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Test dvd

L'Enfer de la corruption

DVD - Région 2
Wild Side
Parution : 3 / 6 / 2003

Image

Précédée d’une presse parfois circonspecte et de quelques commentaires pas toujours flatteurs (notamment sur notre forum), la copie de Force of Evil n’est pourtant pas à jeter aux orties. Première remarque : cette teinte légèrement verdâtre, voire sépia, qui choque sans que l’on ne sache très bien si l’effet est voulu ou pas (d’autant que sur les extraits que l’on peut voir sur le DVD un Voyage avec Martin Scorsese à travers le cinéma américain, la copie présente un noir et blanc tout à fait classique). Une fois accepté cet état de fait, le tout passe toutefois comme une lettre à la poste. D’autant que le contraste est lui parfait, avec des noirs bien profonds et ses scènes obscures constamment lisibles. Un régal pour les yeux, même si l’on peut par contre regretter une compression parfois hasardeuse dans certaines scènes où les arrières plans ont une fâcheuse tendance à trembloter. Reste une belle copie, très propre et un master exempt de tout scorie, ce qui est déjà formidable pour un film d’une telle rareté.

Son

Le son du film en version originale sous-titrée est d’une propreté digne du master, avec un mono d’une très belle clarté, où dialogues et musique sont harmonieusement mixés. Même remarque pour la VF, même si comme d’habitude nous ne vous conseillerons pas cette hérésie qu’est le doublage de tels dialogues (d’autant que le comédien qui a osé doublé John Garfield ne sort pas grandi de l’histoire…).

Suppléments

Filmograhies déroulantes de John Garfield et Abraham Polonsky, mises en scène avec sobriété mais non sans goût. Chaque film cité comprend la date de réalisation ainsi que le nom du metteur en scène.

Filmographie de John Garfield en image : Composé de longs extraits de films (et de quelques photos) de piètre qualité, ce dont Wild Side s’excuse, ce documentaire en forme de portrait décrit en détail et par le menu la filmographie de Garfield. Même si le document permettra aux fans de John Garfield de retrouver l’acteur dans de très nombreux (et trop longs) extraits, on se lasse assez vite du principe de ce reportage façon catalogue. A noter la voix-off du commentaire, dont on ne connaîtra jamais l’identité… Reportage en VOSTF !

Souvenirs d’Abraham Polonsky (à peu près 40’) Entretiens menés par Samuel Blumenfeld avec, d’un côté Pierre Rissient et de l’autre Bertrand Tavernier, tous deux en charge de la distribution de Force of Evil lors de sa sortie française et qui ont cotoyé Abraham Polonsky tout au long de sa carrière.

- Pierre Rissient axe son entretien sur le McCarthysme et sur la coloration fortement politique du cinéma de Polonsky. Fourmillant d’anecdotes sur la bande à Dassin, Trumbo, Garfield ou Polonsky, cette interview offre un éclairage intéressant sur cette époque, sur le tournage puis la distribution du film, sur le communisme stalinien de Polonsky, mais aussi et surtout sur la McCarthysme. On apprend ainsi que c’est Sterling Hayden, ancien communiste, qui se vit obligé de dénoncer Polonsky pour sauver sa carrière, et qu’il regretta ce geste tout le reste de sa vie (l’affirmant même haut et fort).

- Bertrand Tavernier, à l’analyse plus cinéphile et moins politique que celle de Rissient (même s’il développe de manière passionnante le McCarthysme dans son interview) fait une fois de plus preuve de sa culture, de ses talents de conteur, multipliant les anecdotes valant tous les commentaires audio du monde (vous apprendrez ainsi qu’avant de mourir en 1999 Polonsky se rendait régulièrement au cinéma et détestait par exemple plus que tout… Fight Club, un film qu’il voulait supprimer de la surface de la terre ;-).

Sans oublier, pour finir, de tirer un immense coup de chapeau à l’équipe graphiste de Wild Side, qui non contente de nous offrir un superbe packaging, décline sa charte graphique audacieuse (toute en verts, à l’image de la copie du film) dans des menus de toute beauté (en 16/9, bel effort pour un film 4/3 !), animés et mis en musique avec plus de goût que toute la concurrence réunie (concurrence française du moins, car l’on sent l’influence de Criterion jusqu’au choix des typographies de la collection des Introuvables dont fait partie Force of Evil. On a connu pire comme référence !)

Par Xavier Jamet - le 15 juin 2003