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Test dvd

L'Évangile selon saint Matthieu

DVD - Région 2
Carlotta
Parution : 28 / 10 / 2003

Image

L’image - tirée d’une copie restaurée - est de très bonne qualité , dans son format original 1 : 85. Les noir et blanc sont bien définis et contrastés (petits problèmes de contrastes néanmoins dans les scènes à l’éclairage difficile, notamment pendant la scène des Béatitudes). Quelques défauts de pellicule et points blancs demeurent mais l’ensemble est de très bonne tenue, en tout cas bien supérieur à l’image de l’édition britannique, sortie chez Tartan Video.

Son

Le DVD propose les pistes monos italienne d’origine (sous-titrée) et française. Pour un film où la parole est importante, les non-italophones que nous sommes se reporteront peut-être sur la piste française (choix qui ne dénature pas complètement la vision d’un film à l’origine post-synchronisé) : celle-ci est cependant beaucoup moins dynamique que l’italienne tandis que les plus œcuméniques regretteront que la traduction de la Bible utilisée pour le doublage français soit un peu plus littéraire que celle adoptée pour le sous-titrage. Le même acteur français double aussi Jésus et la voix off citant L’Ancien Testament, abolissant la distanciation établie par Pasolini dans son film, qui respectait le texte, puisque cette voix off est celle de Matthieu. On peut alors préférer la piste italienne, plus claire, restituant bien les voix mais ayant tendance à un peu saturer lorsque la musique intervient.

Suppléments

Carlotta a fourni un travail éditorial de qualité pour les compléments du DVD, au travers de trois documentaires proposant chacun un regard et un éclairage différents sur le film. Ces documentaires se complètent idéalement, sans réelle redondance. Ce travail fait de cette édition sans doute la plus complète existante, par rapport aux éditions américaine et anglaise.

Pasolini : un religieux sans foi (10 mn) propose le point de vue de l’historien du cinéma Hervé Joubert-Laurencin (auteur d’un livre passionnant, Pasolini, portrait du poète en cinéaste) sur la religiosité paradoxale de Pasolini. Plutôt que d’en donner une interprétation, il en cerne d’abord le mystère et les contradictions, revenant sur l’enfance de Pasolini et ses poèmes religieux. Joubert-Laurencin n’a donc pas de réelle explication, tout comme il n’en a pas pour le film, qui serait pour lui une toile vierge inattaquable sur lequel les spectateurs et critiques projettent leur propre expérience, politique ou religieuse. Pirouette ou vérité, au spectateur de juger. L’historien évoque aussi - images à l’appui - comment Pasolini s’était forgé un style propre pour Accatone et Mama Roma, pour mieux le briser ensuite en tournant l’Evangile.

Pasolini face à l’Eglise (15 mn) fait intervenir le père Virgilio Fantuzzi, critique pour la rubrique spectacle d’un journal catholique et surtout ami de Pasolini. L’ecclésiastique raconte le choc que fut pour lui L’Evangile ("le film de ma vie") à une époque où il venait tout juste de prononcer ses vœux. Saisi par le paradoxe d’un film véritablement religieux tourné par un athée proclamé, le père Fantuzzi a vite voulu rencontrer Pasolini, avec qui il se lia. En bon prosélyte optimiste, l’homme veut croire et croit toujours au "croyant caché" qu’était Pasolini (alors que Joubert-Laurenci estime que Pasolini n’était pas un "catholique refoulé". Il se livre aussi à une explication technique mais pédagogique du fameux "magma stylistique" utilisé par le cinéaste. Magma qui, pour le prêtre, incarne bien les contradictions d’un personnage tour à tour "croyant, saint et diable". Le père Fantuzzi parle enfin du rapport plus serein établi par le cinéaste avec l’Eglise Catholique après le scandale de La Ricotta, expliquant entre autre la dédicace à Jean XXIII faite au début de l’Evangile.

Un Christ à Cadaquès (22 mn) est peut-être le meilleur des trois documentaires. On y retrouve 40 ans après à Cadaquès en Espagne, Enrique Irazoqui qui incarna le Christ dans le film. Sur un ton un peu pince-sans-rire, il évoque les circonstances hasardeuses qui mena un étudiant communiste antifranquiste à jouer le rôle principal, ses premières réticences et les souvenirs d’un tournage pour lequel il ne s’était pas préparé. L’ ‘acteur’ donne de savoureuses anecdotes : entre autres, les pharisiens - la classe dirigeante ennemie de Jésus-Christ - étaient joués par d’authentiques sympathisants fascistes ! Irazoqui évoque aussi les méthodes de tournage de Pasolini, notamment ses hésitations à inclure les miracles du Christ dans le film. Lucide sur son expérience, Irazoqui propose enfin son explication sur la raison de la présence de Susanna Pasolini dans le rôle de Marie âgé. Explication à l’image d’Enrique Irazoqui, tel qu’il apparaît dans ce bonus : attendri et pudique.

Une bande-annonce d’époque (donc à l’image fatiguée) figure sur le DVD : elle montre certaines des scènes emblématiques du film (Le Massacre des Innocents, le baptême de Jésus…), tandis qu’une voix-off cite les récompenses obtenues et les critiques les plus élogieuses.

Enfin, cette édition limitée et numérotée est proposée dans un sobre fourreau en carton, dans lequel on retrouve aussi une reproduction du dossier de presse d’époque. Les photos sont superbes mais ce fac-similé ne propose qu’un résumé de L’Evangile sans plus d’informations. On doit rappeler, comme complément idéal, la sortie récente d’une analyse exhaustive et passionnante du film (sur ses aspects esthétiques, politiques et le "magma stylistique" de Pasolini), L’Evangile selon Saint-Matthieu par Stéphane Bouquet aux éditions des Cahiers du Cinéma, dans la collection Petits Cahiers.

Par Leo Soesanto - le 12 décembre 2003