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Test dvd

Massacre à la tronçonneuse

DVD - Région 2
Studio Canal
Parution : 4 / 7 / 2001

Image

Studio Canal a fourni un véritable travail d’archivage et de recherche en proposant une ligne éditoriale d’une grande richesse. Les fans invétérés du film trouveront ici leur bonheur tant elle regorge de bonus pour la plupart très intéressants. Le menu reprend le thème de la tronçonneuse et reste dans l’esprit du film, c’est-à-dire très accrocheur (on distinguera même le râle caractéristique de ‘Leatherface’). On découvre aussi la présence du logo de l’éditeur américain Elite qui apparaît au début lorsque l’on met le film en marche. L’édition reprend donc l’image de l’édition NTSC sortie il y a quelques années. Les transitions sont musicales et le menu est animé d’une superbe manière. On pourra toujours tiquer sur la relative longueur et l’aspect répétitif qui empêche d’accéder directement à l’endroit voulu mais ça n’a que très peu d’importance finalement. On trouvera 12 sections dans le chapitrage du film, ce qui est suffisant étant donné la longueur du long-métrage.

L'image est bel et bien le seul point noir de cette édition assez remarquable. Studio Canal a repris le même transfert que le laserdisc NTSC de Elite et l’image a perdu toute trace de grain et apparaît même très lisse. Bien contrastée, disposant de couleurs vives et d’une bonne compression elle est cependant dans un format respecté 1.75 mais n’est pas compatible 16/9. C’est vraiment dommage quand il apparaît impossible de zoomer l’image sans perdre les sous-titres. On ne comprend pas très bien pourquoi l’image n’est pas dans un transfert anamorphique. Il n’y a par ailleurs que de très rares griffures ou de poussières malgré l’âge de la pellicule.

Son

A image remasterisée, son remasterisé. Les deux langues disponibles sont le français et l’anglais. Les sous-titres sont imposés sur la V.O. Celle-ci dispose d’un mixage sonore en Dolby Surrond 4.0 qui est la seule piste proposée pour la langue originale. Fidèle en tout point de vue à l’atmosphère du film, elle est supervisée par Tobe Hooper en personne. Inutile de dire qu’il s’est penché avec le plus grand intérêt sur ce mixage pour lui donner le réalisme et le pointillisme dont il avait besoin. Elle dissémine quelques effets probants dans les arrières et le mixage général est assez généreux (la séquence du bois). De plus il permet de voir le film dans les conditions initiales de tournage en profitant des techniques modernes d’encodages numériques. De loin la meilleure solution pour le visionnage.

La VF dispose de deux formats : un en 1.0 mono d’origine qui n’apporte pas grand chose ;un autre en 5.1 arkamys qui gonfle de manière illogique certains effets, amenuisant considérablement l’impact du film. Pour exemple dans l’une des premières scènes, quand Allen Danziger frappe contre le mur pour savoir si quelqu’un se trouve à l’intérieur, le son est localisé sur les enceintes avants, alors qu’il devrait être à l’arrière puisqu’il se trouve dans l’arrière-plan. Le rendu sonore est ainsi outrancier et met trop en avant les dialogues. Le doublage a été de plus refait et paraît beaucoup trop fade. Une piste à éviter en somme.

Suppléments

L’édition est bien fournie en bonus qui ne ressemblent pas qu’à un tas de bandes promotionnelles ou de making-of où les intervenants se congratulent à tour de rôle. La plupart des suppléments tournent autour du tournage mais aussi de l’expérience professionnelle et personnelle de Tobe Hooper et de son équipe. Les archives du film sont intelligemment exploitées, et l’équipe principale est présente pour faire part de l’expérience qui semble encore fraîche dans leur tête malgré les années.

L’un des gros suppléments est bien entendu le commentaire audio (VOSTF) du réalisateur, du directeur de la photo et de l’acteur principal à savoir Gunnar Hansen. L’équipe revient tout d’abord sur les conditions de tournage très éprouvantes en plein mois d’août dans la région d’Austin au Texas. Les températures dépassaient sans problèmes les 35 degrés et la chaleur associée à la fatigue a failli faire sombrer les membres de l’équipe dans un état proche de la folie. Le générique de début est un hommage à Orson Welles dans l’utilisation de la voix. Le titre original devait être Leatherface puis Headcheese, mais ils ont opté pour le titre que nous connaissons tous aujourd’hui. Le tout est commenté avec humour et recul. Daniel Pearl insiste la plupart du temps sur quelques détails techniques (comme la pellicule employée ou le fait que la lumière soit souvent sous-exposée du fait qu’il ne pouvait pas utiliser de torche), et sur la notion de peur panique. Les membres de l’équipe n’étaient pas les derniers à sursauter ou à prendre peur devant les apparitions de ‘Leatherface’ qui reste tout le long du tournage avec une seule tenue. Hooper souligne de son côté le jeu des acteurs et, bien qu’il parle de gens qui débutaient dans leur métier, il fait preuve d’une grande affection pour ses comédiens. Il a appris par ailleurs que le film parlait d’Ed Gein seulement 3 ans après la sortie de son propre film. Lorsqu’il commente une des scènes les plus traumatisantes (celle du crochet dans la cuisine), Hooper décortique sa mise en scène. Tout est basé sur le suggestif. On ne voit pas la victime se faire empaler de dos, mais le champs/contre-champs nous la montre sur le pic de boucher. De même que le corps découpé qui suit est montré hors-champ tout en laissant deviner de quoi il s’agit. Beaucoup de séquences reprennent ces idées de mise en scène. Dans la fameuse séquence des bois, le réalisateur et Gunnar Hansen nous livrent quelques secrets concernant sa mise en boîte. La tronçonneuse est belle et bien branchée (comme pendant tout le reste du film) et Gunnar manque à un moment donné de tomber par terre. Ils ont multiplié les nuits de tournages (parfois ce sont des artifices qui font croire qu’il fait nuit) et ont mis bout à bout des séquences de travellings qui donnent une course-poursuite d’environ cinq minutes où Marylin Burns s’époumone comme jamais. Hooper livre aussi des informations passionnantes concernant la scène finale qui s’est déroulée sur vingt sept heures, et durant laquelle il poussait ses acteurs à bout. Cette anecdote rappelle la façon avec laquelle Friedkin faisait peur au personnage de Karras dans L'Exorciste en faisant sonner le téléphone. Les comédiens n’en pouvaient plus, la chaleur, la fatigue et le manque de sommeil amplifient la dureté et le réalisme de la scène. Hooper dirigeait les acteurs mais les laissait aussi un peu improviser. Le final du film laisse aussi la place à une petite anecdote concernant l’acteur noir qui sauve la victime. Voilà un commentaire audio passionnant et riche d’informations, le tout mené avec un humour jamais racoleur. On ne remerciera jamais assez Studio Canal d’avoir eu l’idée de le sous-titrer.

