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Test dvd

Coffret Youssef Chahine 1954-1979 : La complainte égyptienne

DVD - Région 2
Tamasa
Parution : 19 / 11 / 2019

Image

En 2018, à l'occasion des dix ans de la disparition de Youssef Chahine, vingt films ont été restaurés par la Misr International Films, en collaboration avec divers partenaires égyptiens ou européens. Parmi eux la Cinémathèque Française, qui a organisé dans la foulée, fin 2018, une exposition et une rétrospective consacrées au cinéaste. Tamasa a édité un an plus tard ce beau coffret regroupant une partie de ses films égyptiens, tournés jusqu'à la fin des années 70.

Ciel d'enfer

Un carton en amorce du programme prévient le spectateur. Une partie de la bobine 2 a disparu mais les plans manquants ont pu être retrouvés grâce à un contretype sous-titré anglais et particulièrement rayé. Passant outre ses défauts inhérents aux difficultés d’une restauration, le reste de la copie est dans l’ensemble assez propre. On peut distinguer un peu de pompage lors de certaines scènes mais la définition est agréable et le piqué intéressant. Au niveau de l’étalonnage, on constate quelques inégalités notamment sur les scènes nocturnes.

Les eaux noires

La définition est correcte et le piqué précis. Le grain a été conservé et l’image est également stable. Néanmoins, un défaut numérique fait son apparition à partir d’un tiers du film pour revenir régulièrement. Au niveau étalonnage, les blancs apparaissent parfois surexposés, notamment sur les scènes maritimes.

C'est toi mon amour

La copie proposée possède une définition correcte. L’image est stable, l’encodage réussi. On ne constate aucun défaut vidéo, griffure ou point blanc. Sur certaines scènes, par contre, les blancs sont légèrement surexposés.

Gare Centrale

Gare centrale est l’un des premiers films du cinéma égyptien tourné en dehors des studios. La copie proposée dans ce coffret bénéficie d’une définition moyenne. L’image est stable et on ne constate aucun défaut majeur. Les noirs sont variés et l’étalonnage apporte une belle densité aux couleurs.

La terre

La Terre, en 1970, est seulement le troisième film en couleurs de Chahine, après Saladin et L’Aube d’un jour nouveau. Tourné sur les abords du Nil, le film propose des paysages magnifiques aux couleurs d’une belle acuité et très variées, notamment au niveau des marrons et des bleus qui sont aussi diversifiés que l’on pourrait imaginer. L’image est stable, et on ne constate pas de défauts majeurs. La définition d’ensemble est également bonne, et cela est particulièrement visible lors des nombreux gros plans sur les visages.

A suivre...

Son


Ciel d'enfer

Annoncé en amorce du programme, on constate que quelques courtes scènes dialoguées ne sont pas sonores. Le reste des dialogues est audible et clair. Les parties musicales profitent d’une belle dynamique.

Les eaux noires

La piste mono ne comporte pas de souffle ou trou de son. Les dialogues sont parfaitement audibles.

C'est toi mon amour

La piste mono égyptienne comporte du bruit, ne gênant pas le visionnage lors des scènes musicales mais pouvant être plus désagréable durant les scènes dialoguées.

Gare centrale

La bande-son de la gare, un espace public qui ne dort jamais, est agréablement mise en avant tandis que les dialogues sont parfaitement audibles et qu’aucun trou de son n’est à relever.

La terre

Avec une place importante dans le long-métrage, la bande-son est d’une belle richesse. Les bruitages des champs (vent, bruit des oiseaux) enveloppent agréablement les dialogues, parfaitement audibles. Le thème principal de l’œuvre, qui revient comme une ritournelle, a quant à lui une belle dynamique et rehausse parfaitement certaines séquences.

A suivre...

