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Test blu-ray

Tavernier - Capitaine Conan + La Vie et rien d'autre

BLU-RAY - Région B
Studiocanal
Parution : 2 / 12 / 2014

Image

Cette édition est, en quelque sorte, un cas d'école pour les questions d'upgrade de la SD (en l'occurrence des éditions DVD convenables, sorties respectivement en 2001 et en 2003) par StudioCanal vers la haute-définition. S'y révèle en effet à quel point tout ceci n'est pas juste une question de définition.

Les éditions SD avec lesquelles nous allons comparer le nouveau matériel proposé dans ce coffret étaient emblématiques des éditions "début de millénaire" : conformes aux impératifs télévisuels, elles proposaient des noirs allégés, des couleurs plus prononcées et une tendance, à l'occasion, au lissage, au dégrainage ou au sur-contour (le fameux Edge Enhancement, EE pour les intimes).

Depuis, les normes ont changé, les mentalités ont évolué, et on sollicite plus volontiers les acteurs de la photographie (en l'occurrence Bruno de Keyzer pour La Vie et rien d'autre et Alain Coquart pour Capitaine Conan) pour valider les remasterisations. Mais, dans le même temps, les outils d'étalonnage se sont perfectionnés, et la volonté de "lifter" le film (autrement dit de le conformer à un idéal qui n'est plus celui de son époque de tournage mais celui de la modernité) affleure parfois dangereusement.

Tout ceci pour en arriver au constat général suivant : l'apport de la haute-définition est une nouvelle fois indéniable, il permet de corriger des travers anciens qui ont parfois perdu de leur actualité, mais il pose certaines questions de colorimétrie ou d'étalonnage dont ces éditions ne sont pas exemptes.

La Vie et rien d'autre

Pour entrer un peu dans le détail, concédons notre franc enthousiasme à la découverte du master restauré de La Vie et rien d'autre : nettoyée, affinée, équilibrée, l'image retrouve une belle densité et certains plans larges ravissent absolument l'oeil. La précision des textures, la profondeur des noirs ou la belle présence du grain sont autant de points à accorder au crédit du film. Surtout, nous évoquions dans notre analyse du film le travail de recherche mené par Bertrand Tavernier et Bruno de Keyzer sur l'aspect "monochrome uniforme" du film, qui retrouve ici toute sa finesse et son acuité. Evoquons malgré tout certains plans flous (notamment en extérieur) mais aussi - sans donc que l'on puisse vraiment juger de l'excès ou nom du phénomène - un assombrissement conséquent de la photographie : les contrastes et les couleurs du DVD étaient exagérés, c'est un fait. On s'interroge toutefois sur la mesure de l'étalonnage, qui plonge certains plans quasiment dans l'obscurité (en exagérant), quitte à atténuer la profonde luminosité qui habite l'âme du film.


DVD StudioCanal 2001


Blu-ray StudioCanal 2014

Capitaine Conan

La situation, ici, est un peu plus compliquée. Evidemment, le gain de définition, la finesse des détails, la précision des contours, la profondeur des noirs, la gestion du grain, etc etc... sont tous à l'avantage de l'édition haute-définition. Mais se pose ici la question de la colorimétrie. Pour certaines scènes extérieures, entre l'édition DVD et l'édition Blu-ray, on a tout simplement l'impression d'avoir changé de saison, et d'être passé (exagérons un peu) d'un automne sec à un printemps humide ! Le making-of de Nils Tavernier, proposé en supplément, nous laisse penser (d'autant plus avec la séquence de la colline brûlée) - peut-être à tort - que l'aspect aride aurait dû l'emporter. Du coup, là où les rouges du DVD étaient manifestement excessifs. il nous semble que le rééquilibrage vers les bleus et les jaunes (enfin, vers les verts, pour faire simple) du Blu-ray pourrait être, à son tour, un peu abusif (une interrogation constatée à plusieurs reprises, ces derniers temps, chez des éditeurs français). On peut, dans l'absolu, estimer que la caution probable apportée lors de cette remasterisation par des participants au tournage suffit à lui accorder notre confiance, mais un doute légitime subsiste.


DVD StudioCanal 2003


Blu-ray StudioCanal 2014

Son

Rien à signaler de ce côté : les pistes sont propres, équilibrées, ménagent les sons d'ambiance et les partitions musicales (dont celle d'Oswald d'Andrea pour La Vie et rien d'autre, récompensée par le César en son temps), et savent produire leur effet quand il le faut, en particulier dans les scènes de batailles de Capitaine Conan.

