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Test dvd

Suspiria

DVD - Région 2
Wild Side
Parution : 4 / 12 / 2007

Image

Le film a bénéficié d’une restauration poussée, supervisée par Luciano Tovoli, et le résultat se voit. Suspiria nous est ici offert dans une copie sans défaut, dont les couleurs reprennent vie – ceux qui ont eu l’occasion de voir la copie qui tournait encore récemment lors des diverses rétrospectives verront de quoi je parle. Sa transcription sur galette numérique lui fait honneur. La définition est globalement excellente, les détails lors des gros plans sur les visages sont en particulier étonnants, les amateurs de videoprojection devraient apprécier. La palette des couleurs est riche et précise ; à l’heure où j’écris ces lignes, un débat naît sur la restauration des couleurs, certains ne reconnaissant pas le rendu de certaines scènes et reprochant certains contrastes poussés. Il est vrai que certaines couleurs sont surprenantes, comme la teinte rouge des derniers plans de l’évasion de Jessica Harper. Mais sur quoi se baser pour comparer ? Les copies délavées vues en festivals, des souvenirs de trente ans, certains DVD à l’étalonnage aléatoire ? Cette restauration étant partie du négatif original et supervisée par le directeur de la photographie, on peut penser qu’on est ici dans le vrai. Mais après tout, la restauration du plafond de la Chapelle Sixtine a aussi fait débat en son temps... La discussion reste ouverte. L’ensemble est bien encodé, les quelques rares défauts – de rares fourmillements sur les murs extérieurs de l’école, un peu d’aliasing sur le papier peint de la chambre d’Olga – sont plus à imputer aux limites techniques du support DVD. C’est donc avec un immense plaisir que l’on reverra Suspiria dans cette édition collector. Dommage qu’un matériel de cette qualité ne nous soit pas proposé en plus sur un support HD, ce sera notre seul bémol.

Son

Petite déception, Wild Side ne nous propose pas la version anglaise, semble-t-il en grande partie pour des raisons de droits. Nous nous rabattrons donc sur les versions italiennes et françaises. Le doublage italien est proposé en Dolby Digital 5.1, stéréo et mono. Le 5.1 est quelque peu décevant, sa sonorité est artificielle et sa dynamique est faible. La stéréo s’en sort un peu mieux sur ce dernier point. En revanche, on conseillera sans réserves le mono, qui en dépit d’un léger souffle se montre d’une grande clarté, et d’une puissance qui dépasse le remix. Si on souhaite éviter cette version italienne, on peut se rabattre sur le mono français d’origine, de qualité technique équivalente.

Suppléments

Disque 1 :

- Bande-annonce – 2 mn : Ce film annonce été conçu pour la ressortie en DVD, et insiste bien entendu sur la restauration et la renaissance des couleurs. Assez beau montage.

- Filmographie de Dario Argento : filmographie sélective.

- Galerie photos : 46 photos de plateau, couleur et noir et blanc, et photos d’exploitation issues de différents pays, ainsi que quatre affiches.

Disque 2 :


- Entretien avec Dario Argento -
26 mn 52 : dans cet entretien réalisé à l’occasion de cette édition spéciale, le réalisateur revient sur la genèse de Suspiria et sur sa volonté de réaliser, après Les Frissons de l’angoisse, un authentique film fantastique, genre étiqueté à droite dans l’Italie d’alors – Argento était critique de cinéma dans un quotidien communiste. Il dévoile ses sources d’inspiration, des Frères Grimm à la visite des capitales européennes de la magie, de Prague à Zürich. Mais il révèle également qu’une partie du film vient de son enfance passée dans une vieille école aux professeurs particulièrement stricts. Il raconte enfin la réception du film, les séances combles à Philadelphie et New York – en présence d’une sorcière ? -, et surtout l’accueil triomphal reçu au Festival du Grand Rex d’Alain Schlockoff, auquel il rend un vibrant hommage, rappelant que la France fut le premier pays à reconnaître son travail, et qu’il est donc logique que ce soit en France que le film ait été restauré.

