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Test dvd

Coffret Jean Vigo

DVD - Région 2
Gaumont
Parution : 1 / 3 / 2008

Image

Il y a un mystère Jean Vigo, c’est certain. Et ce n’est pas le coffret de l’intégrale publiée par Gaumont qui va le lever. C’est tant mieux, car le secret de la création artistique est, à mon sens, sûrement l’un des plus fascinants, et sa quête participe de la cinéphilie.
Tout au plus, ce coffret nous aide-t-il à prendre la mesure de ce qu’est le génie, de ce que veut dire ‘être en avance sur son temps’, de la notion d’influence, et c’est déjà pas mal !
Ce coffret est l’histoire d’un paradoxe : un éditeur qui réhabilite à grand frais une œuvre qu’il s’acharna pourtant à tenter de faire disparaître. Pour des raisons commerciales ? Jean Vigo est loin d’attirer les foules. Alors ? Par la ténacité de sa fille, Luce Vigo, qui comme la fille de Tati, a voué sa vie à la reconnaissance de ce père qu’elle n’a quasiment pas connue ? Sûrement, mais ce n’est pas la seule raison. Aussi étonnant que cela puisse sembler, il y aurait, chez Gaumont, actuellement, des gens qui font un vrai travail d’édition, qui considèrent que cette vénérable maison possède une partie du patrimoine mondial du cinéma, qu’il faut contribuer à diffuser. Et Vigo est le symbole de l’avant-garde au cinéma, influence avouée ou non de nombre de réalisateurs de toutes nationalités, grâce à ce diamant mal taillé qu’est l’Atalante.

Quand on a connu les terribles versions diffusées en ciné-club ou à la télévision, on peut dire que la restauration des films est à la hauteur. On ne peut vraisemblablement pas faire tellement mieux étant donné l’historique des films… La compression sait se faire oublier, les contrastes sont parfaits… Un ‘floutage’ de l’image (surtout sur l’Atalante) montre qu’on a peut être un peu abusé du réducteur de bruit lors du complément de restauration pour le DVD (ce ‘floutage’ n’est pas visible sur les extraits de la version restaurée de 1990 dans les divers suppléments). Mais dans l’ensemble, une bien belle image pour des œuvres de cet âge et qui ont subi de terribles outrages.
A noter, à propos du format : l’image étant carrée, les films sont accompagnés de caches verticaux. Le problème, visible sur les génériques, est que l’image est légèrement rognée à gauche (plus qu’à droite apparemment).

Son

Ici, on est confronté à un parti pris esthétique que Serge Bromberg évoque dans le documentaire consacré à la restauration du son. Doit-on restaurer le son jusqu’à ce que celui-ci ne semble plus très naturel et soit, du coup, en complet décalage avec l’image ? ou bien faut-il préserver une partie des scories sonores pour conserver une atmosphère au film ? Difficile de trouver un équilibre apparemment.
Cela parait plutôt raté pour Zéro de conduite, où il faut être particulièrement concentré et attentif pour comprendre les dialogues (les chansons restent à la limite du compréhensible). Le son est très aigu, parfois criard, parfois saturé, et de niveau fluctuant.
Avis tempéré toutefois, par un gain sans commune mesure avec la bouillie sonore et inécoutable du film avant restauration.
Le pari est déjà plus en passe d’être gagné avec l’Atalante, où l’on peut parler véritablement de résurrection du film, tant il était devenu difficile d’en profiter dans des conditions décentes de diffusion, avant cette restauration sonore de 1990. Même si des saturations et des grésillements persistent, même si le son est parfois un peu étouffé, on peut suivre désormais l’Atalante avec un confort d’écoute jamais atteint jusque là.

Suppléments

Packaging : très beau coffret carton épais. Elégant digipack à l’intérieur, illustré par de belles affiches et des photos esthétiques. Le livret d’accompagnement de 38 pages nous propose un intéressant texte de présentation de Truffaut, le texte d’introduction à A propos de Nice écrit par Vigo pour la diffusion du film au Vieux Colombier, à Paris, et une biographie concise mais assez précise, ainsi que les crédits des films. La maquette de l’ensemble est sobre, moderne, et élégante. Les menus des deux DVD sont à la hauteur de l’ensemble, joliment animés et sonorisés avec des ponctuations sonores issues des films ainsi que la musique de Maurice Jaubert. Très belle ambiance de l’ensemble.