Suppléments


Ciel d'enfer

Présentation par Amal Guermazi (4 min 30)
Tous les films du coffret sont présentés par Amal Guermazi, doctorante en musique et cinéma, qui avait participé de près à l'évènement Youssef Chahine de la Cinémathèque Française, fin 2018. Lorsque Chahine commence à faire du cinéma, la comédie musicale et le mélodrame en sont les deux genres principaux. Il ne va pas déroger à la règle mais Amal Guermazi précise que le tournage de Ciel d’enfer aura lieu durant d’importants basculements historiques : une révolution eut lieu quelques mois auparavant... et permettra à Chahine, tout en restant dans le mélodrame, d’évoquer un sujet plus fort qu’auparavant. Le cinéaste découvre Omar Sharif par hasard, dont c’est le premier rôle au cinéma. C’est, par contre, déjà la troisième collaboration de Chahine avec Faten Hamama après Papa Amin et Le Fils du Nil.

Youssef Chahine présenté par Amal Guermazi (3 min)
Amal Guermazi présente le réalisateur, et notamment son enfance durant l’âge d’or du cinéma égyptien dans les années 1940 (environ 250 salles dans le pays, dont 40 à Alexandrie). À cette époque, les films américains n’arrivaient pas ou peu dans une Europe sous domination Allemande. L’Egypte était alors l’un des premiers territoires d’accueil du cinéma américain, qui restera une influence notable pour Chahine, notamment la comédie musicale et Gene Kelly.

La production du cinéma égyptien présenté par Amal Guermazi (2 min)
Le cinéma a été présent très tôt en Egypte. Amal Guermazi précise que la première projection d’un film eut lieu dès 1896 et que de nombreux investissements et productions ont été rapidement entrepris, même si le montage et la post-production avaient encore lieu en Europe. Le premier film entièrement égyptien sera réalisé en 1935, grâce à la création préalable des mythiques studios MISR.

What is love (26 min)
Dans ce documentaire, Mona Ghandour alterne les séquences d’interviews de Chahine et certaines de ses actrices, avec de nombreux extraits de ses films. Le réalisateur égyptien évoque son rapport à l’amour (« On ne peut pas être créatif sans amour ou sans être amoureux ») ainsi que l’épineuse question de la représentation sexuelle des femmes dans le monde arabe.

Les eaux noires

Présentation par Amal Guermazi (3 min)
Pour la doctorante à Paris-Sorbonne, toujours filmée dans les beaux décors du cinéma Le Louxor, à Paris, Youssef Chahine aborde dans ce film des questions étonnantes pour l’époque. Il parle des ouvriers, des pécheurs qui vivent dans la pauvreté ainsi que du conflit social existant entre les différentes couches sociales. Avec le même duo, Faten Hamama et Omar Sharif, que sur son film précédent Ciel d’enfer, Chahine ajoute à son cinéma une touche empreinte d’un certain réalisme.

The Actor (26 min)
Un documentaire de Mona Ghandour  dans lequel Chahine, entrecoupé de scènes de ses films, explicite son rapport aux acteurs. Il est leur premier supporter et leur fait confiance avant tout. De nombreuses actrices interviennent également et lui semblent redevables. Chahine est un « père » pour tout le monde sur les tournages : « C’est ça Youssef Chahine, tu donnes tout et tu as tout. » Le documentaire fait ensuite un focus plus particulier sur Mahmoud el-Méligui, habitué aux rôles de méchants avant de rencontrer Chahine et de se révéler dans des incarnations et des personnages différents lors de leur collaboration.

C'est toi mon amour

Présentation par Amal Guermazi (6 min)
Dès ses premiers longs-métrages, Chahine s’est confronté à la comédie musicale et a tourné avec les plus grosses stars de l’époque. C’est toi mon amour ne fera pas exception puisqu’il présente un duo de légende du cinéma égyptien : Farid el-Atrache et Chadia. La musicologue apporte des précisions bienvenues sur la production du film puisqu’on apprend que c’est Farid el-Atrache qui approche le réalisateur en lui expliquant qu’il a six chansons et que Chahine devrait s'en inspirer pour un film. Ce sera le cas et même plus car pour une folle anecdote de poids des bobines, une dernière scène présentant une chanson écrite en une nuit (« Zeina ») sera tournée alors même que le film était déjà terminé !

