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Test dvd

Coffret Robert Flaherty

DVD - Région 2
Editions Montparnasse
Parution : 8 / 11 / 2006

Image

Pour Nanouk le master a été nettoyé d’une bonne partie de ses impuretés. Il reste bien entendu de nombreuses tâches et griffures, mais qui ne gênent absolument pas la vision du film. Les contrastes sont corrects, seule la compression laisse un peu à désirer avec un certain manque de netteté. L’Homme d’Aran est proposé dans une très belle copie mais le traitement numérique présente toujours un défaut de netteté et une compression parfois vacillante, notamment sur les scènes maritimes. Le noir et blanc est très beau avec des contrastes bien appuyés. The Land est proposé dans une copie plus abîmée, bien que le film soit plus récent que L’Homme d’Aran. Les contrastes sont peu poussés, les blancs souvent surexposés, les noirs manquent de profondeur. Louisiana Story présente une image magnifique, tant au niveau d’un master entièrement restauré que d’un noir et blanc profond et contrasté. Les problèmes de compression sont cependant toujours perceptibles.

Son

Les pistes sonores sont dans l’ensemble de bonne qualité. Le gros problème vient de The Land uniquement proposé dans sa version doublée en Français. Le long texte lu par Flaherty lui-même est ainsi automatiquement placé en arrière du commentaire en Français qui le dédouble.

Suppléments

- Flaherty and Film, entretien avec Frances Flaherty, épouse et collaboratrice du cinéaste (1958, noir et blanc, VOST). Ce bonus est une émission de, et présentée par, Robert Gardner, directeur du département d’études cinématographiques du musée Peabody. L’interview est découpée en trois parties réparties sur les différents dvd.

Sur Nanouk l’Esquimau (8mn). Frances Flaherty révoque ici l’idée que son mari soit le « père du documentaire ». Robert Flaherty se définissait d’abord comme un explorateur, ensuite comme un réalisateur. « Découvrir et montrer : voilà l’angle sous lequel tout artiste aborde son travail. La science, c’est de l’exploration. Son but c’est la découverte. Sa méthode : l’exploration. Dans les films de Flaherty, art et science se confondent. »

Sur L’Homme d’Aran (16mn) Frances revient tout d’abord sur le projet avorté sur les indiens du Mexique, peuple que Flaherty voulait filmer alors que sa disparition était imminente. Elle parle ensuite de leur rencontre avec les habitants de l’île d’Aran. D’abord méfiants, la population locale pense que les Flaherty sont des protestants venus les convertir, tel les « soupers » de l’ancien temps qui promettaient en échange de l’abandon de leur religion un peu de nourriture. Mais peu à peu ils sont conquis par le cinéaste et bientôt ils s’investissent tellement dans le film que celui-ci devient le leur. Frances raconte comment chacun veut faire plus : porter plus de Varech, monter plus haut dans les falaises. Elle raconte l’enthousiasme qui s’empare des habitants lorsqu’il s’agit de reconstituer l’ancestrale pêche au requin. Les habitants d’Aran sont fiers, ils relèvent la tête, Flaherty pour la première fois de leur histoire leur a donné la parole.

Sur Louisiana Story (28mn). Frances Flaherty parle ici du rapport presque mystique que son mari entretenait avec la caméra. « Quel est ce mystère que tu entrevois mieux que moi » semblait être la question qu’il lui posait sans cesse. La caméra est un moyen pour Flaherty de découvrir des choses qu’elle seule peut voir. Frances Flaherty parle du rapport entre cinéma et poésie, rapprochant le travail de son mari des haïkus japonais.

- Filmer pour voir – Flaherty et la mise en scène documentaire par Gilles Delavaud et Pierre Baudry (1994, 40mn, noir et blanc). Ce passionnant documentaire revient sur la genèse de la première réalisation de Flaherty et sur l’invention du « style Flaherty ». S’appuyant sur des extraits de Nanouk et de L’Homme d’Aran, la voix off décrit avec précision et une certaine exhaustivité l’approche qu’a Flaherty de la mise en scène documentaire. «Flaherty ne filme pas ce qu’il voit, il filme pour voir » nous explique le commentaire. Gille Delavaud et Pierre Baudry nous montrent la façon dont Flaherty compose ses images, créant une impression en deux dimensions lorsqu’il filme le ciel ou la mer. Il ramène l’image à sa verticalité, n’ouvrant pas l’espace mais au contraire inscrivant ses sujets dans un cadre fermé. Le documentaire étudie de manière précise et pertinente la manière dont Flaherty compose ainsi ses images, travaillant sur les découpes des personnages, sur la profondeur de champ. Montage, narration, sont également analysés en profondeur. La façon dont Flaherty utilise le montage alterné, les inserts, les raccords de regards est brillamment mise en exergue, nous dévoilant l’intelligence et la finesse de sa mise en scène et de son regard. Passionnant de bout en bout, didactique, ce documentaire est un modèle du genre.

- Looking Back, Robert Flaherty revient sur L’Homme d’Aran (5mn, VOST, couleur). En cinq petites minutes on comprend pourquoi son ami John Huston décrivait Robert Flaherty comme un conteur hors pair. Avec son air plein de malice, le cinéaste évoque non pas la fabrication du film mais une série d’anecdotes sur les habitants de l’île d’Aran. Son langage précis, sa façon de décrire en deux phrases une scène et de poser un décor, nous ramène aux traditions orales des conteurs celtes. Ce précieux extrait d’interview nous prouve également que ce que souhaite faire passer Flaherty n’est évidemment pas sa propre expérience mais bien la vie des hommes et des femmes qu’il filme.

Par Olivier Bitoun - le 22 septembre 2006