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Test dvd

Le cinéma de Fernand Deligny

DVD - Région 2
Editions Montparnasse
Parution : 6 / 11 / 2007

Image

L’image présente de multiples défauts : taches, points blancs, rayures verticales (présentes constamment sur Ce gamin, là). Connaissant la genèse des films, on ne pouvait attendre un master parfait. Et ajoutons même que si c’était rendu possible, on ne le souhaiterait pas. Les sautes, les craquements, les imperfections font partie de la matière même du film. Le Moindre geste ne serait plus le même s’il nous était proposé dans une copie lisse et resplendissante. Ce que l’on peut par contre attendre, c’est une bonne compression, or celle-ci est simplement correcte.

Son

Le Moindre geste a un son propre avec, comme défaut, du souffle sur les paroles d’Yves, certainement dû à sa voix souvent chuchotée qui demande de pousser le son. On apprécie sinon le magnifique travail de mixage du film, et ce même si les phrases d’Yves ne sont pas toujours compréhensibles à la première écoute. La bande sonore de Ce gamin, là est plus abîmée, avec de nombreux craquèlements.

Suppléments

Ricochets du Moindre Geste (120 mn) regroupe une série de bonus autour du film :

- Yves à l’Alhambra (13 mn, couleur). Où l’on voit Yves redécouvrir trente ans plus tard Le Moindre geste en compagnie de ses parents, Josée Manenti et Jean-Pierre Daniel à l’Alhambra, célèbre cinéma municipal de l’Estaque que ce dernier a réhabilité en 1990. Yves s’amuse, s’imite, anticipe ses paroles. Si ce petit film ne dégage pas l’émotion de Sabine se redécouvrant jeune et épanouie dans Elle s’appelle Sabine de Sandrine Bonnaire, c’est un petit condensé de plaisir et de joie partagé.

- Chutes négatives de Denis Gheerbrant (46 mn). On ne pouvait qu’attendre un splendide bonus de la part de l’un de nos plus grands documentaristes. Le dispositif est très simple : Josée Manenti et Jean-Pierre Daniel discutent devant une projection de négatifs d’images du Moindre geste, des images du film montées. Ils parlent de leur expérience du tournage et du montage. Daniel regrette tout ce qu’il a écarté, Manenti lui assure qu’il a fait les meilleurs des choix en agissant par soustraction. Manenti explique avec une grande finesse l’autisme d’Yves, son mutisme (ce qui peut surprendre après avoir vu Le Moindre geste), son incapacité à appréhender les mécanismes du monde. Deligny tisse des liens très profonds avec Yves, le sortant de son silence, l’amenant à l’école. Dès 1962, il veut faire un film avec lui car cela lui semble la meilleure façon de le faire progresser. Une discussion passionnante, brillante, accompagnée de ces négatifs qui sont comme un film à naître.

- Les Photos d’Any (15 mn). Entretien avec Any Durand, scripte et actrice, autour des photos de tournage qu’elle réalisa. De nombreuses anecdotes, dont l’invention avant l’heure de la steadycam par Josée et Guy ! On voit la façon dont Deligny dirige Yves dans le film. Il lance des idées, des consignes, un cadre, espérant qu’Yves se lancera dessus, il le remet sur la piste du film.

- Table ronde avec Josée Manenti, Jean-Pierre Daniel, le philosophe Henri Maldiney et Jean Oury, fondateur de La Borde, Jean Oury (35 mn). Discussion à l’Alhambra à l’issue de la projection du film. Jean Oury raconte sa rencontre avec Fernand Deligny, donnant quelques pistes quant à sa personnalité. Daniel et Manenti expliquent la réalisation du film et Henri Maldiney philosophe de manière brillante (sur l’autisme) mais parfois absconse (la beauté).

Pipache et le convoi dans les rocheuses (4mn30, 1990, couleur) & Les Fossiles ont la vie dure (6 mn, couleur).
Deux films d’animation image par image de Jacques Lin sur des scénarios de Fernand Deligny.
Deligny pense très tôt à un projet de film d’animation où des maisons se déplaceraient à travers champs. Ce film ne se fera pas mais, grâce à Jacques Lin, Deligny donnera naissance à deux petits contes animés, légers et poétiques. Pipache raconte l’histoire, narrée par Deligny, d’un petit radeau qui s’enfuit dans les rocheuses, aux aguets de « tout ce qui pourrait le prendre et l’apprivoiser », craignant qu’on ne l’oblige à faire sa première communion. Les Fossiles ont la vie dure est le pilote pour un film écrit et réalisé par Lin d’après un autre conte de Deligny, où l’on retrouve des personnages échappés de Pipache : une procession de blocs de pierre, une caravane de western, un fossile du tertiaire. Plus récent, très soigné visuellement, Les Fossiles ont la vie dure ne possède cependant pas la beauté simple de Pipache. Jacques Lin, ouvrier électricien de profession, rentre dans le réseau Deligny en 1967. Il consacrera sa vie aux autistes et devient en 1996 responsable du lieu d’acceuil de Monoblet « Les Graniers », où il poursuit le travail de Deligny. Il écrit en 2007 La Vie de Radeau, le réseau Deligny au quotidien, livre préfacé par Thierry Garrel.

Partie Rom : « Textes autour de Fernand Deligny »
Textes de Fernand Deligny, Josée Manenti, Jean-Louis Comolli, Sandra Alvarez de Toledo et Patrick Leboutte (32 pages en pdf). « La vie de Fernand Deligny a été un manifeste permanent pour la condition humaine sous toutes ses formes : les plus perdues, les plus égarées, les plus écrasées et les plus modestes aussi » déclare Josée Manenti dans le premier de ces textes. Sandra Alvarez de Toledo propose des repères cinébiographiques de Fernand Deligny et Renaud Victor. Patrick Leboutte retrace l’histoire du Moindre geste. Dans « L’Evadé », texte passionnant, Jean-Louis Comolli parle de ce film comme de l’histoire de « deux insoumis (qui) s’évadent du cinéma », Yves et Richard s’échappant de « l’asile comme mise en scène » et de « la mise en scène de l’asile ». Comolli parle du Moindre geste comme d’une œuvre qui existerait hors du cinéma, qui irait contre lui : le film est fait de répétitions et la répétition est l’ennemie du cinéma, qui est mouvement. Suit un texte central dans le travail de Deligny, « Camérer », ici dans sa quatrième version, parue en 2005 dans la revue Trafic.

Pour terminer, on retrouve les fiches techniques des films, une bibliographie et quelques ouvrages ressources consacrés à Fernand Deligny.

Par Olivier Bitoun - le 21 février 2008