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Test blu-ray

Robert Rossellini - La trilogie de la guerre

BLU-RAY - Région B
Blaq Out
Parution : 21 / 11 / 2017

Image

Inauguré avec les projections de La macchina ammazzacattivi et India, aux festivals de Cannes et Venise en 2011, le Progetto Rossellini est une initiative conjointe de l'Institut Luce Cinecittà, la Cinémathèque de Bologne et CSC - Cineteca Nazionale, pour restaurer dix films du réalisateur Roberto Rossellini. Les travaux sur cette Trilogie de la guerre ont été effectués en 2013 par le laboratoire L'Immagine Ritrovata, à Bologne.

Rome ville ouverte est, des trois films, le seul à avoir été restauré à partir du négatif original, complété par un interpositif d'époque sur quelques plans épars. Le résultat est extrêmement satisfaisant, la copie étant dans un très bon état, mis à part quelques traces d'usure ponctuelle. Cette restauration 4K offre une image très stable, sans pulsations, et très bien nettoyée. Elle bénéficie d'une belle définition, d'un excellent niveau de détail et d'un beau grain fin parfaitement conservé. On signalera que le piqué est parfois atténué par quelques erreurs de mise au point et des défauts optiques créés par les objectifs de la caméra (netteté réduite et flous périphériques). L'étalonnage est très correct, avec une gamme de gris nuancée mais un niveau de noir qui pourra sembler régulièrement trop clair (détail qui fût corrigé sur l'édition Criterion).

Païsa a également été restauré en 4K, mais à partir d'un contretype nitrate d'époque (un négatif de 2e génération). Bien que la pellicule ait été réparée, consolidée, remise en état aussi bien que possible, cet élément montre encore beaucoup de faiblesses, de sérieux dommages que la restauration numérique est loin d'avoir comblés. Il persiste en effet de très nombreuses griffures verticales, plus ou moins importantes mais régulières, comme si on avait "seulement" procédé à un nettoyage partiel des images - ce qui est déjà bien même si on aurait souhaité que cela aille plus loin. Stock shots (images d'archive) et plans truqués (fondus), heureusement très brefs, sont dans le même cas, mais en pire. Les pulsations de contraste, plutôt modérées, restent toujours palpables bien que le niveau de noir a sans doute été nettement renforcé pour l'occasion. Cela ne gâche heureusement pas le très beau noir et blanc et ses subtiles nuances de gris. Des défauts qui restent largement tempérés par les miracles de la technologie 4K : les images sont stabilisées (détail loin d'être négligeable) et surtout le trait est d'une très belle précision, avec un bon rendu argentique et un grain fin maîtrisé qui n'a pas été adouci.

Allemagne année zéro a été restauré à partir des meilleurs éléments disponibles : deux interpositifs d'époque et un contretype du négatif (négatif de 2e génération). On sent que ce matériel de départ était là aussi assez fragile et dégradé, qu'il y a eu un très gros travail de remise en état. L'ensemble a d'abord été stabilisé et en très grande partie nettoyé (il subsiste toujours quelques rayures verticales et des poussières négligeables). L'étalonnage est souvent convaincant, avec une belle palette de gris et des pulsations de noir qui ont été sérieusement tempérées. Au pire pourra t-on trouver le contraste de certains plans insuffisant, certains noirs trop clairs. Côté définition, les plans intacts ont belle allure : au moins scannée en 2K, l'image est précise, détaillée, avec un grain parfois abondant qui n'a pas été estompé numériquement. Cependant, Allemagne année zéro alterne régulièrement ces images avec des plans truqués qui ne durent pas seulement le temps de l'effet (comme sur Rome, ville ouverte et Païsa) mais sont pris sur la durée, entre deux points de montage. Parfois très longs, ces plans ont un aspect nettement plus dégradé, avec une texture beaucoup plus épaisse et sensiblement moins nette. Une conséquence probable du manque de moyens de la production, sans doute inévitable, la fabrication de ces effets (générique, titrages, fondus, fondus au noir) produisant systématiquement une dégradation de la qualité. Notez que l'éditeur américain Criterion n'a pas utilisé cette restauration pour son coffret Blu-ray paru en juillet dernier, comme on peut le voir sur ce comparatif.

