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Test dvd

Coffret Yasujiro Ozu Volume 1

DVD - Région 2
Carlotta
Parution : 7 / 6 / 2006

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Ce premier volume, d’un remarquable niveau éditorial, est présenté dans un coffret cartonné recouvert d’un tissu jaune crème rappelant les trames en toiles de jute sur lesquelles défilaient la plupart des génériques des films du cinéastes. Objet à la fois sobre et classieux que seul une discrète vignette du réalisateur sur la tranche vient décorer. A l’intérieur, les 4 DVD sont rangés chacun dans un digipack individuel ; là encore, maquettistes et infographistes ont accompli un travail magnifique ainsi que pour les menus animés et l’interactivité sur fond de musiques des films d’Ozu. A noter que nous ne trouvons pas de chapitrage à partir des menus hormis sur le DVD unitaire d’Il était un père. Les DVD sont accompagnés d’un livret d’une trentaine de pages, ‘Le Cinéma d'Ozu, Surprises et enjeux’, signé Diane Arnaud, qui vaut largement tous les bonus documentaires vidéos inclus dans ce coffret. Richement illustré, remarquablement bien écrit, fluide, accessible pour les novices et franchement passionnant, il revient sur les thèmes et effets stylistiques du cinéaste à travers l’exemple des six films proposés dans ce premier volume ; complété par une succincte bibliographie et une filmographie détaillée, ce livret vient finir de faire de ce coffret un ‘must have’ pour tous les fans du réalisateur. Voici un extrait de son introduction qui résume en à peine six lignes le plus important de ce qu’il faut retenir du cinéaste et qui aurait pu être une conclusion idéale à cette chronique : "Les films de famille du maître japonais ont répété les mêmes enjeux en conciliant la rigueur avec l’espièglerie, la sagesse avec la trivialité. On est invité à comprendre la profonde unité de cette vision du monde qui passe du bonheur ritualisé au malheur assagi. A travers des effets de variations d’un style tout sauf ennuyeux et austère, l’ordre imperturbable des choses se voit un temps troublé par les ravages silencieux de l’émotion. Les surprises de cette œuvre vont de la bonne humeur à la douce résignation, des rêves de jeunesse à la contemplation de la mort." Tout le reste est du même tonneau.
Qui aime bien, châtie bien ! Carlotta étant l’éditeur indépendant français le plus à même de recevoir des éloges sur son travail éditorial depuis quelques années, il ne m’en voudra certainement pas si je commence par les quelques reproches à faire sur cette néanmoins indispensable édition. S’il y a véritablement eu une restauration correcte pour ces films, il ne faut pas que les plus pointilleux s’attendent à des miracles du genre du DVD de Le Port de la drogue ; vu l’état des copies d’origine, celles-ci demeurent malgré tout parfois tremblotantes, mouvantes (et pas uniquement les muets mais les plus récents comme Récit d’un propriétaire ou Printemps tardif qui tanguent parfois sacrément), grisâtres, floues, moyennement définies et parfois zébrées de griffures en tous genres. Entendons nous bien, rien cependant qui ne vienne gâcher une bonne vision des films. Le plus dommageable reste quand même une compression aléatoire et parfois un peu trop visible à mon goût (on la remarque surtout dans les séquences sombres mais aussi sur les intertitres qui pixellisent énormément et sur les fonds péniblement figés) qui doit provenir du fait d’avoir trop voulu remplir les DVD au point d’intégrer sur certains deux films complets. Sur un grand écran, certaines séquences comme celle des dunes dans Récit d’un propriétaire feront certainement grincer des dents à ce propos. Mais encore une fois, tout ceci est insignifiant quand on sait la rareté de ces films et l’évidence du travail de restauration. En l’état, les six films sont tout à fait regardables, les muets très bien conservés et Crépuscule à Tokyo n’a pas à souffrir de ces quelques reproches grossis expressément pour éviter des désillusions aux "coupeurs de cheveux en quatre de l’image". Surtout que certaines séquences de chacun des films retrouvent tout leur éclat, remarquablement contrastés et étonnamment définis. Certainement qu'il n'était pas possible de faire mieux et nous n’avons pas trop à nous plaindre au vu de la source initiale en très mauvais état.

Son

Il en est de même concernant les pistes sonores des films parlants, les films muets étant quant à eux présentés sans bandes musicales. Souvent étouffées ou alors saturées, passant d’une séquence à l’autre d’un niveau très fort à très faible, les pistes ne sont pas non plus en très bonnes conditions et l’on y trouve pas mal de souffle et de craquèlements. Rien de préjudiciable non plus surtout que les sous titres se révèlent en revanche discrets et excellents. Pour Il était un père, un carton initial nous prévient d’une technique utilisée à l’époque qui donnait un désagréable effet d’écho, ce dernier n’ayant pas pu être modifié. Sans cela, un mono de facture plutôt correct

Suppléments

3 courts métrages : Kagamijishi (24 mn) au cours duquel Ozu capte ‘la danse du lion’ par l’acteur Kikugoro IV lors d’une représentation théâtrale de Kabuki. Intéressant pour découvrir cet art typiquement japonais mais assez difficile d’accès pour les novices. Les deux autres datent la période muette de Ozu : Un garçon honnête (14 mn), court métrage burlesque mettant en scène un garçon faisant tourner en bourrique son kidnappeur. Enfin, Amis de combat (15 mn) qui décrit la vie de deux amis colocataires voyant leur vie chamboulée par l’introduction chez eux d’une belle jeune fille trouvée dans la rue. Rien de transcendant dans ces trois courts métrages qui ont surtout le mérite d’être très rares.