Les suppléments : Plus de quatre heures de suppléments, pour la plupart d’un grand intérêt. Ils sont thématisés et conçus pour apporter un éclairage sur le ‘Mystère Vigo’. Cette édition DVD qui se présente comme une œuvre complète annotée, donne une idée assez juste de ce que pourrait être une Pléiade du cinéma.

DVD1 :

Les suppléments d’ A propos de Nice.

Marc Perrone en concert (8’44’’)
Marc Perrone a repris les thèmes musicaux de Maurice Jaubert pour construire une musique d’accompagnement de A propos de Nice. Il explique sa démarche lors d’une projection publique du film qu’il va accompagner en direct. Ce court reportage illustre bien l’importance de la musique de Jaubert pour les films de Vigo.

Nice, à propos de Vigo par Manoel de Oliveira (1984 – 10’33’’)
A part une petite interview pas totalement dénuée d’intérêt de Luce Vigo, on se demande bien ce qui a pris aux auteurs du DVD d’inclure cet extrait (les dix dernières minutes) d’un documentaire de la série ‘Un regard étranger’. Est-ce pour donner une caution intellectuelle à Vigo, parce qu’il est signé Oliveira ? Cela parait bien futile…

Première version du film (Archives Jean Painlevé – 7’22’’)
5 séquences d’un premier montage du film nous sont présentées. Ces coupes traduisent assez bien la volonté d’efficacité et de pertinence de Jean Vigo.

6 photogrammes du film, sans intérêt majeur viennent compléter cette première section.


Les Suppléments de La Natation par Jean Taris.

Actualités d’époque (1935-1936 3’18’’)
3 séquences d’actualités Gaumont pour situer Jean Taris et nous montrer qu’on pouvait se baigner dans la Seine à cette époque !

La dernière course de Jean Taris par Emmanuel Bove (2’06’’)
Mathieu Amalric lit un compte-rendu de la dernière course de Taris, rédigé par son contemporain, le romancier Emmanuel Bove. Beau texte dont les journalistes sportifs d’aujourd’hui feraient bien de s’inspirer.


Les Suppléments de Zéro de conduite.

Avec les yeux d’un enfant (in Moving Pictures 2’40’’)
Les cinéastes Lindsay Anderson et Bernardo Bertolucci parlent de Zéro de Conduite lors d’une émission de la BBC. C’est tellement court que leurs propos à peine amorcés en deviennent banals.

La restauration du son (9’48’’)
Serge Bromberg assure de manière toujours aussi didactique la promotion de sa société (la désormais bien connue Lobster Films à qui l’on doit l’excellent dvd patrimonial Retour de flamme). Passons sur ce côté film d’entreprise pour en retenir un certain nombre d’informations sur les conditions de prise de son de l’époque. Le (publi-)reportage concerne la restauration du son de La natation, Zéro de conduite et l’atalante. Instructif pour les néophytes (et les autres !).

Carnet d’écolier de Jean Vigo et photos (23 documents)
Quelques trop courts extraits du joli carnet d’écolier de Vigo, et quelques belles photos de tournage de Zéro de conduite. Mais une reproduction dans un livret papier aurait été plus judicieuse.


Section Jean Vigo, cinéaste de notre temps.

La section indispensable qui contient la pièce de résistance des suppléments.

Prologue par Jacques Rozier (4’51)
Pour le DVD, le réalisateur introduit son film de manière didactique et intéressante. Il explicite la démarche qui a guidé son travail.

Jean Vigo par Jacques Rozier (Cinéastes de notre temps –Chapitré - 1964 – 94’)
Une somme sur Vigo et surtout les témoignages passionnants et nostalgiques de l’ensemble du clan Vigo : Albert Riera, Jacques Louis-Nounez, Pierre Merle, Jean Painlevé, Gilles Margaritis (celui là même de la célèbre piste aux étoiles), Dita Parlo, Jean Dasté, etc. Ce documentaire passionnant est indispensable à un début de compréhension du personnage. Mais son défaut majeur est - les intervenants étant nombreux – que leur nom n’est quasiment jamais indiqué à l’écran. Heureusement pour pallier à ce défaut, les auteurs du DVD ont chapitré le documentaire et nous proposent un diaporama nous présentant les 18 intervenants du film. L’utilisation d’une piste de sous-titrage aurait été un dispositif plus judicieux. Malheureusement, les éditeurs ne pensent pas toujours à exploiter astucieusement les possibilités de ce médium.