Son

La restauration du son est, globalement, assez réussie. S'il restera toujours des imperfections, le son de cette trilogie n'a jamais été aussi "pur". Chaque film présente des dialogues clairs et un rendu convaincant entre les ambiances et la musique (toute proportion gardée, évidemment, vu les conditions de production). On remarquera quelques sifflantes sur Païsa et un souffle assez bien géré dans l'ensemble, sauf pour Rome ville ouverte où un bruit de fond façon vinyle reste encore très présent pendant tout le film. Tradition dans le cinéma italien, les scènes sont généralement post-synchronisées mais de nombreux passages de Païsa (surtout) et Allemagne, année zéro sont filmés en prises de son direct. Ils sont d'une très bonne qualité malgré une technique pas toujours très fiable (sur Allemagne, année zéro : à 18 min 30 s par exemple).

Suppléments

Cette trilogie est présentée dans trois digipacks slims, rassemblés dans un fourreau cartonné, aux visuels sobres et très classieux. Si le complément éditorial ne reprend pas l'abondance de suppléments des éditions anglo-saxonnes, félicitons tout de même Blaq Out de proposer un contenu assez fourni, souvent inédit et très intéressant.

Blu-ray 1 : Rome, ville ouverte

Présentation de Roberto Rossellini (4 min - SD - 4/3 upscalé en 1080i)
En 1963, l'ORTF diffusait certains films de Roberto Rossellini, présentés par le réalisateur lui-même. Blaq Out nous propose les introductions des trois films de ce coffret, interrogé par François Truffaut, qui le connaissait bien pour avoir été son assistant. Rossellini raconte le tournage sans moyens de Rome, ville ouverte (pour "raconter les choses comme elles étaient"), les problèmes rencontrés avec son distributeur et la projection au premier Festival de Cannes d'après-guerre, dans une salle vide.


Entretien avec Renzo Rossellini et Stéphane Roux (13 min - 1080i)
Pour chaque film de la trilogie, Blaq Out propose une interview croisée du fils du cinéaste (producteur/cinéaste et non compositeur, comme indiqué sur les jaquettes : le Renzo Rossellini compositeur étant le frère de Roberto Rossellini, décédé en 1982) et d'un spécialiste du cinéma italien, que les amateurs de la collection Edizione Maestro d'ESC reconnaîtront. Renzo Rossellini parle du projet original composé de cinq histoires de la chute du fascisme et de la libération de Rome, concept finalement amalgamé en un seul et même scénario, et des interventions scénaristiques de Federico Fellini, parrainé par Aldo Fabrizi. Stéphane Roux insiste sur la volonté de Rossellini d'aller au bout de son film malgré le manque de pellicule ou d'électricité, et explique pourquoi cette précarité a imposé l'esthétique de Rome, ville ouverte, tourné en décors réels. Le film fera le tour du monde et montrera, avec ces martyres antifascistes et antinazis, une autre image de l'Italie : "un cri de liberté" après vingt années de dictature et de censure.

Analyse du film par Mathieu Macheret (22 min - 1080i)
Le critique cinéma au quotidien Le Monde, et autre transfuge des suppléments d'ESC éditions, livre une analyse intéressante de Rome, Ville ouverte, oeuvre à l'"importance cruciale" dans le cinéma italien. Il montre comment Rossellini établit une situation, "un tableau de l'occupation de Rome" à multiples tonalités, plus qu'un discours. Il loue la "puissance documentaire" du film, tourné presque simultanément avec les événements, qui ne cache pas la misère, les souffrances de la guerre, la vision d'enfants livrés à eux-mêmes ("une innocence perdue") et montre une violence non complaisante. Il se dégage de ces images la "pulsion de vie" d'une ville écrasée par l'occupant où l'héroïsme de résistance est davantage lié "aux aspects du quotidien, à l'imprévu, aux accidents".


