où il dit leur vérité à chacun) et détresse touchante à travers son regard triste et égaré. Cette tonalité atteint son summum lors de la scène où lui est faite l'infâme proposition, la mine d'hébétude stupéfaite de Sordi étant à hurler de rire en dépit de la situation finalement pathétique. La conclusion e révèle sinistre et glaçante. Le "boom", c'est un monde déshumanisé où tout s'achète, aucune dérobade possible pour les plus faibles. La scène finale où le héros disparait derrière une circulation de véhicules bardés de publicité est d'une terrible lucidité.

DANS LES SALLES

DISTRIBUTEUR : les acacias

DATE DE SORTIE : 2 novembre 2016

La Page du distributeur

En savoir plus

La fiche IMDb du film
Par Justin Kwedi - le 3 novembre 2016