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Test dvd

Kenji Mizoguchi : Les années 40 en cinq films

DVD - Région 2
Carlotta
Parution : 20 / 6 / 2007

Image

Passons sur les innombrables défauts de pellicule, rayures, moisissures… qui émaillent les films. Quand on connaît les conditions de conservations des rares films japonais de cette époque et antérieurs ayant résisté à la destruction systématique qu’opéraient les studios alors, il est déjà heureux d’avoir accès à une copie tant le nombre de films considérés comme irrémédiablement détruits ou disparus est grand. Sur ses 10 premières années d’activité en tant que réalisateur, Mizoguchi a tourné pas moins de 53 films dont il ne reste rien ! Ce qui constitue la véritable grosse déception de ce coffret qui annonce fièrement ses « nouveaux masters restaurés », c’est le traitement numérique déplorable consacré à ces films. En effet, si les masters ont bénéficié d’une restauration, les artéfacts numériques sont légions : combing, ghosting, mouvances, instabilité, tremblements de tout ou une partie de l’image, définition déplorable qui rend parfois difficile l’indentification d’un personnage… Ce dernier point se révèle dépendant de l’état du matériau original et peut donc être excusable d’autant qu’elle s’avère très variable d’un film à l’autre et s’avère assez satisfaisante sur certains titres.
- Cinq femmes autour d’Utamaro : Locomotive (il est sorti à l’unité) et grosse déception de ce coffret. L’image tremble régulièrement, il y a un manque de définition flagrant (probablement consécutif à la restauration). L’image est floue, mais la compression est très bien gérée ce qui rattrape l’ensemble. Eut égard à l’age du film, on est quand même heureux de le découvrir. Le master a été correctement nettoyé, même s’il persiste diverses taches, salissures ou lignes.
- L’épée Bijomaru : Malgré un avertissement avant le film et un master présentant de nombreux défauts, L’épée Bijomaru se révèle sensiblement plus agréable à regarder que Cinq femmes autour d’Utamaro, cela notamment grâce à une très bonne définition, à une très belle gestion des contrastes et à une compression sans faille notable, l’image se révélant beaucoup plus stable que sur le film précédent.
- L’amour de l’actrice Sumako : Comme pour Cinq femmes…, de l’instabilité très fréquente et une définition très moyenne, même si on est au dessus de celle du film précité. Le master présente de très nombreuses anomalies (taches…).
- Les femmes de la nuit : Si le début du film apparaît comme fortement abîmé et rayé, passé les 10 premières minutes, la copie s’avère plus propre et agréable à regarder. La définition est moyenne à assez bonne. La compression se fait toujours quasi invisible mais il persiste une certaine instabilité dans certaines scènes surtout au début.
- Flamme de mon amour : Hormis du ghosting parfois voyant, voire des mouvances par moments, le film s’avère un des plus agréables à regarder du coffret. Le master est correctement restauré et nettoyé des ses défauts. Il y a peu d’instabilité. Le principal reproche que l’on peut faire pour ce film est une définition très moyenne.

Son

Hormis L’épée Bijomaru dont la bande son présente des blancs et de nombreux craquements (un avertissement à ce sujet a été placé avant le film), les autres films bénéficient d’un son mono légèrement suranné correctement nettoyé mais assez étouffé sur certains films, les dialogues pouvant se révéler par moments difficilement compréhensibles.

Suppléments

DVD 1 : Cinq femmes autour d’Utamaro

- Misère et grandeur de la beauté (+/- 22 min) : Document réalisé à partir d'un texte de Jean Douchet lu en voix off sur des images illustrant le propos. Douchet commence son analyse par souligner les similitudes entre Utamaro et Mizoguchi (la peinture évidemment, leur intérêt pour la femme et sa beauté intérieure, leurs habitudes de fréquentation des bas quartiers et des maisons de plaisir) pour ensuite faire une analyse du film en particulier. Dans cette analyse, il revient sur les 5 femmes en question, sur le statut d'artiste et sur la nécessité de vouer sa vie à son art pour réussir, sur la beauté chez Mizoguchi… Ce document se termine par l'analyse de trois scènes d'un point de vue cinématographique (composition du plan, mouvements de caméra…). Douchet y fait un parallèle entre les partis pris de mise en scène du maître et la signification intrinsèque de ceux-ci…

- Yoshiwara et le monde flottant (+/- 22 min) : Hélène Bayou, conservateur au Musée national des Arts asiatiques Guimet fait une historique intéressant de la situation de la capitale Edo à l'époque d'Utamaro. Elle évoque ainsi cette période de paix et de prospérité qui a vu apparaître une nouvelle classe de nouveaux riches. Citadins fortunés qui permirent en apportant leurs fonds, l'essor culturel de la ville. Elle explique les raisons de la création d'un quartier tel que Yoshiwara du fait de la présence de nombreux guerriers assignés à résidence par le pouvoir et souligne le rôle de soupape de sécurité que jouait le quartier. L'historienne se penche ensuite sur les problèmes de censure avant de s'étendre sur les personnalités d'Utamaro et de son éditeur, sur le concept de "monde flottant" et sur le rôle des estampes et l'évolution de ces dernières (et du portrait en particulier) sous l'impulsion d'Utamaro. Un document érudit et très intéressant sur l'histoire d'un quartier important et mythique de la capitale nippone sous le shogunat.

