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Test dvd

Coffret Intégral Jean-François Stévenin

DVD - Région 2
Le Pacte
Parution : 23 / 10 / 2018

Image

Les trois films avaient été édités en DVD en 2002 par Arte Video et sont désormais épuisés (ou vendus d'occasion à des prix exorbitants par des spéculateurs  peu scrupuleux qui ne doivent pas voir d'un très bon oeil cette réédition, bien fait pour eux).

Ayant fait l'objet de restaurations images au sein du laboratoire Eclair, ils ressortent aujourd'hui comme neufs, chacun avec leur singularité formelle :

Passe-montagne, le plus "brut" (on a failli dire "rustique") des trois, retrouve son esthétique années 70, avec une belle présence du grain, des scènes nocturnes assez denses et des plans de montagne absolument superbes.

Double messieurs, d'apparence plus léchée formellement, voit le travail de son chef-opérateur Pascal Marti revalorisé par ce nouveau master, qui illustre assez bien les différences d'approche entre l'édition du début des années 2000 (qui boostait les contrastes et la luminosité, souvent artificiellement) et celle d'aujourd'hui, qui vise un rendu moins chatoyant a priori mais en réalité plus fin, plus naturel, et probablement plus conforme (on garde une légère circonspection vis-à-vis de cette "bleuisation" des blancs assez répandue de nos jours, voir tout à gauche de l'image 2) au travail d'origine. La preuve en image :

Comparatif DVD Arte 2002 / DVD Le Pacte 2018 : image n°1

Comparatif DVD Arte 2002 / DVD Le Pacte 2018 : image n°2

Comparatif DVD Arte 2002 / DVD Le Pacte 2018 : image n°3

Enfin, Mischka, film solaire, rutilant, est présenté ici avec un éclat particulier, qui rend honneur à sa palette chromatique et à ses variétés de lumière.

Du bon travail donc... mais la question, inévitable, se pose : compte tenu de l'effort de restauration, pourquoi se priver de HD ?

Son

Rien à signaler de côté-là : les pistes sont claires et équilibrées. Le film le plus récent, Mischka, est peut-être celui qui offre le plus de dynamisme, et Passe-montagne souffre peut-être parfois de ses conditions originales de prise de son (notamment sur l'audibilité de certains seconds rôles), mais rien de rédhibitoire.

Suppléments

Le contenu est copieux, à tel point qu'on ne sait trop où donner de la tête.

Pour être précis, le coffret contient quatre disques, un par film plus un alloué spécifiquement aux bonus, mais des suppléments figurent toutefois sur chacun des quatre disques. On se doit de préciser que, par défaut personnel d'habileté probablement, on a parfois peiné à remettre les disques une fois sortis.

A cela il faut ajouter un livre, Le Point de vue du lapin (éditions P.OL.), intégré dans le coffret mais dissociable de celui-ci), ouvrage rédigé plus de quarante ans après le tournage par le monteur Yann Dedet, fidèle compagnon de Stévenin. Racontant à sa manière, syncopée et truculente, la fièvre d'un tournage improbable, Dedet restitue avec drôlerie quelque chose de la liberté et de la poésie propres au film.

Sur le disque de Passe-Montagne, on trouve un entretien avec Jean-François Stévenin (8'20''), mené par Vittoria Mattarese et Frank Garbaz pour Arte.com (sans précision de date, on suppose qu'il date de 2002, date du DVD Arte Video, comme la plupart des autres suppléments figurant sur ce disque), et dans lequel le cinéaste insiste particulièrement sur la phase d'écriture, indispensable même (surtout) pour donner l'impression de la spontanéité et de l'improvisation. Réalisé en voiture, l'entretien vaut seulement pour la faconde de l'intarissable Jean-François Stévenin, car le résultat ne brille pas pour son esthétique.

Dans une interview datant elle-aussi de 2002 (pas plus d'informations), on retrouve le regretté Jacques Villeret, qui précise ses premières rencontres avec Stévenin, dans un restaurant appelé le Sherwood, et alors que le cinéaste envisageait François Truffaut pour son rôle. 

Dans une série de vidéos, on retrouve Yann Dedet (le monteur-écrivain, voir plus haut), présent aux côtés de Stévenin dans chacune des quatre parties : L'infilmable 3'30'' -  Le fantastique paysan 2'00'' - Musique humaine 6'20'' - Le film n'est jamais fini 9'00''. C'est de nouveau Stévenin qui accapare la parole, et la discussion, libre, est parfois décousue, même s'il en ressort une cohérence certaine entre l'approche théorique et la nature même des films du cinéaste.

