Menu
Critique de film
Le film

Apache Trail

Partenariat

L'histoire

Tom Folliard (William Lundigan), accusé du vol d’une diligence, est acquitté par le juge Keeley (George Watts) ; en effet, forcé durant l’attaque de rester aux côtés de son grand frère Trigger Bill (Lloyd Nolan), il n’a jamais voulu en être complice. Absous de son crime, il ne se voit néanmoins pas reprendre son travail en tant que "protecteur" de diligence, et ce malgré sa réputation de tireur le plus rapide du territoire. Il se voit en revanche offrir le poste de responsable d’un dangereux poste relais en plein territoire Apache, ses deux prédécesseurs ayant été tués par les Indiens. A son arrivée, il trouve sur le point de partir la Senora Martinez (Connie Gilchrist) et sa jeune fille de 18 ans, Rosalia (Donna Reed). Charmées par le nouveau "maître des lieux", elles décident de rester à ses côtés, la première dans l’espoir d’en faire son gendre, la seconde son époux. L’arrivée au relais de Constance (Ann Ayars), une jeune et belle veuve, va attiser leur jalousie alors que dans le même temps Tom va avoir fort à faire avec son hors-la-loi de frère qui vient de les rejoindre et avec les tribus Apaches qui sont sur le sentier de la guerre et menacent leur avant-poste...

Analyse et critique

Il y eut tellement peu de bons westerns en 1942 que Apache Trail est inclus dans le listing de Patrick Brion prenant en compte les films les plus importants du genre en cette année là. A moins que ce soit en raison du fait qu’il soit produit par la MGM ou signé Richard Thorpe, le studio et l’un des réalisateurs fétiches de notre écrivain/programmateur ? Je ne vois pas d’autres explications au vu de sa médiocrité ! Il apparaît moins pire que l’insupportable Wyoming tourné deux ans plus tôt mais au moins tout aussi terne, banal et inconsistant. C’est d’ailleurs Wallace Beery, acteur principal de Wyoming, qui avait d’abord été prévu en place de Lloyd Nolan pourtant en contrat avec la 20th Century Fox. On se demande d’ailleurs après coup qui aurait été le plus mauvais cabotin des deux ! Car ils ont beau être d’excellents comédiens, mal dirigés ils se révèlent imbuvables aussi bien l’un que l’autre. Lloyd Nolan avait été grandiose dans La Légion des damnés (The Texas Rangers) de King Vidor ; sous la direction de Richard Thorpe, incarnant un personnage assez similaire, vêtu de la même façon, il en fait des tonnes sans jamais nous convaincre. Dans la peau du frère ayant mal tourné, il a en face de lui son incorruptible bellâtre de cadet, un héros pur et dur joué par l’insipide et transparent William Lundigan. C’est dire que niveau interprétation, ce n’est déjà pas ça d’autant que Donna Reed, dans son premier western, malgré la beauté de son visage, ne brille pas particulièrement, son personnage s’avérant aussi mal écrit que les autres. Pas grand-chose à dire non plus à propos des seconds rôles puisque aucun n’arrive à retenir notre attention.

Pourtant, tout comme dans la partie centrale de Stagecoach (tiré d’une histoire du même Ernest Haycox), l’intrigue regroupe une dizaine de personnages dans un endroit clos et l’on pouvait espérer voir s’établir d’intéressantes relations entre chacun d’entre eux, par exemple entre les deux frères ennemis, les deux rivales. Mais une fois le film terminé, contrairement au film de John Ford, on a oublié tous les protagonistes principaux ou secondaires, à l’exception de celui du juge joué par George Watts dans la superbe première séquence qui laissait d’ailleurs augurer autre chose que ce western languissant et bourré de poncifs. Celle-ci voit le juge arriver de nuit en diligence, s’arrêter à la porte de la prison et, sans descendre de la "voiture", demander au shérif s’il a des prisonniers devant être jugés. L’homme de loi lui amène sur le palier l’unique inculpé à qui, après avoir écouté les chefs d’accusation, le juge dicte la sentence sans avoir mis le pied en dehors de la diligence et après lui avoir fait peur avec sa devise : « Quand je doute, je pends » ! Dommage que ce personnage haut en couleur n’ait été que de cette scène initiale, sans quoi nous aurions probablement eu quelques autres occasions de nous amuser, ce qui n’est malheureusement pas le cas.

Avec Apache Trail, on peut au moins se rendre compte et constater de visu qu’à côté de ses réalisations de prestige, la MGM, tout comme ses studios concurrents, donnait également dans les courts films de série destinés à être diffusés en première partie de séance ; le film de Richard Thorpe semble en faire partie, le budget alloué paraissant avoir été minimal malgré quelques beaux extérieurs. La bande-son résonne tout du long d’un pénible écho artificiel nous faisant rappeler que la quasi-totalité du film a été vite fait tourné en studio, et la mise en scène de Thorpe s’avère totalement indigente. Réalisateur ultra prolifique, homme à tout faire de la Metro Goldwin Mayer, malgré sa faible cote de popularité auprès des cinéphiles et autres historiens du cinéma, il nous offrit par la suite quelques superbes films d’aventures (Ivanhoé, Quentin Durward...) ou comédies musicales (Three Little Words, Thrill of a Romance...) dont beaucoup sont devenus des classiques. Thorpe avait déjà prouvé dans les années 30 qu’il était très capable du meilleur (Night Must Fall) et habile à boucler un bon divertissement (quelques-uns des meilleurs Tarzan avec Johnny Weissmuller). Malheureusement Apache Trail viendra à raison donner du grain à moudre à ses plus fervents détracteurs : pas une idée de mise en scène, aucun rythme, une direction d’acteurs inexistante...

Pour ce genre de séries B, des studios moins prestigieux (telle que la Republic) arrivaient dans l’ensemble à faire bien mieux, à produire des films plus mouvementés et autrement plus plaisants que ces westerns anémiés de seconde zone initiés par les majors. Chacun son métier ! Après trois années fastes pour le western, le genre semblait retomber un certain temps dans une période de vaches maigres.

En savoir plus

La fiche IMDb du film
Par Erick Maurel - le 22 mai 2020