Correspondance (8’17’’)
On appréciera ensuite de rentrer dans l’intimité de ce clan en écoutant des extraits de la correspondance entre Kaufman, Merle, et Vigo lus par Mathieu Amalric.

Harmoniques (2’29’’)
Ce diaporama commenté fait un tour d’horizon des cinéastes qui reconnaissent l’influence de Vigo sur leur œuvre. (Bertolucci, Iosseliani, Tarkovski, Commencini, Lyndsay Anderson, Abraham Polonsky, Tacchella, De Oliveira, Bellocchio, …)

  

DVD2 :

Les suppléments de l’Atalante sont organisés en trois sections. Il vous faudra plus de temps pour les voir que le film lui-même.

Section L’histoire d’un film

De l’Atalante à l’Atalante (1990 – Pierre Philippe 9’29’’)
Ce court-métrage documentaire, réalisé par l’auteur de la restauration du film était diffusé en avant programme de l’Atalante lors de sa reprise au cinéma en 1991. En dehors de son aspect hagiographique obligatoire, on y apprend un certain nombre de choses sur les vicissitudes de ce film maudit. Un bon résumé de ce parcours chaotique qui a précédé l’exhumation de la version originale de l’Atalante.

Les Voyages de l’Atalante (2001 – Bernard Eisenschitz 38’22’’)
Ce documentaire a été réalisé exprès pour ce coffret par le spécialiste de Vigo. Celui-ci supervise, avec Luce Vigo, cette édition et a entrepris un complément de restauration sur le film (c’est cette version qui est présente sur le DVD et qui a pu faire croire à certains qu’une nouvelle restauration était en cours). Si le rythme de ce documentaire peut paraître un peu lent, son contenu est toutefois suffisamment passionnant pour tous les amateurs de technique cinématographique. Les différentes versions et montages sont judicieusement comparées et mettent en exergue le talent et le perfectionnisme de Vigo. Bien plus passionnant que les habituelles scènes coupées qui nous sont jetées en pâture, en guise de supplément.


Section Truffaut, Langlois, Iosseliani, et l’Atalante.

Entretien avec François Truffaut, par Eric Rohmer (1968 – Télévision scolaire 17’29’’)
L’un des suppléments majeurs de ce DVD. Truffaut parle admirablement, avec beaucoup de sincérité et d’intérêt pour le travail de Vigo. Cet entretien était programmé en post-face d’une diffusion de l’Atalante destinée aux lycéens. L’échange, sur le ton de la conversation, entre les deux cinéastes est passionnant de bout en bout et l’on regrette même qu’il ne soit pas plus long tellement leur propos sont pertinents. Truffaut soulève plusieurs points du mystère Vigo auquel Henri Langlois apporte involontairement un éclairage dans le supplément suivant.

Parlons Cinéma – Les Anti-Cours de Henri Langlois (1976 – 12’55’’)
Lors du 18e entretien de cette série passionnante, Henri Langlois parle de ce qu’il faut bien nommer sa passion pour Jean Vigo et l’Atalante. Il pose un regard cruel et sans concession sur le cinéma français des années trente et il présente brillamment sa théorie de l’existence d’un mystère Vigo. Tout aussi remarquable et indispensable que l’entretien de Truffaut.

Otar Iosseliani parle de l’Atalante (2001 – 19’05)
19 minutes pour dire très peu de choses, en vérité, si ce n’est paraphraser le film, c’est long ! Très long ! Réalisé spécialement pour le DVD, un entretien absolument dispensable, qu’il est difficile (voire pénible) de suivre dans son intégralité étant donnée la vacuité des propos et la voix monocorde de Iosseliani. Ce n’est pas rendre service à Vigo que d’en faire la promotion de cette façon.


Section Documents

Galerie d’affiches (32’’)
Galerie de photos (83 photogrammes)

Voilà une bonne idée que de commenter les affiches plutôt que de les faire défiler bêtement à l’écran. Instructif. Mais pourquoi ne pas avoir fait la même chose avec la galerie de photos, dont certaines semblent intéressantes, mais qui ne prennent pas de sens particulier livrées ainsi, brut de décoffrage? Quand cessera-t-on de faire du remplissage avec des photos au lieu de les valoriser en nous les commentant ?

Par Majordome - le 13 mai 2003

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