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Test dvd

Les Nerfs à vif

DVD - Région 2
Gaumont Columbia Tristar
Parution : 20 / 11 / 2001

Image

C’est la première fois en France que le film est vu dans son format original respecté sur un support vidéo : le master diffusé par le câble en France il y a quelques années était encore en 1.37. Très belle définition des noirs et splendide contraste, excellente luminosité. Quelques effets de rémanences mais dans une proportion raisonnable. Quelques défauts légers sur la copie originale : infimes rayures fugitives, infimes poussières blanches mais en petit nombre. En revanche, absence de lissage et grain assez prononcé sur les fonds blancs. Bruit vidéo contenu dans des limites elles aussi raisonnables par la compression. Au total, travail correct qui restitue honnêtement – même si pas parfaitement – voire amplement la splendide direction de la photographie de Samuel Leavit, A.S.C. dont c’était la bonne époque. Pas d’encodage direct 16/9 : il faut sélectionner cette position si vous en disposez. On regrette que le laboratoire Warner, crédité de la mastérisation, n’ait pas poussé la restauration plus loin : ce n’est pas encore l’édition « collector » à l’image parfaite que nous attendons.

Son

La v.o.s.t.f. est bien supérieure à la v.f. : Mitchum est doublé dans celle-ci par la voix française habituelle de… John Wayne ! Le résultat est certes correct mais sans rapport esthétique ni psychologique avec la voix toujours étonnante de l’acteur original et très gênant pour les habitués de v.f. qui ont l’impression qu’on s’est trompé de voix. Le son de la v.f. est par ailleurs étouffé et on doit augmenter le volume pour retrouver un rapport musique / dialogue identique à celui de la v.o. : aucune hésitation donc, il faut choisir la v.o. Le mono d’origine est excellent et la musique de Bernard Herrmann, une des plus géniales partitions de ce grand compositeur de musique de films, restituée au mieux.

Suppléments

Le menu principal écrit en anglais – un livret en Français est joint au DVD et fournit notamment un chapitrage titré en français et un résumé de l’interactivité - n’est pas très beau esthétiquement et difficilement lisible mais il est riche. L’ensemble est disponible en v.o.s.t.f. ce qui va sans dire puisqu’il s’agit d’un zone 2 français mais qui va encore mieux en le disant. En fait le DVD est "international" et seul le livret joint le "nationalise" pour nous. La conception d’origine permet de profiter des suppléments dans toutes les langues et sous-titrages offerts : bravo !


- The Making of Cape Fear [Le tournage des Nerfs à vif] par Laurent Bouzereau et son équipe. Durée : 27’43’’, disons 28’ au total avec v.o.s.t.f. Les extraits du film sont en 1.85 et certaines photos ou interviews sont en 4/3.

Constitué essentiellement par deux entretiens avec Gregory Peck et Jack Lee Thompson entrecoupés de nombreux documents intéressants et d’extraits du film. On y apprend que le titre fut inventé par Peck qui n’aimait pas le titre du roman original The executioners que sa société de production, Melville Productions, voulait adapter. Il ouvrit un atlas géographique et tomba sur une rivière de Caroline du Nord nommée Cape Fear. L’idéal car Peck pensait aussi que les titres géographiques sont de bons titres.

Peck était conscient que l’acteur qui tiendrait le rôle de Cady lui ravirait probablement la vedette : il demanda à Thompson, qu’il avait apprécié sur le tournage de Guns of Navarone [Les canons de Navarone] l’année précédente, d’équilibrer autant que possible la présence et l’importance de l’avocat Bowden face au terrifiant Cady. Ils eurent l’idée de Mitchum et celui-ci non seulement accepta mais s’associa à Peck pour produire le film à Hollywood. Leurs rôles ont de fait à peu près la même durée et la même intensité : ils travaillèrent en bonne harmonie et le film est effectivement aussi équilibré que possible. Il firent venir Thompson d’Angleterre qui fut très séduit par le projet.

Jack Lee Thompson admirait Hitchcock depuis toujours, avait un peu travaillé sur un de ses films dans sa jeunesse à un poste subalterne (à l’époque des Studios d’Elstree où David Lean lui apprenait le montage ? Il ne le précise pas) et vit dans ce sujet fort la possibilité de rivaliser avec le maître sur son propre terrain. Il s’entoura d’ailleurs de collaborateurs ayant travaillé avec lui. Bob Doyle avait été son directeur artistique et George Tomasini son monteur sans parler de Bernard Herrmann qui fut proposé par le Directeur de production et accepté par Thompson avec joie ! Mieux : Peck avait tourné pour Hitchcock, tout comme Martin Balsam ! Thompson mentionne le rôle important de Doyle dans la création plastique de la chambre à coucher où Mitchum va battre brutalement la fille qu’il a draguée.

Thompson précise qu’il conçut le film en Noir & Blanc dès le départ, qu’il ne modifia le scénario de Webb que pour renforcer un peu le suspense de chaque scène autant que possible (on illustre cela par ce qui est peut-être la seule scène gratuite – du point de vue du scénario mais splendide du point de vue de la mise en scène - du film : celle où Peggy descend un escalier, terrorisée).