- Entretien avec Luciano Tovoli – 24 mn 27 : un magicien parmi les sorcières… le génial chef opérateur, connu entre autres à l’époque pour son travail avec Antonioni sur Profession : Reporter, raconte sa rencontre avec Argento, qu’il connaissait déjà pour avoir vu le public se ruer dans les cinémas projetant ses films. Il explique comment, après avoir réalisé des essais, il a réussi ses tours de force, en particulier grâce à des projecteurs très puissants couplés à des filtres de velours qui peignaient littéralement le décor et les comédiens. Une méthode qui a d’ailleurs bien failli déclencher des incendies. Il raconte également les difficultés à éclairer la place où a été tournée le meurtre du pianiste. Passionnant.

- Argento Connection – 25 mn 12 : La famille est essentielle en Italie, et les cinéastes ne font pas exception. Luigi Cozi, Davide Bassan, Daria Nicolodi, Claudio Argento, Claudio Simonetti, Romano Albani, et Luciano Tovoli sont ici réunis pour discuter des relations de travail de Dario Argento avec les siens. En premier lieu, Salvatore Argento, son père et premier producteur. En déplacement quasi permanent durant l’enfance de Dario, Salvatore était un père absent. Les deux hommes n’ont vraiment noué de relation que lorsqu’ils ont commencé à travailler ensemble, c’est donc le cadre professionnel qui a servi de terreau à cette relation père-fils entre deux adultes. Les témoins s’attardent ensuite sur ses relations de travail avec son frère Claudio, qui fut également son producteur, avant de s’éloigner, entre autres pour produire Alejandro Jodorowsky, pour finalement revenir travailler avec lui. C’est ensuite sa relation avec Daria Nicolodi qui est évoquée, relation particulièrement chaotique d’amour/haine, essentielle dans la carrière de Dario car c’est elle qui l’a initié à l’occultisme, son influence sur la suite est donc bien réelle. C’est enfin leur fille Asia qui est évoquée. Un aperçu original d’une facette essentielle du travail d’Argento.

- Entretien avec Claudio Simonetti – 26 mn 49 : né au Brésil où il vécut jusqu’à l’âge de 11 ans, Claudio Simonetti a commencé à étudier la musique à 8 huit, suivant les traces de son père. Une fois installé en Italie, il se fit un nom dans le rock progressif, jusqu’au jour où un ami producteur lui présenta Dario Argento qui cherchait un nouveau son pour ses bandes originales – cette histoire contredit la version de Daria Nicolodi, qui prétendait avoir fait découvrir les futurs Goblin à Argento. Simonetti raconte donc son travail sur la musique de Profondo Rosso, où il devait réorchestrer les compositions de Gaslini, le film étant déjà achevé. En revanche, Argento lui fit lire très tôt le script de Suspiria, lui demandant de composer des morceaux avant le début du tournage afin de les diffuser sur le plateau pour influer sur le jeu des acteurs. Il ne reste aujourd’hui aucune trace de cette musique dont il ne subsiste rien dans la bande originale actuelle. Il parle des différents instruments utilisés, depuis le traditionnel bouzouki grec jusqu’aux claviers modernes comme le mellotron ou le grand Moog. Il confesse enfin avoir été surpris en découvrant que Dario Argento était co-crédité pour la musique, mais en définitive cela ne lui semble pas usurpé, tant la collaboration entre eux a été proche.

- Entretien avec Davide Bassan – 13 mn 55 : fils de Giuseppe Bassan dont il fut également l’assistant, Davide Bassan raconte la construction des décors. Il explique que son objectif principal fut de construire un lieu au proportions quasi illogiques, à la manière d’un dessin d’Escher, et qui devait sembler vivant : ainsi, c’est Argento qui a imposé l’idée de la porte d’entrée en toile, qui bouge au gré du vent. Par ailleurs, de nombreux murs de l’école sont en réalité des tentures de velours montées sur cadre, au travers desquels était filtrée la lumière. Il raconte également que les symboles issus de la mystique juive et de la cabale sont nombreux dans le film. Il regrette enfin cette époque où les artisans avaient le temps de se consacrer à la préparation des décors.

- Entretien avec Dario Argento – édition spéciale italienne – 21 mn 17 : dans cette interview réalisée en Italie, Dario Argento répète pour l’essentiel des propos déjà tenus ailleurs, mais il livre au passage certaines informations intéressantes. Ainsi, il explique que le film a été tourné sur une pellicule Kodak de 30 asa, recouverte d’une épaisse couche de gélatine, assurant une profondeur de champs supérieure. Il confesse également que le choix de l’actrice Joan Bennett est en partie du au fait qu’elle avait été la compagne de Fritz Lang durant dix ans. Il explique enfin qu’une partie de l’équipe étant superstitieuse, la scripte avait tenu un journal de tous les événements étranges s’étant produits durant le tournage.