Chahine et la comédie musicale (15 min)
N.T. Binh, éminent collaborateur de Positif et spécialiste de l’âge d’or hollywoodien et de la comédie musicale, revient d’abord sur la genèse de la carrière de Chahine avant de faire plus précisément le point sur C’est toi mon amour. Pour le journaliste, Chahine, dans ce film, met pour la première fois en images une satire sociale et égratigne la bourgeoisie de l’époque. Les scènes musicales sont très dynamiques, tout en évitant les clichés et les figures obligées comme les scènes de cabaret. La caméra du réalisateur égyptien est partie prenante des séquences musicales, elle est un partenaire des personnages. D’ailleurs, selon N.T. Binh, Youssef Chahine s’intéresse plus aux femmes qu’aux hommes dans ce projet, et dessine avec les portraits de Chadia et Hind Rostom plusieurs facettes de la féminité. Chahine valorise par-dessus tout le moment musical et déploie des séquences d’une grande liberté d’expression des corps.

Gare centrale

Présentation par Amal Guermazi (4 min)
Entre 1950 et 1956, Chahine réalise une dizaine de films. À 31 ans, il est en quête d’autre chose. Gare centrale sera, pour la critique, considéré comme son premier film d’auteur. D’influence néo-réaliste, le film choque le public à sa sortie par les thèmes abordés : frustration sexuelle, meurtre, syndicalisme. Il sera seulement redécouvert en France dans les années 1980.

Kénaoui (15 min)
Ce documentaire de Mona Ghandourre trace l’histoire du film Gare centrale. De nombreux protagonistes sont interviewés (Chahine, Hind Rostom, Farid Chawki) et éclairent la production du long-métrage. Pour Chahine, c’était « un cri de souffrance » où il montre pour la première fois des personnages marginalisés qui essaient de survivre. Le film opère un changement de paradigme dans le cinéma égyptien de l’époque. Les acteurs sont utilisés à contre-emploi et les conditions de tournages ressemblent à l’histoire racontée. Chahine, acteur principal, crève l’écran et laisse aussi les autres comédiens prendre leurs responsabilités, conservant certains moments d’improvisation. Le film est très mal reçu lors de sa sortie, incompris, en avance sur son temps. Il fait l’ouverture du Festival de Locarno où Chahine soutient son œuvre : « Qu’ils disent ce qu’ils veulent, le film est là. » Aujourd’hui, Gare centrale passe toutes les semaines à la télévision égyptienne et il est un des grands classiques des années 1950.


La terre

Présentation par Amal Guermazi (5 min)
La Terre est le premier film de Chahine réalisé après la guerre des Six Jours, qui aura opposé Israël à l’Egypte et ses voisins, et qui va changer à tout jamais l’histoire moderne du monde arabe, avec comme conséquence directe la chute du régime de Nasser. L’histoire se passe dans les années 50, mais Chahine souhaite raconter l’Egypte en plein doute de la fin des années 60. La musique, avec un thème principal qui revient tout au long du film et exprime la souffrance des personnages, prend une place particulière dans l’œuvre. Le réalisateur rend également hommage au coton du Nil, première source de revenus en Egypte.

Retour sur un cinéaste prodigue (22 min)
De proches collaborateurs de Chahine (deux anciens assistants et sa nièce, productrice à Misr films) reviennent sur la personnalité du réalisateur égyptien. Personnage attachant, cinéaste sincère, Chahine y est décrit comme quelqu’un d'attentif à tous les aspects de la production d’un long-métrage. Rien n’est jamais laissé au hasard, il semblait toujours très bien quoi faire et surtout quand le faire. Très proche des acteurs, préférant les débutants et les préparant plusieurs semaines en amont des tournages, il partageait sans restriction ses connaissances. Racontant toujours l’histoire moderne de son pays, il créera en 1972 sa propre société de production, Misr Films, afin de s’émanciper.


A suivre...

Par Damien LeNy - le 25 juin 2020