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Test dvd

Coffret Jean Rouch

DVD - Région 2
Editions Montparnasse
Parution : 24 / 3 / 2005

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Le coffret édité aujourd'hui par les Editions Montparnasse est la première partie d'une anthologie du cinéaste. L'occasion est belle de se replonger dans cette œuvre foisonnante et poétique (est-ce un hasard si Rouch s'est toujours dit très influencé par les surréalistes ?) à travers dix de ses plus grands films, courts ou longs métrages qui comptent parmi les plus célèbres de son imposante filmographie. Réparties sur 4 DVDs, les œuvres sont rangées en autant de chapitres pertinents : Ciné-Transe, Ciné-Conte, Ciné-Plaisir, Ciné-Rencontre. Le conte, le plaisir, la rencontre : quelles meilleures définitions pour un cinéma total que le DVD permet de remettre sous les feux de l'actualité.

Rien à redire, sinon… chapeau bas. Outre le courage éditorial dont l'éditeur fait preuve en sortant un tel coffret, Montparnasse peut se vanter d'une considération sans faille pour le travail de Jean Rouch, en lui offrant le plus beau des écrins. Si les copies ne sont pas totalement irréprochables (quelques scratchs et tâches de ci de là pour les plus pointilleux - mais pouvait-il en être autrement ? et quelque plans trop sombres), les masters n'en sont pas moins de première qualité, d'autant que les équipes techniques ont assuré derrière un boulot plus que respectueux en matière de transfert numérique : compression de belle facture, superbe gestion des contrastes (allez jeter un œil sur les scènes nocturnes de Moi un noir, c'en est bluffant) et rendu fidèles des couleurs. Une réussite de premier ordre, à tous points de vue.

Son

A l'image des copies, un travail de qualité. Le mono d'origine ne souffre d'aucun défaut : pas de souffle, mais un son clair et précis, primordial pour un rendu fidèle du travail sonore en couches de Jean Rouch.

Suppléments

Jean Rouch raconte à Pierre-André Boutang (1h44)
Imposant bonus de presque deux heures, cet entretien au long cours entre Rouch et Boutang (responsable de la programmation culturelle d'Arte et réalisateur de documentaires, sur Serge Daney notamment) est un passionnant auto-portrait du réalisateur de La Pyramide Humaine. De sa naissance (qu'il situe à son premier voyage au Niger) à la réalisation de ses 120 films, Rouch raconte sa philosophie de la vie… et du cinéma avec un sens du conte éblouissant - même si l'on pourra décemment être rebuté par un dispositif de mise en scène plus qu'austère : un long plan fixe de… 104 minutes, sans cut, changement d'axe ou extrait ! A écouter, plus qu'à regarder donc.

A propos de Jean Rouch. Conversation Bernard Surugue / Patrick Leboutte (28mn30)
Là encore, interview d'un bloc, de Bernard Surugue, compagnon de route de Jean Rouch. Enthousiasmant et fourmillant d'anecdotes, cet entretien lève le voile sur l'amitié et l'immense respect qui liait les deux hommes. Un bonus simple, riche et didactique. A noter (ce n'est étrangement pas précisé sur le boîtier ni sur les encarts publicitaires consacrés au coffret) que le même Bernard Surugue introduit chaque DVD d'un viatique, indispensable introduction avertie d'une dizaine de minutes aux films qui suivent.

Le Double d'hier a rencontré demain (10 min)
Petit reportage réalisé par Surugue quatre jours avant le décès de Jean Rouch, alors qu'il présentait à Niamey son dernier film, intitulé - ironie du sort - Le rêve plus fort que la mort. Hommage simple mais émouvant d'un homme à son ami disparu, ce reportage montre un Rouch vif et radieux, dernières images d'un des plus grands cinéastes de ce siècle, entouré de ses amis et de sa "famille" Africaine.


Les Veuves de 15 ans (24 min)
Un film à part dans la filmographie de Rouch, lui qui décrivait le tournage de ces 24 minutes "aussi ennuyeuses qu'un service militaire". A part, parce que réalisé à Paris. A part parce qu'on ne sent pas Rouch aussi à l'aise que sur ses terres africaines. A part aussi et surtout parce que moins libre, moins vif que la plupart des autres films du griot blanc… Reste le portrait amusé et tendre d'une jeunesse parisienne des années 60 et le document d'une époque où le cinéma s'écrivait autrement et s'amusait à casser les règles établies. En cela, c'est bel et bien un film signé Jean Rouch.

Par Xavier Jamet - le 28 février 2005