Il était une fois... Rome, ville ouverte (53 min - SD - 4/3 upscalé en 1080i)
Quelle excellente initiative d'avoir inclus ici l'épisode de la série documentaire "Un film et son époque", que nous apprécions tant. Comme toujours très bien documenté, mélangeant archives rares et interviews de personnalités, Serge July évoque Rome ville ouverte, "la rencontre miraculeuse d'une réalité bouleversante et du regard de Roberto Rossellini, ferme, viril, sec" dont il dresse en même temps un portrait informel, sans doute proche de la vérité : "contradictoire et ambivalent, composite et déchiré". On évoque entre autres son passif dans le cinéma fasciste de propagande ("un sacré grand écart", d'après le fils de Mussolini), son travail de réalisateur ("Je ne veux séduire ni persuader. Je veux donner matière à penser. C'est totalement différent"), sa relation avec Anna Magnani (dont le personnage de Pina "ressuscite l'Italie humiliée") ou sa famille. Passionnant, une nouvelle fois.


Blu-ray 2 : Païsa

Présentation de Roberto Rossellini (3 min - SD - 4/3 upscalé en 1080i)
Le cinéaste évoque Païsa, qu'il voulut tourner pour raconter "toutes les tragédies que la guerre avait laissé derrière elle" et "donner le sens précis de ce qu'était la guerre à ce moment". Il parle brièvement du tournage "avec beaucoup de difficultés", et du très mauvais accueil reçu par le film (sans doute en Italie) avant que le succès l'emporte dès sa présentation en France.


Entretien avec Renzo Rossellini et Stéphane Roux (15 min - 1080i)
Renzo Rossellini parle d'"un film sur l'Italie qui se libère de vingt années de fascisme et d'occupation nazie" et d'"un acte d'amour vers les Alliés qui l'ont libéré". Stéphane Roux raconte quelques anecdotes sur l'écriture d'un scénario "largement réaménagé" en cours de tournage, la contribution de Fellini, "le vrai parcours initiatique" vécu par l'équipe du film et comment le réalisateur débarquait dans les villages et choisissait acteurs et figurants parmi la population. Il nous apprend aussi que Rossellini prévoyait un quatrième opus à cette trilogie, basé au Japon, mais finalement abandonné car "trop éloigné de lui". Renzo évoque ses souvenirs de la mort de son frère de neuf ans, un drame qui ébranla à tout jamais Rossellini au point que ses films suivants ne seront plus pareils, avec "quelque chose de la spiritualité et de la mort" qui reviendra sans cesse.

Analyse de Mathieu Macheret (23 min - 1080i)
Pour le critique cinéma du Monde, Païsa montre surtout ce qui ne peut pas être résolu par une rencontre. Il y a un "caractère irréconciliable""une sorte de rupture profonde" entre ces personnages de différentes nationalités et conditions, avec en même temps l'arrivée d'une modernité par les soldats américains. Pour Macheret, Rossellini n'est pas un réconciliateur, ne vante pas l'héroïsme, mais dresse le tableau d'une situation chaotique grâce à l'ancrage documentaire de la fiction. Le critique observe la manière dont sont écrits les sketches, lorsque Rossellini "sabote les chutes" pour préférer des conclusions beaucoup plus troublantes, montrer la mort imprévisible, en usant d'un ton "plus sec que le tragique".

Blu-ray 3 : Allemagne, année zéro

Présentation de Roberto Rossellini (4 min - SD - 4/3 upscalé en 1080i)
Pour le réalisateur, ces films tentent de montrer "le cadre de cette tragédie que nous avons vécue". Il explique avoir souhaité "voir les allemands de près, dans leur drame", et démontrer comment l'éducation (nazie) pouvait pousser un enfant à se comporter "en bon allemand". Il raconte sa découverte de la ville et du "plus grand signe de la défaite de l'Allemagne".

Entretien avec Renzo Rossellini et Stéphane Roux (10 min - 1080i)
Un module émouvant dans lequel Renzo Rossellini parle de son père, terrassé par la mort de son enfant de neuf ans ("la grande douleur de sa vie"). Rossellini lui dédiera ce film qu'il situe dans une ville aussi détruite que pouvait l'être son coeur, et écrira une fin qui lui a sans doute permis d'exprimer son deuil. Grand humaniste, Rossellini a tourné "un film pour pardonner aux allemands", pour construire l'Europe, et voulait aller très loin ("il fallait tout dire"). On évoque l'écriture du scénario (auquel a en partie collaboré Marlene Dietrich), écrit "au jour le jour" au contact de Berlin et de ses habitants.

