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Test dvd

Le Massacre de Fort Apache

DVD - Région 2
Editions Montparnasse
Parution : 16 / 11 / 2004

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A l’époque de ma chronique de Rio Grande sorti chez Montparnasse, j’avais écrit cette phrase : "En DVD zone 2, la trilogie "cavalerie" de John Ford bénéficie donc de deux réussites techniques exemplaires si on ajoute celle, splendide, de La charge héroïque. Dommage que l’éditeur nous propose aussi le premier volet, Le massacre de Fort Apache dans une copie à peine regardable : le sans faute nous aurait fait bien plaisir !" Le quasi sans faute est désormais disponible avec ce nouveau collector qui avait bien besoin de se voir attribuer une copie autre que celle, abominable, sortie dans la collection Diamant. Avec cette nouvelle édition, l’éditeur peut se targuer de sortir l’une de ses réussites les plus édifiantes.
Exit les gros boîtiers des précédents collectors ! Ils étaient magnifiques mais avaient du mal à trouver leur place sur nos belles étagères. L’éditeur nous propose désormais ses collectors dans des boîtiers toujours cartonnés mais de taille standard : un bon choix d’autant plus qu’ils sont tout aussi somptueux. Rangé dans un très bel étui, on y trouve un digipack en 3 volets : le simple fait de le déplier est déjà un émerveillement pour les yeux. Le livret est très bien conçu et richement illustré, et chaque pan du volet propose de superbes photographies judicieusement choisies… Bref, déjà un bien bel objet ! Et une bonne nouvelle n’arrivant jamais seule, le pari n’étant pas gagné d’avance, le contenu est du niveau du contenant !
Fini la copie griffée et grise sans aucune définition de la première édition ! Montparnasse a acquis un nouveau master flambant neuf : quelques tâches ici et là, quelques plans plus abîmés que d’autres (celui par exemple de John Agar commandant les entraînements) mais un ensemble vraiment splendide. Le noir et blanc est magnifiquement contrasté (quelle belle profondeur des noirs, quelle belle luminosité des blancs !) et la définition est très précise. Si nous avons un reproche à faire à l’éditeur, il se situe une fois encore au niveau de la compression, certes loin d’être ratée, mais qui se révèle parfois visible dans les ciels, sur certains vêtements et fonds de décors. Mais rassurez-vous, il fallait le signaler par honnêteté envers les plus exigeants mais à aucun moment, malgré une légère pixellisation, elle ne vient ici gâcher le confort de vision du film. Un ensemble vraiment superbe.

Son

Niveau son, l’éditeur nous propose la VF sur un disque, la VO sur l’autre, les deux versions n’étant pas de longueur identique. Dans les deux cas, le résultat représente une vraiment belle réussite. La VF n’est pas désagréable, le doublage étant bien fait et la VO restaurée en mono est d’une très grande clarté. Les dialogues, la musique, les bruits d’ambiance, tout se positionne à merveille. Quelques minutes un peu plus sourdes mais une restauration qui mérite toute nos félicitations. Les sous titres sont jaunes mais très discrets. Pour ne rien vous cacher, je ne suis pas en possession du matériel pour pouvoir tester le remastering en Dolby Digital 5.1. Mais il faut bien l’admettre : que cette dernière piste sonore soit ratée ou réussie, qui va s’en soucier ? Ce petit plus proposé par l’éditeur (et qui en satisfera certainement quelques uns) ne sera jamais ni un frein ni une poussée à l’achat pour ceux qui auraient ou pas décidé d’acheter ce film de John Ford de 1948 surtout que la restauration faite sur le mono est d’une très grande qualité.

Suppléments

DVD1 : VOST et VO

Une bande annonce originale
d’époque très abîmée.

Extraits des collectors de Les amants de la nuit, La charge héroïque, La chevauchée fantastique

Une période heureuse (18’) : Entretien avec John Ford de 1973 par son petit fils Dan Ford. Ce document audio se déroulant avec en arrière fond les 20 premières minutes du film, est assez émouvant car on peut y entendre un homme vieilli, un peu sourd et dont la mémoire est défaillante mais qui n’a pourtant pas la langue dans sa poche. Beaucoup de silences, de temps de réflexion et un phrasé assez lent font que peu d’informations nous sont données en pâture durant ces 20 petites minutes mais l’essentiel n’est pas là. Entendre parler Ford est tellement rare que ce document a plus valeur sentimentale et historique que purement instructive.

DVD2 : VF

Massacre à Monument Valley (25’40) : Analyse de séquences par Jean-Louis Leutrat, enseignant et historien du cinéma. Sur une voix monocorde, Jean-Louis Leutrat nous livre une analyse passionnante, plus facile d’accès et moins absconse que celles de Jean Douchet pour d’autres titres de Ford chez Montparnasse. Jean-Louis Leutrat s’arrête d’abord longuement sur le générique avec la topographie de Monument Valley expliquée en détails et l'interprétation des plans du générique qui possèdent tous, selon lui, une valeur emblématique. C’est effectivement un générique assez original puisque constitué d’une succession de plans tirés du film lui-même, une sorte de bande-annonce en ouverture même du film. Il insiste aussi sur le fait qu’il faut bien avoir en tête qu’il n’a pas fallu attendre Little Big Man pour que le mythe de Custer se fasse déboulonner même si le final peut paraître ambigu. Puis il s’appesantit longuement, mais sans jamais nous lasser, sur les 20 dernières minutes, la fameuse attaque. Une vision d’une parcelle du film vraiment très intéressante, bien montée et bien réalisée.

Rituels fordiens (28’) : Entretien avec Bertrand Tavernier. Avec Tavernier, on sait à quoi s’attendre. Qu’il commente ses propres films ou ceux des autres, nous sommes, de toute manière, constamment collés à ses paroles, la passion du cinéaste et du critique emportant tout sur son passage. On écoute donc ce supplément avec une attention non feinte et on boit ses commentaires dithyrambiques comme du petit lait. Après nous avoir replacé le film dans le contexte de son année de tournage avec moult anecdotes, il nous parle de la différence de conception du personnage féminin dans le cinéma de Ford et Hawks : alors que chez Hawks, les femmes auraient très bien pu s’acclimater au 20ème siècle (y compris les femmes de ses westerns), chez Ford au contraire, elles ont l’air de sortir des gravures de l’époque. Disons que chez Hawks, les femmes sont presque anachroniques contrairement à Ford, bien plus modernes qu’elles devaient l’être en réalité. Il nous parle ensuite du génie humain de Ford qui s’exprime dans Fort Apache au travers de sa description des femmes justement et de la collectivité. Pour Tavernier, Ford est "le cinéaste mélancolique de l’exil et de l’errance". Même si vous n’êtes pas amateurs de bonus, faites l’effort de vous arrêter sur celui-ci, vous ne devriez pas le regretter.

En conclusion, du tout bon pour ce film qui n’en méritait pas moins. Un petit effort sur la compression est encore demandé à l’éditeur mais s’il ne pouvait ne serait-ce que proposer toujours des DVD de cette qualité, nous nous offusquerions un peu moins souvent.

Par Erick Maurel - le 1 octobre 2004