Peck n’intervint pas dans la mise en scène et laissa carte blanche absolue à Thompson. Ce dernier précise que le film fut tourné 3 semaines en extérieurs à Savannah (Géorgie) et pour le reste en studio. Mitchum avait été "forçat" dans sa jeunesse dans cette même ville et le tournage sur place le rendit "amer" : Thompson utilisa cette colère intérieure, ce dégoût intime, pour qu’il le fasse passer dans son rôle. Ce fut le cas. Thompson confesse qu’il buvait un peu d’alcool durant le tournage des scènes de rivière : il trouvait un peu l’inspiration ainsi mais il le regrette… et ne le regrette pas finalement ! Détails divers et intéressants qui permettent comme toujours de passer de l’autre côté du miroir : la scène de tentative de noyade de Bowden par Cady demanda 2 nuits de tournage dans une eau froide et aucune des deux stars ne rechigna à refaire la moindre prise.

Autres détails : l’actrice Barrie Chase, remarquée par Peck qui l’imposa, était débutante et Thompson dit que c’est toujours "intéressant" de travailler avec une jeune actrice débutante. Il regrette en revanche de n’avoir pas eu Hayley Mills à la place de Lori Martin : il reconnaît avoir regretté tout le temps du tournage cette impossibilité matérielle car ladite Hayley était "sexuelle" et eût été selon lui la fille idéale de l’avocat. Mais il complimente Lori néanmoins et prononce un fatidique : "Il n’est jamais bon qu’un réalisateur filme une actrice en en ayant une autre en tête pendant ce temps."

On passe alors à la question de la censure et Thompson évoque celle d’Hollywood (il fut contraint d’atténuer certains éléments) et surtout celle du B.B.F.C. de Londres qui demandait 161 coupes ! La suggestion du viol d’une mineure était le problème principal mais, dit Thompson, c’était aussi le sujet même du film : Cady ne cesse de faire planer cette menace sur Bowden et la mentionne à deux reprises explicitement dans les dialogues. Thompson précise qu’il est "d’accord" avec le système du "rating" car les spectateurs doivent savoir ce qu’ils vont voir mais qu’il est contre la censure d’une œuvre.
Thompson et Peck sont tous deux heureux que Scorsese ait rendu hommage à leur film en en faisant un remake : Cape Fear [Les nerfs à vifs] (USA 1991) avec Robert de Niro et Nick Nolte dans les rôles-titres. Peck, Mitchum, Balsam furent d’accords et heureux d’y jouer dans des contre-emplois savoureux par rapport à l’original. Ils sont aussi satisfaits que la musique d’Herrmann ait été réutilisée par Scorsese. Thompson précise que Scorsese a eu une idée merveilleuse : celle de l’orage final et une liberté "que je n’ai pas eu" pour l’ensemble du film, du point de vue de la violence.

- Productions Photographs : (durée totale : 4’46’’)
- The cast of Cape Fear (durée : 3’40’’) est une sorte de petit opéra en image – n’ayons pas peur des mots ! – sur la musique de Herrmann. On y voit des photos de tournages alternées avec des extraits du film. Les extraits nous semblent un peu inutiles et allongent pour rien la sauce mais enfin le tout est très sympathique.
- Poster Gallery (durée : 1’06’’) : 8 affiches et affichettes ou press-books d’époque – passionnants documents historiques pour une histoire esthétique de la violence au cinéma – et 4 ou 5 photographies de salles de cinéma d’époque projetant le film.

- Theatrical Trailer : la B.A. (4/3 – son médiocre et image un peu abîmée – durée : 02’26’’) originale américaine. Elle est un peu longue et pas très bien montée mais enfin elle est intéressante par sa tonalité sadique prononcée. Les plans sélectionnés sont pratiquement tous des plans de nuit au contraste violent et expressif. Le slogan dit par une voix off doucereuse et inquiétante est obsédant : « - Cape Fear… feel fear… a terrifying fear…” et exact. Le film pouvait à juste titre être décrit par un journal de l’époque comme « an exercise in suspens and sadism, with an eery Bernard Herrmann score » = « un essai de suspens et de sadisme porté par une partition de Bernard Herrmann étrange au point qu’on en frissonne ».

- Production Notes : Quelques notes écrites en anglais qui n’apportent que peu de choses au "Making of" lui-même. On y apprend cependant que Peck ne fait confiance qu’à quatre réalisateurs d’une façon absolue : Wyler, Hitchcock, Cukor et… Jack Lee Thompson !

- Cast and Filmakers : Fiches bio-filmographiques sur les acteurs Gregory Peck, Robert Mitchum, Polly Bergen, Lori Martin, Barrie Chase, Telly Savalas, Martin Balsam, Jack Kuschen et le réalisateur Jack Lee Thompson. Les filmos sont parfois incomplètes (celle de Jack Lee Thompson notamment) et l’année attribuée à Cape Fear (1962) contredit la date du copyright de la copie (1961). Mais enfin elles contiennent d’intéressants détails pour les cinéphiles.

- DVDROM Features : sous-menu qui s’adresse aux possesseurs d’un lecteur de DVD sur ordinateur compatible Window 95 ou plus récent et offrant des liens et quelques effets sans grand intérêt (fond d’écrans, etc.)

- DVD Newsletter : plus intéressant, la possibilité de s’abonner à la lettre internet tenant au courant des sorties Universal en DVD et un lien avec le site www.dvd.universalpictures.com afin de pouvoir y souscrire.

Par Francis Moury - le 21 février 2004