Analyse de Mathieu Macheret (22 min - 1080i)
Très inspiré, avec un sens habile de la formule, le critique du Monde livre une belle analyse d'Allemagne, année zéro, "véritable déflagration, l'un des très grands films de l'Histoire du Cinéma" où Rossellini "montre l'âme d'un pays qui s'écroule", "une destruction morale totale qui va au-delà des bien matériels". Ce cri de colère et de révolte de Rossellini mêle l'historique et l'intime, amplifiant la sécheresse de la description, de l'énorme ambigüité du professeur, ses trafics entre adultes et enfants, au désespoir et la déshumanisation de la population allemande. Macheret souligne l'"acuité totale du regard" de Rossellini quand il montre les rémanences du nazisme, seul ciment social qui résiste encore, et pointe de nouveau le style narratif du film, cette succession d'aspects qui remplace une simple dramaturgie, remarquant que la forme a évolué vers des plans plus longs, et que Allemagne, année zéro est "un bond prodigieux dans la modernité" parce qu'il bouscule les conventions et annonce ce qui sera la philosophie de l'après-guerre.


Rossellini par Rossellini (63 min - SD - 4/3 upscalé en 1080i)
Ce documentaire, produit par l'Institut Luce en 1992, est un condensé d'interviews du réalisateur qui espérait "faire des films utiles" et "explorer la réalité que nous connaissons si peu". Soulignant que l'artiste "doit chercher à être le plus possible 'tout le monde', s'approcher le plus possible de la vérité", il adopta la technique d'improvisation "qui marche toujours mieux". Il parle notamment de son rapport à l'Histoire, "qui nous fait comprendre les choses", l'après-guerre ("la période la plus excitante et exaltante que l'on ait vécue") ou son attirance pour la télévision qui lui offre davantage de liberté. L'ensemble reste quand même incomplet concernant son travail pendant la guerre pour Vittorio Mussollini, qui n'est pas du tout abordé, hormis certaines images de ses films. Ce documentaire, à la manière du supplément de Serge July, tente de dresser un portrait de la personnalité de Roberto Rossellini. Les très nombreux extraits de sa filmographie attiseront la curiosité des néophytes et donnent surtout un avant-goût des futures sorties de l'éditeur autour de ce Progetto Rossellini, prévues à l'automne 2018.

En savoir plus

Rome, ville ouverte

Taille du Disque : 48 263 898 879 bytes
Taille du Film : 25 886 226 432 bytes
Durée : 1:42:52.375
Total Bitrate: 33,55 Mbps
Bitrate Vidéo Moyen : 29,97 Mbps
Video: MPEG-4 AVC Video / 29979 kbps / 1080p / 24 fps / 16:9 / High Profile 4.1
Audio: Italian / DTS-HD Master Audio / 2.0 / 48 kHz / 1815 kbps / 24-bit (DTS Core: 2.0 / 48 kHz / 1509 kbps / 24-bit)
Subtitle: French / 31,788 kbps

Païsa

Taille du Disque : 41 682 257 989 bytes
Taille du Film : 31 618 713 600 bytes
Durée : 2:05:57.416
Total Bitrate: 33,47 Mbps
Bitrate Vidéo Moyen : 29,96 Mbps
Video: MPEG-4 AVC Video / 29967 kbps / 1080p / 24 fps / 16:9 / High Profile 4.1
Audio: Italian / DTS-HD Master Audio / 2.0 / 48 kHz / 1778 kbps / 24-bit (DTS Core: 2.0 / 48 kHz / 1509 kbps / 24-bit)
Subtitle: French / 31,605 kbps

Allemagne, année zéro

Taille du Disque : 40 798 754 944 bytes
Taille du Film : 18 324 897 792 bytes
Durée : 1:13:08.208
Total Bitrate: 33,41 Mbps
Bitrate Vidéo Moyen : 29,92 Mbps
Video: MPEG-4 AVC Video / 29928 kbps / 1080p / 24 fps / 16:9 / High Profile 4.1
Audio: German / DTS-HD Master Audio / 2.0 / 48 kHz / 1771 kbps / 24-bit (DTS Core: 2.0 / 48 kHz / 1509 kbps / 24-bit)
Subtitle: French / 27,118 kbps

Par Stéphane Beauchet - le 25 décembre 2017