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Test dvd

Cochon qui s'en dédit

DVD - Région 2
Editions Montparnasse
Parution : 4 / 1 / 2011

Image

Rappelons simplement que le film a été tourné en super-8 et date de 1978, ce qui évitera au spectateur de s'attendre à une image impeccable. On note donc des griffures, des taches, un grain important, des colorimétries et des contrastes variables ainsi qu'une certaine instabilité de l'image. Ceci posé, l'édition ne présente pas de défauts particuliers, si ce n'est quelques problèmes passagers de compression.

Son

La bande sonore est claire, pas trop abîmée par le temps. On voit ainsi que Le Tacon a fait tout particulièrement attention à la prise de son et au mixage de son film, travaillant à créer via la voix, les ambiances et la musique d'Urban Sax une véritable narration qui nourrit autant le film que ne le fait l'image. Tout cela est très bien rendu dans cette piste sonore mono.

Suppléments

De l'art et du cochon (2010, DVCAM, 39 minutes). Ce film est la captation d'un atelier qui s'est tenu en 2010 à l'EESI (Ecole Européenne Supérieure de l’Image) de Poitiers avec Jean-Louis Le Tacon et Patrick Leboutte, essayiste et directeur de collection du Geste Cinématographique des éditions Montparnasse. Facétieux, ce dernier lance la projection du film en posant la question de savoir “ si c’est de l’art ou du cochon ” tandis que Le Tacon s’acharne sur le projecteur pour que celle-ci démarre. Leboutte resitue le film dans l'histoire du cinéma militant, parlant de manière passionnante et passionnée de ce que représente ce mouvement cinématographique trop souvent perçu de manière caricaturale et biaisée. Le Tacon évoque ensuite son parcours de cinéaste et  le séisme idéologique de Mai-68, la perte de la foi chrétienne et la découverte du cinéma. Quelque images de ses films tournés en Bretagne lors de grèves et de manifestations en Bretagne viennent illustrer ses propos. Le Tacon poursuit en évoquant l’enseignement de Jean Rouch, la façon dont celui-ci lui a appris à faire du cinéma via l’ethnologie partagée. Patrick Leboutte, visiblement ému, parle ensuite longuement du film, de sa portée esthétique et politique. Voilà un échange passionnant car il permet de mettre des mots sur une œuvre qui nous travaille d'abord de manière physique.

L'Homme-cochon, 20 ans plus tard (réal : Jean-Louis Le Tacon, 2000, vidéo, 11 minutes). Jean-Louis Le Tacon retrouve Maxime Duchemin, vingt ans après le tournage du film. Ils parcourent ensemble les ruines de la porcherie et Maxime explique qu’il n’a jamais réussi à la vendre à un prix normal, si bien qu’il a longtemps continué à travailler simplement pour rembourser ses dettes. Des jeunes ont repris l'élevage ; mais en observant la façon dont le bâtiment a été abandonné, avec toutes les machines encore en place, Maxime comprend qu'ils n'ont fait que reproduire la même histoire. Heureusement pour lui, il y a eu Cochon qui s'en déditqui lui a permis de prendre du recul et de s’en sortir. L'Homme-cochon, 20 ans plus tard n'a pas les mêmes qualités que son ancêtre, c'est un petit film réalisé de manière tout à fait classique, télévisuelle, et qui n’a pas d’autre intérêt que celui de montrer l’attachement que ressent le  cinéaste pour Maxime et de prouver qu'un film peut changer la vie...

Bretonneries pour Kodachrome (réal : Jean-Louis Le Tacon, 1974, super 8, couleur, 13 minutes) “ J’en ai un, j’en ai un ! Ce paysan, il est superbe, il a de la gueule ! ” crie un touriste lors de son safari breton. Dans ce petit film très drôle - enfin, surtout pour les bretons - Le Tacon se moque de la folklorisation de la Bretagne, de l'utilisation d'une culture et de coutumes à des fins touristiques et mercantiles. Il critique plus généralement la notion de tourisme où l'on regarde l’autre comme un animal curieux aux coutumes amusantes et exotiques, où le monde devient pour quelques privilégiés un terrain de jeu. C'est aussi l'occasion pour lui et ses compères (le film est un travail en petit collectif) de dénoncer les dérives indépendantistes de certains.

Par Olivier Bitoun - le 7 septembre 2011