- Dans les profondeurs de Suspiria avec Daria Nicolodi – 12 mn 40 : Co-scénariste de Suspiria, Daria Nicolodi raconte ici sa principale source d’inspiration, à savoir les souvenirs de sa grand-mère qui lui a maintes fois raconté comment, enfant, elle avait été inscrite dans une académie de piano, avent de s’en échapper en découvrant qu’en réalité on y enseignait la magie noire. Cette école, dont elle tait le nom, existerait toujours quelque part entre la Suisse et l’Allemagne. Difficile de démêler le vrai du faux dans cette histoire.

- Argento vu par… - 26 mn 41 : trois fans célèbres de Dario Argento prennent la parole. Alain Schlockoff, fondateur de L’Ecran Fantastique et du Festival du Grand Rex, Jean-Baptiste Thoret, auteur entre autres de Dario Argento, Magicien de la Peur, publié aux Cahiers du Cinéma, et Pascal Laugier, réalisateur de Saint-Ange, parlent de l’un de leurs cinéastes favoris. Après avoir cité quelques unes des influences probables de Suspiria, Schlockoff explique son intérêt précoce pour le cinéma d’Argento dont il a tout fait pour programmer l’œuvre au Rex – le film fut presque projeté par surprise, le public en transe portant Argento en triomphe. Ils ne tarissent pas d’éloges pour l’œuvre, qu’ils considèrent comme une étape essentielle de l’histoire du cinéma – Laugier considère d’ailleurs Les Frissons de l’angoisse comme le film européen le plus important des années 70. Qui lui donnera tort ? Un supplément très intéressant.

- Module sur la restauration – 13 mn 36 : Brigitte Dutray, directrice de la restauration chez Wild Side et Yannick Folliard, superviseur de la restauration chez VDM, racontent leur travail sur Suspiria. Leur objectif : en partant du négatif original, conservé dans les laboratoires Technicolor de Rome, obtenir une version restaurée en haute définition, une restauration haut de gamme, destinée à la projection… ce qui implique un travail pointilleux, interdisant tous les logiciels travaillant de façon automatique et risquant de lisser l’image, ce que les éditeurs oublient hélas trop souvent. D’autant que le parti pris était de respecter au mieux la volonté initiale de Dario Argento – cette restauration a d’ailleurs été effectuée en collaboration avec Luciano Tovoli, qui malheureusement n’intervient pas ici. Parmi les problèmes rencontrés : un négatif très poussiéreux, des parties du film recouvertes de moisissures – particulièrement lors des plans bleutés -, des déformations d’images dues au négatif encoché… en tout, 250 heures de travail ont été nécessaires. Le résultat est là, et pourra même être apprécié en salles en projection digitale à partir du 21 novembre, au Publicis Champs Elysées à Paris et au Comoedia à Lyon.

- Mauvais Genre/France Culture – 1 h 14 mn 38 : Wild Side renoue avec les bonus audio, et c’est une bonne nouvelle. Ils nous offrent un numéro inédit de Mauvais Genre, l’excellente émission de François Angelier qui, accompagné de Jean-Baptiste Thoret et Philippe Langlois, reçoit Claudio Simonetti. Sa formation, ses influences et sa collaboration avec Argento sont largement évoquées, et les propos sont illustrés de nombreux extraits, Simonetti se mettant même parfois seul au piano. Un bonus passionnant, qui mérite que vous y consacriez le temps nécessaire.

Dario Argento & GoblinCette édition comprend également un CD de la bande originale du film, que nous n’avons pas pu écouter, mais que l’on nous annonce complet.

J’avoue que j’étais assez septique à l’annonce d’une nouvelle édition de Suspiria, et pourtant, le résultat est là : restauration ô combien spectaculaire, travail colossal sur les suppléments, ce nouveau titre des Introuvables fait partie des indispensables de cette fin d’année.

L'édition Blu-ray reprend l'intégralité des suppléments décrits ci-dessus en SD sur le même disque.

Par Franck Suzanne - le 16 octobre 2010