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Test dvd

Le Port de l'angoisse

DVD - Région 1
Warner
Parution : - / - / -

Image

Si le film est bien naturellement proposé dans son format d’origine 4/3, les menus s’affichent quant à eux au format 16/9 ; belle initiative. Ces menus sont fixes mais agrémentés d’un trop court extrait de la bande originale de Franz Waxman.

Un découpage en 27 chapitres vous permettra de vous diriger sans mal vers votre séquence – ou votre réplique – de prédilection.

Warner nous a habitués depuis quelque temps à une telle qualité d’image sur ses classiques zone 1 en noir et blanc (The bad and the beautiful ; The shop around the corner ; Mildred Pierce ; Objective Burma ! etc.) que nous en viendrions presque ici à faire la fine bouche... Ce serait exagéré car cette édition s’avère en définitive d’une très bonne tenue. L’internégatif retenu confère à ce télécinéma une nuance de gris d’une belle richesse. Les contrastes sont très poussés, la définition en tout point irréprochable. La sensation de grain reste présente mais discrète, comme nous l’aimons. Restent que les défauts de surface sont légions. Oh rien de très significatif ou pénalisant pour un visionnage optimal ; néanmoins une nuée de points blancs épars et scintillants n’a de cesse de venir picoter la "toile". Pour un titre aussi mythique nous nous serions attendus à une restauration plus poussée. Au niveau de l’encodage, le travail effectué est dans l’ensemble très bon. Il y avait beaucoup à craindre de la gestion de la brume lors de la sortie nocturne en mer (chapitres 16, 17, 18) surtout pour quiconque garde en mémoire la désastreuse séquence Ol’Man River sur l’édition zone 1 de Show Boat ; mais non, la purée de pixels est ici évitée avec brio ! Quelques menus défauts subsistent néanmoins: la compression s’avère parfois visible au niveau de l’arrière-plan. On regrettera ainsi quelques petites surbrillances des flots, une propension légère à la pixelisation des cieux à l’horizon dans les panoramiques en mer, de légers tremblements et effets de rémanence sur les stores vénitiens lors des séquences à quai. Quoi qu’il en soit, stigmatiser ces imperfections relève, soyons honnête, du pinaillage !

Il est tout de même un problème que nous ne saurions passer sous silence : l’instabilité du cadre et les mouvances latérales, discrètes mais néanmoins irritantes, se faisant jour au chapitre 25. Amorcées lors de la confrontation ultime entre le résistant Bursac (Walter Molnar) et Bogey, elles se poursuivent en partie durant la séquence du numéro How little we know susurré de sa voix rauque par Lauren Bacall, jusqu’à presque nous en gâcher le bonheur communicatif. Rageant !

Son

D’un point de vue sonore, c’est par contre le sans faute absolu. Egrainant ses accords relax dans un petit mono 1.0 d’origine, la bande-son ne se permet aucun dérapage : pratiquement pas de souffle, aucune distorsion notable de la bande originale ou des musiques de source. Acuité des dialogues, particulièrement clairs et intelligibles, caractère enivrant des lyrics si smooth de Hoagy Carmichael, percussion sèche des rafales de mitraillettes dans la séquence de la rafle : cette bande son a de la dynamique à revendre !

Notons que les sous-titres français s’affichent dans une police de caractères de couleur blanche particulièrement discrète et bien proportionnée. Enfin, soulignons l’intelligence déployée dans la gestion du changement de couche. Celui-ci intervient dans le fondu suivant la séquence au cours de laquelle Lauren Bacall émet l’une des répliques les plus fameuses de toute l’histoire du cinéma : "You know how to whistle, don’t you, Steve ? You just put your lips together and...blow !".

Suppléments

Les éditions des classiques édités par Warner en zone 1 (catalogue Warner et MGM) articulent de plus en plus leur bonus dans le sens d’une restitution d’une séance complète d’époque, un peu à la manière de ce que pouvaient nous offrir Eddy Mitchell, Gérard Jourd’hui et Patrick Brion dans le cadre de leur mythique émission La Dernière Séance au cours des années 80 et 90. C’est particulièrement vrai pour les dernières éditions collector de l’éditeur qui proposent d’activer une fonction qui permet de visionner in extenso les suppléments (news, documentaires, cartoons et bande-annonce d’un film du studio sorti dans les mois suivants) et le film. Mais c’est aussi vrai dans une certaine mesure des pressages des éditions simples, qui, s’ils n’offrent pas cette fonction et nous dispensent encore des bandes d’actualités d’époque, nous gratifient désormais presque systématiquement (High Sierra fait exception) d’un court-métrage de complément contemporain du film qu’il accompagne ; parfois pour le pire (cf. Kiss me Kate et sa très hagiographique évocation de Manhattan), parfois pour le meilleur lorsque le choix éditorial est directement en rapport avec l’œuvre cinématographique proposée. C’est le cas ici puisque cette édition est agrémentée d’un dessin animé (6’10) de la série des Merry Melodies, Bacall to Arms, qui offre une piquante caricature d’une première de To Have and Have not. Bien que ce petit cartoon ne soit pas l’œuvre de Tex Avery, nous y retrouvons l’une de ses plus célèbres créations, le Loup érotomane, qui cette fois disjoncte face aux appâts de la nouvelle sensation de l’écran, Miss Lauren Bacall. Malheureusement, aucun sous-titre n’est proposé.

Tout aussi habituel est l’éclairage apporté sur le tournage. Il prend ici la forme d’un petit documentaire titré A Love story : the story of To Have and Have not (11’15). Ni véritable making of ni bien entendu simple featurette promotionnelle, ce document s’attache essentiellement à faire acte de petite page d’histoire du cinéma. Avec l’aide des témoignages du précieux critique Leonard Maltin, de l’historien Robert Osborne et d’Eric Lane, le biographe de Bogart, un retour est effectué sur les conditions de lancement du projet puis sur les circonstances entourant la naissance de la fameuse romance du couple Bogart. Rassurez-vous, l’esprit Voici ! est tout à fait exempt de cette évocation. Las, les non-anglophones devront passer leur chemin, puisque ici comme pour tous les éléments de la section bonus, les sous-titres ne sont pas proposés.

Plus fastidieux est le supplément audio Lux Radio Theater Broadcast daté d’octobre 1946. Cette émission de radio d’époque propose à Bogey et Betty de rejouer pour les auditeurs de l’époque un certain nombre de leurs séquences cultes, à commencer par celle de leur rencontre ("Has anybody got a match ?"). Les merveilleux acteurs de complément de Hawks n’ont malheureusement pas été conviés à la fête. S’ensuit une désagréable sensation de parodie lorsque, par exemple, un obscur interprète américain essaye de retranscrire le si caractéristique accent "froggy" de notre Dalio national (dont le personnage est d’ailleurs affublé du sobriquet de Frenchy).

La traditionnelle bande-annonce originale (2’46) complète ce panorama des suppléments. Bien conservée, elle permet de constater que le studio tendait alors à promouvoir tout autant Dolores Moran que Lauren Bacall. Et elle témoigne aussi de la réduction in fine de la présence à l’écran de la belle Dolores : elle arbore dans ce montage une robe qu’à aucun moment elle ne sera amenée à porter dans le métrage définitif.

Par Otis B. Driftwood - le 28 novembre 2003