- Images d'Utamaro (+/- 17 min) : Petit document articulé autour de la découverte du catalogue de l'exposition "Images du monde flottant" qui s'est tenue au Grand Palais en 2004. Hélène bayou explique le glissement qui s'est opéré progressivement dans le chef des peintres, de la scène de genre vers le portrait avant de plonger et d'analyser plus en profondeur les spécificités de l'œuvre de Kitagawa Utamaro au travers d'une série d'estampes présentées lors de l'exposition.

- Entretien avec Kaneto Shindo (+/- 11 min) : Entretien autour de Cinq femmes autour d'Utamaro. Shindo qui fut collaborateur de Mizoguchi commence l'interview par exposer la vision de la femme selon Mizoguchi et explique l'impact de cet état d'esprit sur l'œuvre du maître. Le réalisateur/scénariste revient ensuite sur les problèmes rencontrés par Mizoguchi pour réunir son casting dans l'immédiat après-guerre et sur le problème dû au fait que l'acteur principal ne savait pas dessiner. L'entretient se termine sur la difficultés qu'a eu Mizoguchi à accepter et à s'adapter aux changements de la société nippone après 1945 (démocratie…).

DVD 2 : L'épée Bijomaru / L'amour de l'actrice Sumako

- L'épée Bijomaru / L'amour de l'actrice Sumaoko par Jean Douchet (3 et 4 min hors génériques) : Courtes introductions aux films sur des textes de Jean Douchet.

- Entretien avec Kaneto Shindo (+/- 11 min) : Pour Shindo, L'épée Bijomaru est une œuvre alimentaire dans la carrière du cinéaste. Il replace l'œuvre dans son contexte historique (la fin de la guerre, les budgets limités de même que la durée des films qui ne devait dépasser 60 min, la propagande…). Shindo explique ensuite l'utilisation du plan large chez Mizoguchi. La seconde moitié de l'entretien revient sur l'homme lui-même, soulignant son rapport fort avec les femmes, son obstination et les qualités que d'autres lui ont reproché.

- Mizoguchi de 1945 à 1949 (30 min) : Charles Tesson commence ce documentaire passionnant sur les conditions de travail dans les milieux du cinéma à partir de 1945, année ou l'armée et le gouvernement américain ont pris le contrôle de l'industrie cinématographique nipponne suite à la capitulation japonaise. Il revient sur l'obligation des studios de tourner des films prônant les valeurs démocratiques et parallèlement à l'interdiction de représentation de tout fait rappelant l'ère Edo et les valeurs guerrières propres aux samouraïs. Il revient ensuite sur chacun des films, les replaçant dans le contexte et évoquant tour à tour les aspects thématiques et stylistiques du Maître. Certainement le bonus le plus pertinent et intéressant du coffret avec le livret.

DVD 3 : Les femmes de la nuit / Flamme de mon amour

- Les femmes de la nuit / Flamme de mon amour par Jean Douchet (+/- 4 min chaque) : Courtes introductions aux films sur des textes de Jean Douchet.

- Entretien avec Kaneto Shindo (14 min) : Shindo revient avec quelques anecdotes sur le tournage des Femmes de la nuit, évoquant notamment la visite de Yoshiwara par Mizoguchi qui voulait s'imprégner de ce qu'il allait illustrer. Il s'étend longuement sur le fait que Mizoguchi avait été longtemps considéré comme un réalisateur du passé. Il parle de sa façon de travailler, d'appréhender les choses puis revient sur la relative difficulté à évoluer du cinéaste déjà évoquée dans le premier entretien. On sent, comme dans les autres entretiens que Shindo appréciait énormément et respectait énormément le maître, ce qui rend parfois ses propos émouvants.

- Bonus caché (+/- 4 min) : Notes sur Kinuyo Tanaka par Charles Tesson. Courte, mais instructive biographie bien illustrée de l'actrice fétiche de Mizoguchi.

Superbe effort éditorial du stricte point de vue des bonus, la grosse déception de ce coffret venant de la qualité de l'image, notamment de l'encodage, ce qui est d'autant plus dommage qu'un réel travail de restauration a été réalisé sur les masters. Quoi qu'il en soit, les films restent très regardables et ce coffret constitue un cadeau de choix pour tout fan du Maître. En attendant le coffret Mizoguchi : année 30 prévu pour le premier semestre 2008.

Par Christophe Buchet - le 23 décembre 2007