L’autre morceau de choix des bonus est l’interview donnée par le réalisateur et qui était passée sur Canal + au moment de la diffusion du film dans le ‘quartier interdit’ de Jean-Pierre Dionnet. D’une durée de vingt trois minutes, elle revient sur la carrière de l’auteur, de ses débuts (il allait très régulièrement au cinéma dès son plus jeune âge) à ce premier film mythique, en revenant sur les circonstances de l’écriture du scénario (qui part d’une anecdote croustillante ) jusqu’à ses derniers films (dont Crocodile sorti en catimini et directement en vidéo). Il est regrettable par contre d’avoir entrecoupé par un humour malvenu cette séquence, laquelle repose sur des blagues qui tombent à plat. Divisée en plusieurs chapitres, cette interview peut se voir comme une étonnante mise en perspective de l’œuvre du cinéaste, de ses obsessions passées à ses préoccupations plus actuelles, la façon dont il envisage la mise en scène, le rapport à la peur.

Tous les autres bonus sont présentés par un texte informatif traduit en français.

La filmographie du réalisateur est un autre bonus, plus anecdotique. On aurait voulu aussi la présence d’une filmographie de Gunnar Hansen et de Marylin burns. Informatif en tous les cas, sans être exhaustif.

Les bandes-annonces sont au nombre de quatre. On retrouve celle du premier Massacre à la tronçonneuse, puis celle du 2, du 3 et du 4. La première est dans l’esprit du film et propose un grain appréciable ainsi qu’une voix-off très convaincante. Les autres sont trop courtes, et surtout font penser à des films totalement différents du premier en adoptant un style plus parodique. Le quatrième épisode a permis entre autre de découvrir le jeune acteur Matt Macconaughey.

Le bêtisier est proposé dans un format 16mm très esquinté avec nombre de griffures mais il a la particularité d’être sonorisé. Les situations sont celles du film, mais elles ont été avortées ou n’ont pas réussi. On y voit par exemple Marylin Burns tomber par terre après avoir été ligoté. Un supplément très anecdotique.

Les scènes coupées ont l’avantage de proposer parfois une vision de l’œuvre qui dénote de la tonalité générale. On y trouvera un ‘Leatherface’ en train de se maquiller assumant une part de féminité assez troublante, lorsque l’on sait qu’il agit de la manière la plus brutale qui soit. Elles proposent aussi une séquence d’ouverture différente, plus glauque encore, mais qui ne fut pas retenue au final (le commentaire audio le souligne aussi). Ces scènes coupées ne sont pas sonorisées. C’est un document brut.

Les affiches et visuels d’archives sont intéressants à plus d’un titre. Ils montrent le gros travail esthétique et artistique effectué sur le film et proposent des photos de plateaux très intéressantes qui servirent aussi à la promotion du film dans le monde. On retrouve des affiches en anglais, allemand, espagnol… D’une qualité tout à fait rare, elle sont aussi d’un intérêt non pas encyclopédique mais cinématographique. Elles présentent parfois des rushes d’images, la fin d’un plan, et sont essentielles pour comprendre le visuel du film. Les visuels sont proposés en couleur et en noir et blanc.

Une scène brute fait aussi partie des bonus. Cette scène non sonorisée montre la mort de Kirk frappé par ‘Leatherface’. La scène est ici plus longue que dans le film.

Enfin, les images des décors et accessoires constituent le dernier bonus. C’est un document filmé et sonorisé. Il montre le travail magnifique accompli par Robert Burns dans le choix des ossements qui ornent la maison de l’intérieur et reprend le travail de recherche effectué par les documentalistes sur la vie de Ed Gein et son penchant pour les tapisseries humaines. Un document riche et informatif.

On regrettera donc cette absence de 16/9 qui nuit à la qualité de l’image mais il serait difficile de passer à côté de cette édition en attendant peut-être, pour le trentième anniversaire, une édition encore plus riche et un nouveau transfert. Mais ne boudons pas pour l’instant notre plaisir devant ce film qui dispose d’un écrin assez rare pour être souligné.

Par Jordan White - le 1 juillet 2003