Suppléments


La Vie et rien d'autre


Les suppléments proposés sont identiques à ceux figurant sur le DVD StudioCanal de 2001 :

Dans un entretien avec Bertrand Tavernier et Philippe Noiret (35 min), mené par Michel Boujut, les deux hommes parlent du film avec la complicité et le respect mutuel qui caractérisaient leur amitié. Le cinéaste, comme toujours extrêmement disert, raconte le point de départ du film, les difficultés de la production et sa collaboration avec Jean Cosmos, puis parle de ses comédiens, Philippe Noiret donc (« le commandant Dellaplane, c'est Philippe Noiret »), qu'il n'avait presque même plus besoin de diriger par les mots (à cet égard, il compare leur collaboration à celle de Bogart avec John Huston), mais aussi Sabine Azéma, appelée pour remplacer Fanny Ardant et pour laquelle le début de tournage fut difficile. Tavernier, jamais avare en anecdotes, en évoque quelques-unes particulièrement cocasses, comme ce capitaine des souterrains de Verdun spécialiste des Indiens des plaines, incollable sur la bataille de Little Big Horn !

Un autre entretien, avec Jean Cosmos (30 min), permet de mesurer l'élégance et l'exigence intellectuelles du scénariste, disparu en 2014 : il y évoque la situation de la télévision française à la fin des années 80 et la manière dont Tavernier, par confiance, a su le ramener vers le cinéma. Il revient sur plusieurs points importants du film, concernant sa production tumultueuse ou sa contribution à la narration. Il parle enfin de Jean Aurenche, autre grand scénariste "rattrapé" par Tavernier, qu'il cite comme un « modèle irremplaçable », notamment comme dialoguiste.

On trouve enfin une bande-annonce, assez abîmée.


CAPITAINE CONAN


Là aussi, la majorité des suppléments figuraient sur le DVD de 2003. La nouveauté, toutefois, est un morceau de choix, un entretien avec Bertrand Tavernier (Capitaine Tavernier - 24 min) réalisé par Jérôme Wybon en 2014. L'entrée en matière, anecdote très embarrassante lors d'une présentation en film en Normandie, donne le ton : Bertrand Tavernier est toujours aussi disert et friand d'histoire(s). Le module est surtout, pour lui, l'occasion de parler de sa fierté, rétrospectivement, d'avoir réalisé ce film parfois mésestimé, et si difficile à tourner. Entrecoupé d'extraits pertinents du film, ou d'images du tournage, l'entretien se fait parfois émouvant, comme lorsque, des sanglots dans la voix, Bertrand Tavernier évoque sa reconnaissance vis-à-vis de Pierre Lescure, qui l'avait redressé au moment même où il chancelait.

Parmi les suppléments plus anciens, justement, le making-of, réalisé par Nils Tavernier (55 min), donne l'occasion de se replonger dans les coulisses de la production ou du tournage. Bertrand Tavernier y parle de ses intentions et de ses difficultés (nombreuses), et l'on assiste aux préparatifs ou au tournage de certaines scènes délicates (scènes de tranchées, dressage de chevaux...). On y voit par exemple l'équipe technique littéralement brûler une colline, dans un souci de réalisme ! Assez brillamment monté, ce documentaire ne suit pas une chronologie stricte, mais entrecoupe les interventions du cinéaste de moments forts, avec quelques images assez saisissantes.

La discussion entre Emmanuel Laurentin (journaliste) et l'historien Stéphane Audoin-Rouzeau (40 min), réalisée en octobre 2002, revient sur la réalité historique derrière le récit romanesque de Bertrand Tavernier, notamment sur l'Armée d'Oriant. Plutôt pédagogique, le module permet de resituer plus précisément un contexte mal ou trop approximativement connu.

Les archives de Guy-Claude François offrent un ensemble de dessins, croquis, schémas préparatoires du chef-décorateur du film, commentées par ses soins. Un peu long (14 min), d'autant que le ton est austère et peu dynamique (entrecoupé de looongs silences), l'ensemble ne manque évidemment pas d'intérêt pour ceux que le sujet intéresse. On y apprend notamment que la gare du film fut reconstituée à partir de la structure de la Cartoucherie, souvenir de la collaboration de François avec Ariane Mnouchkine.

On retrouve le même Guy-Claude François, accompagné de Bertrand Tavernier, dans le commentaire audio du film.

Dans les scènes coupées, on trouve trois séquences, introduites par un bref texte de Bertrand Tavernier expliquant ses choix : L'attaque d'une chapelle ; La scène de la tente ; et enfin un "plan-farce", imaginé par ce "boute-en-train" de François Berléand.

Mentionnons enfin une bande-annonce, et l'absence notable de l'entretien entre Bernard Rapp et Philippe Torreton qui, lui, figurait sur le DVD.

Par Antoine Royer - le 12 décembre 2014