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Test dvd

L'Oeuf du serpent

DVD - Région 2
Carlotta
Parution : 7 / 10 / 2009

Image

Le film est proposé seulement dans un master 4/3, Carlotta s'excusant par un carton de l'impossibilité d'offrir un master 16/9. La copie est d'excellente qualité, et aucun défaut de la pellicule n'est à noter. La définition est un brin moins satisfaisante que ce que nous propose habituellement l'éditeur, mais l'ensemble demeure de très bonne tenue. Les couleurs sont bien rendues, tout comme les contrastes. Les noirs sont bien profonds, peut-être trop serait-on tenté de dire sur certaines images, mais les scènes de nuit demeurent parfaitement lisibles, preuve du parfait équilibre de l'ensemble.

Son

La piste originale anglaise (ou plutôt anglo-allemande) est dénuée de tous défauts. On regrette cependant un son plutôt étouffé, manquant vraiment de dynamique. Mais cette bande sonore sourde est certainement un choix de Bergman, ou du moins est lié à l'enregistrement d'époque et n'est pas à mettre sur le compte du travail de l'éditeur. La piste française possède les mêmes qualités et le même manque de profondeur.

Suppléments


Loin de Suède (20 mn)
Un documentaire MGM sur le film composé d'une interview d'époque de Bergman, d'une intervention de Marc Gervais (auteur de "Ingmar Bergman : Magician and Prophet") et de deux entretiens plus contemporains avec Liv Ullmann et David Carradine, le tout entrecoupé de quelques extraits du film. Selon Marc Gervais, Bergman a réalisé un film post-moderne, voulant refaire en 1976 un film allemand des années 20, le cinéaste souhaitant recréer non pas Berlin, mais un Berlin de cinéma. Gervais poursuit en décrivant L'Oeuf du serpent comme un film cruel et choquant, très peu bergmanien... à croire que ce spécialiste n'a vu que quelques comédies du maître. Cette introduction assez caricaturale (la notion de post-modernisme de vigueur) et approximative est à l'image d'un documentaire assez paresseux et peu stimulant. Ainsi, l'anecdote rapportée par Carradine - qui raconte que Bergman, quittant la Suède, s'est un temps installé à Paris mais que la ville était pour lui « trop lumineuse » (trop gaie, joyeuse) et qu'il a préféré partir pour Munich - en rajoute sur le côté artiste torturé, ce que reproduisent les bribes d'interview du réalisateur. Bergman, qui s'exprime en anglais, ne fait que reproduire quelques lieux communs sur l'état du monde et de l'art. Plus pertinente, Liv Ullmann qui se souvient d'un tournage où dès le premier jour Bergman sent que ça ne va pas. Sur ce film, toujours selon elle, il s'est éloigné de son art qui est celui de filmer l'humain pour se concentrer sur les décors et l'éclairage. Cette approche du film est malheureusement vite évacuée et Ullmann elle-même se rétracte à la fin, comme rappelée à l'ordre, et explique qu'avec Bergman ils ont revu le film trois ans auparavant et ont été tous deux ravis du résultat. Carradine se souvient, lui, d'un réalisateur très étrange, méticuleux, agréable et haïssable à la fois. Liv Ullmann explique que bien que fascinés l'un par l'autre, Bergman et Carradine restaient chacun dans des mondes très différents et qu'ils n'auraient pas pu tourner un autre film ensemble. Pour preuve, Carradine clôt de façon péremptoire le documentaire en reprenant une phrase que lui a dit Alejandro Jodorowski, « Il faut choisir entre le pouvoir et l'éternité », et d'expliquer qu'avec ce film il a choisi l'éternité (à traduire en langage hollywoodien par l'art et non la réussite au box office). Heureusement un Bergman moqueur vient conclure que l'art n'a strictement rien à voir avec l'éternité.

Bande-annonce (3 mn). Une bande-annonce Paramount qui en rajoute sur le côté thriller, la violence, le suspense, le complot, la traque, essayant de transformer The Serpent's Egg en Trois jours du Condor ou en Marathon Man. Aussi mensonger qu'amusant.

L’Oeuf du serpent ou l’exil d’Ingmar Bergman
Ce livret de 36 pages reprend des extraits d'Images, la retranscription d'un entretien télévisé avec Ingmar Bergman, une interview de Liv Ullmann (tout deux parus dans Positif en mars 1978) et un texte de Michel Serceau paru dans Etudes cinématographiques en 1983 : « La métaphore éclatée : notes sur l'utilisation de l'esthétique et des thèmes expressionnistes dans L'Oeuf du serpent. » Autant d'éléments qui offrent une vision très précise et documentée de la genèse du film et de sa place dans l'œuvre et la vie de Bergman. Le texte de Michel Serceau, très scolaire notamment dans son approche sémiologique, s'attache à noter les rapports qu'entretient le film avec le cinéma expressionniste allemand, Mabuse, L'Ange Bleu, le film noir… Il propose des approches très pertinentes du film et montre que celui-ci vaut certainement mieux que l'avis exprimé en ces lignes. Peut-être qu'il faut simplement (comme le fait d'ailleurs Michel Serceau) ne pas se référer au reste de la filmographie d'Ingmar Bergman pour apprécier cette œuvre et en découvrir les richesses
Par Olivier Bitoun - le 1 octobre 2009