Figures : Trains et voitures (10 mn) : Sur des thèmes musicaux tirés des films d’Ozu, un montage par ordre chronologique d’une grande partie des séquences de ses films montrant ces deux moyens de transports, éléments récurrents (surtout les trains) dans sa filmographie. Vaut tous les DVD de relaxations ou de sophrologies existants, Ozu n’ayant pas son pareil pour filmer les trains ou les vues prises d’un train. Serein, beau et apaisant.

Conversations sur Ozu (80 mn) : La déception est à la hauteur de ce qui s’annonçait comme le gros morceau de ces suppléments. Un documentaire d’une heure vingt tourné pour les 90 ans de la naissance d’Ozu en 1993 et composé d’interventions de cinéastes (Paul Schrader, WimWenders, Aki Kaurismäki, Claire Denis, Stanley Kwan, Lindsay Anderson et Hou Hsiao Hsien) sur leur rapport à son cinéma. Les différentes interventions sont reliées par des vues de paysages, de villes ou de rues filmées ‘à la Ozu’ sur une musique ‘à la Ozu’ et qui semblent bien être là prouver que son style apparemment simplissime était inimitable, le pastiche se révélant assez vain et sans aucune poésie. Quant aux interviews des réalisateurs, elles ne nous apprennent pas grand chose sur le sujet et ne se révèlent même pas émouvantes, les cinéastes ayant plus facilement tendance à parler d’eux mêmes que du sujet imposé, à l’exception exception de Wim Wenders, Claire Denis ou Hou-Hsiao Hsien qui restent malgré tout à la surface des choses. Lindsay Anderson récite banalités sur banalités (il est beaucoup plus passionnant sur John Ford) et Aki Kaurismaki est plutôt maladroit dans sa tentative d’humour ratée.

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Suppléments de Il était un père :

Entretien avec Catherine Cadou (12mn). Catherine Cadou, traductrice de films japonais, a été filmée au Pavillon de Thé. Spécialiste de la culture nippone, elle analyse l'importance de certains thèmes de l'œuvre d'Ozu et replace Il était un père dans le contexte historique et politique de l’époque tout en décrivant aussi son caractère autobiographique. Très intéressant.

Entretien avec Jean-Michel Frodon (14mn) : Egalement interviewé au Pavillon de Thé, le critique des Cahiers du Cinéma et du Monde revient quant à lui sur la mise en scène d’Ozu. Malheureusement, il parle beaucoup pour ne pas dire grand chose au bout du compte si ce n’est des lieux communs ou des aberrations comme par exemple le fait de penser qu’Ozu est, contrairement à ce qui se dit souvent, le moins japonais des cinéastes japonais. Ou comment se rendre intéressant…

Rien, une analyse de film de Jean Douchet (17mn) : Jean Douchet analyse la mise en scène de Il était un père avec un certain brio mais on se demande quand même où il peut bien aller chercher tout ça et jusqu’à quel point il peut surinterpréter. C’est cependant absolument passionnant même si on aurait bien voulu voir la tête du cinéaste s’il avait su ce que l’historien avait voulu lui attribuer comme intentions. Assez surréaliste mais très plaisant et beaucoup moins abscons que d’autres analyses de Douchet.

Chishu Ryu, l'acteur fétiche (45mn). Documentaire réalisé en 1988 qui invite à rencontrer Chishu Ryu, l’un des plus grands acteurs japonais, indissociable du cinéma d’Ozu qu’il a suivi durant toute sa seconde partie de carrière. Témoin de plus de 50 ans d'histoire du cinéma japonais, il évoque le système des studios au Japon en arpentant les bâtiments à l’abandon de la Shochiku d’Ofuna, studio pour lequel Ozu a tourné tous ses films. Entrecoupé d’anecdotes et d’extraits de films, un documentaire très intéressant.

Figures, mers et rivières (6mn) : Comme le bonus ‘Trains et voitures’ dans le coffret, une juxtaposition dans l’ordre chronologique et sur des musiques tirées des films d’Ozu, des différentes séquences comportant les motifs de mers et de rivières puisés dans la filmographie du cinéaste. Aussi magique et apaisant que celui consacré aux moyens de transport et une plongée directe dans son univers si particulier.

La Restauration (3mn) : Démonstration du travail de restauration pour l’image et le son, montrant un même extrait avant puis après pour finir par les accoler sur deux moitiés d'écran. Où l’on peut dire qu’il y a bien eu restauration.

Conclusion : Même si nous aurions souhaité avoir une meilleure compression d’ensemble (avec des films répartis sur un plus grand nombre de DVD par exemple), ne boudons pas notre plaisir : les fans devraient être comblés et applaudir ce magnifique travail éditorial. Je n’ai plus qu’une hâte : pouvoir tester au plus vite le second (deuxième ?) volume.

Par Erick Maurel - le 12 juillet 2006

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