Enfin, Frédéric Bonnaud propose une première analyse de séquence (6'30'') : la séquence choisie, une histoire "de passage", est celle, au début du film, où la voiture roule de nuit jusqu'à l'aire d'autoroute menant à la rencontre entre les deux hommes. Séquence qui semble être un "temps mort" mais qui s'avère chargée de "mystère" et d' "un grand nombre d'informations, pas forcément immédiatement lisibles"

Sur le disque de Double messieurs, une série de huit modules réunissant Stévenin, Yann Dedet et le chef-opérateur Pascal Marti , tournés en juin 2002, revient sur le film, selon plusieurs thématiques souples, globalement centrées sur la préparation du tournage et la construction de certains plans ou de la lumière : L'ouragan 2'20'' / Imprévu 2'20'' / La Maison 7'00'' / Reprise 4'00' / 19h43 1'20'' / Risque 2'30'' / La séquence la plus chère 1'10'' / Invulnérable 3'50''

De nouveau, Frédéric Bonnaud se livre à l'exercice de l'analyse de séquence (9'00''), en s'intéressant à la séquence de basculement où le film aurait du arrêter de s'appeler Double messieurs et devenir Double mixte, en ce qu'il marque le début d'une "autre partie" : il commente notamment le champ/contrechamp qui dépossède Alfondo, jusqu'alors le "moteur" du film, et insiste sur cette logique du "relais" dans la construction dramaturgique des films de Stévenin, ainsi que sur la force de l' "imprévu".

Sur Mischka, une série de cinq vidéos présente l' "équipe du film", probablement filmée sur le plateau : le farfelu Jean-Paul Bonnaire (1'00'') / le malicieusement intense Jean-Paul Roussillon (3'40'') / la frêle Salomé Stévenin (1'00'') / le sympathique mais confus Yves Alfonso (2'30'') / la volcanique Rona Hartner (3'30''). Disons que ce n'est pas de ce côté qu'on trouvera les informations les plus denses.

En plus d'une bande-annonce, Frédéric Bonnaud se livre de nouveau à une analyse une séquence (9'00''), "celle où on ne comprend rien" : quelque chose comme une séquence d'arrêt, d'où émergent soudainement le tumulte et l'excitation, et qui illustre la dialectique propre au cinéaste entre "immobilité et joie du mouvement". A la fin de la démonstration, Bonnaud théorise une "économie du moins" qui influe sur l'intensité des personnages ou du film, selon un écho permanent entre "désir d'envol" et "pesanteur", entre séquences "extraordinaires" et "retour au ras-du-sol".

Mentionnons également, sur chacun des trois disques, un module intitulé Filmographie en images (environ 4'300'' à chaque fois), qui enchaîne trois extraits des trois films de Stévenin, sans aucun commentaire et sans aucune contextualisation. Des associations d'images intéressantes se créent à l'occasion (en particulier sur celui de Double Messieurs, que l'on imagine consacré à Stévenin l'acteur), mais le principe est, tel quel, un peu aride.

Enfin, sur le quatrième disque, celui spécifiquement consacré aux bonus, on retrouve :

un documentaire inédit, 30 ans plus tard, Passe-Montagne restauré (20'), largement constitué d'images filmées par Salomé Stévenin, consacré à Passe-Montagne, depuis les laboratoires Eclair où le film a été restauré jusqu'au Festival Lumière où il a été projeté en octobre 2017. On y entend notamment Jean-François Stévenin évoquer le point de départ du film, qui devait être plus "policier", avec "l'enlèvement d'un présentateur télé nommé Roger Cascade".

Puisque l'on parle du Festival Lumière 2017, est proposée en intégralité (et sans montage) la masterclass (32'30'') qu'y a tenu (debout) Jean-François Stévenin à propos principalement de Passe-Montagne. Toujours volubile, le comédien revient évidemment sur le film. Son monteur Yann Dedet fait une brève irruption sur scène pour évoquer la manière dont Stévenin, présent à la table avec lui, "démontait" sans cesse le film. Enfin, les derniers mots consacrés à Jacques Villeret sont particulièrement touchants.

Dans un entretien au long cours avec Olivier Père diffusé sur Arte.tv (33'), Jean-François Stévenin parle longuement de son cinéma, par exemple de ses génériques de début, sujet sur lequel il est rarement interrogé.

Une archive montre le tournage de la séquence de Mischka faisant intervenir Johnny Hallyday (19'20'). On y perçoit la complicité entre les deux hommes, ainsi que la profonde émotion qui étreint l'équipe.

Enfin, différents protagonistes de Mischka commentent plusieurs séquences avec des approches différentes : sept séquences sont ainsi commentées (pour un total de plus de 50 minutes)

Pour résumer, beaucoup de choses, mais entre la forme parfois sommaire, les répétitions (l'ensemble est plutôt bavard), l'ancienneté de certains modules et l'absence de ligne claire sur certains autres, on finit parfois noyé. Peut-être aurait-il fallu en mettre moins, en condensant les informations, et en les traitant davantage, plutôt que de les livrer de manière aussi brute. En l'état, difficile d'imaginer un spectateur accepter de visionner l'intégralité des quatre (et quelques) heures simplement pour le plaisir...

Par Antoine Royer - le 26 octobre 2018